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	<title>[ David Ruzicka - Mouvements de pensées ] &#187; Texte</title>
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	<description>Assez souvent, David Ruzicka écrit encore</description>
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		<title>Angoisses dans le train</title>
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		<pubDate>Sat, 15 Aug 2009 07:00:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<category><![CDATA[angoisse]]></category>

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		<description><![CDATA[Je traverse une crise d&#8217;angoisse massive dans le train. Je crois que c&#8217;est lié à mon agression d&#8217;avant-hier soir. Ça bouscule l&#8217;image que j&#8217;ai de moi-même. Je réalise à quel point mon propre rapport à la société est violent, secoué, inconsistant. Ça doit paraître évident vu de l&#8217;extérieur: ce côté extrême, voir menaçant. Mais je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je traverse une crise d&#8217;angoisse massive dans le train. Je crois que c&#8217;est lié à mon agression d&#8217;avant-hier soir. Ça bouscule l&#8217;image que j&#8217;ai de moi-même. Je réalise à quel point mon propre rapport à la société est violent, secoué, inconsistant.<br />
Ça doit paraître évident vu de l&#8217;extérieur: ce côté extrême, voir menaçant. Mais je sais que cela ne doit pas être une explication pour ce qui s&#8217;est passé. Rien en moi ne justifie cette agression.<br />
Tout au plus je l&#8217;utilise pour réveiller ce qui est endormi.<br />
L&#8217;angoisse est survenue après que j&#8217;aie pensé à mes qualités potentielles de directeur artistique dans une agence web.<br />
Je m&#8217;étais présenté à moi-même en quelque sorte. Et j&#8217;ai été surpris à quel point j&#8217;aurais toutes les qualités requises pour ce rôle. A quel point je vaux cela, simplement. Sans fierté, sans ce rapport de fierté, d&#8217;honneur et de guerre que je mets dans ma tête à chaque fois que je me vois dans la société.<br />
Je n&#8217;ai pas besoin de me battre pour avoir cette valeur: je l&#8217;ai, tout simplement.<br />
Je ne me suis pas battu contre cet idiot qui m&#8217;a sauté dessus, parce que je le vaux déjà.<br />
Ce sont des choses que je sais. Mais ce matin dans le train je l&#8217;ai senti, comme dans sentir dans ses tripes. Et ça fait une grande différence.<br />
Quelques heures avant cette agression j&#8217;avais appelé une agence web de la place genevoise pour me proposer éventuellement comme DA: alors non, dans ce sens tout ce qui s&#8217;est passé après n&#8217;a rien à voir avec le hasard.  </p>
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		<title>&#171;&#160;[p]&#171;&#160;, extrait page 45</title>
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		<pubDate>Mon, 05 Jan 2009 15:03:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Extrait: [...] Il existe un secteur sur parano, fondé par trois hommes, où seules les femmes sont admises, exception faite de quelques potes qu’ils laissent rentrer parfois. Leur objectif est de simuler un monde dont la population masculine aurait été presque entièrement décimée par un fléau s’attaquant aux mâles. Ceux-ci seraient alors devenus une espèce [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Extrait:</em></p>
<p>[...] Il existe un secteur sur parano, fondé par trois hommes, où seules les femmes sont admises, exception faite de quelques potes qu’ils laissent rentrer parfois. Leur objectif est de simuler un monde dont la population masculine aurait été presque entièrement décimée par un fléau s’attaquant aux mâles. Ceux-ci seraient alors devenus une espèce si rare que les survivantes les choieraient à l’image de demi-dieux. Ils n’auraient pas besoin de travailler, parcourant librement tous les échelons de cette nouvelle société, munis de tous les droits ils agiraient selon leur bon vouloir, autour d’eux tout étant préparé à obéir à leurs moindres caprices. Les femmes occuperaient bien sûr tous les postes de cette nouvelle structure sociale, elles feraient tout, à elles le pouvoir, la responsabilité, le devoir, toutes les taches ingrates et toutes les taches les plus élevées. L’homme passerait son temps au-delà de ces considérations pratiques, à rêver, à transgresser les lois par pur plaisir oisif, et le sexe pour eux serait devenu leur unique et pénible obligation. Très sollicités afin de garantir la survie de l’espèce, faire l’amour se serait changé à leurs yeux en une traite de sperme, leur unique obligation consistant à s’accoupler avec une femme différente chaque jour, ils seraient devenus las du contact physique répété, de cet empilement de femmes aux yeux suppliants et lubriques et aux jambes toujours écartées. Débarrassés de tout souci matériel, ils erreraient de part le monde, foules féminines s’écartant sur leurs passages désabusés comme devant des stars dont les photos orneraient tous les monuments du monde. Les conflits auraient disparu parce que la survie de l’espèce serait bien trop fragile. Seuls les mâles inventeraient de-ci de-là quelques cohues vindicatives, par pur amusement et désœuvrement. Oui, il existe un tel secteur sur parano, simulant un autre monde possible, un autre monde qui n’existe pas, mais encore faudrait-il définir ce que signifie exister. Vers quoi évoluerait un tel monde?</p>
<p><a href="http://www.davidruzicka.com/blog/wp-content/themes/v1/pdf/druzicka_2009.01.01_p.pdf#page=45">» Lien vers la page de cet extrait</a></p>
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		<title>&#171;&#160;[p]&#160;&#187; est achevé</title>
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		<pubDate>Fri, 02 Jan 2009 07:00:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<category><![CDATA[exclus]]></category>

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		<description><![CDATA[Extrait Actuellement votre crédibilité est proche de zéro. Votre arrivée ici ne justifie en rien la continuation de votre présence et de votre nouvelle expérience paranoïaque, quand bien même vous l&#8217;auriez ardemment recherché tout au long de votre existence. A nos yeux, vous n&#8217;êtes que le potentiel d&#8217;un félon, voire un félon tout court. Et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Extrait</em></p>
<p>Actuellement votre crédibilité est proche de zéro. Votre arrivée ici ne justifie en rien la continuation de votre présence et de votre nouvelle expérience paranoïaque, quand bien même vous l&#8217;auriez ardemment recherché tout au long de votre existence. A nos yeux, vous n&#8217;êtes que le potentiel d&#8217;un félon, voire un félon tout court. Et le centre d&#8217;effacement est tout proche.<br />
Afin de vous garantir un bonheur complet au sein du Complexe Alpha, veillez à suivre les points suivants <a href="http://www.davidruzicka.com/blog/wp-content/themes/v1/pdf/druzicka_2009.01.01_p.pdf">[...]</a></p>
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		<title>Champignons vaginaux</title>
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		<pubDate>Thu, 18 Sep 2008 16:20:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.davidruzicka.com/blog/wp-content/images/2008/09/20080918_telephone_numbers.jpg" class="thickbox"><img class="alignnone size-medium wp-image-995" title="20080918_telephone_numbers" src="http://www.davidruzicka.com/blog/wp-content/images/2008/09/20080918_telephone_numbers-172x300.jpg" alt="" width="172" height="300" /></a></p>
