Littérature suisse
Dessins suissesadmin
:: 13 juin Justice?
:: 4 juin Je te condamne à l’amour
:: 2 juin Va t’en
:: 28 mai 2019 etc
:: 26 mai Summerhill
:: 25 mai L’envol
:: 10 mai Mange-moi lentement
:: 24 avril Jenny de Oldstones
:: 19 avril Le couple de Schrödinger
:: 5 avril mon coeur bat pour voir
:: 29 mars Délicatement
:: 28 mars Elle ici
:: 18 mars Chère inconnue
:: 14 mars D’un simple message
:: 4 mars Mazot japonais
:: 17 février La forêt sombre
:: 9 février L’oeil retiré
:: 27 janvier Trop beau
:: 20 janvier Élévation
:: 12 janvier La chambre immaculée
:: 7 janvier Jamais maudite
:: 6 janvier Tube infuseur de vie
:: 4 janvier La merveilleuse impossibilité de se détacher
:: 3 janvier Le Peuple mort
:: 29 décembre Il respire lentement
:: 25 décembre La Fleur de Nuit
:: 21 décembre Aimer tellement
:: 2 décembre Alto Paraiso
:: 30 novembre Je ne crois pas en lui
:: 21 novembre Aime-les tous
:: 19 novembre Les fils électriques
:: 18 novembre Effusion lente
:: 28 octobre Bang bang, mon amour m’a descendue
:: 27 octobre Le bateau coule
:: 26 octobre Corcovado
:: 13 juin | Justice?
:: 25 mai | L’envol
:: 4 mars | Mazot japonais
:: 17 février | La forêt sombre
:: 9 février | L’oeil retiré
:: 6 janvier | Tube infuseur de vie
:: 18 novembre | Effusion lente
:: 24 octobre | Le dernier des musées
:: 11 septembre | Sémantique urbaine
:: 21 juin | L’été flamboyant
:: 24 décembre | Neige et solitude
:: 22 décembre | Morte Neige Reine
:: 2 janvier | Grand Chalet Leysin

Archive pour juin 2007

28 juin 2007

J’ai tellement de chance. Et puis après s’être dit cela elle s’en va en oubliant assez vite qu’elle se l’est dit. Elle est parfois comme cette auteur aux lunettes d’écailles et à la vie de luxe, jouant à l’écrivain alors que la femme de ménage qu’il a insulté a plus d’histoires à raconter que lui. Feodora est faite de convictions successives et changeantes; tantôt actrice, danseuse, poétesse, chanteuse ou rien de tout cela ou tout cela à la fois, elle tente des chemins sans vraiment les essayer, parce qu’apprendre à jongler est tellement plus pompant que de jongler vraiment. Beaucoup d’avantages, de qualités, de vies possibles, elle les voudrait là , immédiatement, à ses pieds. Cette frivolité papillonnante, cette façon de tournoyer en ayant l’air de lire du Spinoza fascine. Elle me rappelle Holly Golightly dans "Breakfast at Tiffany’s", sa profondeur vient de son air de rien, de cette légèreté qui me ferait porter ses valises et m’empresser pour elle alors qu’elle me parlerait de sa prochaine pièce en riant et m’oublierait l’instant suivant sans que je puisse lui en vouloir. Elle me rappelle aussi un peu Yasha: toutes deux partagent cette même ambition implacable teintée d’une timide et philosophique humilité. Feodora évite de se dire qu’elle aime souffrir parce que les artistes souffrent et qu’elle veut être une artiste. Mais tout est si aisé autour d’elle, l’existence coule, plus que fluide, aérienne, alors les soucis, pour être cette artiste digne de nom, elle se les invente. Elle se crée des relations compliquées, fait un enfant seule et s’arrange en général pour que tout soit un petit peu plus compliqué que nécessaire. Et elle a un don certain: une talentueuse et convaincante sensualité. Dont elle use et abuse pour se faire sa vie compliquée d’artiste. Mais il est fort possible que ce jour où elle cessera de jouer elle aura impliqué tellement de gens que ceux-ci s’arrêteront pour dire d’elle: voilà une artiste accomplie. Peut-être qu’alors Feodora y croira tellement qu’elle poursuivra encore et toujours cette idée torturante de liberté absolue que l’artiste doit poursuivre et tournoira au milieu de toutes ces vies que sa grave frivolité implique presque naturellement, cherchant encore à travers elles, comme si elles lui étaient données, ce secret impossible de la création ultime. Pendant que sa fille tirera en vain sur la chemisette immaculée de l’artiste refaisant le monde. Tout est dans l’art et Feodora a tout de l’artiste se disant que tout est dans l’art. Le plus drôle étant que cette hautaine conviction provient sans doute d’un talent authentique. A moins que je ne sois moi aussi sous l’effet du sortilège.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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27 juin 2007

