Littérature suisse
Dessins suissesadmin
:: 19 mai La famille
:: 18 mai La dent de la Nuit
:: 3 mai La distance
:: 1 mai Dans le temps
:: 15 avril Dans la solitude qui n'existe pas
:: 1 avril Comme si rien
:: 28 mars L'Ange Virus
:: 9 mars La bite molle
:: 8 mars Seule et bien
:: 28 février Ne pas être à la recherche
:: 26 février Se bercer
:: 15 février Mes caresses
:: 7 février Jouissant
:: 4 février Comme le bonheur
:: 31 janvier Jeudi soir
:: 21 janvier Bestiaire magaliesque
:: 19 janvier Le dernier dimanche
:: 15 janvier sable
:: 24 décembre des lèvres de noël
:: 21 décembre Tara
:: 18 décembre Dans l’obscur corridor des totalités
:: 12 décembre Un ruisseau de ressemblances
:: 20 novembre tout était immédiatement possible
:: 26 octobre Dialogue autour d’une feuille
:: 11 octobre Esprit d’automne en flammes
:: 7 octobre Impossibles calculs
:: 30 septembre Projet Lima
:: 28 septembre Silvina Simao Valente et Marc au Beau-Rivage
:: 10 septembre Nul ne sait nul n’a vu
:: 31 août Taches rouges sur Gran Sasso
:: 15 août Mowgli
:: 11 août Etoiles d’enfants
:: 5 août Sous les pinèdes
:: 8 juillet Câlins
:: 4 juillet Dans mon âme
:: 11 octobre | Esprit d’automne en flammes
:: 7 octobre | Impossibles calculs
:: 28 septembre | Silvina Simao Valente et Marc au Beau-Rivage
:: 13 juin | Justice?
:: 25 mai | L’envol
:: 4 mars | Mazot japonais
:: 17 février | La forêt sombre
:: 9 février | L’oeil retiré
:: 6 janvier | Tube infuseur de vie
:: 18 novembre | Effusion lente
:: 24 octobre | Le dernier des musées
:: 11 septembre | Sémantique urbaine
:: 21 juin | L’été flamboyant

Archive pour août 2005

16 août 2005

L’être virtuel ne m’inspire plus. Le direct a parfois des coupures. Aléas de la création ? Work in stop. Je ne vais pas arrêter, mais reprendre par un autre bout. Enfin, je pense.


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9 août 2005

Le défilé se poursuit, sans cesse ravivé par la musique sibylline. Les femmes déambulent doucement sur le podium, aussi longilignes et décharnées que des mentes religieuses à l’affût des regards. Elles ne sourient pas, leurs visages légèrement maquillés n’expriment rien, ils flottent au milieu des halos de tissus qui tombent en buées le long de leurs corps.
Patricia est satisfaite. « C’est un habillement mécanique, une mode informatique et informatisée, un matériau léger, virtuel, comme absent. Vous devez prendre l’apparence de robots, d’androïdes conçus uniquement pour présenter des habits. Vous devez être pleinement «objets». » Patricia est satisfaite parce que les filles ont bien compris leur rôle, et surtout parce qu’elles l’ont accepté. Ce ne doit pas être facile de devoir jouer ce qu’on se sent être en réalité. Ces filles sont des Pinocchios dont la foule admire les formes réussies. Avant d’être un défilé de modes, d’habillements extravagants, Patricia veut que son spectacle affiche pleinement, par les habits mais aussi par les mouvements des habits sur les corps, à quel point la femme est devenue le robot du sexe, à quel point la beauté sans fard, brute, est lentement remplacée par une beauté artificielle, qu’on s’applique à construire et à montrer en fonction de certaines valeurs grandiloquentes, une beauté sophistiquée, technique. Les grands yeux vides des filles qui avancent comme des somnambules sur le podium, bras ballants, longues jambes flasques, dévoilent l’identité brisée de la femme. Il y a la femme de tous les jours, celles qu’on rencontre, celles qu’on connaît, l’attendrissante, l’intrigante, celle qui vit et respire, et il y a la femme sexuelle, l’objet désiré, inatteignable pour pouvoir être désiré encore, l’inconnue sur laquelle s’accrochent tous les désirs inassouvis. Ces deux femmes sont incompatibles. Leur union est perdue quelque part entre la réalité et l’image, l’amour qu’on leur voue aussi est perdu, déchiré entre le palpable et le fantasme.
Son défilé montre cette rupture à la foule silencieuse. En pensant cela, en voyant cela, Patricia est satisfaite.

