31 octobre 2004
Lorsque vous ne savez pas quoi faire, ne faites rien. C’est mieux.
30 octobre 2004
Méthode :
Quand on ne sait pas quoi faire de sa vie, il vaut mieux assumer une activité ridicule que d’assumer le fait de ne pas savoir quoi faire de sa vie.
Si c’est généralement le cas, on peut avancer en toute confiance que le terme « assumer » n’a strictement aucun sens.
29 octobre 2004
Je vois sa trame, les ramifications électriques de ses fonction-nements, ses multiples pulsations. Je ne vois pas l’avenir, je ne comprends pas le passé, mais je vois le monde présent dans ses moindres recoins. Cette lucidité est terrible et pour la supporter je ne peux fixer personne dans les yeux. Ce serait dévoiler un secret trop lourd pour les autres. Solitude illuminée. Je vois ses bassesses et ses lumières, ses drôleries, ses excentricités, et sa morne uniformité, ses conventions, et ses secrets. Tout ce qu’on vous cache, je le connais. Je vous le dis, les caméras cachées dans l’âme de chacun sont diffusées en continu à la télévision, droit devant vous, jour après jour, tout le temps sur tous les canaux, mais vous ne voyez rien. Vous vous contentez au mieux de disséquer le contenu élémentaire, la couche supérieure, parce qu’au fond vous ne voulez pas vraiment voir. Mais arrêtez-vous, voici l’Ultime Testament, la divulgation totale, diffusée à la vitesse de la lumière dans toutes les directions de l’Univers. La télévision est notre réputation extraterrestre. Pas étonnant dans ce cas qu’aucune civilisation évoluée ne nous contacte. Hé, hé. Nous sommes les Téléspectateurs du Nombril, les Grands Idiots de l’Univers et notre Mère la Terre est un Asile Intergalactique pour Retardés Notoires. Partout ailleurs, ils appellent la Terre « Catatonie », et il y a de grandes autoroutes de trous noirs qui font de larges détours pour leur éviter à tout prix ce lieu infect. Hé, hé. Mais moi je l’adore, ce lieu.
28 octobre 2004
Quand on est seul on a envie d’être en couple, quand on est en couple on a envie d’être seul. Quand on est là on a envie d’être là -bas, et quand on est là -bas on a envie d’être là . Quand on est heureux on se demande si c’est normal et quand on est malheureux on a envie d’être heureux.
On n’est jamais ici, toujours quelque part.
Ca s’appelle l’intelligence humaine, paraît-il.
27 octobre 2004
C’est si compliqué, la vie. Il y a des avions qui volent et au bout de leur trace blanche dans le ciel, des gens en train de manger du plastic ne savent même pas qu’on les observe en rêvant de leur destination. Il y a des bouchons sur les autoroutes alors qu’aucun accident ne les justifie et tous les conducteurs écoutent ce même air désaccordé leur hurlant dessus alors qu’ils rôtissent chacun dans sa voiture. Il y a des taux d’intérêt qui chutent, des immeubles qui poussent comme des champignons, des dealers millionnaires pendant que cette charmante vendeuse range des yaourts à la fraise huit heures par jour aux rayons 21 à 33 du supermarché. Il y a ces sirènes d’ambulance qui grossissent, grossissent, puis finissent par s’éloigner alors que cette femme se sert une autre vodka parce qu’une fois de plus son mari est en voyage d’affaire. Il y a ce peintre raté qui gagne sa vie en faisant des hot-dogs et alors qu’il se fait virer un jour parce qu’il s’est planté de sauce son patron goûtant le résultat invente le big mac. Il y a des palais pour une seule personne en Roumanie et des HLM s’entassant les uns sur les autres à Paris. Il y a des gens qui se flinguent dans des villas qui coûtent des millions et des gens heureux dans la villa modèle C-25 reproduite cent fois, avec ses parois en carton. Il y a la télé sans mémoire qui crache des images et le désastre d’après engloutit celui d’avant comme si l’univers entier renaissait à chaque minute tandis que la voisine en-dessous hurle au viol. C’est vraiment compliqué tout ça, beaucoup trop compliqué, un monde en forme d’anaphores aberrantes qu’il est devenu vain d’expliquer. Le laisser se répéter. Me contenter de programmer.
