Littérature suisse
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8 avril 2007

J’étais ici il y a environ… Je ne sais plus; deux ans ? Trois… L’année dernière ? De l’avoir oublié ne me rajeunit pas. On ne s’attend pas à trouver Internet dans une auberge aussi kitsch, garnie de faux Picasso et de lampes à fleurs. Comme les suisse-allemands sont prévoyants. Une Gasthaus d’Aesch, pas loin de Dornach où vit ma belle-famille. Bourgade idyllique au pied du Jura, à quelques minutes de Bâle, paysage vallonné de conte de fée, collines couronnées de ruines authentiques prouvant au touriste américain sceptique l’âge honorable de l’envahissement par l’homme de ces lieux vierges, mais au coeur de tous les grands axes de communication non virtuels. Où se tient Yéyé, tout contre mon bras droit; un vieux clebs de race indéfinie qui pue indécemment, au coeur de tous les grands axes de communication. J’ai demandé poliment à la tenancière s’il avait 13 ans (au hasard) mais elle m’a répondu d’un sourire indulgent que "Ohhh nein, il a neuve han hein!" Yéyé attend que je lui donne quelque chose à manger alors qu’il n’y a qu’un café sur ma table. Son regard imperturbable me rappelle ma belle-mère. Marion est arrivé à cet état de l’âge et de l’existence où on peut rester assis toute la journée à fixer un point précis dans l’air devant soi. Elle aligne une cigarette après l’autre, seul signe de vie. Les enfants et les heures défilent devant elle sans qu’on sache si elle a perdu toute forme de vie intelligente, si elle est sous l’effet permanent d’un nouvel antidote contre la consommation excessive d’alcool ou si, mais aucune personne la connaissant (ni moi ni aucune de ses trois filles ni son ex mari en tout cas) ne se berne de cette illusion, si elle est plongée dans la contemplation philosophique de l’existence des autres. Elle fait un peu peur. Une preuve flagrante étant que Mirko, du haut de son instinct de un an et demi, s’est agrippé violemment à moi en la voyant assise sur sa chaise branlante devant la cuisine, ses cheveux violets et hirsutes jaillissant de sa petit tête au sourire énigmatique, elle a levé les yeux tentant d’y imprégner une forme de tendresse divaguante, et j’ai du retenir Mirko de grimper par-dessus mon épaule. Personnellement Marion me fait sourire parce qu’elle ressemble à une ex-rock-star, ses tatouages aidant, ou à une ancienne débauchée de la beat generation ayant survécu par miracle aux tentatives de suicide et à l’alcool. J’ai tenu bon, je suis encore là , maintenant j’ai plus qu’à crever de mort naturelle à la cigarette. Une vaste lassitude et un infini abrutissement aux médicaments d’où pointe néanmoins encore et toujours la pétillance de la déréliction possible. Une potentielle faille de l’âme continuellement remise sur pieds par une force de la nature indomptable, un ouragan humain enfermé dans un dé à coudre. Et le tout de s’annihiler dans l’inutile répétition de l’âge. Marion survit à des tempêtes, d’ailleurs elle a l’air d’un marin dont les requins ont déjà dévoré la presque totalité du corps. Sa tignasse violette en guise de varech fou au sommet du pilot vermoulu presque noyé sous l’acharnement des vagues. Elle fait peur aux enfants parce qu’ils sont si proches de la naissance et de la vie, aux adultes parce qu’ils n’ont pas vraiment envie d’y penser, tandis qu’elle joue au funambule au-dessus de la lave. Ou alors j’imagine tout. Marion ne serait qu’un esclave de plus de la drogue et de la vie, miraculée par un hasard si… écossais. Yéyé me bave dessus que c’est bien possible, oui, son regard pétille aussi, en définitive.


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