Littérature suisse
Dessins suissesadmin
:: 21 janvier Bestiaire magaliesque
:: 19 janvier Le dernier dimanche
:: 15 janvier sable
:: 24 décembre des lèvres de noël
:: 21 décembre Tara
:: 18 décembre Dans l’obscur corridor des totalités
:: 12 décembre Un ruisseau de ressemblances
:: 20 novembre tout était immédiatement possible
:: 26 octobre Dialogue autour d’une feuille
:: 11 octobre Esprit d’automne en flammes
:: 7 octobre Impossibles calculs
:: 30 septembre Projet Lima
:: 28 septembre Silvina Simao Valente et Marc au Beau-Rivage
:: 10 septembre Nul ne sait nul n’a vu
:: 31 août Taches rouges sur Gran Sasso
:: 15 août Mowgli
:: 11 août Etoiles d’enfants
:: 5 août Sous les pinèdes
:: 8 juillet Câlins
:: 4 juillet Dans mon âme
:: 3 juillet La beauté du mensonge
:: 21 juin Au-delà de l’amour
:: 13 juin Justice?
:: 4 juin Je te condamne à l’amour
:: 2 juin Va t’en
:: 28 mai 2019 etc
:: 26 mai Summerhill
:: 25 mai L’envol
:: 10 mai Mange-moi lentement
:: 24 avril Jenny de Oldstones
:: 19 avril Le couple de Schrödinger
:: 5 avril mon coeur bat pour voir
:: 29 mars Délicatement
:: 28 mars Elle ici
:: 18 mars Chère inconnue
:: 11 octobre | Esprit d’automne en flammes
:: 7 octobre | Impossibles calculs
:: 28 septembre | Silvina Simao Valente et Marc au Beau-Rivage
:: 13 juin | Justice?
:: 25 mai | L’envol
:: 4 mars | Mazot japonais
:: 17 février | La forêt sombre
:: 9 février | L’oeil retiré
:: 6 janvier | Tube infuseur de vie
:: 18 novembre | Effusion lente
:: 24 octobre | Le dernier des musées
:: 11 septembre | Sémantique urbaine
:: 21 juin | L’été flamboyant
21 janvier 2020

Le regard qu’elle m’a lancé quand je suis entré dans l’arène, suave affamée souple, la panthère aux muscles tendus m’a dévisagé. Mes muscles se sont raidis. Désir brut. Peur brute.
J’ai rendu son regard à l’animal. Mais alors il a été un petit oiseau qui a voltigé dans sa cage. Je pense qu’il a essayé de m’attendrir ou de me faire rire. J’ai voulu l’attraper. Humour décalé.
Soudain ça a été un rapace, il a bondi sur mon avant-bras et figé son regard dans le mien en inclinant la tête, intrigué par ma poigne. Ses yeux, purs, directs, sans barrière, sans limites. Intelligence et défi.
Il a écarté ses ailes et l’arène s’est remplie d’eau. J’ai cru me noyer un instant. Dans la confusion des tourbillons j’ai distingué une forme glissant vers moi. Le dauphin m’a observé en rigolant et il a glissé contre moi en sifflotant, m’invitant à l’attraper et on a dansé en suspension. Sensualité, désir.
Je suis tombé contre un sol sec et doux de savane. Une biche fière m’a rendu mon regard, sévère, puis elle a eu comme un sourire en inclinant la tête, elle s’est mise à courir pour que je la poursuive mais elle allait trop vite. Jeux, espièglerie.
La femme qui est apparue alors dans la chaleur, nue, mince, accroupie sur le sol de savane, avait l’air triste. Elle n’a pas vraiment fait attention à moi. J’ai uniquement compris que quelque chose en elle me dépassait. Mélancolie et vastité.

Et puis seul chez moi la nuit sur les lumières de la ville elle m’a manqué, soudain j’avais besoin de ses mots, et je m’effrayais et me fascinais comment en un temps si court une inconnue (mais l’était-elle?) pouvait me manquer.


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19 janvier 2020

Ce n’est plus le moment de chercher des excuses
Maintenant c’est terminé
Aujourd’hui en est venu un autre, plus riche et intéressant que moi
Et avec toi, il a volé mon bonheur.
J’ai une demande, peut-être la dernière
La première depuis de nombreuses années
Donne-moi ce dimanche-là
Ce dernier dimanche
Puis laisse le monde s’effondrer.

