Littérature suisse
Dessins suissesadmin
:: 12 septembre [Hommage] Dialogue d’elle-lui-elle
:: 11 septembre Sémantique urbaine
:: 7 septembre Nous allons mourir, mon amour
:: 6 septembre Quand le vent froid soufflera
:: 3 septembre Architecture réalisée : bureaux en mailles métalliques à Crissier
:: 2 septembre D’amour, de mères et de femmes
:: 1 septembre L’instant précis
:: 31 août Déréliction IV
:: 25 juin Où vas-tu, à Vinicius
:: 24 juin Quand elle dort
:: 23 juin L’abîme de l’été
:: 22 juin Vision
:: 21 juin L’été flamboyant
:: 20 juin Le lien
:: 16 juin La réalité
:: 15 juin Le départ de l’ange
:: 13 juin La lente disparition
:: 11 juin Dans l’orage
:: 8 juin Sur l’océan
:: 4 juin Pourquoi tu pleures?
:: 3 juin Danse!
:: 1 février La forêt
:: 7 janvier Le bistrot Il s’appelerait Marc
:: 24 décembre Neige et solitude
:: 22 décembre Morte Neige Reine
:: 2 janvier Grand Chalet Leysin
:: 29 décembre La faiseuse de mondes
:: 23 décembre Le clou
:: 20 décembre Quand on s’endort
:: 6 décembre REP Gérard Delaloye ou La solidité de l’Existance
:: 14 novembre Que dire de plus?
:: 30 septembre Rêve d’architecte
:: 10 août Celui qui n’en était pas un
:: 8 août Rêve d’architecte
:: 1 juillet La valse sans temps
:: 11 septembre | Sémantique urbaine
:: 21 juin | L’été flamboyant
:: 24 décembre | Neige et solitude
:: 22 décembre | Morte Neige Reine
:: 2 janvier | Grand Chalet Leysin
:: 29 décembre | La faiseuse de mondes
:: 6 décembre | REP Gérard Delaloye ou La solidité de l’Existance
:: 8 août | Rêve d’architecte
:: 24 juin | L’antre des Gobelins
:: 18 décembre | Les amours passés
:: 21 novembre | Laetitia, mode intérieur
:: 20 novembre | Mirko, joie et tristesse
:: 14 novembre | Un monde sans travail
14 janvier 2006

Le lac je n’y ai jamais vu aucun reflet. De plomb. Par contre un jour il n’y a pas si longtemps je me suis réveillé avec cette vision d’un vaste cratère à la place du lac. Un trou vide boueux, au pied de Lausanne et des montagnes.
Le jour avant qu’elle s’en aille. J’en ai rêvé…
Nous sommes allés nous promener dans le cratère formé par l’ancien lac. On marchait sur les algues sèches en évitant, pour ne pas glisser, les petites étincelles argentées des poissons morts. Comme un champ desséché picoté de miroirs brisés, la promesse d’une myriade d’années de malheurs. Au fond de cette nouvelle vallée, les restes du lac ne reflétaient plus rien. Ce n’était qu’une mare boueuse et nous avions de la peine à imaginer comment les cabanes bringuebalantes qui l’accompagnaient dans son agonie fétide, vaporeuse, au bord de ce trou lui servant de cimetière, pouvaient abriter des êtres humains. Plus bas des sortes de trolls se traînaient vaguement d’une cabane à l’autre, difformités rampant et glissant dans la glaise. Nous restions muets. Nous avions longuement regardé leurs huttes et leurs tentes agglutinées autour de leur propre mort, perdues au fond des dernières évanescences de l’eau. Tu te taisais, ta main me serrait trop fort, je me taisais. Les relents vaseux et fluorescents serpentant le long de cette improbable vallée me donnaient la nausée. De l’autre côté de la mare, au pied d’Evian, s’élevait une falaise boueuse, filandreuse, écrasant de son ombre le campement interdit. Des filaments d’algues brunes y pendaient encore, comme des cheveux sur le crâne d’une vieille. Ou comme un monstre poilu et titanesque sur le point de se retourner et d’avaler le monde : la guerre putride, l’innommable guerre, au creux de mon rêve j’eus cette nette certitude que tout est fait de guerre.
Même nos mains nouées.
Le couchant faisait ressortir de la paroi des croûtes malsaines, sanguinolentes, sans doute quelques déchets qui étaient restés accrochés à des corniches, des boursouflures. Plus haut, prolongeant la falaise, les dents des montagnes rougissaient, honteuses de dominer un tel ravage, et au-dessus des sommets le ciel vert faisait trembler l’enchevêtrement étrange de ses nuages.

Malgré cette puanteur et cette désuétude, devant un sentier artificiel plongeant dans les profondeurs lépreuses de l’ancien lac, un vaste calme flânait en moi et j’avais envie de trouver le paysage beau. Des milliers de bosses argentées, mauves, des poissons morts, des algues retombées adoucissant par endroit le relief, des couleurs bigarrées du ciel et des ombres nées de substrats chimiques en suspension dans la haute atmosphère, de tout cela émanait la beauté silencieuse et respectueuse d’un champ de guerre. J’avais le cœur en paix.
C’est terrible comme même au cœur de l’horreur je peux toujours m’arrêter et voir la beauté.
A quand mon sourire attendri devant les convulsions d’un malade, mon soupir de joie devant les amoncellements de cadavres ?
Mais de ton côté tu trépignais de colère. Des tressaillements énervés agitaient ta main dans la mienne. En revenant, tu t’es retournée, et le poing en l’air tu as hurlé à l’ancien lac : « JE M’EN VAIS ! » Et tu riais férocement, sans arrêt tu riais, à tel point que je te croyais folle.

Le lendemain, et pas en rêve cette fois, tu partais. Je ne t’ai jamais revue.

Depuis cette nuit, le lac, comme les montagnes ou les étoiles, j’évite souvent de le regarder.


Version imprimable de cette page
1 commentaire actuellement

Laisser un commentaire


  1. j’ irai jusqu’ a préférer le lac comme cela !!!

    Commentaire déposé by sylvainm — 30/3/2006 @ 1:57

:

:

:

:

Recherche sur le site
Romans et nouvelles en PDF
Mots-clés / consultations
Archive mensuelle
Le plus consulté récemment
Commentaires récents
Calendrier des publications
janvier 2006
L M M J V S D
« Déc   Fév »
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  
Flux RSS