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		<title>69.</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Oct 2006 23:03:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[J’ai vite compris le jeu des apparences : les couleurs m’y aidèrent. Parce qu’on essayait tous d’être plus que sa couleur. Le besoin de paraître admirable, de surnager, comme l&#224; -haut dans la vraie vie, cette précipitation vers la couleur la plus remarquée, afin d’élucider pour soi-même le mystère de la pamoison des autres et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’ai vite compris le jeu des apparences : les couleurs m’y aidèrent. Parce qu’on essayait tous d’être plus que sa couleur. Le besoin de paraître admirable, de surnager, comme l&agrave; -haut dans la vraie vie, cette précipitation vers la couleur la plus remarquée, afin d’élucider pour soi-même le mystère de la pamoison des autres et de s’en sentir amélioré. <br />Ztwea me fit comprendre ce jeu en arborant fièrement la succession inutile de ses conquêtes. Il n’y avait pas de mal &agrave;  conquérir, mais il n’y avait pas de sens non plus. Tout se passait comme on en avait l’habitude, sauf que les règles rendaient tout cela ridicule. Ztwea était verte dans un secteur dont elle n’avait strictement rien &agrave;  foutre (CIN pour cinéma), mais elle avait fait son chemin &agrave;  coup de suaves interventions, elle avait juste fait son cinéma.<br />Nous étions enfermés l&agrave; -dedans. <br />« T’as plus le droit de te taire parce que si tu te tais tu disparais gentiment vers rien du tout, et puis un jour passe un robot nettoyeur pour ramasser la carcasse de ton silence. »<br />« Et si j’en ai rien &agrave;  foutre de toute cette machinerie ? »<br />« Aucune différence. Si tu te tais tu te tues. »<br />« Mais je veux être moi-même comme je veux et quand je veux ! »<br />« Comme TU veux ? Il n’y a pas de comme TU veux. T’es embarquée dans un mécanisme, depuis ta naissance, et tu dois au moins obéir &agrave;  ce mécanisme, c’est ça que ça veut dire d’être ici : il n’y a qu’un seul chemin, celui qui fait que tu es l&agrave; , et tu dois faire avec. »<br />« Alors je vais changer mon chemin. »<br />« Ca, tu peux toujours, Errata, mais ça fait horriblement mal. »<br />Les Centres de Formation avalaient régulièrement des cohortes de citoyens dépassant volontairement les règles du système.<br />« Les frontières du système ne sont pas les tiennes et si tu es ici c’est qu’on veut que tu ouvres d’autres voies. »<br />&nbsp;« Et toi Ztwea tu fais ça ? »<br />« Je sais juste qu’il y a une grosse différence. Avant, je les séduisais l’un après l’autre sans but, mais maintenant je les séduis l’un après l’autre sans autre but que leur couleur. »<br />« Et ça fait une grosse différence ça ? »<br />« Oui, parce que je me demande pourquoi. »<br />Ztwea a disparu du Scanner de recherche quelques jours après notre discussion.</p>
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		<title>68.</title>
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		<pubDate>Mon, 02 Oct 2006 19:56:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[On ne dormait pas vraiment.On ne mangeait pas non plus vraiment. Bien sûr il y avait des restos, des bars, surtout autour du Scanner du secteur, mais au lieu de manger on pouvait tout aussi bien avaler une pilule, et l’estomac et l’esprit s’emplissaient de la sensation d’avoir avalé un rôti de poulet et des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On ne dormait pas vraiment.<br />On ne mangeait pas non plus vraiment. Bien sûr il y avait des restos, des bars, surtout autour du Scanner du secteur, mais au lieu de manger on pouvait tout aussi bien avaler une pilule, et l’estomac et l’esprit s’emplissaient de la sensation d’avoir avalé un rôti de poulet et des frites, sans graisses, sans rien de néfaste, juste le goût et le plaisir d’un estomac bien nourri. Les pilules de vodka garantissaient une ivresse sans gueule de bois. Non pas que le souci de rester sain tout en pouvant se permettre tous les écarts fut impératif, parce qu’on pouvait toujours commander une vraie bouteille de vin ou une choucroute garnie, mais partout il y avait toujours l’option « pilule ». En plus les pilules coûtaient moins de crédits. <br />De même le sommeil n’était pas indispensable. J’avais la possibilité d’appuyer sur les touches SO de mon clavier et un lit se déployait dans ma cellule-fiche, mais on perd assez vite cette habitude. En cela je rendais responsable les fioles qu’on m’avait fait avaler dans la cellule en béton &agrave;  mon arrivée ; ils avaient trouvé le moyen d’éradiquer le sommeil aussi. Et même le désir d’avoir des enfants était assouvi par la possibilité d’inviter quelqu’un « du monde extérieur » dans [p]. Beaucoup de femmes passé la trentaine arboraient leurs invités comme de petits enfants dont elles devaient s’occuper, qu’elles choyaient. <br />Le but je crois, est de nous rendre conscients du concept de divertissement. Ces actes qui permettent de s’échapper. On y avait droit, mais avec une pilule dans la bouche ils paraissaient juste ridicules.<br />J’ai assez vite perdu de vue les citoyens qui m’avaient accueillis.<br />Je vagabondais d’un secteur &agrave;  l’autre sans pouvoir me fixer. Chaque secteur revendiquait un centre d’intérêt commun et ce concept de devoir forcément partager quelque chose de ma vie me paraissait ridicule. Tout comme &agrave;  la surface, je ne partagerai rien ici avec un système mais avec quelqu’un.<br />Mais il y en avait plein. Des « quelqu’un ».<br />Je les voyais sur l’écran de ma cellule, je lisais leurs fiches, essayant de me défaire des âges s’affichant et même du sexe, me plongeant dans leurs mots en voulant ne rien voir d’autre, ne rien sentir d’eux que leurs mots.<br />J’ai été déçue par eux, par les mots, en rencontrant Huya. Il jouait avec eux, les mots, si bien que j’ai pleuré sur sa fiche lorsqu’il parlait d’enfants, de souvenirs, d’avenirs et de cendres. Son premier et dernier charme fut qu’il ne prenait aucune pilule. Comme on disait, il se « détruisait correctement ». Aussi imbu de lui-même qu’un talon aiguille claquant dans une rue vide, il était vide, il n’avait rien d’autre &agrave;  donner que ce regard perdu rempli de la fierté de pouvoir poser des mots comme il faut l&agrave;  où il faut et il m’envoya beaucoup de messages parce que je n’y répondais pas, les uns plus somptueux que les autres, d’une richesse visuelle dégoulinante de tendresses et d’envies, multipliant la beauté de quelques verbes par des images sensées me donner envie de coucher avec lui, il jonglait ardemment comme un clown au milieu de la piste avant les singes. Les mots essaient d’accrocher des étoiles.</p>
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		<title>67.</title>
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		<pubDate>Wed, 23 Aug 2006 19:08:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il faut se conformer &#224; cette écriture qui raconte :L’essence est plus chère depuis que le jeu consiste &#224; pousser le minimum au maximum. J’étais attentif au moindre déboire d’Angeline depuis mon départ parce qu’en partant j’avais aussi déclenché chez elle l’ambition inanimée de ne plus tourner en rond, et mon départ avait mis son [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il faut se conformer &agrave;  cette écriture qui raconte :<br />L’essence est plus chère depuis que le jeu consiste &agrave;  pousser le minimum au maximum. J’étais attentif au moindre déboire d’Angeline depuis mon départ parce qu’en partant j’avais aussi déclenché chez elle l’ambition inanimée de ne plus tourner en rond, et mon départ avait mis son essence en ébullition, elle manquait de fuel et le prix de sa survie s’envolait exactement dans les profondeurs où je l’attendais.<br />C’était moi bien sûr qu’elle avait entendu dans le corridor du bout des catacombes. Mais un petit moi qui ne savait pas ce qu’il faisait l&agrave; , embarqué dans une jolie histoire avec une blonde triste et bandante tripatouillant la porte que je cherchais. Le vieux ne pouvait rien faire avec ce délire qu’il avait depuis longtemps enterré, lui aussi tout comme Angeline, dans cet aspect rationnel de sa personnalité prévalant sur la plus grotesque des aberrations : une plaque gravée dont émane de la lumière alors qu’il n’y a aucune source d’énergie alentour.<br />Il faut s’inscrire soi-même dans une texture qu’on appelle dans certains milieux bien placés narrative. Tu comprends bien cela toi qui dois juger de ma prochaine couleur : non seulement j’ai employé le « je » mais en plus j’ai utilisé l’idée de la caméra, combien bancale et déplacée, pour réussir un petit peu &agrave;  faire comme si c’était moi. Mais moi je suis dans une pièce close sous terre &agrave;  essayer de me souvenir sans pouvoir admettre que c’est moi des événements qui ne se sont jamais produits sous cette forme : l’idée de Fulgence par exemple, ce vieux prof presque &agrave;  la retraite, ça me rappelle tellement un film d’horreur que j’ai vu pas plus tard que hier avec un gars siphonné qui s’est aspergé l’uniforme avec un shake &agrave;  la framboise avant de rentrer dans la salle ciné du secteur ETC. <br />C’est quand je dors officiellement que je garnis cet espace vide de ma fiche de toute une histoire que j’aurais bien aimé vivre. Parce qu’il y a un son l&agrave; -dedans qui me fait du bien : celui de la continuité. Non je ne m’appelle pas Angeline, non je n’ai jamais connus de Fulgence, je n’ai connu que ce vaste vide de ce « je » qui me suivait avec sa caméra &agrave;  travers les catacombes de Paris, cette petite pièce de puzzle inattaquable qui manquait &agrave;  mes errances, tel ce type en cravate que j’ai croisé mille fois et qui &agrave;  chaque fois arborait une mine différente, et des habitudes différentes, et une vie entière différente, parce que ce n’était jamais le même type. Mais je m’en suis foutue de cela, j’ai dépassé cette idée de représenter quoi que ce soit aux yeux des autres depuis que j’ai enterré le suicide de mon ex, depuis que je me suis enfuie hors de Paris, depuis que j’ai abandonné mon travail &agrave;  la RATP. Et je pourrais faire dire &agrave;  Angeline :<br />« Touchez la plaque elle est chaude… »<br />« Oui je sais, mais elle ne brillait pas aussi fort jusqu’&agrave;  présent. Eteignez encore votre lampe. »<br />Et il est l&agrave;  tout contre moi avec sa caméra dont la diode gémit près de mon oreille, parce qu’il est mort et parce que je l’ai enterré, alors que Fulgence du loin de ma morale ruinée ajouterait :<br />« Vous êtes la clé, Angeline. »<br />La caméra dans mon dos hurlerait de bonheur en dévalant la roche ouverte sur l’écran de ma fiche et je crierais &agrave;  Fulgence :<br />« Toute une rame a disparu, professeur, parce qu’une rame c’est gros, et mon ego, il est gros, il fallait bien que je l’enfile quelque part. »</p>