26 octobre 2004
Hubert est devenu développeur PHP. Il vient d’avoir 19 ans et il n’a aucune formation. Enfin si, son école depuis 1995 : Internet. On l’a engagé pour un salaire de 6000 EUROS par mois. Il a déballé ses réalisations à l’entretien en une liste impressionnantes d’URL montrant l’étendue de son savoir, et ses employeurs n’ont pas eu d’autre choix que de lui donner sa chance.
Il maintient plusieurs sites de téléchargments gratuits et d’aide aux développeurs et webmasters. Sur Google, ses sites apparaissent toujours en première page.
Deux ans plus tard il sera promu responsable de développement axé web dans la boîte.
Six mois plus tard il devra déménager au siège international à Londres, pour occuper le poste de directeur IT.
Certains ingénieurs qualifiés mais timides jalousent son éloquence et son entregent.
Il inventera son moteur de recherche en mai 2008.
Contrairement à Google, ce moteur ne présente pas les résultats sous la forme d’une liste de page en page. Ni sous la forme de catégories. En fait on pourrait comparer son développement à la découverte des « fenêtres » qui a donné naissance au « home computer ».
Son moteur est plus visuel, plus convivial et plus efficace.
Une sorte de carte du monde du Net révolutionnaire, où la recherche devient plus intuitive.
Hubert sera millardaire à 29 ans, à la mise en bourse de sa société.
Il mourra à 42 ans devant la baie vitrée d’une station de recherche en nouvelles sources d’énergie, fondée par lui, lors de l’explosion de la station à cause d’une tentative ratée de fusion nucléaire.
Mais la tentative suivante sera la bonne.
Hubert aura donné au monde un nouvel élan, un nouvel espoir, une nouvelle confiance en ses desseins.
Merci Hubert.
25 octobre 2004
Il y a des luttes intestines.
En nous des guerres se déroulent.
S’épanchent en soubresauts délirants de neurones reliés entre eux sans but.
On ne comprend pas pourquoi.
On ne comprend pas comment.
Génétique, environnement, éducation… Dieu…
Des théories giclent elles-mêmes coincées entre les neurones.
Nos théories et idées elles-mêmes sont le produit de ces luttes intestines.
La réalité ne nous est pas accessible.
Pour une raison toute simple : nous sommes nous-mêmes.
24 octobre 2004
Parfois il tourne directement à droite à la sortie du métro et prend la petite ruelle noire de monde toute la nuit, derrière la Bastille, sur les terrasses et dans les bistrots alignés le long de la foule s’étirant sur toute la rue, des lieux d’abandon au garde-à -vous.
Il n’aime pas sortir. Il travaille trop pour en avoir encore envie. Et puis lorsqu’il rentre il a sa femme et son garçon qui l’attendent.
Mais depuis quelques semaines il bifurque de plus en plus souvent sur cette ruelle.
Il se sent vieux.
C’est la première fois de sa vie qu’il a ce sentiment. Observant les jeunes femmes rire, les jeunes hommes et leurs pantalons lâches sur leur hanches étroites, presque maigres, les éclats de peau lisse brillant un peu partout dans la chaleur estivale et ce mouvement d’ensemble, à la fois nerveux et sirupeux, glauque et splendide.
Merde comme ils ont l’air jeune, tous.
Il sent que tout ça, c’est terminé pour lui. En soit ça ne devrait pas le toucher : il n’aime pas sortir. Pourtant, sa gorge se serre, ses mains moites se ferment et s’ouvrent trop vite dans ses poches. Parce que c’est terminé. Il n’est plus jeune, maintenant sa vie va ailleurs, vers un autre âge qu’il ne connait pas. Et c’est effrayant.
23 octobre 2004
Se prendre en photo
avec des feuilles jaunes derrière
floues dans l’arrière-plan
Se prendre en photo
faire un tirage
n’y voir que les feuilles jaunes
terrible défaut
peur primale
les autres ne l’intéressent pas
du coup
la photo est vide
22 octobre 2004
Parfois Victor Schavorsky a cette impression purulente d’être une barre de progression. Il avance, il avance, ça progresse, comme sur les sites web, comme sur ses programmes, toujours partout des barres d’avancement, de progression, d’évolution plate et littérale d’un point à un autre. Il s’étire le matin et il a l’impression de lancer sa « progress bar », et à la fin de la journée, il se couche et sa progress bar arrive au bout. Ting. Vous pouvez maintenant exécuter le programme. Sauf que Victor ne l’exécute jamais. Il attend et il attend encore, sans autre métaphore pour l’avancement poisseux de son existence que cette interminable barre de progression. Parfois, il a envie d’avaler du liquide pour déboucher les WC. C’est noté dessus : ne pas mettre en contact avec la peau. La barre de progression s’arrête un quart de seconde, download bloqué d’improbables parcelles de vie; mais non ça reprend. C’est reparti. Il va se brosser les dents.
