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12 mars 2008
J’ai tout plaqué. Femme, enfants, boulot, sa ville, son pays, et il est parti à Paris. Dans le TGV il pense souvent à Henri Miller. Parce qu’il se sent comme lui, comme un grand écrivain en partance pour l’aventure de la création. J’ai 43 ans, il est temps de tout plaquer, sinon je vais crever sans avenir. Il se marre tout seul alors qu’une jeune femme l’observe depuis l’allée centrale. L’hôtel est minable. Parfait, c’est exactement ce que je cherchais. A 20 euros la nuit près du quartier St-Denis, encore mieux. Sa chambre est décorée comme une chambre d’hôte perdue en Normandie. Un lit épais, une table surannée, une tapisserie rosâtre, un lustre poussiéreux, à vomir. Je m’en fous. Je suis pas là pour la tapisserie. Il dépose délicatement son ordinateur portable. La fenêtre donne sur une ruelle et un mur aveugle, excepté une lucarne qui s’entrouvre alors. Le visage de la jeune femme sort de l’ombre et l’observe. Les jours blêmissent, le ciel est bas, la lumière fade. Paris chuinte de ses millions de pneus anonymes sous la pluie. Je passe mes matinées à boire des cafés au coin de la rue et cette putain de hantise qui me bouffe l’estomac parce que je ne sais pas quoi écrire. Quand il pense à sa chambre, il commande du vin et en milieu d’après-midi, titubant, il va s’effondrer dans le lit trop mou, à l’odeur de carton humide. Il se réveille au milieu de la nuit et, parfois, il voit la jeune femme au pied de son lit. Qui l’observe. Puisqu’il ne sait pas par quoi commencer, il se dit je dois commencer par un truc simple. Alors il pense à ses enfants demandant à maman, devant la maison avant de partir pour l’école: il va bientôt revenir? Et il pense à un truc, une idée aussi simple que ça: la tristesse et l’apitoiement et la haine de sa femme le soir attablée à la cuisine après les avoir couché. Sa main tremble au-dessus du clavier. Pourquoi ma main tremble bordel de merde? Il se ressert une rasade de cet alcool fort que j’ai importé dans la chambre parce que c’est cher au bistrot. Je guette le vasistas d’en-face. Qui est-elle?

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11 mars 2008
Le lieu et l’époque sont indéterminés. L’amour n’existe plus, mais il n’y a plus ni guerre ni paix. La peur n’existe plus. Une société matriarcale enferme les hommes dans le rôle de reproducteurs. Les Tours, encerclées de plaines enneigées et battues par d’incessantes tempêtes, sont l’unique habitat physique de ces femmes bioniques dotées d’une durée de vie immense, consacrées pour l’essentiel à l’étude et la quête du savoir. La réalité ne possède pas plus de sens que les nombreuses dimensions artificielles dans lesquelles les femmes naviguent. Le déplacement spatial est minimal. Le réseau imprègne chaque instant, les souvenirs, l’avenir, l’identité, de ces femmes-particules; il étend ses ramifications entre les Tours. Celles-ci incarnent peut-être d’ancestraux états-nations. Le sommeil est artificiel et le rêve peut interférer dans chaque instant. La mort aussi, est artificielle, provoquée par le réseau sans nécessité apparente, elle mène au centre de l’univers. Errata, une spécialiste des technologies réseau, vient d’apprendre qu’elle va mourir. Yago, un mâle révolté avec qui elle a produit des enfants, prend contact avec elle. Il lui montre ce qui se passe dans les coulisses de la Tour: un groupe de femmes dignitaires tente de cacher au réseau l’apparition d’un nuage de chaos multi-dimensionnel. Cette entité destructrice semble provenir de 5 individus situés à différents niveaux de conscience. Contrecarrant les projets de la Tour, Errata, aidée de Yago, va essayer de les retrouver, à travers l’espace et le temps, la mort et le centre de l’univers, pour comprendre et éviter une terrible plongée dans l’inconnu.

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10 mars 2008
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5 mars 2008
Je n’ai plus de sens. Contrairement aux autres, je ne considère pas que le monde n’a plus de sens. Nooon, non non. Le monde a un sens, c’est forcé. Le monde a toujours un sens. Moi je n’ai plus de sens, et vous savez pourquoi ? Parce que je ne vois plus les tranches des livres, je n’entends plus les messes, je ne goûte plus les pages, je ne sens plus les reliures, et mes doigts ne touchent plus que des cadavres. Des idées mortes. Je suis l’estomac des idées mortes. Vous voyez ces quatre tours au-dessus de votre tête ? C’est moi. Je n’ai plus de sens parce que je suis vide comme elles, je suis vidé par la pesanteur des mots. Mais, justement, et je vois dans votre regard que vous avez compris, cela est nécessaire, parce que c’est par l’insensé que naîtra le sensé, parce que c’est par l’absolument absent que viendra l’absolument présent. Ouiiii, oui oui, vous me devinez c’est incroyable. Je suis le Gardien de la Mémoire, mais de ce fait je suis aussi celui par qui les portes de la Mémoire s’ouvriront. Pour cela, je suis taché de sang, parce que le sang est l’oeuvre inévitable de celui qui veut ouvrir les portes. Et d’ailleurs votre incroyable perspicacité confirme le début d’une nouvelle étape dans le plan qui m’a été adressé.
Extrait de "Lexivore", p.11, David Ruzicka, décembre 2003.

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