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30 novembre 2004
Solutions miracles contre le temps qui passe :
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29 novembre 2004
Roy éteint la TV puis les lumières dans toute la chambre. Il allume son PC. Un vieux cérémonial auquel il attache beaucoup d’importance. Tout doit être éteint avant de commencer et la lueur bleue de son portable doit inonder la pièce, son visage doit briller comme une demi-lune dans la pénombre. Il surfe un peu au hasard du Net. Sur des blogs surtout. Pour s’inspirer, se préparer, se chauffer. Les traces des pages s’écoulent sur son visage. Après une heure ou deux il ferme toutes les pop-ups et toutes les fenêtres sauf une. Roy’s Blog. Il sourit. En général c’est la première fois dans la journée qu’il sourit, et la dernière. Il parcourt les milliers de commentaires laissés sur son article d’hier. Il ne les lit pas vraiment, il n’a pas de temps pour ça et de toute façon ça ne l’intéresse pas. C’est juste leur nombre qu’il aime. Il clique sur « poster un nouvel article ». Il frissonne. Ca lui fait toujours cet effet avant de commencer. Sur son corps, les poils s’hérissent du pouvoir sur le point de s’enclencher. Il fait craquer ses mains, considère un moment la chambre d’hôtel plongée dans le noir autour de lui. GMT-6. Il change de time zone chaque jour, il vit dans des hôtels. Parce que de grosses multinationales, des conglomérats de médias surpuissants le traquent, l’espionnent, dans l’espoir d’être les premiers à capter le flux RSS du Roy’s Blog, l’article du jour suivant. Parfois ils y arrivent, parfois non, c’est un jeu, une lutte quotidienne. Roy agite ses doigts au-dessus du clavier. L’article devra être VRAI, AUTHENTIQUE et INVERIFIABLE, autant que possible. Ces trois mots, il les a toujours en tête, ils sont lui pour ainsi dire, ils guident ses journées jusqu’à l’article. Maintenant ils résonnent en lui et leur écho produit un troisième mot, IMBATTABLE. C’est ce troisième mot qui le fait se lancer, et il écrit. C’est l’article n°2109.
Le lendemain un garçon dépose les journaux sur sa table. GMT+4. Roy a voyagé durant la nuit. Roy feuillette les quotidiens internationaux qui pour la plupart font écho de l’article 2109. Des millions de blogs se renvoient aussi l’article accompagné de commentaires des plus élogieux aux plus insultants. Un hebdomadaire traite même Roy de menteur et désinformateur. D’autres blogs utilisent ses infos en les déformant un petit peu. C’est parfait.
Roy va prendre une douche. Lorsque Roy prend sa douche, c’est un magnat de la presse qui prend sa douche. C’est un conglomérat de millions de blogueurs qui se sèche entre les jambes. C’est une multinationale de la télé qui se brosse les dents.
Roy crée l’information.

