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Je viens de me rendre compte que l’essentiel est de dire aux femmes qu’elles sont belles.

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Télécharger des updates résolvant des bugs, c’est comme de faire croire à un tétraplégique qu’il peut encore marcher (moi)

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Beaucoup de gens perdent les petites joies dans l’attente du Grand Bonheur (Pearl S. Buck)

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« J’aimerais un logo plutôt violet » – sic.

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Woodkid Iron: http://t.co/VCnU5xtW – Lyrics – paroles traduites: http://t.co/HdZ8c7ep

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Il était une fois un une fois qui traversait une fois une histoire d’une fois une ligne.

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Il était une fois une fille qui rêvait de plein de choses belles qui ne lui était pas données. Et rien ne lui fut donné. Elle se suicida.

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J’étais sûr que ce concept de navigation « légère » apparu lors de la présentation du Google Nexus aurait un avenir ;-) http://t.co/fX0U4XIR

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« Décrivez-vous en quelques mots ». « J’ai peu de cheveux. »

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Tu as Google Apps enregistré en Suisse et tu ne peux pas y intégrer Youtube? C’est normal. Pour contourner ça: http://t.co/BkQMxiCa

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Archive pour avril 2007

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30 avril 2007

D’habitude je préfère les oublier, mes habitudes. Parce que forcément au coeur de mes habitudes se terre un lien fondamental entre mon passé et mon avenir. Je veux dire que c’est au coeur des habitudes que je pourrais vraiment changer ma vie, mon avenir, changer de vie par exemple. Et on veut tous changer de vie, souvent ou parfois. L’illusion la plus stupide me ferait déménager ou partir en voyage pour toutes sortes de prétextes futiles: faire de l’humanitaire, découvrir d’autres cultures, partir à l’aventure. Un minimum de lucidité et de connaissances permet pourtant de se rendre compte que ce ne sont là que des fadaises d’instants où je me sens perdu. Le coup de la besace de La Fontaine… Il reste, à la limite, l’idée plus noble de la Quête, malheureusement je n’ai rien après quoi courir. Alors je me responsabilise, j’assume comme on dit, et c’est là qu’interviennent les habitudes, et la conscience du véritable changement que je pourrai opérer en moi. Mais cette prise de conscience s’accompagne d’un doute. Tout changer de mes habitudes, ne serait-ce pas échanger une vie contre une autre qui finalement me lasserait autant que celle-ci? N’est-ce pas l’idée en elle-même de vouloir tout changer, dans son absolu et sa totalité, qu’il faudrait que je change? Cela signifie que ma volonté elle-même est un leurre. Qu’avant même de changer mes habitudes, mes actes et mes paroles, à l’image des conseils du Talmud, il me faudrait changer ma pensée. Or changer ma pensée me ramène à l’envie du choc forcé, artificiel, incarné par un changement brutal de contexte. Comme un départ, un déménagement, un changement d’identité, tout quitter: la mort artificielle. Ou le point de départ de ce besoin et de ma fuite. Si je pouvais fuir à une vitesse supra-physique aux confins de l’univers je sais pertinemment qu’après quelques instants, comme si j’avais fait le tour du globe, je me retrouverai à mon point de départ. Ici et maintenant. Ici et maintenant… Est-il possible, ici et maintenant, de changer le cours historique de ma pensée, de mon être? Petit à petit, me répondent les bouddhistes et autres "Hindonisants". Pas à pas. Coelho et sa cohorte qui parlent du Chemin et non de l’objectif… A qui je réponds que ce chemin aussi sera ponctué de frustrations, et que les changements qu’il propose eux aussi s’installeront en habitudes et à terme et par dépit en besoin d’en changer. Le chemin n’est pas plus noble que l’issue qu’il jette à l’horizon. A mes yeux, la déperdition, la condamnation voulue et entretenue de certains artistes qui à travers leur choix radical de mourir par l’art ont décidé de remplacer la vie entière par leur ego et sa production, serait plus noble, plus "haute". Dans un soupir de dédain envers ma propre pensée, je me rends compte aussi que cette "hauteur", cet art frauduleusement arraché au temps comme une vaine parcelle d’éternité, n’est qu’une illusion supplémentaire que j’entasse avec peine au sommet de ma pensée. De mes habitudes. Hélas se tuer est trop incertain, trop absolu face aux petits plaisirs imprévisibles que le hasard auquel je ne crois plus peut encore m’apporter, trop lâche ou trop égoïste, parce qu’en définitive noyé dans l’abîme de mes habitudes flotte cette bulle improbable d’espoir: la mort artificielle. Sans doute ce qu’il appelait l’éternel retour. Comme d’habitude.


