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Archive pour le 17 février 2005

17 février 2005

Tout est dans la surface des choses.
L’existence est une surface sans profondeur.
L’amour, la peur, la désolation, la joie,
Le crime, la fureur, la déchirure, l’obession,
Tous ces courts exemplaires d’émotions ou de rêves
S’alignent l’un après l’autre éventuellement
Et forment ensemble une surface sans aspérité,
Blanche comme ma vie, mon hasard, ma volonté,
Sur laquelle je tourbillonne et glisse et tombe,
Sans provoquer la moindre fêlure,
Juste l’ivresse ou la dictature de mes sens
Qui s’éparpillent avec moi parmi mes valses,
Qui ne laissent aucune traînée.
J’avais cru une fois quand j’étais jeune
Qu’il est possible de rentrer dans l’essence des choses
Par la pensée, par les idées, par le calcul,
Mais combien de fois depuis cette époque
Ai-je vu ma pensée flotter autour de riens?
Combien de fois ai-je cru découvrir un secret
De mon esprit ou de l’esprit du monde
Alors que j’inventais une futile illusion de plus?
Je ne peux pas pénétrer ces noirs abîmes
Plein des mystères des êtres humains
Parce que cette profondeur tant décrite,
Ce labyrinthe étirant tant de quêtes insolubles,
Cette force géniale supposée me gouverner,
Règler et préparer toutes mes contradictions,
N’est pas cachée, elle n’existe pas.
Elle n’est nulle part, chacun le sait,
Mais tout le monde rêve que c’est faux.
Je ne, suis, être et conscience, nulle part.
Et à cause de ce mensonge le monde est un doute,
La vie est un doute, je suis un doute
Tendu entre un début et une fin.
Le monde est un état de choses interlope
Où je suis suspecté de vivre et de penser.
Pour exister alors il n’y a que le vide qui compte. Pas le vide comme une quête vers le rien ou le néant, Le néant et toutes ces foutaises religieuses Qui sont les berceuses utiles à dorloter nos rêves, Ni le vide comme une sorte d’absence Où l’essence de l’être s’autoriserait à se cacher, Ce qui est aussi fumeux et vague qu’une vérité, Mais le vide pris comme un écart Entre mes sens et tout ce qui m’entoure.
Je peux regarder une chaise sans penser à cette chaise,
Je peux caresser une femme sans penser à son corps,
Je peux humer le parfum d’un buisson
Sans penser à ce buisson
Mais aux paysages traversés qu’il évoque en moi,
En fin de compte je peux ressentir le monde
Sans que celui-ci soit vraiment le monde
Qui existe autour de moi.
Puisque ce monde s’écarte de moi
Et de cet écart, de ce vide, me fait moi,
Ce monde tel qu’il devrait être au-delà de mon jugement
N’existe pas, il peut exister.
Et de cette virtualité croît ma naissance.
(Elle croît, parce que liée à l’instant,
Perpétuellement changeante, insaisissable).
Je peux penser à l’amour de ma vie,
Sans voir qu’au même instant
Cet amour passe devant moi:
Il faut encore savoir que ce vide qui me fait
Est aussi la source du hasard.
Mais ceci n’est pas une coïncidence.
Pour appartenir au monde, je suis moi-même
Lorsque je ne suis plus moi-même, lorsque je m’oublie,
En plantant un clou, en jouissant, parfois en mangeant,
Et ces autres instantanés de moi vidés de ma substance,
J’existe dans le monde précisemment lorsqu’à mes yeux
J’y disparais, avalé par un vide refermé.
En tant qu’écrivain, chacun de ces mots est ma disparition Offerte au monde, un vide refermé, Tel le claquement sourd du couvercle d’une tombe. Et si j’étais secrétaire, je dirais qu’une lettre, Une lettre comme toutes les autres lettres, Que je recopie pour mon patron un matin Comme tous les autres matins, Est aussi ce claquement sourd toujours répercuté.


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