Le problème de cette fille, c’est qu’en pensant à elle je pense tout de suite à un problème. Elle sourit, séduit, immédiatement charmante, quand elle s’oublie au jeu charmeuse, et déjà raisonnent au loin la kyrielle de casseroles d’eau bouillante que son minois tentant efface en insisant un peu. Cette séduction naturelle dont elle embaume provient d’une étrange association entre un courage formidable et une fierté non moins remarquable. Une fierté quasi animale, sensuelle, si pleine qu’elle donne envie de croquer dedans à pleines dents: donner envie aux dragons qui rôdent, pas aux papa posés cadres supérieurs; cette aura de guerre lui évite la vie de station service au milieu de la plaine vidée par le soleil radio chantonnant. Une fierté animale qui lui permet néanmoins de distinguer le profitable du nuisible et d’avancer comme à pieds nus sur un sentier de guerre dans la jungle. Son courage par contre, à côté d’une capacité à se dépêtrer des situations les plus extravagantes ou pénibles, est paradoxalement responsable de ces mêmes situations. Elle est d’autant plus courageuse qu’elle est impulsive et fonceuse. Déterminée: femme de tête qui s’approprie ce sur quoi elle a jeté son dévolu par passion ou par intérêt. Professionnellement c’est à son avantage, sentimentalement elle peut tout obtenir moyennant un sourire en amandes et un décroisement de jambes approprié; par contre elle ne sait plus qu’en faire après, parce qu’elle est comme une petite fille perdue et s’attache, mais s’attache à des colliers de dragons appâtés par la princesse tyrannique. Elle est comme cette déesse fatidique de tornades et de forces élémentaires des comics, se changeant soudain en une enfant chérie de manga, aux grands yeux brillants, perdue. Entre deux, sa révolte se manisfeste comme un profond doute existentiel qui lui laisse comme espace de liberté le seul jeu, et elle joue avec l’avenir comme une enfant boudeuse et riche laissant glisser entre ses doigts des bijoux. Elle a peur de creuser le même sillon de vie en impasse que celui de ses parents adoptifs. Elle doit tenir debout toute seule, elle doit faire face toute seule. Dans le fond le couple n’est qu’un moyen provisoire pour alléger l’existence, un moyen sur lequel Lisa ne peut absolument pas compter depuis l’artificielle et immense déception d’un divorce en réalité préparé de longue date, préparé depuis la naissance de sa fille. Lisa ressent trop l’artificiel dans la vie de famille, elle ressent la vie de famille comme si elle y était invitée, comme une réceptionniste d’hôtel 4 étoiles qui fait ce métier uniquement parce qu’elle s’est convaincue que jamais elle ne pourra se permettre de passer une nuit dans pareil endroit avec pareil bonheur: ce bonheur-là , elle se l’est déjà interdit. Elle craint les épanchements d’amour, car ils sont trop souvent de fausses promesses. Elle possède ce sentiment du mensonge de tout ce qui implique ses émotions, inné, parce qu’il y a longtemps elle a été trahie. C’est alors naturel de craindre la déception, si naturel qu’elle la prépare avec application. Mais il faut foncer! Il faut avancer! Ne pas s’attendrir trop longtemps, ne pas s’empesantir de regrets: elle sait qu’à un moment ou un autre, sans crier gare, sans pourquoi, elle fera confiance à l’idée d’avoir une vie de famille. Cette clé, cet évènement magique, ce peut-être, elle l’attend, la petite fille aux grands yeux accrochée à sa peluche, sanglotant dans un coin de la vie, seule, mais têtue et patiente. Elle l’attend qui ressorte à la surface.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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22 juin 2007