<p>J’aurais pu dire tout cela, pendant mon sommeil, devant le ronronnement lointain de l’ordinateur, j’ai été celle qui dort, celle qui racontant un bête cauchemar s&#8217;en va doucement au creux de cette répétitive errance que je suis seule &agrave;  aimer.</p>
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		<title>66.</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Aug 2006 05:22:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Fulgence a promené ses doigts sur l’empreinte ciselée :« Impressionnant n’est-ce pas ? »« J’ai beau être une fille assez anormale et ivre &#224; la vodka, je dois avouer que cette plaque artificiellement placée l&#224; m’épate. On n’arrête pas le progrès, même dans l’artificiel. »« Oui, sauf que ceci n’est pas artificiel. Cette plaque d’acier [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>
Fulgence a promené ses doigts sur l’empreinte ciselée :<br />« Impressionnant n’est-ce pas ? »<br />« J’ai beau être une fille assez anormale et ivre &agrave;  la vodka, je dois avouer que cette plaque artificiellement placée l&agrave;  m’épate. On n’arrête pas le progrès, même dans l’artificiel. »<br />« Oui, sauf que ceci n’est pas artificiel. Cette plaque d’acier inoxydable est enfoncée profondément dans une roche qui date de plus de deux siècles en tout cas. Or savez-vous quand a été inventé l’acier inoxydable ? »<br />« Hier ? »<br />« 1913. »<br />«&nbsp; Et comment savez-vous que cette plaque d’acier date de plus de deux siècles ? »<br />« J’en ai pris un échantillon, je l’ai fait analysé… Vous avez entendu ? »<br />«&nbsp; Oui j’ai entendu. »<br />« Non je veux dire vous avez entendu ces clapotis ? »<br />Aucun animal ne vit &agrave;  ces profondeurs dans les carrières, aucun rat, aucune vermine, aucun volatile, la nuit est parfaite, sans appât, sans nourriture, sans cycle, dénuée de vie.<br />« Fulgence, j’aurais envie de m’inquiéter mais je sais très bien qu’il n’y a aucune raison d’avoir peur ici sauf de soi-même. »<br />« Extinction. »<br />Ils ont éteint leur lampe &agrave;  acétylène et sont restés immobiles dans le néant, le temps a disparu avec la lumière. Un camion très haut très loin, quelque part dans un monde encore en vie, a fait trembler imperceptiblement la cavité, provoquant un léger mouvement de la surface de l’eau. Angeline s’est rapprochée du professeur, sa main effleurant la sienne, parce que suspendu dans le néant elle a vu le scintillement diffus de la plaque d’acier et le [p] gravé paraissait encore plus noir que la nuit, flottant tel un appel du bout du monde. Elle a entendu le chuchotement de son ex au creux de l’oreille, un murmure caressant sa nuque d’entre les morts, et les mots glaciaux et rauques remontèrent son échine pour lui empoigner l’esprit, scandés comme une ritournelle morte : « Enterrrrre-moi, enterrrre-toi, enterrre-moi, enterrre-toi, enterrre-moi, enterrre-TOI… » Ils ont rallumé. <br />« Angeline vous me faites mal &agrave;  la main. »<br />Elle lui écrasait les doigts.<br />« Excusez-moi. »<br />« Ils semble que dans la nuit ce ne sont pas les symboles que vous attendiez qui rejaillissent », sourit-il.<br />« Vous l’avez entendu aussi ? »<br />« Le camion ? Non je ne parlais pas de cela mais du symbole sur la plaque. Vous avez remarqué comme il brille ? Or ce n’est pas parce qu’il est recouvert d’une pellicule luminescente qui aurait capté nos torches : cette plaque émet de la lumière. »<br />Elle a réussit &agrave;  déglutir en reprenant un peu de vodka.<br />« Je crois que l’alcool me joue des tours. J’ai entendu un murmure tout près de moi, un souffle, il y a eu un souffle sur ma nuque. »<br />« Reprenez-vous Angeline. Il n’y a aucun murmure ici. »<br />« Juste &agrave;  côté, juste tout contre moi… »</p>
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		<title>65.</title>
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		<pubDate>Sun, 06 Aug 2006 20:52:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« Connaissez-vous cette phrase de Cuvier, l’inventeur de l’archéologie moderne : tous ces faits, analogues entre eux, et auxquels on n’en peut opposer aucun de constaté, me paraissent prouver l’existence d’un monde antérieur au nôtre, détruit par une catastrophe quelconque ? »« Non : et quel rapport avec la RATP ? »« Un rapport avec [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>« Connaissez-vous cette phrase de Cuvier, l’inventeur de l’archéologie moderne : tous ces faits, analogues entre eux, et auxquels on n’en peut opposer aucun de constaté, me paraissent prouver l’existence d’un monde antérieur au nôtre, détruit par une catastrophe quelconque ? »<br />« Non : et quel rapport avec la RATP ? »<br />« Un rapport avec nous ici… Vous êtes ici &agrave;  cause d’une catastrophe intime dans votre vie, &agrave;  la recherche d’un monde antérieur… »<br />« Et vous Fulgence, quelle est votre catastrophe ? »<br />« La disparition d’une rame entière sur la ligne 1 au début de cette année. Mais nous avons encore quelques kilomètres &agrave;  parcourir pour arriver au point où le tunnel est apparu sur le scanning. Nous approfondirons cette discussion plus tard, si vous le voulez bien. »<br />Fulgence laissait un sillage derrière lui dans l’eau transparente, la vodka les avait réchauffé et ils marchaient vite ; au bout d’une heure de souffle court le corridor se resserrait plus loin pour se terminer en cul-de-sac. Il lui a souri et ses rides semblèrent appartenir aux crevasses des parois qui les ensevelissaient. <br />« Vous n’avez pas entendu un écho inusuel dernière nous ? »<br />Angeline a brandi sa lampe &agrave;  acétylène, éclairant quelques mètres seulement du couloir derrière eux, cette nuit totale et ce vide et ce silence qui se recréaient derrière leur passage fugace de chair et de sang la fascinait. Ils n’exprimaient qu’un mouvement rapide ici, un dérangement momentané dans l’absolue et infinie obscurité, une fuite, un souffle contre la rugosité de ce qui ne termine jamais.<br />« Angeline ? »<br />« Vous marchez vite, prof, pour un… »<br />« Un vieux ? »<br />« Je n’ai pas vraiment fait attention, mais avec ces galeries inondées n’importe quel cataphile un peu expérimenté pourrait nous suivre sans problème. »<br />« La question est : &agrave;  qui viendrait l’idée de nous suivre ? »<br />« A n’importe qui d’un peu connaisseur. Un cataphile curieux qui connaît déj&agrave;  ce chemin et qui aurait envie de savoir pourquoi un cul-de-sac peut nous intéresser ou un poseur de tract qui attendait juste notre arrivée pour découvrir une salle vierge où poser son flyer pour frimer devant ses potes, ou pourquoi pas un membre de l’Inspection des Carrières qui a du temps &agrave;  perdre ce soir, ou alors encore un… »<br />Elle s’est tue en voyant une inscription gravée dans la roche. Une plaque lisse et grise cachée par une saillie que son ombre énervée avait réussi &agrave;  dévoiler dans un sursaut de lumière, et en s’approchant de la gravure d’une netteté irréelle Angeline a eu envie d’éclater de rire, parce que ce n’était ni du calcaire ni du gypse, cette roche ciselée dans le moindre détail se moquait du temps, ce n’était pas de la roche mais de l’acier brillant sous les ruissellements suintant et changé en une forme incongrue tellement elle paraissait moderne en comparaison de son âge apparent. Sur 20 centimètres carrés environ, crochet ouvrant, p, crochet fermant : [p] inscrit dans l’immatériel au fond de la terre.</p>