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29 avril 2007

Je vais me faire douce, plantureuse, faire que les hommes me remarquent dans la rue, que mon passage soit une discussion suspendue ou quelques commentaires chuchotés, et quand tu passes tiens-toi droite, prends conscience de ta chevelure se balançant lentement (ne marche pas trop vite) et de tes épaules suivant imperceptiblement le léger rebond des seins, souligne sans le vouloir le balancement tentateur de tes hanches, que ces regards soient pris en otage par mes fesses, pour qu’ils ne pensent qu’à elles juste quelques secondes harnachées d’envies et d’envies en besoin et de besoin en amour. Je m’en vais au coeur des effluves du désir que je provoque, en même temps que je calcule combien d’argent il me restera le mois prochain pour m’acheter quelques jolis maillots de bain, que certains chanceux profitent pleinement de la vision de mon corps entretenu depuis janvier en me suivant jusqu’à la piscine. Je vais changer mes seins s’ils deviennent trop flasques, faire du sport j’ai trop profité de mon week-end et quand j’en aurai les moyens me faire redessiner le visage; mais avant tout n’oublie pas ce qu’ils aiment en général: un visage bien dessiné, ni trop sec ni trop rond, le nez peut être petit mais il ne doit jamais être trop grand, la bouche par contre est aussi grande qu’on veut, le menton ni pointu ni trop effacé, la nuque et le cou sont fins, un crâne rond, le front ni trop bombé ni trop plat, et le reste c’est tellement rabâché sur 70% des sites internet que je te le répéterai rapidement: pas trop maigre, mais un IMC pas trop gras non plus même si quand tu es douces et cherches la tendresse tu peux te permettre un peu plus de graisse que si tu veux réveiller leur appétit en dansant frénétiquement sur un podium en boîte, pas de trop gros seins, mais pas minuscules non plus, il faut surtout pouvoir les faire se toucher quitte à acheter les bons soutiens-gorge, des fesses fermes et bien rebondies, des jambes longues mais pas interminables, un ventre plat sans hanches saillantes ni muscles striés, la courbe creuse de ton dos pour mettre en valeur tes fesses, un sexe bien entretenu, de jolis petits pieds pour les branler. D’ailleurs je suis faite entière pour qu’ils aient envie de se branler. Que cela ne me retienne pas parallèlement d’être une femme de tête, au caractère bien décidé, indépendante financièrement, curieuse de faire de nouvelles découvertes, généreuse, douce, tendre, fonceuse, cultivée, bonne à sortir et bonne à prendre, docile mais parfois, juste au bon moment (quand ils sont crevés), entreprenante, et à d’autres moments (quand ils sont déprimés), câjoleuse voir maternelle, mais pas trop longtemps, le temps qu’ils aient encore envie de moi. Toute entière faite pour être aimée. Car je veux être aimée, surtout par eux, et si je dois sourire, gémir, compter les bénéfices du mois précédent et prévoir le prochain tournant de la mode tout en me penchant docilement et en lui jetant un regard langoureux (importante, la langueur, ne surtout pas l’oublier!) alors qu’il m’attrape par les hanches et me prend par derrière, qu’à cela ne tienne je m’y plie volontiers. Je, veux, être, aimée. Et l’Amour c’est moi.


