Voir

Voir le ciel comment il change dans une seconde et voir les secondes du temps qui s’écoule sur les épaules de chaque passant et voir la fuite brillant doucement sur les carrosseries qui s’entassent l’une derrière l’autre et voir la vie qui tend d’un point à l’autre pour survivre à l’effort dans les regards croisés,

Voir la fin et voir la naissance dans chaque petit moment d’un jour, de la nuit, du soupir à l’extase, d’un murmure au râle, et voir la mort qui s’insinue entre chaque répit, voir le piège du temps et la liberté infinie de chaque instant, et voir l’aube et le crépuscule qui écrasent d’un horizon plat le quotidien, et voir les rêves des êtres entre les mots qui sortent de leurs bouches,

Voir sans repos l’extase continue qui dépasse tous les quotidiens, et qui roule sur l’âme comme une vague trop lourde, et qui l’étend doucement sur un temps trop rugueux, voir l’effervescence des humains qui se détachent de l’essence en espérant, en croyant encore à plus, à un au-delà du temps, et qui aiment et font l’amour pour cette infime sensation de libération,

Voir son regard qui s’ancre dans le mien et qui sait bien que rien ne va comme il faut, mais que tout va comme il doit, voir dans son regard cet écart minuscule entre le vrai rêvé et le faux vécu, comment creusent leur vaste tombe les passants désespérés qui passent sans se voir, les humains assis à leurs tables sous les nuages qui oublient les étoiles, voir comme elle me voit et comme je la vois et comme dans cet échange sans musique ni mot toute la finitude de chaque existence est exprimée, et toute la majesté de notre lien minuscule s’étale au-delà du ciel pour nous et pour tous.

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