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Archive pour le 7 juillet 2007

7 juillet 2007

Lorsque je me souviens de Christophe, je repense avant tout à sa surdité congénitale. C’est dommage. Tout un immense personnage qui s’est placé à l’ombre de ce problème d’audition… Fichtre, mille excuses, ce n’est pas un vulgaire "problème", mais une catastrophe de naissance, un Hiroshima personnel l’ayant abandonné, seul miraculé, nimbé de silence dans les vapeurs de poussière, chancelant, agressé par une radioactivité intime pour le restant de ses jours. Certes la surdité congénitale est une catastrophe pouvant annéantir toute une enfance, des jeux impossibles et des petits amis loins très loins plongés dans le silence, faisant du reste du monde un secret encore plus lourd qu’il ne l’est lors de l’apprentissage de l’autre et de la découverte des relations et des réseaux vivants. Un "je t’aime" lancé à une moue timide chuchotant le même verbe en une réponse qui n’arrivera nulle part. L’univers entier se résume alors à des interprétations d’une réalité impossible à partager. Une forme de solitude d’anachorète imposée par la nature dès la naissance, comme une injuste marque. L’amour hurle au fond d’un cachot introuvable. Une marque apposée qui plus est, comme si cela ne suffisait pas, au coeur d’une famille de musiciens! Immonde ironie dont le seul coupable est éthérique. Alors Christophe s’est inventé un personnage autour de son handicap. Un personnage hybride, damné tel un Beethoven, rongé d’angoisses tel un Rilke, romantique et sentimental, mais aussi incisif et aiguisé qu’un chercheur en physique des particules, un Beethoven de la poésie, un Rilke découvrant la femme sur des posters de magasines X, un romantique qui a vu des pays se déchirer à la télé, un chercheur essayant de retrouver la foi, de pardonner Dieu de l’avoir présenté aux autres ainsi. Mais ce personnage, j’essaie de ne pas l’oublier, est bel et bien  une invention mirobolante. S’il ne s’était pas donné cette apparence de poète romantique échevelé rejoint par la folie à un âge où on joue encore dans les bacs à sable, Christophe M. aurait les cheveux nets et bien lissés, des habits soyeux méticuleusement choisis pour leur confort, il serait comme ces masses de lichen, compactes, potelées et bien entretenues à l’ombre des bois. Il entretient derrière son personnage d’artiste illuminé le cercle vicieux du refus et de la peur des autres. Résigné, se condamnant aux limbes de la pensée et préférant se moquer des palabres ridicules de la parole. Mais qu’il retire ses lunettes, repousse un peu en arrière cette tignasse protégeant ses appareils auditifs des regards indiscrets, et soudain c’est un enfant qui apparaît. Un grand enfant immobilisé dans le silence de son enfance, infiniment naïf et tendre. Seul un sourire crispé rappelle l’adolescence frustrée et le jeune âge vexé par des amours rédhibitoires. Ainsi, d’obscure et confus Christophe M. devient translucide, de cette clarté surréelle des eaux des abysses. De terribles orages le traversent, aussi grandiloquents qu’enfantins: saisissant un couteau de cuisine il menace de se le planter dans le ventre, puis mime toute la scène et s’effondre sur le sol, comme mort; une heure plus tard nous buvons un jus ensemble dans la gargote du coin où avec une remarquable lucidité il analyse ses comportements déviés et ses pulsions, tout en rigolant. De ce rire hénissant, cette suite d’aspirations haletantes, comme s’il était sur le point de s’étouffer; un rire si hermétique. Il va trop au bout de lui-même, parce qu’il y est forcé, parce que son personnage le lui dicte, parce qu’il ne veut pas juste être le professeur de français sourdingue et looser mais l’Artiste Maudit (voilà pourquoi son personnage existe). Il peut être agressif envers son entourage, et grâce à une analyse de ses proches aussi fine et unilatérale que pour lui-même, le mal qu’il peut faire est aussi poignant que l’amour qu’il peut donner. Je n’amoindris pas l’ampleur de ces catastrophes émotionnelles qui le traversent, aussi comiques ou lassantes qu’elles puissent paraître lorsqu’on le connait mieux, car lui les vit sans artifice, de fulgurants instants d’émotion pure qui le laissent pantelant. Comme une drogue à l’effet violent et instantané. D’ailleurs je soupçonne qu’il y puise aussi ses amples élans de poésie. Ses amples poèmes rythmant la composition d’opéras de mots, une profusion de sonorités verbales, des orfèvreries de vers, positionnés, échelonnés, hiérarchisés, calculés pour remplir des éternités d’harmonie mystique en l’honneur du personnage sourd qui rêvait d’être compositeur. L’écriture telle une occupation sacerdotale a naturellement envahi son univers silencieux. Avec minutie il classe ses élans, il range ses émotions dans la rime, écriture aussi incisive que son esprit entraîné à l’analyse, et parfois aussi forte que ses jets qui le traversent, et à d’autres moments aussi sentencieuse et fatiguante qu’un ermite radotant dans sa tour. Mais quand tout s’efface, quand il oublie le personnage qu’il s’est composé, ses mots atteignent la puissance des grandes oeuvres du génie de l’Homme, et je retrouve en Christophe le gentilhomme immaculé, un tantinet maniaque, follement drôle, promenant son regard sur tout et tous avec une acuïté inoubliable. Au coeur d’une nuit d’insomnies par exemple. Alors que dans la rue claquent des rires de femmes, des poupées enfantines et pornographique choyées comme des totems, à jamais innabordables tant elles incarnent le summum de ses frustrations dans sa relation avec un monde noyé où, lumineux et idéalisés, île fatidique, l’amour et le divin émergent.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.

 


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