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28 novembre 2004

Je ne parle pas des différences Nord-Sud, Est-Ouest, Enfer-Paradis, non je parle d’une manière plus globale : il faut savoir que l’avancée technologique de notre civilisation serait bien plus grande encore sans les bloquages constants de l’argent. On ne pense pas souvent de cette manière car c’est l’impression opposée que nous avons généralement : le monde avance trop vite, nous sommes submergés par les progrès technologiques etc etc. Mais non. NON. En fait nous sommes et avons été extrêmement lents. A cause de l’argent. Un exemple aussi ridicule et anodin que significatif : l’UMTS. Cette technologie permet de recevoir du haut-débit sur son téléphone portable, rendant possible par exemple la visualisation de flux vidéos live. Bon. Super. On s’en tape. Décantons un peu. Il s’agit donc bien de recevoir de la vidéo par voie aérienne, sur son portable. Wow. Heu, ça fait depuis 1936 et les Jeux Olympique de Münich que nous sommes capables de faire ça… Ca s’appelle la TELE-VISION par voie hertzienne. Bon d’accord, les techos bredouilleront que ça n’a rien à voir, qu’aujourd’hui on parle de numérique et que bien évidemment la technologie est très différente. Je rétorquerais qu’actuellement des fabriquants de portables parlent de vidéo numérique par voie hertzienne… Tâche dans laquelle ils sont constamment bloqués par d’autres conglomérats aux enjeux différents : les chaînes de télévision, qui voient d’un mauvais oeil l’éventuelle émission sur un réseau parallèle de programmes TV distincts des leurs…
Bref tout est bloqué.
J’ai pris cet exemple ridicule, quoique d’actualité, mais on pourrait aussi mentionner le fameux exemple de l’essence versus énergie libre et non polluante.
Vous croyez que nos bonds technologiques sont prodigieux ? Non, nous sommes constamment ratissés, rabaissés, tirés en arrière, par des conflits d’intérêts comme on dit, des conflits de tunes quoi. Des tunes qui concernent qui en fait ? Des tunes qui vont aller où en fait ?
L’argent fait tourner le monde ?
Ca c’est le monde : O
Ca c’est l’argent : A
OA
A mon avis la seule solution est de monter sur le pointe du A et de se laisser rouler derrière. Mais je ne vois pas autrement en quoi A fait avancer O.
L’argent n’est jamais autre chose qu’un modèle qu’on a établit comme règle, règle qu’on a élu principe, et principe devenu ensuite axiome.

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27 novembre 2004
L’erreur est d’être seulement capable de penser.
Adage contemporain :
« Aimez plus, pensez moins »
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26 novembre 2004
Des mots, des milliers de mots. Les feuilles, répandues sur le bureau, sur le sol, sur les chaises, dans toute la pièce, chiffonnées, numérotées mais dans le désordre, lisses mais ô combien rugueuses de tant de mots entrechoqués, tantôt attirantes, tantôt effrayantes, les feuilles ricanaient. Elles le narguaient.
Il pensa au Méphistophélès de Goethe : ces feuilles représentaient sa pensée, et ces feuilles étaient Méphistophélès.
Il décida d’arrêter de penser, mais c’était trop tard : les feuilles hurlaient.
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25 novembre 2004
Je pourrais prendre ma fille dans les bras, l’embrasser, et la donner à un autre père que je ne connais pas. Ce père, en échange, me donnerait sa propre fille.
Un tel comportement, depuis la naissance, généralisé, uniformément répété à l’échelle d’une société dont l’un des principes premiers serait la confiance en l’autre « autant si ce n’est plus, qu’en soit-même », voilà la promesse d’une société « humaine ».
Tandis que la paranoïa, entretenue, grassement nourrie, se reproduit allègrement dans notre société. Au point que, ironie, même si on a absolument pas confiance en soi-même, relativement à l’éducation donnée à ses enfants en particulier, on préférerait encore mille fois plus s’occuper de « nos petits amours » que de les donner à autrui. La paranoïa est telle, que l’ensemble de la société entourant l’éducation de l’enfant en-dehors du « cocon familial » est considéré comme une agression dont il faut se protéger au mieux.
Nous préparons une génération de petits morveux présomptueux, anti-sociaux et plus que jamais suspicieux lorsqu’il s’agira de « l’autre ».

