Littérature suisse
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:: 14 mars D’un simple message
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:: 17 février La forêt sombre
:: 9 février L’oeil retiré
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:: 20 janvier Élévation
:: 12 janvier La chambre immaculée
:: 7 janvier Jamais maudite
:: 6 janvier Tube infuseur de vie
:: 4 janvier La merveilleuse impossibilité de se détacher
:: 3 janvier Le Peuple mort
:: 29 décembre Il respire lentement
:: 25 décembre La Fleur de Nuit
:: 21 décembre Aimer tellement
:: 2 décembre Alto Paraiso
:: 30 novembre Je ne crois pas en lui
:: 21 novembre Aime-les tous
:: 19 novembre Les fils électriques
:: 18 novembre Effusion lente
:: 28 octobre Bang bang, mon amour m’a descendue
:: 27 octobre Le bateau coule
:: 26 octobre Corcovado
:: 13 juin | Justice?
:: 25 mai | L’envol
:: 4 mars | Mazot japonais
:: 17 février | La forêt sombre
:: 9 février | L’oeil retiré
:: 6 janvier | Tube infuseur de vie
:: 18 novembre | Effusion lente
:: 24 octobre | Le dernier des musées
:: 11 septembre | Sémantique urbaine
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:: 22 décembre | Morte Neige Reine
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Archive pour août 2007

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30 août 2007

Il est monté à Paris pour gagner. Il avait économisé ses sous durant de longues années passées dans la pénombre grasse des machineries d’usines. Auprès de ces grands vitraux de hangars dont la lumière est blafarde, fade. Il a peiné et sué, précis et entêté, enterrant le quotidien sous sa vision si proche de la capitale illuminée, pour économiser et monter à Paris. Entrer dans une école de cinéma. Il l’a fait. Il a réussi. Paris fantasmatique, noeud d’ambitions grandioses changées en fortunes escarpées ou en mollusques. Se pavaner dans les bars branchés, effleurer ces beaux visages, et puis ce bouillonnement invraisemblable d’ambitions auquel sont sensibles tous ceux qui sont là pour aller plus loin et pour réussir mieux et pour. Et pour. Deux ans plus tard il n’avait plus rien. Il squattait son appartement parce qu’une loi bieveillante empêchait son propriétaire de le virer durant l’hiver. Et au printemps il dormait dans tout ce qui lui restait: une vieille Renault du temps des usines, montée par une de ces machines qu’il avait lui-même lubrifiée. Il dormait dans un parking, mais dans le parking d’un supermarché parisien, oui Madame. Parisien. Alexandre ne pouvait plus exister ailleurs. Je l’ai perdu de vue à cette époque, puisqu’alors je quittais la ville de tous les rêves pour aller m’enfermer dans un grenier suisse. Mais Alexandre est resté. Il ne peut pas quitter le rêve. Tant d’autres avant lui n’ont pas pu quitter le rêve et tant d’autres après lui ne pourront pas le quitter. Il y a ces images lisses de ceux qui ont peiné pour sourir finalement et qui brillent dans les kiosques des boulevards la nuit. Le ronronnement des affichages glissant sur un loft flou où une femme presque nue devant un écran plat immense sourit aux ambitieux. Alexandre et l’ambition. Forcément: le Grand. Mais il a passé l’âge de ces gamineries. Mais il y a toujours quelque chose de complètement enfantin à vouloir briller tout en supportant la vie. Dans sa voiture il écoute la radio et de grands personnages lui sussurent leurs idées et leurs existences. Ils ne sont pas loin, à quelques avenues du parking où il s’endort, couvrant les vitres de buée froide et de rêves.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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26 août 2007