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28 avril 2007

Hier je me promenais en ville, ce que je fais très rarement: de peur de rencontrer une lointaine connaissance. J’ai été d’abord halluciné de voir la quantité de gens qui peuvent se permettre de baguenauder en ville un vendredi après-midi à 17:00! Une foule dense et bigarrée et en sueur d’avril perturbé par les déforestations massives du Brésil, dans laquelle je reconnus facilement les nombreux employés du service publique finissant à 16:00, avec leurs lunettes de soleil en forme de globes de mouches et leurs habits grotesques à force d’espérer être dernier cri, et les premiers travailleurs las devant une bière au bistrot, à côté de ceux qui n’ont clairement rien fait de toute la journée, bref un bel évantail d’oisifs déclarés alors que moi d’habitude à ces heures-là je suis encore loin de voir la lumière du soleil. Et après ils vont se plaindre que leurs vies n’avancent pas, qu’ils ne sont pas plus riches, que leurs plaisirs ne riment à rien et que tout ça c’est la faute aux autres, surtout à ceux qui font de la politique. J’ai réussi, phénomène exceptionnel, à voir les visages des gens que je croisais dans la totalité perceptible de leurs existences. Ce qui signifie: tels qu’ils sont. Et non tels que j’aurais envie ou pas envie ou craindrais de les voir. Sans interprétation ni barrière de ma part. Ce qu’ils sont moches. Vulgaires. Superficiels. Des singes seraient au moins touchants. Mais il n’existe aucune grâce en eux, ni aucune finesse, pas une ombre de contrastes ou de profondeurs; ils giclent leurs identités calquées les unes sur les autres et les autres sur les premiers et les premiers sur les stars et les stars sur les unes revomies dans les magasines et sur l’infini relief des écrans, et ces remugles puants traînent derrère eux sur les trottoirs encombrés de leurs particules lourdes et vaines. Ils jouent ensemble, se tripotent et rigolent. Des parcelles carrées et préprogrammées de vies suivant mécaniquement l’existence qui leur est préparée. Une sorte de joie grasse de fête populaire étreint leurs rêves aux odeurs de bière et de saucisses. Au coeur de cette vision éreintante, si je croyais aux "auras", cette foule aurait été noire ou violacée comme un ciel avant l’orage. Bien loin de moi le cri prémonitoire de la fin du monde, tant il est vrai qu’une réalité aussi absurde est en mesure, par le fait même de son absurdité, de continuer à exister ainsi encore des millénaires: cette foule n’attend pas l’apocalypse mais l’incarne pleinement. Leurs libertés erratiques s’entrechoquent sans plus aucun espoir ni aucun véritable désir. Ils ont de plus en plus le temps de ne rien faire et au lieu d’exploser de joies et de fureurs de vivre dans ces nouvelles libertés ils poursuivent sempiternellement les mêmes jeux barbares autour de la fornication, du pouvoir, de l’oubli et de la solitude. Et dire que j’en suis un aussi, et pire, que j’ai fait des enfants. Retournant à l’intérieur de la carcasse polluante et protectrice de ma voiture, j’ai été doucement replongé dans mon stress quotidien, si protecteur, si annihilant, derrière mon écran et mes soucis garants d’une liberté fondamentale: celle de ne pas voir trop souvent le monde extérieur.


