Littérature suisse
Dessins suissesadmin
:: 9 mars La bite molle
:: 8 mars Seule et bien
:: 28 février Ne pas être à la recherche
:: 26 février Se bercer
:: 15 février Mes caresses
:: 7 février Jouissant
:: 4 février Comme le bonheur
:: 31 janvier Jeudi soir
:: 21 janvier Bestiaire magaliesque
:: 19 janvier Le dernier dimanche
:: 15 janvier sable
:: 24 décembre des lèvres de noël
:: 21 décembre Tara
:: 18 décembre Dans l’obscur corridor des totalités
:: 12 décembre Un ruisseau de ressemblances
:: 20 novembre tout était immédiatement possible
:: 26 octobre Dialogue autour d’une feuille
:: 11 octobre Esprit d’automne en flammes
:: 7 octobre Impossibles calculs
:: 30 septembre Projet Lima
:: 28 septembre Silvina Simao Valente et Marc au Beau-Rivage
:: 10 septembre Nul ne sait nul n’a vu
:: 31 août Taches rouges sur Gran Sasso
:: 15 août Mowgli
:: 11 août Etoiles d’enfants
:: 5 août Sous les pinèdes
:: 8 juillet Câlins
:: 4 juillet Dans mon âme
:: 3 juillet La beauté du mensonge
:: 21 juin Au-delà de l’amour
:: 13 juin Justice?
:: 4 juin Je te condamne à l’amour
:: 2 juin Va t’en
:: 28 mai 2019 etc
:: 26 mai Summerhill
:: 11 octobre | Esprit d’automne en flammes
:: 7 octobre | Impossibles calculs
:: 28 septembre | Silvina Simao Valente et Marc au Beau-Rivage
:: 13 juin | Justice?
:: 25 mai | L’envol
:: 4 mars | Mazot japonais
:: 17 février | La forêt sombre
:: 9 février | L’oeil retiré
:: 6 janvier | Tube infuseur de vie
:: 18 novembre | Effusion lente
:: 24 octobre | Le dernier des musées
:: 11 septembre | Sémantique urbaine
:: 21 juin | L’été flamboyant

Archive pour mars 2005

« Ecritures précédentes

31 mars 2005

Nicorette, sport, santé, avenir, intoxication…
Oui, la raison parle ainsi.
Les enfants sont une bonne raison aussi.
Mais cette bouffée d’extase, cette permissivité morbide, cette poésie de nuée bleue, cette mort dans les poumons, ce grand élan de liberté illusoire !
J’en ai marre parfois de la raison. La clope, c’est ce petit bout brûlant d’illogique et d’absurde et de peur.
Que me restera-t-il lorsque je ferai du sport et aurai ce petit machin de nicorette sous la langue ?
Plus d’années à vivre ? Vivre dans la raison mais sans raison, sans palpitation destructrice ?
Je ne veux pas m’arrêter de fumer en me disant que j’ai raison de le faire, je veux le faire en me disant « c’est une folie ! », mais pour en arriver à me dire cela, je ne trouve aucune raison.

La raison est aussi ridicule qu’un vieillard nonagénaire bavant sur sa pelouse en plastic, la raison du bonheur.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
30 mars 2005

La main qui parcourt l’échine souple, elle qui répond en s’étirant lentement, distraitement sur le clavier, vase gracieuse d’un périple d’endorphines si tentantes, et le cliquement sur le fichier, doux le cliquement, cotonneuse morphine d’envies d’images souples au-delà du cliquement, la main qui redescend, elle qui répond, attendrie par la flatterie, et puis la main l’agrippe plus fort, coquette elle se tend, mieux sentir l’agilité de cette pression, suivre le regard dans sa quête d’écran, l’influx tendrement descend de la moelle et se répand plus bas, tandis que le film sur l’écran répond aux va-et-vient. Couple maudit roi des couples maudits car il n’en est pas un, de couple, la main reçoit la semance de tout son amour désabusé, alors qu’elle, indifférente, a soudain le dos rond, ramollit, et disparaît dans l’antre moite de sa braguette.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
29 mars 2005