C’est le dernier dimanche
Aujourd’hui nous allons nous séparer
Aujourd’hui nous allons nous séparer
Pour un temps éternel
C’est le dernier dimanche
Alors ne regrette rien pour moi
Regarde-moi tendrement, aujourd’hui
Une dernière fois.

Tu en auras d’autres, de ces dimanches
Et ce qui va m’arriver – qui sait…

C’est le dernier dimanche
Mes rêves de rêve…
Le bonheur tant désiré…
C’est terminé.

Tu te demandes ce que je vais faire et où j’irai
Mais où je dois aller, je le sais…
Maintenant pour moi il n’y a qu’une issue
Je n’en connais pas d’autre
La solution est…, ne parlons pas de ça.
Une chose est importante, tu dois être heureuse.
Ne t’inquiète plus pour moi.
Mais avant que tout ne finisse
Avant que le destin ne nous sépare
Donne-moi ce dimanche-là.

Ce dernier dimanche
Aujourd’hui nous allons nous séparer
Aujourd’hui nous allons nous séparer
Pour un temps éternel
C’est le dernier dimanche
Alors ne regrette rien pour moi
Regarde-moi tendrement, aujourd’hui
Une dernière fois.

Tu en auras d’autres, de ces dimanches
Et ce qui va m’arriver – qui sait…

C’est le dernier dimanche
Mes rêves de rêve…
Le bonheur tant désiré…
C’est terminé.


Traduction de « To ostatnia niedziela », un tango composé par Jerzy Petersburski, avec des paroles de Zenon Friedwald, 1935. Traduction inspirée par l’interprétation de Mieczysław Fogg.


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15 janvier 2020

Nous étions sur la plage près de Setubal. Couchés, le frottement du sable entre ta main et mes jambes. Après, debout, nos ventres se touchaient et ma main grattait ton dos entre les grains en te pressant contre moi, et tu murmurais mais j’entendais les vagues. Après, tu nageais et j’observais ce qui restait de toi, et j’observais comme entre ciel, eau et sable, tu étais loin tout à coup.


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24 décembre 2019

dormir?
mais non
mais y’a pas de sommeil
et quand il est là, c’est qu’il est faux
comme le père noël glissant sur la salive des songes

dormir?
mais non y’a pas de sommeil
et quand il est là, c’est qu’on rêve
de traineaux et de cadeaux
mais y’a pas de cadeaux
coulissant dans le cul de l’ange

dormir
au coin du feu, frénétique silence
des robots qui baisent
et des jouets qui hurlent
d’exister comme des jouets

dormir ?
mais non, qui s’enfuirait
pour une si belle grimace ?
les dents de père noël
derrière sa barbe humide
s’humectent de bonheur
à l’idée que tu rêves qu’il t’avale.

allez, dormir
écartons les lèvres du père noël
pour bien voir les caries sous sa barbe,
je suis sûr qu’il en a plein

Des lèvres tendres comme des élastiques.


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21 décembre 2019

Nous étions dans notre dernière forêt
Le long des rives du lac
Nous marchions sous les frondaisons
Des taches de soleil éparses
Marquaient la Terre
Autour de nos pieds nus

Je te ramenais quelque part
Et je voulais t’embrasser
Mais tu ne voulais plus trop
J’ai dit ton prénom comme pour te rapprocher
Tu t’es énervée: ne m’appelle plus comme ça
As-tu insisté, tu as dit: Appelle-moi maintenant Tara

Nous sommes arrivés non loin d’une terrasse de café
Cachés sous les branches nous murmurions
Tu devais y aller et il était là-bas assis
A t’attendre je crois, et tu es partie, je crois
Je revenais seul dans les bois
Entourés des gens faisant la guerre ou un sport violent

Le chemin était pénible et se perdait
Et je détestais ce nouveau prénom: Tara
Je répétais: Tara, Tara, mais pourquoi Tara?
Et la nuit pluvieuse m’a entouré
Une hirondelle chantait dans la nuit hivernale
Ou était-ce un nouveau matin?

Je suis allé voir ce que signifiait Tara.

Nos mains étaient proches autour de la petite table
Dans le brouhaha du café
Nos yeux s’évitaient, lourds et lents
Cette petite table plus vaste qu’un Océan
Autour de nos mains perdues, solitaires
Il s’est arrêté finalement, le temps
Le temps s’arrête parfois vraiment, tu vois
Tara.


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