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2 octobre 2006

On ne dormait pas vraiment.
On ne mangeait pas non plus vraiment. Bien sûr il y avait des restos, des bars, surtout autour du Scanner du secteur, mais au lieu de manger on pouvait tout aussi bien avaler une pilule, et l’estomac et l’esprit s’emplissaient de la sensation d’avoir avalé un rôti de poulet et des frites, sans graisses, sans rien de néfaste, juste le goût et le plaisir d’un estomac bien nourri. Les pilules de vodka garantissaient une ivresse sans gueule de bois. Non pas que le souci de rester sain tout en pouvant se permettre tous les écarts fut impératif, parce qu’on pouvait toujours commander une vraie bouteille de vin ou une choucroute garnie, mais partout il y avait toujours l’option « pilule ». En plus les pilules coûtaient moins de crédits.
De même le sommeil n’était pas indispensable. J’avais la possibilité d’appuyer sur les touches SO de mon clavier et un lit se déployait dans ma cellule-fiche, mais on perd assez vite cette habitude. En cela je rendais responsable les fioles qu’on m’avait fait avaler dans la cellule en béton à mon arrivée ; ils avaient trouvé le moyen d’éradiquer le sommeil aussi. Et même le désir d’avoir des enfants était assouvi par la possibilité d’inviter quelqu’un « du monde extérieur » dans [p]. Beaucoup de femmes passé la trentaine arboraient leurs invités comme de petits enfants dont elles devaient s’occuper, qu’elles choyaient.
Le but je crois, est de nous rendre conscients du concept de divertissement. Ces actes qui permettent de s’échapper. On y avait droit, mais avec une pilule dans la bouche ils paraissaient juste ridicules.
J’ai assez vite perdu de vue les citoyens qui m’avaient accueillis.
Je vagabondais d’un secteur à l’autre sans pouvoir me fixer. Chaque secteur revendiquait un centre d’intérêt commun et ce concept de devoir forcément partager quelque chose de ma vie me paraissait ridicule. Tout comme à la surface, je ne partagerai rien ici avec un système mais avec quelqu’un.
Mais il y en avait plein. Des « quelqu’un ».
Je les voyais sur l’écran de ma cellule, je lisais leurs fiches, essayant de me défaire des âges s’affichant et même du sexe, me plongeant dans leurs mots en voulant ne rien voir d’autre, ne rien sentir d’eux que leurs mots.
J’ai été déçue par eux, par les mots, en rencontrant Huya. Il jouait avec eux, les mots, si bien que j’ai pleuré sur sa fiche lorsqu’il parlait d’enfants, de souvenirs, d’avenirs et de cendres. Son premier et dernier charme fut qu’il ne prenait aucune pilule. Comme on disait, il se « détruisait correctement ». Aussi imbu de lui-même qu’un talon aiguille claquant dans une rue vide, il était vide, il n’avait rien d’autre à donner que ce regard perdu rempli de la fierté de pouvoir poser des mots comme il faut là où il faut et il m’envoya beaucoup de messages parce que je n’y répondais pas, les uns plus somptueux que les autres, d’une richesse visuelle dégoulinante de tendresses et d’envies, multipliant la beauté de quelques verbes par des images sensées me donner envie de coucher avec lui, il jonglait ardemment comme un clown au milieu de la piste avant les singes. Les mots essaient d’accrocher des étoiles.


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