Mise à jour automatique de l’esprit. Reformulation des pensées à côté d’une souris sans fil dont la diode fait des clins d’œil suaves. LCD nettoyé. Regard limpide. Propreté des neurones. Efficacité du passage de l’influx nerveux. Meilleure défense contre les perturbations des autres, les virus. Un processeur content, graillant son amour du prochain. L’objectif est de vider la tête. Tête vidée. Brûlement de certaines zones peu utiles. La zone de la poésie mise en pause. Elle tend la main pour attraper un peu de beurre tout en lisant le journal. Sa main est neuve, son journal est neuf, l’odeur de son croissant est neuve ; un sein neuf guigne de l’entrebâillement de sa chemise. La table du petit déjeuner est neuve. Le carrelage brille, neuf. Ces vieilleries identiques à elles-mêmes jour après jour dans la répétition ineffable du temps, elles recommencent à zéro, elles n’ont jamais existé. Chaque émotion redémarre depuis la joie de la sentir jusqu’à la jouissance de l’analyser. Le chat miaule comme s’il n’avait jamais mangé. Reboot successful.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
28 mars 2005

Les souvenirs, les souvenirs, les souvenirs. Ciment de la tristesse, beaux il les regrette, mauvais c’est le temps qui passe. Effarant, le temps se dilapide, impossible de l’épargner. Vieillissant, il devient de plus en plus moi, ce bonhomme se promenant dans mon passé. C’est moi, me dis-je. Mais est-ce moi ? Juste un souvenir de moi. Ce qui existe, c’est moi alignant ces mots, mais ces mots eux-mêmes disparaissent, flous, lointains, je suis si vite flou, et lointain. J’adresse ces mots au Toi l’avenir de l’avenir. Il les lira dans dix ans. Que pensera-t-il ? Qui sera-t-il pour oser penser alors qu’il n’existe pas ? Lorsqu’il lira ces lignes, moi je n’existerai plus, ces mots seront un souvenir, morts, ils seront morts. Le temps me donne envie d’aimer l’oubli. Je ne peux pas oublier, quand j’en ai envie, c’est que je me souviens. Sortir du temps, le temps est une torture, la seule véritable torture. A chaque fois qu’il passe, autrement dit toujours, c’est comme un ami qui me dit : là -bas c’est fini, c’est passé, y penser n’y changera rien, plus loin tu ne sais pas, moi je sais mais je ne te le dirai pas. Les souvenirs, les souvenirs, les souvenirs. Ils n’existent que parce que j’y pense. Ils tissent ma pensée, sans eux je n’existerais pas, avec eux je suis juste une pensée poussée vers l’avant, vers l’inconnu. Prévoir est un leurre, un caprice, préparer l’avenir est un mensonge. Je mens en disant : je vais faire cela, le Toi l’avenir de l’avenir sait que cela n’aura pas lieu comme je le veux maintenant. Le contrôle, l’ordre, l’espoir, sont des leurres. Frêles bâtisses destinées aux dynamites du temps. Rien n’est fait, tout est à faire, mais personne ne sait, le temps déblatère sans cesse son vocable inconnu. Et l’amour, l’amour lui-même, cette flamme si intriguante, si haut, ne parle pas notre langue, il jouit du présent, et puis s’en va, ou reste, comme un caprice du temps. Ecoute, Toi l’avenir, ces mots te sont adressés, d’autres les liront peut-être mais leur regard m’importe peu car ils sont l’inconnu collé au temps qui passe, écoute, Toi l’avenir, je t’aime qui que tu sois, c’est le seul honneur vrai que tu recevras au-dessus du gouffre du temps : je n’ai pas de vie, tu ne vaux rien à mes yeux car je ne te connais pas, je n’ai pas de vie, j’ai juste un temps pour être toi. Les souvenirs, les souvenirs, les souvenirs, voilà tout ce que je suis et tu n’y tiens aucune place, je ne te connais pas et pourtant je t’aime, il me faut t’aimer car ainsi je me réjouis de te devenir. Voilà , le temps a passé, et ces mots, déjà , je ne les reconnais plus, ils meurent quand je les égrène. Les autres vivent et moi je passe, moi je vis et les autres passent, s’il te plaît, tu es mon seul rêve, sois aussi grand que le temps qui nous sépare, mais ne sois pas les souvenirs, ne soit, pas, le cadavre de tes regrets.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
27 mars 2005

L’image est celle d’un canard jaune.
L’image qui suit est celle d’un chat noir.
L’image suivante est celle du canard jaune qui trotte affolé.
L’image suivante montre en arrière-plan une mare floue, lointaine.
La dernière image monre le chat qui saute sur le canard.
L’image suivante n’existe pas car il n’y a sans doute plus rien à dire.
Comme les scènes d’amour dans les films pudiques.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
26 mars 2005