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		<title>64.</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Aug 2006 11:06:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Jamais il n’aurait du se permettre de prononcer un mot comme « encule », et jamais il ne l’aurait fait, sans vodka. Angeline a écouté le prof et décroise les jambes. L’acétylène rend ce simple geste violemment provocateur, parce qu’ici sous terre toute surface existe par l’ombre qu’elle projette, et la flamme lance le corps [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<br />Jamais il n’aurait du se permettre de prononcer un mot comme « encule », et jamais il ne l’aurait fait, sans vodka. Angeline a écouté le prof et décroise les jambes. L’acétylène rend ce simple geste violemment provocateur, parce qu’ici sous terre toute surface existe par l’ombre qu’elle projette, et la flamme lance le corps d’Angeline contre la pierre telle une ondulation frénétique des bouts les moins innocents de son anatomie, comme si la pierre avait besoin de sa peau.<br />« Fulgence, vous n’êtes pas quelqu’un de symbolique. »<br />Elle ajoute, souriant comme pour effriter la pierre :<br />« Et si on éteignait tout, pour voir jusqu’où vont les symboles ? »<br />Fulgence croise les jambes, pour empêcher la bosse d’ombre sur sa braguette d’être trop visible :<br />« La nuit sous terre ne vous effraie pas ? », déglutit-il.<br />« Au contraire, elle me rassure. Elle est calme et parfaite tandis qu’&agrave;  la surface, elle est violente, les fenêtres illuminées, les étoiles ou les lampes &agrave;  sodium, le ballet frénétique des voitures, la même indifférence. C’est sous terre que j’ai mis toute mon existence. »<br />« Depuis la disparition de votre ami, n’est-ce pas ? »<br />Des tonnes de gypse et de calcaire épaississent le silence, &agrave;  la manière d’une pensée étouffée par l’absence de vie qui pourrait y être attachée, une pensée enterrée entre des cœurs qui pourtant palpitent encore &agrave;  plus de 20 mètres sous la vie. Angeline a avalé une plus longe goulée d’alcool :<br />« C’est pas loin d’ici que la Mexicaine de Perforation se réunissait dans cette grande salle pour des séances de ciné clandestines ? »<br />« Non cette salle est sous le Trocadéro, elle a été scellée depuis par l’Inspection Générale. »<br />« Ces bâtards. »<br />« Ils font leur boulot. »<br />« Je hais justement tous ces gens qu’on peut ranger une fois ou l’autre sous l’expression : ils font leur boulot. »<br />« Vous vous rangez pourtant parmi eux Angeline, le visage de la RATP auprès du public est essentiellement celui des contrôleurs et de la sécurité. »<br />« Non. »<br />« Quoi non ? »<br />« Je suis en congé maladie longue durée. Je n’y retournerai plus. Le gars qui m’a ouvert la porte des catacombes m’a convaincu &agrave;  sa manière. »<br /><br />
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		<title>63.</title>
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		<pubDate>Thu, 03 Aug 2006 07:59:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« Dans le fond vous avez peut-être raison. Mais la société n’en a rien &#224; foutre du fond et de la raison, ce qu’elle veut, c’est du concret, tout de suite, de l’évolution, maintenant. »« Pas exactement. Ce que chacun veut, c’est l’amélioration de sa propre vie. Mais si cette amélioration passe par l’abaissement de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>« Dans le fond vous avez peut-être raison. Mais la société n’en a rien &agrave;  foutre du fond et de la raison, ce qu’elle veut, c’est du concret, tout de suite, de l’évolution, maintenant. »<br />« Pas exactement. Ce que chacun veut, c’est l’amélioration de sa propre vie. Mais si cette amélioration passe par l’abaissement de la vie d’un autre, ça, tout le monde s’en fout. Or &agrave;  une échelle plus vaste, cela signifie que la société cherche une situation optimale, et que si cet optimum passe par l’avilissement et l’humiliation d’une minorité, j’insiste bien sur le facteur minoritaire car il est la clé, et bien que cela soit ! Il est indispensable au bon fonctionnement de notre société qu’il y ait une minorité qui se plaigne. En fait c’est le système lui-même qui cherche la révolte afin de se régénérer pleinement. »<br />« Vous voulez dire que la clé du contrôle démocratique réside dans la plage de révolte, de fausse liberté, qui est laissée &agrave;  ceux qui subissent ce contrôle ? »<br />Fulgence s’adresse &agrave;  la bouteille maintenant, d’un acte de politesse elle est passée &agrave;  un biberon très doux. La bouteille, une ancienne amante presque oubliée : il n’aurait pas du y toucher, tous ses neurones se plaignent et en même temps en demandent encore.<br />« Mais il n’y a personne qui subit le contrôle. Tout le monde contrôle tout le monde. Ceux qui croient manipuler les masses par de savants tours de technique et d’inventivité, en réalité ceux-l&agrave;  même obéissent &agrave;  ce que la masse leur demande. Ils croient inventer des besoins ou prévoir des comportements, ou du moins les plus modestes d’entre eux pensent deviner dans quelle direction le marché, cette représentation économique de la masse, se dirige. Mais ils oublient qu’ils sont eux-mêmes conditionnés, que s’ils prennent une décision c’est parce que la masse, c’est eux. Et ils gesticulent au sommet de leurs podiums parce qu’ils sont applaudis, parce qu’ils incarnent au bon moment et au bon endroit ce que la masse souhaite qu’ils soient. Pour être plus cru, ils enculent ceux qui les enculent, et que ce soit sur un trottoir par une nuit d’hiver &agrave;  côté d’une bouteille ou dans un fauteuil &agrave;  côté d’un sapin de Noël qui fait 3 mètres, la différence réside seulement dans le nombre de personnes qui vous écoutent. Le reste n’est affaire que de symboles et d’apparences. »</p>
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		<title>62.</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Aug 2006 07:52:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ils arrivent dans une salle basse, nommée Terra Scataphilia par d’anciens cataphiles, parce qu’elle n’est même pas belle, rendue étroite par des remblais qui &#224; la base d’un pilier forment quelques grosses boules de matière humide. Et surtout, parce que plus loin il n’y a que des galeries sans issue et des chatières puant le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<br />Ils arrivent dans une salle basse, nommée Terra Scataphilia par d’anciens cataphiles, parce qu’elle n’est même pas belle, rendue étroite par des remblais qui &agrave;  la base d’un pilier forment quelques grosses boules de matière humide. Et surtout, parce que plus loin il n’y a que des galeries sans issue et des chatières puant le souffre. Angeline pose son acétylène sur une pierre plate et sort une bouteille de vodka.<br />« Je suis déj&agrave;  passée par ici. On est au Nord d’Alésia. »<br />Elle avale une rasade et tend la bouteille &agrave;  Fulgence qui en prend une lampée, par politesse. La flamme fait des reflets magiques sur le T-shirt ondulé de cette fille. On dirait une déesse caverneuse.<br />« Ce contrôle dont vous me parlez, ça me rappelle les installations nazies durant la guerre, près de la rue Corneille, ces renforcements de ciment coulé pour le passage des soldats et ces corridors remplis d’ampoules, de câbles téléphoniques et de caisses d’armes. Ils appelaient ça la défense passive, non ? Les gars de la police, leur satellite, ils appellent ça aussi de la défense passive ? Décidemment, les nazis étaient en avance sur leur temps… »<br />Fulgence se tait. Elle a raison. S’il doit bien subsister un lieu de liberté totale sous la civilisation, c’est ici, dans les carrières. D’autres grandes métropoles n’ont pas cette chance, pas cette fuite, elles sont grillagées, plates et dures.<br />« Vous préférez peut-être que nous fassions sauter des bombes dans les cinémas pornos ? »<br />« Non, je vous vois plutôt comme un Michael Moore français. Un gars qui dénonce, qui passe par dessous les règles et qui jaillit entre les jambes des politicards, d’une bouche d’égout, pour pointer du doigt sur l’hypocrisie qu’ils émettent &agrave;  grands renforts de panneaux publicitaires, dans mon métro, &agrave;  la télévision et dans les journaux. »<br />« Dans votre métro ? Mais vous parlez comme un dirigeant d’usine Nike en Indonésie ! Il n’y a rien &agrave;  faire pour changer le système. Le système tourne, c’est son principe, et ceux qui s’y opposent ne tournent pas, c’est tout. Si vous réussissez &agrave;  sourire en face d’une caméra et &agrave;  faire rire les gens qui vous écoutent, déj&agrave; , vous faites partie du système qui tourne, et je vous classifierais dans les exutoires, comme Coluche, comme tant d’autres détracteurs, comme votre Moore qui promeut la « petite » lutte sous prétexte qu’agir dans son coin est déj&agrave;  un pas vers le changement, vers une façon de voir l’humanité différente, alors que c’est exactement le contraire, parce que le système avale même ceux qui s’y opposent, et c’est justement son principe premier, de permettre &agrave;  chacun de s’exprimer, de se révolter et d’agir. Et en agissant, le système vous englobe déj&agrave; . Les systèmes de l’évolution sont superficiels et pour les mettre en branle, pour les faire avancer un peu plus, vous devenez vous-même superficielle. Il n’y a qu’une seule manière de ne pas appartenir au système, c’est de se taire, de ne rien faire, même pas allumer sa TV, et de se laisser pourrir sur place. Si cela pouvait se produire &agrave;  une échelle sociale, et bien le système serait détruit. Mais ne vous faites pas d’illusions, il ne serait pas totalement détruit, il serait juste remis en cause profondément, ceci afin de donner naissance, ou de promouvoir, pour être plus pragmatique, un autre système. »<br />