David Ruzicka: Chez Klara, Prague, Zizkov, août 2007


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26 août 2007

Elle est là . Quand Maryam arrive quelque part, tout le monde sait qu’elle est là . Elle n’est pas extravaguante, elle n’hausse pas la voix, elle n’essaie pas de se faire remarquer, mais elle a sa manière d’intriguer et de faire les regards se poser. A trop la connaître, j’oubliais presque son charme naturel. Cette sensualité qui est l’apanage de celle qui a l’habitude de plaire. Sa peur de vieillir elle-même s’est changée en volonté de plaire encore plus; et elle a réussi à faire briller autour d’elle une aura d’envie, d’appétit. Un charisme féminin refusant les artifices modernes du lifting et du silicone pour embrasser son âge avec toute sa terreur de ne plus plaire et tout l’éclat de celle qui, lasse et faible et fragile, accepte en se moquant d’elle la férocité du temps. Sa beauté n’est pas vieille, sa beauté n’est pas jeune, sa beauté traduit tout l’éclat d’années à les voir baver à sa suite. Mais là où d’autres ondulent comme des limaces laissant la bave au passé, Maryam s’affranchit de l’âge en éclatant de peur devant les rides: elle a changé sa peur de l’âge en éclats de beautés. Elle me fait penser à Jeanne Moreau. Parce qu’en parlant d’elle je cherche à parler de sa beauté, alors que je pourrais parler de sa façon d’être, de ses manières, de tout autre chose, mais non je parle de sa beauté. Je me pose dans un coin sombre du bistrot où elle s’est assise avec quelqu’un. Je l’ai remarquée. Le temps de finir mon verre elle a disparu et fait partie de celles qu’un inconnu n’oublie pas.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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10 août 2007

Les aller-retour permanents en train de Lausanne à Genève offrent un immense potentiel mélancolique. Comme de faire remonter à la surface une amité de l’aube des temps. On a sans doute partagé tous nos rêves. Toutes les folies et les libertés et les impensables volontés d’avant 18 ans on les a balotées ensemble tels des cerf-volants fous sur un ciel parfaitement bleu attendant qu’on vienne y marquer nos initiales. François était mon seul ami. En traversant toutes ces années de morsures et de prétentions formidables avec lui, un lien insondable a été tissé qui ne peut plus disparaître sous la vague des ans. Forcément, quand on a roulé ensemble sur une autoroute de la riviera lémanique avec des motos volées capables de rugir dans le vent d’un été inoubliable à plus de 200 km/h, adolescents de 16-17 ans sans permis agrippés à des mécaniques portant tous leur rêves dans l’air tiède, prometteur, fonçant et dépassant toutes les voitures, tout ce qui bouge, forcément il y aura toujours de quoi en rire et de quoi s’en extasier. On peut tout faire. C’est ce que me rappelle encore et toujours ce souvenir délirant. Et puis il y a eu la police, et les juges, et les parents, et les emprisonnements avec sursis. On s’était pourtant bien dit que si on se faisait prendre on ne dirait rien. Après une nuit en prison, en face d’un inspecteur prétendant que François avait déjà tout avoué, j’ai juste voulu en finir avec la taule qui se profilait et j’ai craqué et j’ai avoué. Pas tout, mais j’ai avoué en tout cas ce qu’ils voulaient entendre. J’essaie encore maintenant de me discupler. Car François en réalité de son côté n’avait pas craqué, il tenait la promesse qu’on s’était faite. Je me demande maintenant devant le paysage qui meurt une fois de plus dans mos dos si je n’ai pas été faible, si je n’ai pas tout cassé entre nous à ce moment-là , et si depuis ce moment nos chemins se sont dissous vers d’autres horizons. François était plus fort que moi, plus coriace et plus lucide, et surtout, il n’avait aucune peur des autres. Sa confiance en lui n’avait pas de limites. Là où plus tard j’ai plombé mes ambitions de doutes et de questions, m’éloignant des autres et construisant petit à petit une réalité où je repoussais mes rêves dans la solitude, lui au contraire, intelligent, clair et direct, est allé palper et saisir et embrasser les événements. A cet âge, ça veut surtout dire les femmes. Les femmes. Confiance en soi, charmeur, séduisant, éloquant, persipcace et attentif, ce fut l’âge où tous ces rêves et toutes ces envies de force brute sur l’implacable système trouvèrent pour François une expression tangible dans le désir du corps des femmes. Dans le désir, mais cela je le lui laisse, comme pour beaucoup d’autres sans doute, moi en l’occurence, alors de plus en plus seul dans mon coin de rêves bétonnés de réalités, dans le désir d’être aimé.