Passer l’éponge sur les croûtes dorées de la vaisselle. Tourner la pâte molle imbibée de savon dans un verre mousseux, et le verre brille sous l’éclat du court néon de l’évier; entendre l’eau couler dans le siphon après avoir pioché du doigt sur la grille et retiré les miettes molles de nourriture en phase terminale. Achever le cycle de l’alimentation pour qu’étincelle ensuite le diagnostic de la faim. Manger, laver, aller à selles, re-manger, laver, se laver, uriner. Lavomatic digestif s’égrenant pieusement, suspendu aux heures et aux gargouillements. Il existe comme un mérite à ne sentir que l’estomac et ensuite ne sentir que les mains plongées dans l’eau brûlante d’un évier. Entre le pouce et l’index, la peau gercée qui sèche. La tête aspirée quelque part dans les égouts. Le mérite d’achever un cycle en ne pensant dans le fond à rien d’autre que le prochain tour de main dans un autre verre mousseux.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
25 mars 2005

Retomber
Retomber 1 fois.
Retomber 2 fois.
Retomber 3 fois.
Retomber 4 fois.
Retomber 5 fois.
Retomber 6 fois.
Retomber 7 fois.
Retomber 8 fois.
Retomber 9 fois.
Retomber 10 fois.
Retomber 11 fois.
Retomber 12 fois.
Retomber 13 fois.
Retomber 14 fois.
Retomber 15 fois.
Retomber 16 fois.
Retomber 17 fois.
Se relever.


Laisser un commentaire (1 Comment actuellement)  Version imprimable de cette page
24 mars 2005

Abattre
Un travail
Se tuer
A la tâche
Crever
Au boulot
Suer
Au fourneau
Gagner
Son pain
Perdre
Son temps
Epuiser
Les espoirs
Enfoncer
L’amour
Répéter
Ses erreurs
Tourner
En rond
S’enfuir
Encore
Recommencer.
Une, deux, trois,
En cadence !


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
23 mars 2005

La vie sur terre est non seulement sans signification rationnelle,
mais aussi non-intentionnelle. Les lois du cosmos ont l’air d’exister
sans relation particulière avec l’existence humaine. L’homme est donc
une espèce de produit dérivé accidentel, comme les étincelles qui
s’échappent quand un forgeron fabrique un fer à cheval sur son enclume.

Les étincelles sont bien plus brillantes que le fer à cheval,
mais elles restent tout aussi inutiles. Au mieux, elles peuvent être vues
comme une maladie du fer à cheval, qui entame sa structure et détruit
son tissu.

Peut-être que la vie, de manière similaire, est une maladie du cosmos.

Phoenix, en ETC.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
22 mars 2005

Et pourtant, nous pouvions ne jamais nous connaître!
Mon amour, imaginez-vous
tout ce que le Sort dut permettre
pour que l’on soit là , qu’on s’aime, et pour que se soit nous?
Tu dis : « Nous étions nés l’un pour l’autre. » Mais pense
a ce qu’il a dut falloir de chances, de concours,
de causes, de coïncidences,
pour réaliser ça, simplement, notre amour!
Songe qu’avant d’unir nos têtes vagabondes,
nous avons vécu seuls, séparés, égarés,
et que c’est long, le temps, et que c’est grand, le monde,
et que nous aurions pu ne pas nous rencontrer.
As-tu jamais pensé, ma jolie aventure,
aux dangers que courut notre pauvre bonheur
quand l’un vers l’autre, au fond de l’infinie nature,
mystérieusement gravitaient nos deux coeurs?
Sais-tu que cette course était bien incertaine
qui vers un soir nous conduisait,
et qu’un caprice, une migraine,
pouvaient nous écarter l’un de l’autre à jamais?
Je ne t’ai jamais dit cette chose inouïe :
lorsque je t’aperçus pour la première fois,
je ne vis pas d’abord que tu étais jolie.
Je pris à peine garde à toi.
Ton amie m’occupait bien plus, avec son rire.
C’est tard, très tard, que nos regards se sont croisés.
Songe, nous aurions pu ne pas savoir y lire,
et toi ne pas comprendre, et moi ne pas oser.
Où serions-nous ce soir si, ce soir-là , ta mère
t’avait reprise un peu plus tôt?
Et su tu n’avais pas rougi, sous les lumières,
quand je voulus t’aider à mettre ton manteau?
Car souviens-toi, ce furent là toutes les causes.
Un retard, un empêchement,
et rien n’aurait été du cher enivrement,
de l’exquise métamorphose!
Notre amour aurait pu ne jamais advenir!
Tu pourrais aujourd’hui n’être pas dans ma vie!…
Mon petit coeur, mon coeur, ma petite chérie,
je pense à cette maladie
dont vous avez failli mourir…


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
21 mars 2005

Crève d’envies. Trêve de vie. Mièvre furie. Folie sans sève. Rallye sans trêve. Furie brève. Sans folie tu crèves.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
20 mars 2005

Ils rentrent le soir, fatigués. Le boulot quoi. Tous ces visages, toutes ces odeurs et tous ces problèmes. Frictions diurnes des scandales inconscients, ils expriment leurs divagations dans des ça va, des calculs, devant les machines à café et les capsules vides. De 8h à 18h, ils errent.