Aranyo se marrait au téléphone avec une amie qu’elle a connu récemment. Le brouillard poisseux du temps affermit sa pression sur mes épaules. Cette musique divaguante qu’on entend dans le fond est la copie en cours de ma mémoire sur un support plus mou, sur de l’oubli, flasque dans le brouillard. Des pas spongieux empêtrés dans les algues. Et cette voix chatoyante, élèctrique, de l’amie à l’autre bout du fil, fait surgir une ombre. Non qu’elle soit menaçante, mais si lointaine que je sens des vers de terre me glisser entre les orteils. Pourtant il a surgit de la brume mains dans les poches, avec son sourire sympathique et son amour des autres, haussant les épaules. Un charisme naturel et on le suivait sans même s’en rendre compte parce qu’il ne se mettait pas en avant, trop timide pour ça. Une manière de donner l’impression que rien n’est vraiment important tout en s’insurgeant au bon moment et parce que c’est juste. Cette aptitude à discerner l’injustice, je pense qu’elle le rendait populaire. Et aussi à rire franchement, même par politesse, ce type de politesse rare, honnête et directe. Les autres souriaient en le voyant arriver comme je souris en repensant à lui maintenant, parce qu’il incarnait le bon pote, le gars sympa, qu’on peut légèrement admirer mais sans trop virer dans la béatitude; parce qu’il le prenait avec flegme. Charmant, intelligent, il aurait pu avoir beaucoup de succès auprès des femmes, le genre de succès qui à un moment ou un autre se serait retourné contre lui en le jetant dans l’arène des charmeurs-dragueurs. Mais il n’était pas assez causant pour cela. Julien respectait et admirait les femmes, un peu trop, comme de précieux totems, potentiellement dangereux, potentiellement magiques. Alors en entendant Aranyo rire au téléphone je me suis dit que ce genre de grande amitié, pleine de fraternité, me manque. Hélas au prochain train il aura fondu dans le brouillard.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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20 juin 2007

Quand je suis né une deuxième fois, en 1993, au-dessus de mon berceau se sont penchés un père et une mère. Rien de très excentrique, sauf que que j’avais vingt-deux ans, Folco en avait deux de plus et Laetitia deux de moins, et que mon berceau avait la forme d’une minuscule pièce noyée dans l’ombre des géants de Manhattan. Je savais bien sûr, ou plus exactement je sentais, je l’avais grouillant dans le ventre, me sautant aux yeux matin et nuit, mes cheveux s’étaient soudain dressés sur ma tête en une coupe aberrante, que tout allait changer, tout. Folco m’a donné la main, on a gravi la première colline ensemble. Son sourire d’émerveillement à tout, sa foi en la vie, sa force de conviction et son énergie communicative. Pourtant quelque chose le freinait et en contrepartie il était amusé et fasciné par ma passion sans limite, l’énergie formidable que je mettais en tout et sous des dehors timides cette permanente ébullition. Il s’empêtrait  dans ses doutes et chaque acte de création était accompagné d’un anti-acte de doute, de mise en abîme et parfois de rejet. Alors forcément avec moi à côté qui me jetais corps et âme dans l’acte de créer, gambadant entre les gratte-ciels, nouvel artiste élu, frais, candide, prêt à refaire le monde sur une page en une nuit, Folco buvait mon aveuglement créatif primordial jusqu’à la lie. Mais l’ombre de son père. Je me souviens que nous avions de temps à autres, pointant dans le maelström de nos concepts, nos idées, nos théories, nos révolutions, des réflexions sur son père écrivain. Il se sentait libre de lui mais ne l’était pas. Surtout au coeur de l’acte créatif lui-même: il s’arrêtait, tordu par les remises en question, annihilant le créé dans l’instant suivant, improbables et dévastateurs retours en arrière. En définitive je crois qu’il a fui mon chaos, un côté destructeur naissait en moi qui lui faisait peur. Sa recherche à lui se tournait vers l’humilité, la sérénité, même si le feu promothéen lui brûlait toujours les entrailles. Il avait tellement d’avance sur moi; peut-être avait-il justement trop de visions du monde, paralysantes. Je l’ai vu à la télévision italienne plus récemment car son père est décédé l’an dernier. Je me demande abruptement si ce décès lui permettra d’atteindre ses objectifs artistiques. Je me demande d’ailleurs s’il en possède encore. Folco m’a montré qu’il est possible de tenir le monde au creux de sa main. Ensuite il a tendu son poing vers le chemin s’en allant dans la plaine, l’a ouvert et m’a laissé poursuivre seul la poussière de nos rêves.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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17 juin 2007

