Littérature suisse
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:: 9 février L’oeil retiré
:: 27 janvier Trop beau
:: 20 janvier Élévation
:: 12 janvier La chambre immaculée
:: 11 octobre | Esprit d’automne en flammes
:: 7 octobre | Impossibles calculs
:: 28 septembre | Silvina Simao Valente et Marc au Beau-Rivage
:: 13 juin | Justice?
:: 25 mai | L’envol
:: 4 mars | Mazot japonais
:: 17 février | La forêt sombre
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:: 6 janvier | Tube infuseur de vie
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Archive pour le 2 juillet 2006

2 juillet 2006

Il me manquait trois photos de moi pour être conforme. On ne m’avait pas vraiment demandé d’emporter un album de famille lors de ma séquestration et je n’avais aucune idée où trouver un tel matériel, mais en cliquant sur le lien [Galerie] j’ai failli tombé du coussinet. S’étalaient impunément sur le mur-écran des dizaines de plans moyens et de gros plans sur mon visage, sur ma vie passée, jusqu’à deux ou trois ans en arrière. Longtemps, très longtemps, je n’ai pas réussi à détacher mon regard de cette image, deuxième rangée photo n°11 ; cette image de moi couchée en travers de notre lit, on devine la forme de mes seins sous le drap trempe, le visage tendu en arrière et mes cheveux qui frôlent le sol, mes bras étalés sur le lit dans cette position de langueur si pleine d’amour, après l’amour, mon visage à l’envers les yeux mi-clos semble fixer l’objectif de la caméra, et ce bras, ce bras dans le fond près de la table de chevet, flou, jaillissant du tumulte des draps, son bras oublié, arraché à mes souvenirs, ce bras au bout d’un corps invisible qui avait été découpé, haché, congelé et remisé quelque part au fond du cœur, où c’est froid et mort, et j’ai pleuré en face de cette image qui n’avait pas le droit d’encore exister.
Toutes ces photographies n’avaient pas le droit d’exister. Sortant du boulot, assise à un banc du grand aula littérature de l’université de Paris XI, assise à une terrasse avec ma mère, ivres avec lui chantant et dansant autour d’un lampadaire près de la Place d’Italie, pensive dans le métro, ou plus récemment empoignant une bouteille de vodka dans mon trou lausannois, une image de demi-profil où je suis seulement éclairée par une bougie hivernale telle une vierge folle assise devant un carnet noirci de mots de tristesse et de mots de tendresses, tant de mots inutiles. Ces images étaient impossibles. Personne n’avait pu m’espionner durant tous ces clichés de ma vie sans que je ne m’en aperçoive. Personne d’humain.
Avant que tout ne soit noyé dans les larmes j’ai cliqué au hasard sur trois photos pour les ajouter à ma fiche.
« Cette photographie va être ajoutée aux dossiers que nous collectons contre vous. Désirez vous vraiment l’enregistrer ? »
Oui oui oui bande de tarés allez vous faire foutre. Ecrasée par tant de passé, clic sur [Je persiste et signe] : « FELICITATIONS.
Bravo et merci pour vos photographies ! Ce geste de bonne volonté vous aidera sûrement lors de votre prochaine promotion. »
J’ai frappé et frappé encore sur le coussinet qui a juste disparu dans le sol et mon visage défiguré s’est écrasé contre le béton, contre le béton mes larmes avaient l’air nulles, surfaites, inutiles comme les mots sur mon carnet.
Je vous emmerde, sale secte.


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