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27 avril 2007

Sourire en coin, je relève chez ces "je" que j’incarne avec tendresse la noirceur d’un univers tissé dans la révolte, le dégoût, le besoin puéril de révolution globale, un "kill-them-all" littéraire, qui n’est pas sans rappeler la Beat Generation, mais en plus noir et en moins jouissif. Il existe cependant des créatures qui procèdent à l’inverse d’un optimisme global entretenu par une application quotidienne à voir le bon côté des choses. Ce sont les posivitrons. Ils sont cultivés, savent s’exprimer, lisent passablement, sortent autant que possible et ont toujours une opinion sur tout, de la politique américaine à la représentation des cétacés chez les Esquimaux. Ils ont des idées et ils font aussi, pour les plus élaborés d’entre eux, beaucoup de théories. Pareillement aux mélancoliques, ils n’agissent pas beaucoup, ou alors leur production est surtout calquée sur leur travail tel que journaliste, pdg, CIO, moine zen, acteur, designer, physio… Travail intellectuel qui les conforte dans leur action directe sur le monde, mais qui en réalité représente un échange avec des êtres qui leur sont similaires pour qu’entre eux ils puissent continuer à discuter tranquillement sur une terrasse pleine de jeunes filles belles, faciles et aisées, autour d’une "bonne bouteille". Avant tout, il sont "conscients": ils considèrent le "monde" avec "une ouverture désintéressée", et du haut de leur acuité ils savent que cet ensemble qu’ils se représentent comme "le monde" est loin d’être beau ou réussi, mais (vaste et noble "mais") il vaut la peine d’être vécu, d’être saisi à pleines mains, d’être ressenti avec passion et acharnement, de s’y jeter corps et bras (dans l’esprit), car même si tout n’est pas si beau on peut toujours y apporter soit-même son meilleur et élever le karma de l’univers en même temps que le sien propre. Un truc dans le genre. Ils sont assez drôles: je les déteste avec lassitude. Leurs gazouillis sont aussi déprimants que l’inlassable retour des hirondelles. Leur fécondité n’a d’égal que leur inutilité et leur désuétude, et si mon constat est à l’inverse amer et cinglant, j’imagine qu’il y verront une forme d’équilibre zen; parce que pour laisser leurs crottes partout il faut aussi qu’ils avalent et interprètent tout.


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26 avril 2007

L’étrangeté des multitudes de croyances me surprend peu. Je ne crois pas en rien, mais je ne crois pas non plus en quelque chose. Comme en politique, car l’organisation laborieuse et échelonnée des grands courants religieux, ces hiérarchies de la foi, me fait penser à des systèmes politiques, je suis un indécis. Abstentionniste par prudence, je me réfugie derrière l’esprit critique, même si le plus souvent je ne suis doué d’aucun esprit et d’aucune critique. Surtout depuis que je ne peux plus m’asseoir à une terrasse le matin et observer avec un sourire de contentement condescendant la masse des travailleurs grouiller vers leurs ineptes obligations. Alors je m’efface avec désinvolture, et le consensus moelleux dans lequel je m’enfonce me permet de juger les coups échangés par les partisans de tel ou tel parti, de tel ou tel groupe religieux, en ayant l’agréable sensation de tout accepter, d’être tolérant et éclairé. Sans plus rien dans le coeur ni plus rien au creux de l’estomac. Ainsi loin de toutes ces influences, je confonds cet éloignement avec liberté, mais je ne suis pas plus libre qu’un météore aveugle plongeant dans le néant. S’ils existent, les angelots, les sphères supérieures, les cercles de Dante, les dialogues avec l’ange, la sainte trinité, ou s’ils "quoi que ce soit" parce que le terme "exister" n’a peut-être aucun sens pour eux, alors il faut qu’ils soient doux et tolérants avec moi, parce que j’ai pris un autre chemin sur lequel "brûler" possède un tout autre sens.


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24 avril 2007

Je ne peux plus donner une forme d’importance à rien. Tous mes désirs, toutes mes pensées, tous mes élans sont tués. Je réside en-dehors de ce qui peut être dit. Et si je dis encore c’est par pur éclat, comme le résidu tournoyant vers son centre et sa finitude d’une pensée aspirée par son propre vide, si pesant. Le silence me comble et me tourmente. C’est lui que dans l’impossible repos j’appelle, souhaitant son infini et incapable de le contenir. Juste parce qu’il est plus lourd que moi, tout ce silence que je ne connais pas. Et si j’essaie dans ma prétention de le briser je me rends compte que je retombe doucement sur moi-même, comme si je n’avais rien fait alors que je suis presque mort. Pourtant, j’essaie juste de me satisfaire de mon existence. Mais en recherchant cette paix j’obtiens ma propre peine. Et encore de tournoyer au creux de mes envies d’exister, alors que je n’existe plus que pour moi, et c’est ce que j’ai voulu, et je m’affaisse sur le coussin imaginaire de la paix, parce que je sais que je l’ai trouvée, ne serait-ce que dans un moment d’innattention. Je survis par paresse de mourir, je survis dans le souvenir du regard de mes enfants, et aussitôt je m’évade, car ce regard lui-même n’est pas à moi; même si dans ma quête obsessionnelle d’exister je tente de tout m’approprier, ce regard m’échappe et me terrorise pendant que je lui souris.