Et l’orage scintillait sur la colline de l’église d’où la nuit tombée chuchotait des mystères avec les gouttes sur la peau et les fleurs, odeurs d’eau fraîche, goût d’alcool dans les veines. En explosant comme d’habitude, ce souvenir. Impossible d’éviter l’inaltérable, le temps figé, et quand la beauté d’un instant tombe comme un éclair j’ai envie de pleuvoir, de bruisser et de jouer au grillon ivre une nuit d’été. Irrémédiable mémoire et révolue mais constante, mélancolique et sans regret, imprimée sur les vitres de mon train et à chaque regard ailleurs la totalité sensuelle d’une nuit me suit comme si je la portais en lunettes. Constat malhonnête: le procès-verbal de l’amour. Mais il n’y a pas d’amour je le sais bien. Il n’y a qu’une envie d’aimer chevauchant endiablée angélique une envie d’être aimé. Mythologique dilemne entre aimer pour vivre bien et lentement et aimer pour brûler ensemble ou l’incestueux plaisir des moments volés égoïstement. Et je survole le champ de la bataille de l’amour en hurlant haut dans le ciel avant de fondre sur ma pauvre misère d’âme, d’existence, la platitude comme dessert et j’en redemande, je me gave. Anne, on s’évite. Quand il n’y a pas d’issue, on peut toujours s’éviter. Je m’en fous. J’existe avec articulé sur mon visage les expressions mécaniques d’émotions calculées et mortes. Un jour j’irai la revoir et je dirai à ses enfants qu’elle aura eu avec un marin: votre maman est quelqu’un de très gentil. Ce sera con, ce sera dit, ils me prendront pour débile et me mettront sur l’échafaud, mais je m’en moque parce que cette phrase bête, cette envie de dire brute, petit joyau de simplicité, sera la seule pensée sans duplicité que je possèderai jusqu’à l’anéantissement.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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16 juin 2007