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		<title>61.</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Aug 2006 07:47:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Fulgence le voit bien mais ne le croit pas encore tout &#224; fait. Elle glisse dans la chattière les jambes en avant et ses cuissardes noires monte presque jusqu’aux fesses. On dirait plutôt une sorte de guêpière en cuir par-dessus quoi elle a enfilé un short en jean crasseux et moulant. Il y a juste [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Fulgence le voit bien mais ne le croit pas encore tout &agrave;  fait. Elle glisse dans la chattière les jambes en avant et ses cuissardes noires monte presque jusqu’aux fesses. On dirait plutôt une sorte de guêpière en cuir par-dessus quoi elle a enfilé un short en jean crasseux et moulant. Il y a juste une petite fente d’un centimètre de chair nue, pâle, entre la cuissarde et le short. Comme un timide appel. Elle porte son t-shirt de la RATP, serré &agrave;  la taille et aux épaules, donc entre deux aussi. Angeline a construit un chignon sur sa tête et ne porte pas de casque. Arrivée dans le boyau, elle allume sa lampe &agrave;  acétylène. Elle se redresse, &agrave;  peine essoufflée.<br />« Je suis prête et vous ?&#8230; Monsieur ? »<br />« Je heu… Je heu… Vous ne mettez rien ? »<br />« Comment ça rien ? »<br />« Je veux dire en dessous, heu, en dessus de votre t-shirt… »<br />« Non pourquoi ? Je n’ai jamais froid comme ça. La température ne change pas tellement ici… »<br />« Bien sûr, bien sûr. »<br />« Alors on y va ? Vous me suivez ou je vous suis ? »<br />L’idée angoissante d’avoir cette paire de cuissarde dans le faisceau de sa lampe le fit toussoter.<br />« Non, non. Je vais devant. »<br />Les catacombes se résument &agrave;  un faisceau de lumière sur de la pierre jaune et des reflets d’eau autour des cuissardes de celui qui précède. C’est pour cela que depuis des années Fulgence les parcourt, parce qu’il n’y a rien et dans un monde où il y a trop de tout, c’est une chose appréciable. Et puis &agrave;  60 ans, des dizaines de kilomètres sous terre, ça fait garder la ligne.<br />« On va où, Monsieur ? »<br />« Direction Porte d’Orléans. »<br />« Mais y’a rien par l&agrave; -bas… »<br />« Jusqu’&agrave;  récemment en effet il n’y avait rien. Mais un scanning m’a permis de découvrir un tunnel imposant qui, j’en suis sûr, n’était pas l&agrave;  avant et n’est mentionné sur aucune carte. »<br />« Un scanning ? »<br />L’eau arrive a mi-cuisse et ils se taisent un moment, cherchant &agrave;  chaque enjambée un appui sur les rebords, pour ne pas s’enfoncer trop. Après une dizaine de minutes, le corridor remonte.<br />« Une nouvelle méthode de visualisation souterraine par satellite. Les vides sont &agrave;  une autre température que la roche, or &agrave;  partir de 1 ou 2 mètres sous terre la fréquence d’onde sur laquelle on travaille est différente de celles de la surface. C’est un procédé qui prolonge les techniques de sonar et d’échogéologie. Les calculs résiduels sont très importants mais de nos jours, quand un bon Pentium peut simuler une partouse 3D, les calculs ne sont vraiment plus un obstacle. »<br />« Vous voulez dire que depuis des kilomètres d’altitude on peut littéralement voir les carrières sous Paris ? »<br />« Je veux dire beaucoup plus que ça, ma petite Angeline. »<br />Fulgence se retourne et un instant la torche sur son casque éblouit cette divine féminité, ronde et moelleuse dans ses cuissardes noires au milieu de toute cette pierre.<br />« Nous émettons de la chaleur nous aussi et en ce moment même, si quelqu’un activait la connexion au satellite, il nous verrait marcher pas après pas. »<br />« Mais qui peut faire ce type de scanning ? »<br />« Moi. La police. L’IGC. En remplissant le formulaire approprié et en attendant deux ou trois jours, la RATP ou la SNCF peuvent aussi, bien que pour eux il n’y ait pas vraiment d’utilité. Le satellite peut être réglé sur différentes longueurs d’ondes et en général son usage est purement cartographique. Mais il m’est arrivé d’observer vos faufilements audacieux, Angeline, alors que les types de la Sécu, de petits points rouges juste &agrave;  côté de vous, trépignaient en se demandant où vous étiez passée. Vos fuites sous terre forment des hiéroglyphes mystérieux, sur les écrans de contrôle. »</p>
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		<title>60.</title>
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		<pubDate>Mon, 31 Jul 2006 09:34:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Et puis Angeline était dotée comme d’un sixième sens : elle savait quand les murs l’observaient. Lorsque l’œil d’une caméra devenait soudain plus qu’une simple analyse mécanique du passage des gens et des formations de groupes isolés. Lorsque l’œil d’une caméra la remarquait, elle. Elle avait alors entre cinq et dix minutes pour trouver une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<br />Et puis Angeline était dotée comme d’un sixième sens : elle savait quand les murs l’observaient. Lorsque l’œil d’une caméra devenait soudain plus qu’une simple analyse mécanique du passage des gens et des formations de groupes isolés. Lorsque l’œil d’une caméra la remarquait, elle. Elle avait alors entre cinq et dix minutes pour trouver une issue. Parfois, c’était juste, ils connaissent bien leurs corridors ces salauds, elle avait même du courir. Elle avait sa réputation &agrave;  tenir auprès des services de sécurité. La Violoniste, les gars de la sécurité l’appelaient officiellement, ils murmuraient entre eux dans les vestiaires après une autre tentative échouée. Celle que tous les bleus essayaient de coincer juste pour monter en grade. Mais leurs caméras ne balisent pas les corridors qu’elle choisissait, et leurs jambes étaient molles, ils ne savaient pas grimper dans certains conduits où, après quelques galipettes dans les tubes, on peut se tenir debout tellement ils sont vastes. Parfois elle organisait ses escapades au violon comme un plan d’attaque, se réjouissant d’avance que sa stratégie s’appliquât &agrave;  la lettre, comme deux équipes de quatre hommes qui se catapultaient au coin des corridors alors qu’une trappe discrète se refermait &agrave;  dix pas d’eux, sonnés. <br />Le commun des mortels sent cette énergie qui balance l’archet vivace au dessus des cordes, ils sentaient ce corps tendu qui s’offrait &agrave;  chaque cambrure scandant les notes, &agrave;  chaque pépiement inquisiteur des diodes des caméras, et ils se baissaient devant elle pour laisser glisser la monnaie de leurs paumes comme autant d’offrandes &agrave;  une reine : Angeline se débrouillait pour ne pas se sentir mendier quelques sous en vue d’acheter sa vodka.<br /><br />Ma présence entretenait chez elle le fantasme de l’obscurité souterraine comme celui d’une mort intime, d’une petite mort dans la vie, invisible et rien que pour elle. Je devenais l’indispensable élément de cette trinité de la perdition : vodka, catacombes et sexe. Je n’avais eu accès &agrave;  aucun plan, aucun détail technique sur le réseau souterrain et je suis parti lorsque je me suis rendu compte lors de l’une de nos descentes dans les carrières qu’elle me guidait plus que l’inverse. J’avais encore un substrat de prétention machiste que notre relation n’avait pas complètement effacé, un zest d’impression de la dominer dans les corridors souterrains, évanoui lorsqu’elle avait du me donner la main pour m’aider &agrave;  passer une chatière alambiquée. En remontant j’ai pris mon sac chez elle et l’a laissée seule s’enivrer &agrave;  la table de la cuisine. Dernière image d’elle : ses seins palpitant &agrave;  la lumière de la bougie &agrave;  côté de la bouteille de Smirnoff, les jambes nues croisées haut, devant un plan des catacombes de sa concoction, marquant les passages joignant les systèmes d’aération du métro et les entrées abandonnées. Elle me sourit en avalant une lampée et tirant une bouffée. Ses yeux brillent. Elle décroise les jambes, soulève ses fesses qui collent &agrave;  la chaise, se rassied et me regarde encore en souriant. Je la revois nue plongeant dans une eau azure glaciale pour traverser une partie inondée.<br />Elle était peut-être le plan, elle était peut-être le détail technique, la clé, cherchant le fond si désespérément elle allait peut-être me mener &agrave;  la rame disparue. Mais je ne devais plus rester avec elle : je la déviais de son but désormais.<br /><br />