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24 novembre 2004
Il y a des millions de petites filles comme elle, voyons. Dans ce monde en ce moment, il y a des millions de petites filles en train d’admirer des millions de papas. Et il y a des millions de papas en train de se dire : « J’ai de la chance. Ma fille est la plus belle chose au monde. » Il y a des millions d’enfants qui sont les plus chous, les plus intelligents, les « plus belles choses au monde » en même temps.
On se rassure immédiatement : « chaque relation est unique. »
C’est dommage.
Je pense que c’est exactement la réaction opposée qu’il faudrait avoir : « Oh comme ce monde est merveilleux, chaque relation est identique », afin que ce monde le soit effectivement un peu plus.
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23 novembre 2004
« One more time », she said, et il la ramonait encore pendant 20 minutes, par derrière comme elle aimait, sans vraiment aucune distinction, bandant mou.
« I love you so much », she said finally, et il l’emprisonnait dans ses bras comme elle aimait qu’il le fasse lorsqu’elle se retournait pour dormir.
« Oh dear, we are late », et il l’amenait à des réceptions fastueuses où les robes qu’il lui offrait faisaient craquer les nuques des femmes et rendaient moites les mains des hommes.
« Luc ! Let’s go there ! », et il souriait à sa manière de prononcer son prénom « luck », et il l’emmenait en avion vers des plages toutes semblables, mais toutes très chères.
« Hey George, how aaaare yoooou ? », et il la suivait vers d’anciens amis qui lui écrivaient encore tous des lettres d’amour flattant son inégalable beauté.
« I’ll be late tonight darling, going to the fit… » et il la regardait partir dans son aura d’Eden, allant à la rencontre d’un autre amant-poubelle.
Luc rêvait souvent de la même fille. Une fille assez grosse, franchement moche en fait, anodine. Elle lui souriait et l’embrassait. Il bandait très fort. Ils partaient ensemble dans une caravane faire l’amour comme jamais il ne l’avait fait. Ils vivaient ensemble dans cette caravane.

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22 novembre 2004

A une époque lointaine, l’époque du « il était une fois », l’écriture appartenait à une caste aussi rare que par exemple ceux qui aujourd’hui sont capables de s’exprimer en langage de programmation comme s’ils demandaient à leur mère d’aller acheter une pizza.
Les mots sont désormais utilisés à d’autres fins : le dialogue avec la machine.
Notons-le bien : ce sont les mêmes mots, anglicisés, abrégés, mêlés aux chiffres certes, mais ce sont bien des mots.
Nous parlons donc bien de langage.
Nous parlons donc bien de scripts.
Nous parlons donc bien d’écrivains.
Le Web est la traduction sommaire d’un nouveau règne des mots.
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21 novembre 2004

Le désir de tout comprendre, de tout savoir, se tenir là sur les bords du monde des hommes, et les voir tous, et les aimer, et compatir, et pleurer avec eux. Etre heureux sans avoir une seule seconde un seul doute à ce sujet, toute la vie durant. Voir le complexe réseau des êtres et pouvoir le démêler en souriant, dans la plus infime et la plus éloignée parcelle de vie. Et agir. Agir en ayant cette vue globale de l’homme, de son histoire, de ses histoires, de ses rêves, ses peurs, ses malédictions et son ingéniosité. Agir dans le but de l’humain entier, en ne se tenant non pas au centre, mais autour de lui comme pour embrasser un être cher. Etre l’esprit de l’homme tout en étant rien de plus qu’un homme parmi les autres. Et agir; agir pour montrer, pour embrasser, pour déceler, pour élever, pour donner, pour aimer plus fort encore. Etre aimé pour ce qui est donné et non pour ce qu’on est. Dormir pour rêver un monde qui a compris, et se réveiller jour après jour dans ce rêve un peu plus, un tout petit peu plus, accompli.

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20 novembre 2004
Elle gambade, gigote, sautille, rit, pleure.
Elle saute par-dessus les jours, écrase les nuits à pieds joints en rigolant.
Elle s’énèrve à cause des lacets, supplie pour une histoire de méchant loup.
Elle veut avoir peur du monstre et en même temps, elle ne veut pas.
Elle mange si on joue, fait du chantage pour faire adulte.
Elle dort sous ses paupières de velours, les poings fermés, les cheveux en bataille.
Elle vit par-dessus tout.
Au-delà des pleurs, des rires, de tous les moments de chaque jour
Elle appartient à chaque jour
Et s’étendent au loin comme un doux rêve
Toutes les années de la vie qui t’attend.
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