D’un univers étriqué, bourgeois au sens le plus profond du terme, d’un snobisme intello et matériel pris à la source, d’un capitalisme carcéral et dogmatique, d’un style de vie de villa de banlieue française agrémentée d’attitudes hautaines envers le vil peuple, de léchouilles aux puissants et de foulards autour du cou pour faire "artiste", c’est de là qu’il vient Laurent: pour mesurer le chemin qu’il a parcouru, les sentiers qu’il a grimpé, les falaises desquelles il est souvent tombé. Nous partageons avant tout ce sentiment de révolte qui tôt, depuis les parents, l’éducation, les moeurs familiales, nous a saisi pour se répandre lentement sur les années et s’adresser à toutes les formes de convention, d’attitudes programmées, d’états des lieux de vies statiques, d’automatismes sociaux et d’abrutissements médiatiques. Il a recherché encore un nouveau système religieux, alors que par prudence et couardise je me suis éloigné de ces systèmes-là aussi. Sa beauté physique et une puissante volonté lui ont permis de se débarrasser très vite des chemins académiques, de faire des recontres initiatiques et d’apprendre par soi-même où se diriger et comment parvenir à ses fins. Il a gardé ses apparats intimidants et au premier abord semble peu accessible, cacher derrière son sourire enjoliveur et ses paroles diplomatiques un ego trop encombrant, alors que c’est exactement le contraire. Laurent a réussi à faire que tout l’ego soit immédiatement jeté à la face du nouveau venu, il s’en déleste le plus vite possible, et ainsi procède déjà une sélection, pour se débarrasser de ceux qui quoi qu’on fasse se limiteront aux apparences, pâmés ou méfiants, et approcher les autres, le cherchant au-delà des premières impressions. Enseigner l’union du corps et de l’esprit, ce métier qu’il a embrassé, témoigne de cette tension entre le sportif et l’intellectuel, le charmeur et le solitaire, l’insouciant et le philosophe, l’entrepreneur et l’artiste. L’utopie d’un monde meilleur le place en héros, révolutionnaire, sauveur et martyr, tant sa vision du monde actuel se situe parfois dans le parano-apocalyptique. Il recherche des coupables, mais je me demande au juste de quoi ils sont coupables tous ces "Ils" derrière les théories et les arguments philosophiques dont Laurent les habille. Il accuse la société occidentale et en critiquant ses dysfonctionnements il se range dans ces courants de pensée actuels qui veulent d’un Changement, qui menacent d’une Catastrophe. Possible aussi que ce soit pour lui une forme d’amusement intellectuel, de jeu par lequel il réussit à se construire un univers entier, dont les rouages lui sont parfaitements connus et grâce auquel il peut interpréter et comprendre des événements symboliques issus du monde des médias et de la communication globale. Continuellement, il découvre et redécouvre ce qu’il considère comme les vraies motivations de notre réalité. Ainsi a-t-il parfaitement conscience de chacun de ses actes, car cette interprétation complète de la réalité lui permet de traduire ses actes et ceux des autres. Quitte à souvent oublier qu’il s’agit de sa propre traduction. Laurent est un mystique pragmatique, un adepte de la flagellation amoureux de la vie; tantôt si excédé par nos pulsions, par ces plaisirs érectiles de nos débauches que son côté anachorète méprise parce que les femmes le flattent, le tentent, lui obéissent, qu’il aimerait devenir eunuque, tantôt jouissif et festif, sauvage ou guerrier. Il craint l’emprisonnement moral, l’enfermement psychologique, la dépendance à une seule personne et férocement il peut s’accrocher à sa liberté, qu’il conçoit comme un rempart contre toutes les formes de dépendance. Même contre l’amour s’il le faut. Un jour il dirigera à nouveau des danseurs, des corps dont il saura exactement quelles parties exprimer, il modèlera leurs mouvements, sculptera leurs gestes et créera cette alchimie entre le corps et le regard des spectateurs issue de sa vision de l’univers. Il le faut. Car là il n’y aura plus de coupables ni d’accusés, "Ils" seront tous là ressentant ces corps bougés par lui, et ils verront, et ils comprendront par le corps et par l’esprit mieux que par l’enseignement et mille mots. Je me réjouis de ce jour.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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15 juin 2007