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23 avril 2007

Voyager est un satellite lancé en 1977. Actuellement il se situe au-delà de l’héliosphère, fonçant dans le vide en-dehors du système solaire à plus de 15 milliards de kilomètres de la Terre, franchis en août 2006, près de 30 ans plus tard. Il continuera sa course dans le vide jusqu’à ce que le progrès le rejoigne ou sans nous à jamais (la probabilité qu’il rencontre un obstace dans le vide intersidéral étant des plus infimes, mais c’est vrai que la probabilité que le progrès le rejoigne est peut-être tout aussi infime). La probabilité que je rencontre un obstacle à mon besoin récalcitrant de partir est sans aucun doute beaucoup plus grande, par contre. La Belgique est un pays qui se situe à moins de 750 kilomètres de la Suisse, c’est dire si ce n’est pas loin, à l’échelle des galaxies. Mais l’échelle de l’espace, tout comme celle du temps que je peux lui donner et qui lui est indissolublement liée, se contracte en une botte d’épingles hyper complexe et nanométrique lorsqu’il s’agit de mon temps et de mon déplacement. C’est bien connu tout est relatif, mais moi surtout je suis très relatif. Je rêve d’avoir le temps et je rêve d’avoir cette liberté de mouvement. L’alcool aidant (voir "Dérélictions"), ce somptueux paradoxe que je suis et que je m’applique à rester avec un entêtement qui me surprend moi-même, se projète vers des espaces interstellaires de possibilités inouïes, où je file à la droite de Voyager I directement en Belgique. On pourrait négligemment parler des méfaits de l’alcool, mais ce serait ignorer avec ostentation les bienfaits du rêve de partir, ne serait-ce qu’un week-end, sur la productivité concrète de la semaine de travail à venir. Toutes mes excuses ne combleront ni ma frustration, ni mes angoisses refoulées, ni la foule honnie dans le train du matin et du soir, et surtout pas Voyager I, qui est là où j’aurais envie d’être en ce moment, qui s’en moque éperdumment, riant aux éclats dans le vide, de toutes ses faces chromées, en se rappelant de tant de promesses avalées par la contraction du temps et de l’espace et de l’amour nucléaire fissionné par les lois de la physique.


