Littérature suisse
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29 juillet 2006

Fulgence dirigeait et animait à lui tout seul un atelier de sémantique souterraine – c’est ainsi qu’il l’avait surnommé, au grand dam de ses collègues –  à la faculté de sociologie de l’université René Descartes :    
« Je ne souhaite pas qu’on puisse établir un historique précis de l’aventure du métropolitain parisien. Avec tout le respect que je dois à ce réseau, je ne crois pas que cela soit possible. Même si on vous dira que chaque ligne a son histoire, que chaque station abandonnée l’a été dans un contexte précis, même si on pourra retrouver dans les archives un fatras de détails expliquant quand et comment un tunnel a été creusé, un caisson a été enfoncé sous la Seine, une Petite Ceinture a été abandonnée, je ne crois pas que l’aventure des hommes creusant sous le sol d’une ville puisse se limiter à une succession de dates, à des avals de procédures et à des vices de forme. Il y a plus à trouver dans le métro que des arrangements politiques, que des accords privés entre personnes à buts lucratifs. Je ne veux pas de dates et de lieux. J’aimerais que vous me parliez de l’essence du métropolitain, de son identité inhumaine et tout à la fois serviable, j’aimerais vous entendre vibrer comme seul un tronçon mal affermi sait le faire. »
L’auditoire écoutait en silence Fulgence Q . L’auditoire du cours de sociologie imaginait déjà la série de mauvais résultats qu’une telle demande allait encore provoquer. Le prof s’envolait lyriquement et c’était mauvais signe, surtout en fin d’année. Comme pour claironner cette injuste défaite préparée d’avance, un métro fit trembler quelques bancs.
« Voilà ! Je veux de la vie ! Une analyse complète de l’importance des passages souterrains ! Une étude du sens de creuser pour aller mieux et plus vite ! »
Il soulignait sur le tableau noir « complète », « mieux » et « vite ». Sa craie se brisa, il pesta et annonça comme d’habitude dix minutes à l’avance que le cours était terminé. J’y assistais dans un coin depuis quelques jours. J’avais suivi Angeline jusque là . Elle-même y assistait régulièrement, je pense que le vieil homme et son énergique passion des corridors suburbains la fascinait. Je découvris plus tard qu’il y avait autre chose aussi.
Elle portait un T-shirt avec l’emblème de la RATP moulant ses seins, un gros R et un gros P avec en dessous en petits caractères « Routes A Temps Perdu ». Elle souriait. Fulgence Q. la voyait toujours sourire, surtout quand il s’imaginait lui retroussant sa jupe mauve et trop légère et trop transparente, dans un auditoire où ils ne m’avaient pas remarqué.
« Vous ne les mettez pas en confiance en parlant ainsi d’un prochain rendu de sociologie. On dirait plutôt que vous demandez à un futur troupeau de poètes de parler de l’archéologie du métro parisien. »
« Et bien je ne m’adressais pas à eux, mais à vous. »
Réussir à la faire rougir artificiellement représentait un indéniable exploit, même si le rougissement chez elle semblait prémédité.
« Je n’ai rien compris à votre charabia. On dirait que vous avez trouvé une nouvelle raison pour chercher quelque chose dans les sous-sols. »
Elle avait tout compris, et le logo sur ses seins palpitait de contentement.
« Je n’ai pas besoin de vous expliquer. Lorsque vous étiez étudiante ici vous me pondiez des rendus exemplaires et je les lisais devant tout le monde. Vous avez le culot de me faire croire que vous ne comprenez pas ? »
A son tour de rougir, Fulgence n’avait pas l’habitude de prononcer des mots comme « pondre » et « culot » devant une femme. Il se détourna et effaça quelques citations subsistant sur le tableau. Angeline restait là , perplexe.
«  Il y a quelque chose qui m’échappe. Vous êtes passé l’autre soir retirer beaucoup de documents aux archives de la RATP. Vous planchez sur une nouvelle étude ? »
« Et qu’est-ce qui vous échappe ? »
« Ce ne sont que des documents techniques. Je ne vous connaissais pas cet intérêt-là . »
« Que voulez-vous Mme Tournier, je dois m’y mettre moi aussi, je dois m’y mettre… »
Derrière ses lunettes trotskistes et sa toison blanche, il décida, par respect pour sa femme et ses petits-enfants, de terminer cette discussion, et à la même occasion son érection. Angeline l’observa saluer brièvement, tressauter vers la sortie avec son sac de sport rempli de documents rares sur le métro, si lourd qu’à chaque pas le vieux professeur manquait perdre son équilibre. Elle resta un moment à contempler les rangées de l’auditoire vide, son regard tomba sur moi, je faisais semblant d’écrire, jusqu’au tremblement des vitres, le passage de la rame de midi, qui lui ramena l’appétit.


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