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24 septembre 2007

Je ne sais pas vraiment qui elle est. Pourtant je l’ai rencontrée la première fois durant l’été 2000. Je m’en souviens bien c’était exactement 6 mois après mon retour du pélerinage à pied de Lausanne à Compostelle. Durant ces années de tchat je me suis beaucoup confié à elle sans jamais la rencontrer. Mais le temps n’a pas d’importance. Quand je tchate, le temps prend une autre forme, il se dilate immensément lorsque les mots sont inscrits sur le clavier, et puis il est réduit à rien lorsque les mots sont envoyés. Ainsi nos rencontres se sont succédées durant des années, collées les unes aux autres par un temps agglutiné. Ces contractions donnent aux dialogues une aura d’intemporalité. Mais à l’inverse de longues lettres, tout est soudain contenu dans l’instant du dialogue, et devant mon écran c’est comme si je la retrouvais dans le métro par hasard. Nous sommes flous de corps et de visage l’un pour l’autre. Nous sommes des possibilités physiques. Ensuite nous allons ensemble parler dans un bistrot, où je m’adresse à un fantôme mouvant et elle aussi, avant de disparaître à nouveau dans la cohue, dans le brouillard des jours, je ne sais pas jusqu’à quand, ni jusqu’où. Dans l’apesanteur du virtuel, j’ai ainsi flotté autour de Kalissea durant des années. Je la provoquais, je l’attaquais, je lui demandais des réponses qu’elle n’était pas en mesure de me fournir parce que mes questions n’avaient sans doute de sens que pour moi-même. Ultimement, je collais sur son être éthèrique le rôle de la page blanche. Je savais qu’elle était là à m’écouter, que dans ses longs silences je ne devais pas attendre de réponse, et j’écrivais sur mon écran comme si j’avais pu m’adresser à une page vide qui m’aurait compris entièrement. Kalissea a été ma Lectrice, sculptée dans mon espace virtuel comme une sainte au sommet d’un portique, penchée sur moi dans l’éternité noire de ses silences d’écran. Et, lorsque mes monologues semblaient vains, alambiqués, tautologiques, elle me souriait doucement pour m’inviter à poursuivre par une phrase laconique qui néanmoins me donnait soudain tant d’espoir, tant de ferveur, d’être encore entendu. Elle a vécu des années à Genève. Puis quand j’ai commencé à y travailler elle est partie loin. Comme les fées qui s’évaporent près d’une brindille trop secouée, et je ne le regrette pas, parce que c’est comme les fées justement. Elle est partie en Afrique, naturellement, comme il se doit. Dans cette zone de mon imaginaire où tout est encore permis, où tout est encore, si près de l’abîme, souriant.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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