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4 avril 2007

Que je la croise chaque matin devant les toilettes du restaurant n’a strictement rien à voir. Le train surine le paysage des berges ennuyantes du lac chaque matin, et ça n’a strictement rien à voir aussi. J’aurais très bien pu ne jamais faire l’amour avec elle. Je veux dire que de la prendre férocemment sur la lunette ouverte des toilettes du train du restaurant pourrait très bien rester juste une phrase moche de plus sur mon long parcours de phrases moches. Le fait que la météo de ce printemps soit aussi impressionnante que celle du printemps d’avant et que celle probablement encore plus impressionnante du printemps prochain ne vient apporter qu’une once d’explication aux gémissements qu’elle étouffait sur la première page du journal "20 minutes". Elle se pose là avec sa trotinette quelques instants après le départ du train et j’ai tout loisir de l’observer à travers la porte vitrée du restaurant alors que le train traine sur ses fenêtres une succession de reflets tous moins intéressants que les autres. Elle aurait peut-être souhaité être prise ailleurs. C’est fascinant ce que la répétitivité a de puissant. Moi, je n’ai rien dit. Elle n’a pas dit grand-chose non plus. Se retournant avec ce déhanchement que je trouve si féminin pour que mon sexe glisse hors d’elle à la fin prévisible de cette rencontre, elle a aussi glissé un sourire accompagné de : "Emilie, enchantée." Je me demande si elle sera aussi là demain matin. Ca risque de poser problème désormais de la revoir tous les matins à côté de sa trotinette. Eviter de la tancer d’un "Bonjour" inutile; changer de wagon, sueur en tête, ou alors plus simplement nous pourrions faire l’amour chaque matin. Je suis assez du matin. Elle aussi ça m’en a tout l’air… Ou encore elle n’était là que pour assouvir ce fantasme, apparaissant, disparaissant, comme les reflets ennuyants en surimpression sur le paysage fade du printemps. Et je ne la reverrai plus. Ce serait plus simple, oui.


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