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		<title>59.</title>
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		<pubDate>Sun, 30 Jul 2006 09:31:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je l’ai suivie tout au long de l’incohérence de ses jours.Son ex s’était tué et elle l’avait enterré dans le jardin de la maisonnette, et depuis ce temps elle baguenaudait dans les catacombes de Paris, comme si sous terre un secret devait lui être révélé. Avant de me rencontrer, elle se promenait le plus souvent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>
Je l’ai suivie tout au long de l’incohérence de ses jours.<br />Son ex s’était tué et elle l’avait enterré dans le jardin de la maisonnette, et depuis ce temps elle baguenaudait dans les catacombes de Paris, comme si sous terre un secret devait lui être révélé. Avant de me rencontrer, elle se promenait le plus souvent en compagnie d’une bouteille de vodka et se perdait. La fois où je l’ai trouvée elle avait découvert une crique souterraine où l’eau azur était chauffée par une conduite, et elle s’y était baignée nue.<br />Décider de partager sa maisonnette en toute a-mi-tié avec moi, qui d’abord avais été son guide dans les catacombes, lui avait paru naturel. Mais après le suicide de son ex elle se lâchait un peu, se promenant en slip le matin, buvant son café en croisant et décroisant les jambes, rassurée seulement par le grondement du prochain métro sous la maisonnette bordant la Petite Ceinture, près de Maison-Blanche. Alors forcément, un matin, je l’ai prise sans même la forcer sur la table de la cuisine, profitant du passage d’un autre métro pour la faire jouir. Elle adorait « le subtil tremblement de ta verge au fond de moi lorsque les fondations de l’immeuble vibrent doucement ». Et puis elle me guidait des ses hanches comme je l’avais guidée dans le monde d’en dessous, avant de la laisser faire sa première descente seule.<br />Je ne lui ai pas dit que je l’avais ciblée et suivie. Je ne lui ai presque rien raconté de moi, lui faisant croire que je travaillais toujours comme trader &agrave;  la Défense : tous les matins je m’habillais de bonne heure et m’enfonçais dans le métro sans en ressortir avant le soir et Angeline m’observait dans mon costume noir, un sourire savant accroché aux lèvres, ajoutant &agrave;  son silence : « Faudrait que tu partes définitivement un jour, je peux descendre dans les catacombes toute seule maintenant, je n’ai plus besoin de toi », tout en se servant un autre verre de vodka, matinale comme elle était. Délaissant son travail, elle descendait de plus en plus souvent, dans le métro ou dans les catacombes. Sa démission s’est faite lentement, longue série d’absences injustifiées, de plus en plus fréquentes.<br />A côté de son poste de responsable des ressources humaines &agrave;  la RATP, elle se maquillait, se déguisait et jouait du violon en regardant la foule s’amasser sur les quais. Elle jouait du Chopin la plupart du temps, des pages tristes, en toute illégalité, mais avant que les caméras ne lui envoient des agents de la Sécurité, elle avait assez de temps pour remplir son panier de petites pièces : le gens aiment voir une belle femme avec ses bras si fins et sa moue tout &agrave;  la fois pulpeuse et concentrée jouer du violon parmi eux, &agrave;  défaut de l’écouter ils la remarquaient.&nbsp;</p>
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		<title>58.</title>
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		<pubDate>Sat, 29 Jul 2006 10:26:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Fulgence dirigeait et animait &#224; lui tout seul un atelier de sémantique souterraine – c’est ainsi qu’il l’avait surnommé, au grand dam de ses collègues –&#160; &#224; la faculté de sociologie de l’université René Descartes :&#160;&#160; &#160;« Je ne souhaite pas qu’on puisse établir un historique précis de l’aventure du métropolitain parisien. Avec tout le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<br />Fulgence dirigeait et animait &agrave;  lui tout seul un atelier de sémantique souterraine – c’est ainsi qu’il l’avait surnommé, au grand dam de ses collègues –&nbsp; &agrave;  la faculté de sociologie de l’université René Descartes :&nbsp;&nbsp; &nbsp;<br />« Je ne souhaite pas qu’on puisse établir un historique précis de l’aventure du métropolitain parisien. Avec tout le respect que je dois &agrave;  ce réseau, je ne crois pas que cela soit possible. Même si on vous dira que chaque ligne a son histoire, que chaque station abandonnée l’a été dans un contexte précis, même si on pourra retrouver dans les archives un fatras de détails expliquant quand et comment un tunnel a été creusé, un caisson a été enfoncé sous la Seine, une Petite Ceinture a été abandonnée, je ne crois pas que l’aventure des hommes creusant sous le sol d’une ville puisse se limiter &agrave;  une succession de dates, &agrave;  des avals de procédures et &agrave;  des vices de forme. Il y a plus &agrave;  trouver dans le métro que des arrangements politiques, que des accords privés entre personnes &agrave;  buts lucratifs. Je ne veux pas de dates et de lieux. J’aimerais que vous me parliez de l’essence du métropolitain, de son identité inhumaine et tout &agrave;  la fois serviable, j’aimerais vous entendre vibrer comme seul un tronçon mal affermi sait le faire. »<br />L’auditoire écoutait en silence Fulgence Q . L’auditoire du cours de sociologie imaginait déj&agrave;  la série de mauvais résultats qu’une telle demande allait encore provoquer. Le prof s’envolait lyriquement et c’était mauvais signe, surtout en fin d’année. Comme pour claironner cette injuste défaite préparée d’avance, un métro fit trembler quelques bancs. <br />« Voil&agrave;  ! Je veux de la vie ! Une analyse complète de l’importance des passages souterrains ! Une étude du sens de creuser pour aller mieux et plus vite ! »<br />Il soulignait sur le tableau noir « complète », « mieux » et « vite ». Sa craie se brisa, il pesta et annonça comme d’habitude dix minutes &agrave;  l’avance que le cours était terminé. J’y assistais dans un coin depuis quelques jours. J’avais suivi Angeline jusque l&agrave; . Elle-même y assistait régulièrement, je pense que le vieil homme et son énergique passion des corridors suburbains la fascinait. Je découvris plus tard qu’il y avait autre chose aussi.<br />Elle portait un T-shirt avec l’emblème de la RATP moulant ses seins, un gros R et un gros P avec en dessous en petits caractères « Routes A Temps Perdu ». Elle souriait. Fulgence Q. la voyait toujours sourire, surtout quand il s’imaginait lui retroussant sa jupe mauve et trop légère et trop transparente, dans un auditoire où ils ne m’avaient pas remarqué.<br />« Vous ne les mettez pas en confiance en parlant ainsi d’un prochain rendu de sociologie. On dirait plutôt que vous demandez &agrave;  un futur troupeau de poètes de parler de l’archéologie du métro parisien. »<br />« Et bien je ne m’adressais pas &agrave;  eux, mais &agrave;  vous. »<br />Réussir &agrave;  la faire rougir artificiellement représentait un indéniable exploit, même si le rougissement chez elle semblait prémédité.<br />« Je n’ai rien compris &agrave;  votre charabia. On dirait que vous avez trouvé une nouvelle raison pour chercher quelque chose dans les sous-sols. »<br />Elle avait tout compris, et le logo sur ses seins palpitait de contentement.<br />« Je n’ai pas besoin de vous expliquer. Lorsque vous étiez étudiante ici vous me pondiez des rendus exemplaires et je les lisais devant tout le monde. Vous avez le culot de me faire croire que vous ne comprenez pas ? »<br />A son tour de rougir, Fulgence n’avait pas l’habitude de prononcer des mots comme « pondre » et « culot » devant une femme. Il se détourna et effaça quelques citations subsistant sur le tableau. Angeline restait l&agrave; , perplexe.<br />«&nbsp; Il y a quelque chose qui m’échappe. Vous êtes passé l’autre soir retirer beaucoup de documents aux archives de la RATP. Vous planchez sur une nouvelle étude ? »<br />« Et qu’est-ce qui vous échappe ? »<br />« Ce ne sont que des documents techniques. Je ne vous connaissais pas cet intérêt-l&agrave; . »<br />« Que voulez-vous Mme Tournier, je dois m’y mettre moi aussi, je dois m’y mettre… »<br />Derrière ses lunettes trotskistes et sa toison blanche, il décida, par respect pour sa femme et ses petits-enfants, de terminer cette discussion, et &agrave;  la même occasion son érection. Angeline l’observa saluer brièvement, tressauter vers la sortie avec son sac de sport rempli de documents rares sur le métro, si lourd qu’&agrave;  chaque pas le vieux professeur manquait perdre son équilibre. Elle resta un moment &agrave;  contempler les rangées de l’auditoire vide, son regard tomba sur moi, je faisais semblant d’écrire, jusqu’au tremblement des vitres, le passage de la rame de midi, qui lui ramena l’appétit.<br /><br />