Laissez-les rire.

Le soir est fatigué du reste de la journée. De la plus inommable des fatigues, la fatigue du vide. C’est suant d’avoir été vide toute une journée. Mais le soir est là , avec l’éclat mièvre de l’espoir multimédiatique. Ils cliquent, ils zappent, ils URLisent, ils émission débile, ils navet défoulant. Les plus énergiques playstationnent ou jeux en réseauisent.

Laissez-les sourire.

Eh quoi ! Voudriez-vous qu’ils écrivent ENCORE ? Voudriez-vous qu’ils réfléchissent DE NOUVEAU ? Voudriez-vous qu’ils soient créatifs DE PLUS ? Un petit jet sur le mur, pour symboliser l’acte; une escarmouche de message privé, tant que ça reste simple, voir drôle, un copier-coller pas trop éreintant peut-être, mais surtout, mais surtout, pas de PRISE DE TETE hein ?

Laissez-les dormir : demain, la journée sera rude de vide.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
19 mars 2005

vissée dans le parquet

Je suis celle qui, les pieds enracinés dans la terre, attend. Celle qui s’éparpille jusqu’au fin fond de vos yeux. Celle qui vous souffle dans les cheveux. Fille de feu, mélange d’eau et de terre de brume, je contemple. Enfermée dans des silences qui durent des cathédrales de râles. Je suis celle qui n’appartenait à personne, pas même à elle, celle qui collectionnait les solitudes comme des timbres à coller sur les lèvres. Maintenant, c’est moi la collectionneuse, celle qui a collé dans son cœur un autocollant marqué bonheur au marqueur, avec un prénom d’empereur. Colle forte, pour les moments de pluie, colle légère de sourire. Le reste, scotché dans ma mémoire amère et sucrée, confiture d’amitié assaisonnée de vent, trottoirs qui courent trop vite pour nos pas, et des rires qui glissent comme des mégères folles. Je suis celle qui rêve d’un cercle de femmes, d’une double touche noire blanche, d’un lac qui tressaille. Je suis l’eau qui coule le long de votre cou quand la pluie d’été se met à tomber, le chatouillis de l’herbe sous les pieds, la froideur d’une cascade, l’atmosphère des vitres ouvertes d’une voiture.
Je suis M… Se faisant la rousseur, se contemplant l’herbe des yeux, riant de sa blancheur de peau. J’ai les joues qui sont dragées, les courbes qui s’en mêlent. Je me vomis, je m’adule, j’électrifie ma peau, et je coule jour et nuit, redressant mes hanches pour mieux rebondir.
Si l’on vous demande qui je suis, dites un témoin. Une Morgane à la partie blanche qui se cache, une Viviane emmêlée dans ses roseaux, une dame de puits trop bavarde, une lavandière qui n’aime pas le goût du sang, une croqueuse qui empoisonne plutôt qu’elle endort. Je suis une Eve qui ne mange que des poires, une Sarah qui meurt jeune, une Dalila qui a des remords, une Bethsabée qui sanglote, une Judith qui collectionne les têtes dans sa tente, une Esther qui illumine, une Suzanne qui va au bain en maillot… Je suis femme-fille ,en fleur de cerisier, en pomme d’amour de fête foraine. Je suis le printemps de Botticeli, je suis une peinture de Moreau, je suis décousue par une couturière folle, enfilée sur un mannequin en bois patiné, grincée sur un parquet qui frotte, piétinée sur un carrelage qui glace, engloutie dans les grincements d’un lit. Je suis la dernière goutte de café le matin, le chocolat du soir, la fringale de quatre heures, l’odeur de pain dans la rue, le bruit des talons sur les pavés, le soleil le matin sur le visage, la lumière de la lune une nuit de printemps, une meule de foin roulée dans les champs. Je suis l’ombre de votre arbre, l’eau croupie du puits, la mousse sur les vieilles tombes, les miaulements des chats des cimetières, les plaintes des maisons la nuit.
Je suis le livre que vous froissez sous vos doigts, celui qui vous attire et vous rebute à la fois, que vous ouvrez cent fois par jour, pour mieux le jeter dans un coin de la chambre quelques secondes plus tard. Je suis une collection rare, ou trop utilisée, je suis un livre en papier recyclé, une presse qui ne fonctionne plus, une nouvelle pas fraîche…
Et je suis.