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20 avril 2007

J’ai forcément besoin de m’évader. Il y a les jeux style Second Life ou WoW. Ou les autres jeux de shoot and kill en groupes. Les LAN parties. Mais je crois qu’on est juste un peu trop vieux pour ce type de dépendances. Il faut être né à partir de 81 pour être accro à ces évasions-là . Les années 70 ça fait gris, pluvieux et mou. L’époque des disques flexibles qu’on insérait dans la gueule d’ordinateurs immenses et délavés. Windows sur le point de balbutier des fenêtres en noir et blanc. Mais le besoin d’évasion je sais que dans ma caste actuelle de suiveurs on est nombreux à l’entretenir d’autres manières. Bon on s’adapte bien à Meetic et à ce genre de plateformes pétrolières de rencontres. Mais rencontrer en photos et tchats ce n’est pas la panacée parce que je suis encore très déterministe dans notre genre. C’est juste amusant un moment. Pour ceux qui peuvent la carte de crédit online c’est bien aussi: ça donne l’impression de ne pas acheter tout en achetant beaucoup. C’est sympa. Mais je crois qu’à mon âge je réalise déjà trop à quel point la vie peut être longue et lente. Le phénomène subtil du temps, des enfants, de la succession générale des époques qui me remplace par quelqu’un d’autre pendant que moi je remplace encore quelqu’un d’autre de plus vieux, favorise les germes de l’évasion. Ceci du point de vue mélancolique bien sûr. Parce qu’il y a aussi la coke pour ceux qui aiment l’immédiate évasion tout en ayant l’impression de continuer à exister. Les plus doux comme moi préfèrent les joints, l’alcool et les voyages. Surtout après le travail. Parce que j’ai déjà assez donné dans le travail pour me rendre compte de la vaine ambition cyclique qu’il incarne. L’évasion se résume à deux envies: celle d’être ailleurs et d’être un autre. Parce que c’est possible. Mais en fait, non. Pas vraiment. Il faut du courage pour s’évader vraiment, et les artifices sont tellement disponibles, et je préfère tellement ne pas prendre le risque de tout échanger pour l’inconnu. Les moyens de ne rien bousculer tout en ayant momentanément l’agréable sensation de tout changer sont si nombreux qu’ils noient la peur de devenir totalement, complétement, irrémédiablement, sédentaire. On les appelle "les loisirs". Parce que je fais aussi des longues promenades dans la nature, du cinéma, du VOD et du sport. Et pour caser tous ces échappatoires à côté du travail, de la famille et du couple, il en faut du besoin de s’échapper, mais je ne vais quand même pas faire comme mes parents et m’asseoir devant la télé. Ou alors plus tard, quand une forme plus grandiloquente de philosophique résignation m’aura étreint. Je n’en suis pas encore là . Heureusement tout est possible. Mais je vis dans la peur que rien d’autre que ça n’arrivera.


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19 avril 2007

Je m’échine souvent de nos jours à mesurer l’ampleur des désastres. C’est vrai qu’en me levant le matin je me sens un peu coincé entre une pollution industrielle au benzène et l’augmentation phénoménale de la consommation de mazout dans le monde. A cause des Chinois, je murmure dans un soupir légèrement soulagé. Je me balade avec une carotte de glace de l’Antartique pleine de bulles récentes de CO2 dans le cul. Je ne sais pas trop quoi faire avec tout cela alors la plupart du temps j’oublie. Mais dans ce bain de prise de conscience occidentale riche et aisée, ce bain dans lequel on a tout loisir de penser à l’avenir de notre planète et l’équilibre de l’écosystème, je profite souvent d’en parler. Discuter c’est important, c’est bien pour m’enfoncer ensuite sous mes duvets, satisfait de cette soirée pleine de bons mots, et oublier. J’ai déjà assez de problèmes familiaux. Sans parler du travail et des soucis quotidiens, je sais ce sont mes petits soucis, mais quand même. J’écoute souvent la radio, regarde encore beaucoup la télé mais de plus en plus fréquemment je vais sur Internet. Ce n’est donc pas que je sois bien informé, je suis trop informé. Et puisque on me met la tête dans la merde, je suis bien obligé pour survivre de la détourner. L’autre soir par exemple j’ai eu un choix à faire entre me plonger totalement dans une pièce de théâtre sur la violence urbaine et les tueurs en série, et une image horrible aperçue dans un magasine, de ces oies qu’on gave durant des mois avant Noël et qui vivent de longues souffrances pour qu’au moment opportun je puisse offrir du foie gras. Moderne dilemne de la culpabilité. Avec la Palestine et toutes les catastrophes normales. Et dire qu’on sort à peine de la mort de six millions de Juifs.