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		<title>57.</title>
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		<pubDate>Fri, 28 Jul 2006 21:17:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« Début 2006 un incident survint sur la ligne 1 de la RATP. Personne ne s’en aperçut puisque l’incident se déroula durant les grèves du mois de mars. Lors d’un voyage de routine, une rame vide se dirigeant vers sa gare de stationnement a disparu. Elle a disparu intégralement. Dix wagons de néons et d’acier [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>« Début 2006 un incident survint sur la ligne 1 de la RATP. Personne ne s’en aperçut puisque l’incident se déroula durant les grèves du mois de mars. Lors d’un voyage de routine, une rame vide se dirigeant vers sa gare de stationnement a disparu. Elle a disparu intégralement. Dix wagons de néons et d’acier ont soudain arrêté de clignoter sur le monitoring. On a cru &agrave;  une panne, des équipes ont fouillé les tunnels durant deux nuits mais n’ont rien trouvé. D’un point élevé de la hiérarchie arriva alors une explication rationnelle, non dénuée d’imagination. Une défaillance du système de contrôle avait aiguillé la rame dans un autre tunnel, les grèves aidant, aucune collision n’avait été annoncée. Toutes les équipes de sécurité ont soupiré. Quelle chance.<br />Mais aucune défaillance n’avait été décelée et la rame n’avait été enregistrée dans aucune gare de stationnement, constituant ainsi un problème lourd de conséquences pour les hauts fonctionnaires. On relégua rapidement cet incident &agrave;  un bug du système d’aiguillage. Les grèves occupaient toute l’attention, on verrait plus tard.<br />Plus tard, le roulement quotidien reprit et les soucis usuels s’entassèrent les uns sur les autres, et la rame disparue de la ligne 1 s’enfonça dans les archives. Excepté moi, un seul homme de la surface continua &agrave;  y penser : Fulgence Q., et une seule femme, Angeline Tournier. »<br />« Fulgence y avait pensé en termes objectifs. A la limite, une rame vide peut disparaître de la mémoire des hommes, s’était-il dit, surtout quand ceux-ci travaillent sous le sol. Les mineurs gardent un souvenir unique de leurs descentes, même après une vie passée &agrave;  se remplir les poumons de suie, l’odeur et la couleur des trous s’agglutinent pour ne devenir finalement qu’une seule vaste nuit dans la poussière et les torches. Les ouvriers de la RATP vivent de semblables nuits de labeur agglutinées les unes aux autres jusqu’&agrave;  former une masse néonifère de jours de travails identiques, et dans cette masse une rame entière peut facilement s’engouffrer et disparaître sans laisser la moindre trace. Les souvenirs, on les garde pour dehors, pour la lumière. Les techniciens et ingénieurs quant &agrave;  eux, rien ne pouvait leur permettre de se souvenir : si la machine a oublié, ils oublieront eux aussi. Donc une rame vide peut disparaître de la mémoire, mais une rame vide ne peut disparaître du réseau souterrain. Fulgence a analysé les cartes. Chaque recoin y est répertorié, chaque ancienne voie annotée d’une date, chaque tronçon bouché dessiné en pointillé. Et tout comme moi avant lui il en est arrivé &agrave;  une conclusion très simple : il y a suffisamment d’espaces abandonnés dans ce réseau pour cacher une rame entière, &agrave;  condition de rétablir d’anciens aiguillages, d‘exploser quelques obstructions. La rame de la ligne 1 est toujours l&agrave;  quelque part, reste &agrave;  savoir où et surtout pourquoi ils l’ont fait disparaître. La réponse &agrave;  cette question nécessitait que je rentre &agrave;  nouveau dans le système, que je retourne &agrave;  la surface : j’avais besoin des outils de recherche de la RATP. C’est ainsi que j’ai commencé &agrave;  surveiller la responsable des ressources humaines du métro parisien, Angeline Tournier, et par elle que j’ai découvert Fulgence Q. »</p>
<p>La caméra attend la suite, le grincement des vannes d’épuration des eaux la laisse indifférente.</p>
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		<title>56.</title>
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		<pubDate>Thu, 27 Jul 2006 05:13:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« N’importe quel archéologue sait qu’une civilisation peut se décrire au travers de ses couches. Il y a même une loi qui confond la profondeur du terrain &#224; la profondeur d’une époque. L’humanité, lentement, construit, et en même temps, s’enfonce. Des débris du World Trade Center par exemple naîtront des tours encore plus hautes, encore [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>
<br />« N’importe quel archéologue sait qu’une civilisation peut se décrire au travers de ses couches. Il y a même une loi qui confond la profondeur du terrain &agrave;  la profondeur d’une époque. L’humanité, lentement, construit, et en même temps, s’enfonce. Des débris du World Trade Center par exemple naîtront des tours encore plus hautes, encore plus brillantes. On a cette propension &agrave;  oublier les précipices sur lesquels s’appuient nos élans les plus évidents. On fouille au Moyen-Orient, en Grèce, en Chine ou en Argentine, parce qu’on veut savoir. On veut savoir quelle énergie creuse l’inconscient. Officiellement, on ne creuse pas sous Londres, Paris, Tokyo ou New York. Parce qu’on croit qu’on sait tout. Je n’ai qu’un pas &agrave;  faire vers le bas et déj&agrave;  je sais quelle impressionnante armada de cadavres fertilisent les passages des métros. L’enfer a été placé en bas, parce que c’est l&agrave;  qu’on ne veut pas voir ce qui se passe et c’est l&agrave;  aussi qu’on a décidé de les oublier, depuis le début, d’enterrer nos morts.<br />Je ne vois pas des affiches dans le métro, mais des fenêtres ouvertes sur un monde souriant et parfait qui n’existe pas, ou qui existe juste le temps d’oublier que c’est le métro ici, de rêver pour oublier la force vitale qui nous est petit &agrave;  petit enlevée. Je me souviens très bien du jour où j’ai décidé de quitter mon job, de rester en bas pour continuer &agrave;  chercher la Porte. Dans le RER bondé en direction de la Défense, &agrave;  plus de 50 mètres sous le sol donc – cette profondeur revêt une signification particulière, il y avait un gros chauve juste &agrave;  côté de moi. Un de ceux qui ont de l’importance, du moins qui croient qu’ils en ont. Il puait un parfum cher, un badge d’or massif brillait sur le revers de son veston et il faisait un bruit avec la bouche, un son humide de succion, comme s’il mâchouillait ses crachats. Quand je me suis retourné pour l’observer, il m’a souri. Sa bouche était pleine de salive, on aurait dit un gros poisson sur le point d’éclater. En fait j’avais eu envie de le tuer. De le jeter contre les murs du tunnel, d’y presser son crâne que le mouvement de la rame aurait poncé sur la pierre, de l’exécuter en l’honneur du métro. Cette violence ne m’a plus jamais quitté. Quelques semaines plus tard, une violoniste jouait sur le quai de Censier-Daubenton. J’étais de l’autre côté, nous avons laissé passé les rames entre nous, pendant plusieurs heures, jusqu’&agrave;  la fermeture. Il ne restait plus que nous et l’écho sinistre de son instrument glissait sur les parois, remontait entre mes jambes, faisait vibrer mon squelette &agrave;  la limite de la rupture. J’étais proche. Et puis j’ai vu. Son archet. Depuis le début de ce face &agrave;  face au-dessus des rails son archet m’indiquait une direction. Entre le tunnel direction Villejuif et les escaliers de sortie, un corridor. On ne les remarque pas ces corridors. En fait si on est assez attentif on peut les voir depuis l’intérieur des rames juste avant que celles-ci ne s’engouffrent dans un tunnel, une fraction de seconde on peut apercevoir ces corridors vides. Qui mènent ailleurs. Mais ce soir-l&agrave;  j’ai pu le voir, il me fut donné l’occasion d’aller plus loin, mon corridor. Immédiatement la violoniste s’est arrêtée de jouer, elle a longé la voie et a disparu en silence. J’ai repensé au gros porc et &agrave;  sa bouche humide déglutissant d’épais crachats, j’ai repensé au reflet de la foule dans les vitres teintées du RER. J’ai éclaté de rire, des vitres teintées pour voyager sous le sol ? Pourquoi ? Pour nous empêcher de voir plus loin que nos propres vies, pour nous arrêter &agrave;  notre image glissant vers une destination. Mon rire dans la station déserte eut quelque chose de… puissant. De révélateur. J’avais trouvé, j’étais un pas de plus vers ma liberté. Je me suis levé, j’ai marché. Le corridor, mon corridor, bourdonnait, une caméra de surveillance m’y attendait et j’ai compris qu’ici m’attendait aussi mon véritable combat. Et j’y ai pénétré, une petite diode rouge a clignoté sur la caméra, et je n’ai jamais rebroussé chemin. Au bout du corridor, j’ai sorti les clés qui m’avaient été offertes par l’homme-affiche. Sur la porte rouillée avait été inscrit &agrave;  la main « Entrée Interdite » . J’ai souri. Bien sûr. Interdit : tout sera interdit désormais. Je me suis enfoncé dans la nuit.<br />J’ai longtemps cru que je restais en dessous afin de découvrir la source vitale de mon existence. Mais c’est faux, je suis resté en bas pour pouvoir en ressortir ce que je ne voyais pas en haut. Il n’y a pas de source ici, il y a juste la contemplation de ce que je suis. Et pour cela, je le sais maintenant que j’y vis, il n’y a pas d’origine, il n’y a pas de but. Je suis une longue noyade en flamme et j’éclaire le néant. »</p>