C’est un joli contraste lunaire mettant les deux faces en un seul visage lisse comme du formica. C’est étrange comme il peut y avoir beaucoup de tension contenue derrière ce front et pourtant des regards si fragiles, presque perdus. Salonnique me fait penser à des personnages de Walt Disney, comme si elle avait été dessinée pour exister et camper un caractère mixte, une Cruella, et en même temps une Bambi. Mais peut-être que je l’invente ainsi et qu’il n’y a pas plus de dichotomie chez elle que chez nous. Mince. Je l’ai encore fait. Ce lapsus. La positionnant en-dehors du monde des humains: elle et nous. Ubiquité, ambivalence, face cachée et deuxième peau la placent un peu ailleurs. Une actrice? Nastassja Kinsky. Plus jeune aussi elle lui ressemblait peut-être, comme dans « La Féline », à tomber mais léthale. Je n’ai pas d’explication au fait que je la soupçonne frigide, occasionnellement. L’ambiguité d’une chatte noire aux yeux jaunâtres lui sied. Mais je crains qu’elle n’aime trop les théories, les idées de toutes sortes, toutes origines, et les discussions, les discussions académiques ou farfelues, mais les discussions, pas forcément avec quelqu’un d’autre, adepte de l’avancement du monde par la compréhension de soi-même. Elle ne réfléchit pas toujours dans la bonne direction: la flèche lui revient souvent dessus. Et puis il y a tellement de frustrations et tellement de choses à améliorer! Alors elle avance à tâtons, de peur de laisser derrière elle une action à améliorer, une facette de son évolution à mieux conclure, ciseler le diamant de cette vie si précieuse jusqu’à ce qu’il devienne parfait. Jusqu’à ce qu’elle voie enfin, qu’elle comprenne dans sa totalité et qu’elle sache parfaitement. Quoi? Ca dépend des jours. Et puis ce n’est pas facile de comprendre le monde lorsqu’on a parfois si peur des autres; son regard louvoie entre les gens qui la croisent et lorsqu’elle s’arrête il semblerait que ce soit par erreur, suit une drague compulsive offensant sa pudeur; pudeur apparente, ce serait plus proche de l’ennui ou du désintérêt face au mâle qui lui soumet si ostensiblement son désir: l’innatteignable est tellement plus fascinant; alors elle repart, déçue, parce qu’on dirait que les autres ne sont pas là comme ils faudraient qu’ils soient. Lui qui devrait l’aimer l’ignore, celui-là qui devrait se calmer et philosopher doucement en sa compagnie sautille en réalité d’excitation avec sa bite à la main, et l’autre là -bas qui pourrait éventuellement représenter une option intéressante est marié-trois-gamins. Pfff. La vie est si compliquée. A moins que ce ne soit Salonnique?


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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13 juin 2007

Toute la fierté. La fougue. L’élan et l’amour-propre. Je me souviens de Yasha en deux visages: les yeux rieurs et tendres ou exhorbités irradiant la colère. Bien que ce soit ce qu’elle recherche, difficile de l’imaginer sage, posée, diplomate ou méditative. Et elle est trop entière pour être Suisse ou consensuelle. Son besoin impérieux du monde et de la vie l’amène à refouler sa sexualité, de peur de se laisser déborder par elle. De perdre le contrôle. Elle plonge aisément dans l’instant et s’immerge immmédiatement dans les émotions qui la traversent, en bien ou en mal. Avec l’âge elle a beaucoup appris sur elle-même, construit des digues, des pare-feux, pour maîtriser les débordements connus et faire face aux émotions imprévues avec plus de distance. Elle se méfie aussi plus facilement de tout l’amour qu’elle offre aux autres en général: il s’est déjà retourné contre elle. Elle ne sait pas vraiment par quel coin attraper la société; les chemins usuels l’ennuient; sa passion et son énergie la poussent en-dehors des sentiers battus; mais en-dehors bien sûr, elle ne se sent parfois plus exister. Elle a envie d’aider, d’être utile, de donner toute l’immensité de son coeur, de manière unique, originale, innovante, elle place la barre très haut et est peu encline à l’indulgence ou l’autosatisfaction. Si ce don aux autres part d’un sentiment altruiste profond, même naïf parfois à force d’être limpide, elle ne néglige cependant pas au passage d’attendre des flatteries à l’ego, de recevoir remerciements et reconnaissance. Car Yasha aime aussi briller. En cela elle me rappelle un peu Eleonora. Peut-être même qu’elle aime surtout briller. Son étude opiniâtre de l’accordéon et sa passion pour le chant en sont témoins. Elle traîne derrière elle un léger complexe de l’autodidacte face à l’académicien, qui la rend froide vis-à -vis de certaines personnes parce qu’elle a l’impression de ne pas être à la hauteur en termes occidentaux de savoir et de culture. (Bien qu’avec l’âge et l’expérience elle se soit passablement ébrouée de ce complexe). Mais la dernière fois que nous nous sommes croisés, il y a un an, résidait toujours en elle cette incertitude, ce flottement émotionnel dont quelqu’un de banal se méfierait spontanément, de crainte qu’elle n’explose dans la mauvaise direction. Yasha se rend en effet la vie difficile en n’embrassant pas corps et âme, comme elle sait si bien donner d’elle-même, un métier amenant son corps et son âme justement sur le devant de la scène. Je la vois sur une scène plongée dans l’obscurité, seul un rai de lumière pâle la dévoile au public, et que le spectacle commence; elle:heureuse.