_________________________________________
[Encart à bazard de texte]

Un, deux, trois. Trinité celtique, rire de la déesse mère. Laisse moi prendre la barque pour l’île, et plonger mes mains dans le lac, j’attraperais les rites dans mon filet, et la nuit j’étendrais mon manteau sur la pierre, et j’attendrais. Elles arrivent, silhouettes sombres sous fond de lune, croissant bleu esquissé sur le front lisse. Elles ont tressé les cheveux comme leurs souvenirs, porteuses de coupes d’eau reflet. Le cercle se reforme, et les vibrations montent, le vent vient emmêler leurs cheveux, et le rêve commence. La voix monte, calme et sereine, baume apaisant pour les âmes troublées. Au fond du lac proche, elle sommeille, mais écoute. Et la dame blanche et noire est au centre. Double, double, elle illumine, au centre elle fait les éléments. Les étoiles semblent étinceler pour parer sa robe sombre, et la lune contemple son enfant, cœur de mère qui bat au rythme des paroles psalmodiées. Passe le temps à l’envers, je suis vêtue de sombre, entrée dans le cercle, et les pieds cloués. Les visages semblent se préciser, elles m’ont intégrée, et je suis dame de l’île. Sourire aux lèvres, j’ai réussi. Je suis femme de l’île. Celle des pommiers, et au loin, des cloches sonnent. Nous n’y prêtons pas attention, anciennes prêtresses, venues d’ailleurs et nulle part, conservées par une foi qui ne s’éteint pas. Demain, le printemps nous étreindra. Demain.

Elle enfile des perles. Elle ne sait plus faire que ça, regard dans les failles, perdue dans un monde dont elle ne sort plus. Attente de la barque, celle où il sera, LUI, son autre, son amant, son chevalier des jours perdus. Mais il ne vient pas.
Aujourd’hui elle a quitté le village, laissant au passage ses peignes d’ambre, ses vieux rires, son manteau de petite fille paumée, et eux. Les autres. Ils ne sont pas lui et leurs regards lui font mal. Et elles, ces femmes aux rides déjà trop prononcées, aux ventres déformés crachent leur venin sur son cou baissé. Infâme. Impure. Sorcière. Elle crie mais personne n’entend. Et ses yeux verts parlent. Sa chevelure longue se déploie. Ses mains s’électrifient. Le vent se lève. La pluie se bouscule. Les hommes ne parlent plus. Elle est en colère. Elle devient noire. Sa bouche se fait plus rouge. Ses dents pointues. Elle a des envies de morsures, de tueries. Puis son image dans sa tête. Ses cheveux retombent, et elle se sent lasse de tout.
Aujourd’hui elle a pris le sentier. Vers la rivière. Elle veut vivre en face de l’île. Leur île. Assise sur un rocher elle pourra attendre son retour. Bientôt elle le sait il sera la. Et ses mains. Sa bouche et son rire. Et tout recommencera. Elle sera à nouveau claire. Les mains sur les perles, elle continue. Elle enfile. Elle a parfois l’envie de s’étrangler avec le collier qui se fait de plus en plus long. Descend jusqu’à ses pieds. Il l’appelle.
Elle entend la voix. Voix douce. Puis menaçante. Elle frissonne. Dans le bas de son dos, ses souvenirs lovés. Ils serpentent. Elle crie. Et se mêlent les voix. Rauques. Violentes. Perdues. Perpétrées. Crispées. Volées sur les rochers.
Le rocher. Là -bas au milieu de la rivière. Il l’appelle. Elle le veut. Envie de s’y installer. Elle prend ses parles et les enferme dans sa robe. Dévoile ses jambes. Elle ne fait plus attention. Et elle s’enfonce dans l’eau. Glacée. Elle n’a plus froid pourtant. Elle sent la chaleur du courant monter en elle. Orgasme. Et elle monte sur le rocher. Les perles se sont éparpillées dans la rivière. Elle veut les ramasser.
Alors elle flotte. La tête sous l’eau. Il n’y a plus que ses cheveux qui sont visibles. Etincelants d’ambre liquides. Au fond elle voit une barque. LUI.
Chaque nuit elle grimpe sur le rocher. Elle est blanche maintenant. Bleue aussi. Et elle les appelle. EUX. Elle goûte. Savoure. Se nourrit. Et elle ATTEND.


Laisser un commentaire (2 Comments actuellement)  Version imprimable de cette page
Recherche sur le site
Romans et nouvelles en PDF
Mots-clés / consultations
Archive mensuelle
Commentaires récents
Calendrier des publications
Flux RSS