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14 janvier 2006

Le lac je n’y ai jamais vu aucun reflet. De plomb. Par contre un jour il n’y a pas si longtemps je me suis réveillé avec cette vision d’un vaste cratère à la place du lac. Un trou vide boueux, au pied de Lausanne et des montagnes.
Le jour avant qu’elle s’en aille. J’en ai rêvé…
Nous sommes allés nous promener dans le cratère formé par l’ancien lac. On marchait sur les algues sèches en évitant, pour ne pas glisser, les petites étincelles argentées des poissons morts. Comme un champ desséché picoté de miroirs brisés, la promesse d’une myriade d’années de malheurs. Au fond de cette nouvelle vallée, les restes du lac ne reflétaient plus rien. Ce n’était qu’une mare boueuse et nous avions de la peine à imaginer comment les cabanes bringuebalantes qui l’accompagnaient dans son agonie fétide, vaporeuse, au bord de ce trou lui servant de cimetière, pouvaient abriter des êtres humains. Plus bas des sortes de trolls se traînaient vaguement d’une cabane à l’autre, difformités rampant et glissant dans la glaise. Nous restions muets. Nous avions longuement regardé leurs huttes et leurs tentes agglutinées autour de leur propre mort, perdues au fond des dernières évanescences de l’eau. Tu te taisais, ta main me serrait trop fort, je me taisais. Les relents vaseux et fluorescents serpentant le long de cette improbable vallée me donnaient la nausée. De l’autre côté de la mare, au pied d’Evian, s’élevait une falaise boueuse, filandreuse, écrasant de son ombre le campement interdit. Des filaments d’algues brunes y pendaient encore, comme des cheveux sur le crâne d’une vieille. Ou comme un monstre poilu et titanesque sur le point de se retourner et d’avaler le monde : la guerre putride, l’innommable guerre, au creux de mon rêve j’eus cette nette certitude que tout est fait de guerre.
Même nos mains nouées.
Le couchant faisait ressortir de la paroi des croûtes malsaines, sanguinolentes, sans doute quelques déchets qui étaient restés accrochés à des corniches, des boursouflures. Plus haut, prolongeant la falaise, les dents des montagnes rougissaient, honteuses de dominer un tel ravage, et au-dessus des sommets le ciel vert faisait trembler l’enchevêtrement étrange de ses nuages.

Malgré cette puanteur et cette désuétude, devant un sentier artificiel plongeant dans les profondeurs lépreuses de l’ancien lac, un vaste calme flânait en moi et j’avais envie de trouver le paysage beau. Des milliers de bosses argentées, mauves, des poissons morts, des algues retombées adoucissant par endroit le relief, des couleurs bigarrées du ciel et des ombres nées de substrats chimiques en suspension dans la haute atmosphère, de tout cela émanait la beauté silencieuse et respectueuse d’un champ de guerre. J’avais le cœur en paix.
C’est terrible comme même au cœur de l’horreur je peux toujours m’arrêter et voir la beauté.
A quand mon sourire attendri devant les convulsions d’un malade, mon soupir de joie devant les amoncellements de cadavres ?
Mais de ton côté tu trépignais de colère. Des tressaillements énervés agitaient ta main dans la mienne. En revenant, tu t’es retournée, et le poing en l’air tu as hurlé à l’ancien lac : « JE M’EN VAIS ! » Et tu riais férocement, sans arrêt tu riais, à tel point que je te croyais folle.

Le lendemain, et pas en rêve cette fois, tu partais. Je ne t’ai jamais revue.

Depuis cette nuit, le lac, comme les montagnes ou les étoiles, j’évite souvent de le regarder.


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1 commentaire actuellement

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  1. j’ irai jusqu’ a préférer le lac comme cela !!!

    Commentaire déposé par sylvainm — 30/3/2006 @ 13:57

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