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12 juin 2007

C’est le meilleur ami qui me déteste que j’ai. Parce qu’il y a aussi d’excellentes amitiés qui ne fonctionnent pas. Même si on parle plus volontiers d’amitié quand on se voit de temps en temps, il ne faudrait surtout par croire que l’existence d’une amitié est conditionnée à de régulières rencontres. Théo, ça fait des années qu’on ne se voit plus: c’est parce qu’il ne veut pas embarrasser sa vie de tout ce qui pourrait le retenir, le tirer en bas, et moi je suis bien trop destructeur pour lui, parce qu’il y a 15 ans j’ai porté préjudice à une association dont il était responsable et il m’en voudra même à Noël. Je soupçonne qu’il y a aussi de sa part un malaise plus subtile. Entretenir de trop longues intimités serait donner trop d’importance à une seule personne alors qu’il y a l’humanité entière qui l’attend, trés impatiente et énervée de voir qu’il n’arrive pas. Et de donner trop d’importance à une seule personne ce serait aussi donner à cette personne une certaine forme de pouvoir sur lui, immanent à l’épaississement de la relation. Ce qui serait intolérable. Derrière la tignasse loufoque et l’habit excentrique, l’ardeur qu’il déploie à maîtriser sa vie est impressionnante. C’est d’ailleurs dans ce domaine, l’habit, que je suis forcé de lui concéder une innovation moderne: il a le look de l’organisateur-administrateur d’évènements du 21ème siècle, qu’on pourrait résumer à une sorte d’excentricité sombre sur un regard intense et lucide. Quant à l’ardeur qu’il met dans la quête d’argent pour aider le monde à s’améliorer et à collaborer – même sans les nazis – et ainsi se poser en leader alter-mondialo-alternatif, elle m’enrage. Je n’aurais alors qu’une constatation amère, unilatérale: toute sa personnalité unique aurait eu tellement plus d’influence, d’impact, de force sur les autres s’il était resté accroché plus longtemps à son idée de départ. Etre metteur en scène. Mais peut-être sous des dehors d’artiste ultime n’a-t-il jamais eu assez de créativité ou d’audace pour cela, trop inquiété par sa survie et, pourquoi pas avec le temps et à force de se battre, par la survie des autres. Maintenant je le croise à la gare de Genève et il a juste l’air comme ces autres qu’il croit aider. Pressé.