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3 août 2007

Dans la salle du département d’architecture où nous étions entassés, à la lumière de ce matin blafard comme seule Lausanne sait les inventer au printemps, en 1993, le professeur Brulhard essayait de se rappeler d’un nom suite à une citation. Je me rappelle de ce prof, un échevelé grisonnant et distrait qui ne parvenait pas à faire de l’ombre à son principal répondant, le professeur Jacques Gubler. Il ne tâtonnait pas dans le but de réveiller les étudiants, ce lapsus le gênait vraiment et il se tordait sur sa chaise à notre hauteur dans cet atelier de projets, de honte de ne pas se souvenir d’une telle évidence. Il n’y avait que deux personnes qui se rendaient compte à ce moment précis de l’humiliation d’un tel oubli: le professeur lui-même et Léo. N’y tenant plus, et certainement un peu fier, Léo a levé le bras et clamé: "Wittgenstein!" Le prof a sursauté un honteux "merci" avant de poursuivre son oraison architecturale. Je me souviens de ce moment parce que j’étais proche de Léo et qu’à cet instant j’avais été particulièrement fier d’être assis à son côté et d’être son ami. Léo incarnait cette intelligence liée à la passion de l’architecture que je n’arrivais pas à développer. Par exemple à la fin de ma première année lorsque j’avais étalé sur le panneau d’affichage le rouleau prétentieux de mon projet, dont l’unique intérêt fut sans doute la véhémence du dessin, je n’ai pas été fier que les professeurs ou les assitants ou les autres étudiants admirent l’étalage de mon laborieux effort, mais j’ai été fier que Léo se dépêche d’aller chercher un autre étudiant aussi passioné que lui pour être présent à mon exposé. Il y a 14 ans donc, ceci s’est passé il y a 14 années, et je me demande ce qui explique l’élan de vie passionnée depuis cet instant, l’élan de vie qui l’a poussé à abandonner l’école d’architecture de Lausanne, à passer avec succès les examens d’entrée à l’université de Venise, à traverser les années d’études de l’architecture à Venise, à rencontrer Liesbeth, à vivre l’art et l’architecture avec elle, et aujourd’hui, à assiter à sa mort. Parce qu’il y a forcément un lien entre sa décision et ce qu’il vit. Je me demande si je peux comprendre la mort présente de Liesbeth dans la vie de Léo, dans la vie de Léo telle que je l’ai aperçue de loin, dans les sursauts d’une amitié taraudée par les aléas de l’existence. Si sa passion pour l’architecture et l’histoire de l’art ne l’avait pas amené à Venise, jamais il n’aurait rencontré Liesbeth, et jamais il n’aurait du assiter à sa mort. Ou est-ce qu’en ayant terminé ses études à Lausanne, ou à Paris, ou New-York que sais-je, aurait-il là aussi rencontré Liesbeth et aurait-il là encore assité à son trépas? Cette chaîne de causes à effets, vaut-elle la peine que je m’en préoccupe? Non bien sûr. Comme je ne peux la faire revivre, je ne peux expliquer qu’il l’a voit mourir. C’est pourtant ce que j’aimerais pour lui maintenant, lever mon bras devant ce lapsus de l’existence, lever mon bras et tout arrêter l’espace d’un instant, lever mon bras pour clamer devant ce professeur qui ne sait rien et qui a tout oublié: "Liesbeth!", et que dans un sursaut impossible tout soit à nouveau rétabli, et fier, et existant, et passionné, pour Léo à mon côté. Liesbeth se tenait derrière nous ce matin-là , souriante, à Paris, à New-York, à Londres ou à Lausanne, et quand je me retourne, je la vois.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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