Le lendemain, la critique sera impitoyable. Ce spectacle a été un échec, « une débauche de mégalomanie mécanique et incohérente… », « un ballet immobile ou un défilé boiteux?… ». Ils n’ont rien compris.

Patricia a décidé de changer de métier. Elle disparaît, s’en va en Angola. Aider une association humanitaire.


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9 août 2005


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Chapitre 4


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5 août 2005

La nuit gigotait sous les planches fendillées. Autre chose que les habituels cafards, araignées ou lézards. A la lueur de la lampe rouillée les murs vibraient. Je suis sortie, marches craquantes, étoiles sèches. Alentours la broussaille se tenait immobile en se moquant de moi. Avais-je abusé de Gin glacial ou de tchat par LCD interposé ? Dans l’annexe, quelques malades gémissaient de leur sommeil de morphine. C’était juste une nuit de plus sous un ciel écrasant d’infini dans un désert écrasant d’infini parmi des hommes minuscules et malades. Sauf que tout avait été effacé. Comme un grand rire de trop. L’alcool pouvait effacer beaucoup de souvenirs mais, à ma connaissance, pas encore les serveurs de Google. J’ai glissé sur du sable et une écharde s’est enfoncée dans mon orteil. Marre d’être ici. Marre de cette sensation fugace de tremblement.


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1 août 2005

Barry, quand il ne faisait aucun effet, il pétait de joie pour avoir l’air presque hilare sous mes yeux immobiles.
« Et bien quoi ? Tu n’y crois pas à nos retrouvailles ? », m’offrit-il en bandant ses muscles rituellement entraînés au-dessus de la table bancale.
Je l’ai accompagné à l’aéroport militaire en le laissant poser une main sur ma cuisse. Il aurait rêvé d’une main sur un sein avant de monter, ou d’un délire exotique dans les toilettes miteuses de l’aéroport, mais il s’est contenté de ma main secouée brusquement. Il se comportait comme si une caméra le suivait partout. Voir le Pilatus s’envoler me laissa avec un léger vague à l’âme. J’avais envie de partir, mais où ? Compostelle était le dernier endroit au monde où j’aurais souhaité aller, surtout depuis la mort de David. Trop de souvenirs, aucun ami. J’y aurais été accueillie par le sourire en forme de grimace de pitié de ma mère. Avec le salaire qu’on me payait ici je ne pouvais pas me permettre de débarquer dans une grande ville, sans économies, sans rien. Je n’avais sans doute plus l’âge de la jouer vagabond.
La chaleur sèche fouettait le sable autour de la Jeep sur le chemin de retour. Le volant collait entre mes mains. Les arbres rabougris qui résistaient à l’avancée du désert me donnèrent envie de boire au goulot un Gin glacial. J’étais coincée ici, dans cette antichambre de l’enfer, pour une raison liée à la rupture avec David au milieu du désert, mais je ne voyais qu’une succession de causes à effets là où se cachait autre chose.

Le soir, après la tournée d’antibiotiques, je me suis remise au tchat sur Internet, rituel qui avait été jusqu’alors un peu perturbé par la présence sexuée de Barry. Je suis redevenue Nour l’amazone intouchable, la beauté chocolatée des fantasmes occidentaux de ces messieurs. De les voir s’agiter autour de moi avec tant de questions, de voir sur mon écran leurs appels tantôt grivois tantôt sérieux, me rafraîchissait. Illusion d’un autre monde où existaient les gouttes de pluie de l’automne et les brises douces d’une fin de soirée d’été, à travers un écran LCD.
Plus tard dans la nuit, je suis retournée sur un site d’actualités pour revoir les images de la Ferrari calcinée de David. J’ai bien cherché. Je suis allée sur d’autres sites. J’ai fait toutes sortes de recherches sur Google. Rien. Plus un seul article se rapportant à l’accident de la veille. Tout avait été effacé.


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