21 octobre 2004
Il s’arrête d’écrire. Effaré.
Pourquoi toujours chercher une chute ?
Tiens cette pensée est à la mode paraît-il.
Paraît-il qu’une certaine tendance des créateurs de contenus et d’histoires actuellement va vers l’absence de fin, la fin comme devinette, pas de chute.
On laisse à l’Autre le droit ou le devoir d’imaginer.
Comme si on avait le choix.
Parce qu’il y a toujours une chute.
Seules tiennent dans ces moments exceptionnels, des images de tout ce qui a précédé et de tout ce qui viendra. Lorsqu’on peut imaginer de tels moments. La création vaut la peine d’être vécue.
Rien à foutre alors, de la chute.
20 octobre 2004
Elia a le pantalon qui descend sur ses fesses chaque fois qu’il s’accroupit pour disposer les dalles le long de la piscine. Il râcle doucement le gravier et enfonce la dalle en la collant bien dans l’angle laissé par les dalles précédentes. La raie de ses fesses, poilue, guigne alors par-dessus son slip crasseux. Le ciel au-dessus de Tel-Aviv est si bleu qu’il en devient blanc, et le soleil est partout à la fois, tapant, rasant, suçant les ombres, rebondissant dans les moindres recoins pour essayer de brûler chaque parcelle du paysage.
Mais il y a surtout une parcelle de ce paysage qu’il brûle, presque tendrement, alors qu’Elia sent la chaleur rentrer jusque dans son slip humide de transpiration. Il y a un rapport parfait, il ya une connivence secrète, un mystère insondable, entre la raie des fesses dépassant du pantalon d’Elia et la cramante splendeur du soleil.
19 octobre 2004
ô oui la raison.
Car la voix de la raison a toujours raison, par principe, elle n’en démord pas.
Sauf qu’on oublie qu’il existe d’immenses « choses » tournant autour de la raison, faisant que parfois, avoir raison du fait de la raison même, la raison raisonnable et logique, c’est avoir tord.
Ils avaient raison en disant au Christ sur sa croix qu’il aurait mieux faire de continuer à être charpentier.
Ils avaient raison en disant à Coprenic qu’il aurait mieux fait de se taire.
Ils avaient raison sur le moment en essayant d’être le plus gentil possible avec Hitler à Münich.
Etc etc.
Il y a même beaucoup de gens qui ont raison sans savoir ce que c’est, la « raison ».
Et si les gens qui vont travailler tous les jours pour gagner honnêtement leur pain quotidien et nourrir leur famille avaient tord ?
Et si en proclamant que je ne travaillerai plus jamais de ma vie pour des tunes et que je resterai cloîtré chez moi pour la fin de mes jours j’avais raison ?
Il y a 10 ans maintenant, Hercule s’est lancé dans une vie alors que tous les gens raisonnables disaient qu’il avait tord. Tord de trop rêver, tord d’abandonner les études, tord de etc… En ce sens sa vie est un ensemble d’évènements complètement déraisonnables. Seulement il y a ces « choses » vaporeuses qui tournent autour de la raison et qu’il essaie d’agripper.
Il y a certainement un philosophe qu’il pourrait sortir de sa poche pour confirmer et infirmer cela…
L’amoureux lui seul, tout en étant déraisonnable par ses petites et grandes folies, parvient à rester admiré.
Ne pourrait-on me considérer non pas déraisonnable, mais simplement un peu plus amoureux que les autres, pense Hercule en épluchant des pommes de terre.
Quelques téléchargements
:: Le cercle vicieux (nouvelle,2008)
:: [p] (nouvelle,2008)
:: Vie pas la mienne (roman,2004)
:: Personne (roman,2003)
:: Mémoire des Débris (roman,1998)
:: PR-NO-L-4897 (nouvelle,2005)
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:: Le disque dur (nouvelle,2003)
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