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19 avril 2007

David Ruzicka


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18 avril 2007

Je n’ai jamais été aussi remarquée. Et tout ce fatras de théories sur les droits de la femme, l’égalité des sexes et le droit de manger du veau autant que les hommes! J’aurais aussi bien pu être une vache qu’on juge à sa robe et la grasse échancrure de sa cuisse, et puis on m’a posée sur un piédestal pour montrer comme j’avais droit à la vie. Le féminisme a été comme de devenir végétarien mais on ne m’a jamais demandé si j’avais ou pas envie d’être mangée. Vaste et vaine spéculation. J’en ai marre d’être vue mais en même temps j’aime bien qu’on me regarde. Quand il fait chaud je ne montre pas mes jambes pour les faire bander mais pour me sentir belle, sauf que je les fais bander, et après ça devient mon problème! Je suis à l’origine de tout et tout revient à moi, cycle naturel en fait; par contre c’est moi qu’on finit par taper, donc. Ce que je peux être agaçante. Ce que je peux être belle. Quand je me mettrai à faire de la poésie, les mecs pourront aller s’épiler. Il y a toujours, toujours-toujours, une image de moi qui te fait saliver, ou pâlir. Je suis l’inévitable aboutissement d’une succession de problèmes insolubles dont j’ai contribué à l’existence. Mais je peux aussi être une simple pétasse qui se maquille mal; non que toutes les pétasses se maquillent mal, c’est juste pour donner un exemple. Quand j’aurai un enfant, toutes ces considérations si obsédantes sur mon avenir flotteront loin en-dessous de moi. Je pourrai pleinement me donner à la peur de vieillir.


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17 avril 2007

Je suis nombreux. Je bois des cafés pour me réveiller parce que je me couche parfois trop tard à cause du film à la télé. Je me souviens de Capitaine Flam et de Goldorak, grands moments de flamboyance enfantine. Je ne crois pas en grand chose, ou ai envie, mais en fait je ne sais pas trop. Il y a parfois, trop rarement, des détails qui attirent mon attention, comme ce gosse jailli d’un immeuble délabré et en me bousculant la cuisse dans son regard cet éclat sévère de comptable acharné et monomaniaque; il doit avoir 7 ans. J’essaie d’être honnête, bon avec mon entourage, écologique, économique, utile. Généralement, j’ai fait l’université et je suis plutôt intelligent dans mon genre. Même si ça me débècte, mais c’est parce que je n’ai pas – encore – vraiment les moyens, je suis bien obligé d’aller acheter Ikea. Ou alors j’ai déjà largement les moyens mais j’aime Ikea parce que même si l’enseigne réunit sous sa douce aile bleue un consumérisme effréné je respecte le concept qui est intelligent. Je respecte d’ailleurs ceux qui réussissent en général. J’associe souvent réussite sociale à intelligence. Souvent aussi, mon travail est un peu ennuyant, mais j’essaie de compenser par des projets personnels, par une vie privée bien garnie, intéressante. Qui ne me satisfait pas. Il me manque toujours quelque chose de la majesté de Goldorak, de la violence de ce gamin de 7 ans, ou j’admire ces neirds enfoncés dans un univers qui leur est si propre, immanent à leur activité elle-même immanente à leur pensée, comme des techniciens dont on ne comprend rien ou des chercheurs penchés indéfiniment sur de mystérieuses éprouvettes. Je recherche la passion dans un univers en somme assez fade, ceux aux destins tracés comme des filets d’Airbus, sans toutefois chercher trop fort ou trop loin: j’ai horreur des asiles psychiatriques. J’aime acheter des choses, lis peu, critique beaucoup les médias et la masse tout en acceptant modestement de faire partie de tout ce système, dont les dirigeants, qui sont je le sais souvent empêtrés dans les fils de leur propre pouvoir, me sont presque totalement indifférents. Lutter contre l’indifférence serait pour moi un grand combat mais pour beaucoup je ne m’en rends pas compte. Capacités doublées sonne bien à mes oreilles, c’est pourquoi je rêve en jouant au loto, ne me souviens pas de mes vrais rêves, prépare soigneusement mes vacances, et au bout de quelques années de relations, quand j’arrive aussi loin avec patience et entêtement, contre ma propre nature si encline aux divorces, j’utilise Internet pour oublier. Tous ces rêves que j’ai à oublier! Un cynisme que j’abhorre parce qu’il est générationnel et banal me permet néanmoins d’apprécier l’idée selon laquelle Dieu n’est pas mort mais Nietzsche, lui, oui.


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