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11 juin 2007

Comme j’incarne l’Histoire, sur la minuscule maquette de mon existence, l’époque de Jeremy y tient la place de la grandeur, de la décadence et de la chute de l’Empire Romain. Non seulement pour y signifier son importance, mais aussi parce que je crois que l’habit du centurion, le casque surmonté d’une crête rouge, lui irait bien. Jeremy, c’est ce que le dépressif a de plus charmant, ce que le sensible a de plus brutal, ce que l’intellectuel a de plus humble et ce que le sage a de plus fou. Un charisme fluet, un air d’air-de-rien, t’arrache à ton insu un sourire en le voyant sourire.  Et déjà sans le connaître il t’a embarqué dans son histoire. Parce qu’il est bien plus qu’attendrissant, Jeremy, c’est de l’empathie-ready-made, le fast-food du charme, et pour ceux qui l’ont à peine connu je suis certain que des années plus tard au détour d’une pensée nostalgique, suspendus dans un léger spleen, surgissent soudain les yeux plissés et le sourire serein de Jeremy, sans raison. Je l’ai connu bien plus qu’il n’est souhaitable de connaître un autre être humain. Une amitié si fusionnelle que l’amour le plus passionnel paraît une bête boutade d’un soir, au point que nous étions empêtrés l’un dans l’autre, ficelés de tous les liens tissés par l’entente, serrés par les moments forts et presque noyés sous la vie partagée. Si la vie était à la taille du coeur, Jeremy serait immortel. Peut-être mon train s’arrêtera-t-il un jour à une gare près de chez lui, mais il est difficile de revenir sur tout ce qui a été vécu l’air de rien, faire un coup de vent et du passage de tout ça, et j’ai peu d’espoir.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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6 juin 2007

Je me demande quelle formidable supernova a lancé son énergie dans l’espace pour faire que nous nous rencontrions, je me demande si une amitié peut exister uniquement grâce à un évènement puissant qu’on partagerait commme les rescapés d’un attentat. Je pense à New-York, ce lointain après-midi de printemps 1994 où le mouvement général des foules en T-shirt et en sueur cuisait dans la grille des rues déjà estivales. Il y avait cette fin d’après-midi-là une discussion vive entre elle et moi sur une terrasse en balcon quelque part près de Central Park, elle me demandait d’interpréter ses rêves. Je parlais tellement et si vite que j’en avais la tête qui tournait et des picotements dans les mains. Nous nous étions rencontrés quelques jours auparavant à une pièce de théâtre grâce à Laetitia, une pièce montée par quatre ou cinq femmes de tête, des anecdotes drôles ou tragiques de vies de femmes. Depuis, ça n’a jamais cessé avec Anne-Flore, elle a toujours eu cet étrange effet sur moi le taciturne timide, cette aptitude naturelle à me faire parler. D’habitude je ne dis pas grand chose. C’est grâce à Anne-Flore que je crois aux alchimies de caractères, au mélange surnaturel de deux différentes personnalités avec des conséquences immédiates, en bien ou en mal. Il existe cette magie entre elle et moi, faisant qu’en présence l’un de l’autre il se produira forcément toujours quelque chose d’invisible et de puissant. Peut-être est-ce une forme paradoxale d’amour, une relation de la 4ème dimension, un échange de flux permanents qui s’intensifie inconsciemment lorsqu’on se revoit et explose à l’intérieur. Ca n’a rien de l’ordre de la séduction ni même de la tendresse, encore moins de la sexualité, bien que parfois cette énergie puisse présenter des affinités avec un rapport sexuel, comme si on avait fait l’amour en bavardant, tandis qu’à d’autres occasions il semblerait qu’un simple bavardage échangé avec le sourire contienne une mini-bombe nucléaires de tensions, non c’est plutôt que la réalité autour de nous se déforme un peu, l’air se pose à fleur de peau, les mots s’épaississent, durcissent puis doivent impérativement exister; et dans les silences qui les séparent se précipitent des discours entiers que nous sommes les seuls à entendre. Anne-Flore possède ce don extraordinaire de se souvenir intégralement de tous ses rêves. Dans une autre société, une autre époque, elle serait chiromancienne, à mi chemin entre la sorcière dont elle a les yeux et la fée dont elle a la grâce, d’ailleurs son sourire espiègle suggère que la nuit elle a les oreilles qui s’effilent, elle se change en Elfe. Je la vois, attentive et pensive, assise quelque part dans ces forêts jurassiennes que la fenêtre du train fait disparaître trop vite, à discuter avec les chants d’oiseaux et parler doucement à une pierre. C’est grâce à elle que j’ai compris ce que je vis, ce qui se passe, ce que je deviens, d’où vient ma réalité et surtout, où il faut agir pour tout changer.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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