<p>J’ai l’air heureux. Sur mon visage le bonheur se lit comme un métro bondé &agrave;  heure de pointe où les gens s’effacent, les lumières de la rame s’éteignent en s’enfonçant dans un tunnel, j’ai l’air heureux sous des mètres cubes de béton et de câbles, tétant le regard de la caméra. J’éteins.</p>
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		<title>55.</title>
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		<pubDate>Wed, 26 Jul 2006 04:22:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#160;La deuxième couche nous mène juste au-dessus des tunnels. A vingt mètres sous le sol environ, selon la géologie locale. La température y est fixe, été comme hiver. Les premières affiches nous divertissent, été comme hiver. C’est le lieu du choix. Il faut choisir sa destination sur des panneaux. On se rend compte que le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;<br />La deuxième couche nous mène juste au-dessus des tunnels. A vingt mètres sous le sol environ, selon la géologie locale. La température y est fixe, été comme hiver. Les premières affiches nous divertissent, été comme hiver. C’est le lieu du choix. Il faut choisir sa destination sur des panneaux. On se rend compte que le temps presse, qu’il faut aller d’un point &agrave;  un autre le plus rapidement possible. On est l&agrave;  pour ça, pour se déplacer. Cette étape paraît anodine, pourtant elle est cruciale puisque c’est &agrave;  ce moment qu’on est embarqués dans le temps. Or qui dit temps dit aussi oubli. On oublie tout, sauf notre destination. Il s’agit d’un leurre assez subtil qui a été utilisé. On cherche &agrave;  canaliser des flux d’énergie qui ne doivent pas se rendre compte de l’utilisation qu’on fait d’elles. L’analogie de l’âne et de la carotte est ici la bienvenue. Les troupeaux avancent un peu comme dans ces défilés de taureaux en Camargue, furieux, excités, il y a toute cette force qui gronde en eux dans les ruelles et c’est fascinant. Mais on oublie le plus important : la maîtrise de cette force. <br />La deuxième couche est un début de contrôle, une canalisation étiquetée de la force des gens. On comprendra alors pourquoi souvent on sort fatigués d’un passage dans le métro. Parce qu’&agrave;  chaque fois, on y a perdu quelque chose.<br />La troisième couche, la dernière des couches visibles pour ceux qui voient bien sûr, est celle du mouvement et, paradoxalement, celle de l’attente. En ce sens c’est une couche absolue, car elle fait de nous des particules. Tout &agrave;  la fois ici et ailleurs. Je me posais souvent la question, au temps où j’étais encore en mouvement, de savoir pourquoi certaines personnes, alors que les métros se succèdent, restent assises sur leur siège, en-dehors des clochards bien sûr. Des publicités, du carrelage, des néons, des déchets poussés par les rames et les gens qui passent, le tout divinement ponctué par les alertes des fermetures de porte. C’est fascinant. Rien de tel que de se sentir paralysé devant cette valse infâme. D’être cette particule ayant décidé de voir le mouvement global, et dans la mesure du possible, de sentir &agrave;  quel point l’enchaînement énergétique a été conçu avec audace. Mais la troisième couche, on ne se l’approprie pas comme ça. Par exemple cette femme sans billet qui a essayé de passé une de ces barrières pneumatiques qui remplacent les tourniquets. Elle avait une petite fille pendue dans un châle sur son dos. Les volets se sont refermés sur la fille au moment où elle passait. Juste sur le crâne. On ne sait pas pourquoi ces choses pincent si fort. On ne le remarque pas mais souvent ces volets pneumatiques sont installés au niveau de la troisième couche. On croit qu’ils marquent une entrée alors qu’ils marquent la dernière possibilité d’une issue. Or l’énergie d’une petite fille endormie est inutilisable. Au niveau de la troisième couche, il faut déj&agrave;  savoir interpréter le hasard. Rester longtemps immobile &agrave;  l’abri des caméras intelligentes se focalisant sur l’immobilité, pour comprendre sur quelles fondations affolantes toute une ville peut être construite. »</p>
<p>Mon regard se détourne. J’entends quelque chose que le micro de la caméra ne perçoit pas. Je peste vaguement : «&nbsp; Temps d’y aller. » La télécommande brandie me fait sombrer dans le néant.</p>
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		<title>54.</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2006/07/25/54.html</link>
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		<pubDate>Tue, 25 Jul 2006 05:22:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« On ne se rend pas compte &#224; quelle profondeur on descend. Ça se passe par paliers. Il y a d’abord les moulures métalliques et fleuries de l’entrée, jaillies des nostalgies végétales d’un Hector Guimard il y a un siècle, pour ceux qui ont la chance de voir ces nostalgies préparant mal &#224; l’ère du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>« On ne se rend pas compte &agrave;  quelle profondeur on descend. Ça se passe par paliers. Il y a d’abord les moulures métalliques et fleuries de l’entrée, jaillies des nostalgies végétales d’un Hector Guimard il y a un siècle, pour ceux qui ont la chance de voir ces nostalgies préparant mal &agrave;  l’ère du sous-sol. Ensuite, c’est la couche du passage et l&agrave;  quelques escaliers suffisent, généralement dix mètres sous terre. Ironie du sort, parfois il faut grimper pour mieux s’enfoncer, le métro aérien, une utopie américaine que les Parisiens avaient sagement refusée, tout droit importée de Brooklyn par les paysagistes urbains, façon Barbès ou Quai de la Gare. Je disais que la première couche où on s’enfonce est celle du passage, celle du test. Celle du ticket. Avez-vous droit au train fantôme ? A la naissance du métro parisien, on parlait du « nécropolitain » et de ses catacombes forcées pour les pauvres gens, ces taupes. Le « nécropolitain » fut pourtant le grand œuvre de la ville de Paris et les gens devinrent avec les années des taupes sans même s’en rendre compte, ce qui est le propre d’une taupe. Il semble naturel, n’est-ce pas ?, qu’on se fuit dans le sous-sol, on s’y cache parce que c’est la terre qui tombe sur le cercueil et c’est un bruit paisible, aussi doux qu’une rame vide qui passe lentement, sans s’arrêter, et s’évanouit dans un tunnel avec ses lumières inutiles. Comme dans beaucoup d’endroits cachés, c’est l&agrave;  qu’on y trouve la vie. Ce qui s’est passé, ce qui est révolu, oublié, interdit, un peu comme les archéologues cherchant dans les couches pour comprendre les civilisations mortes, ou ceux qui déterrent ces monstres, ces dinosaures. Plus on entre, plus on revient sur soi-même, et de mettre son ticket dans la machine, dans l’engrenage, c’est un peu comme d’accepter de ne s’engouffrer nulle part. Mais nous ne sommes qu’&agrave;  dix mètres sous le sol vous vous rappelez ? On remarquera &agrave;  ce stade que les tourniquets ne tournent que dans un sens, il est donc impossible de revenir directement en arrière. A priori c’est pour une raison purement pratique, pour diriger le flux des passagers, c’est comme les néons, on pourrait aussi croire qu’ils sont l&agrave;  pour une raison purement pratique, en cas de panne du métro au milieu d’un tunnel, pour diriger le flux des passagers vers les sorties de secours, mais ce n’est pas le cas. Ils sont l&agrave;  pour nous éblouir un peu, pour qu’on ne voie pas les différents signes &#8211; je préfèrerais parler de sceaux &#8211; marquant les murs et les portes sur les flans des tunnels. Quant aux tourniquets, ils sont l&agrave;  pour compter, pour mathématiser le flux et le comportement des taupes, afin d’effectuer ces fameux travaux qui de temps en temps plongent dans le néant une station entière, soi-disant « pour améliorer votre confort. » Ce qui n’est pas tout &agrave;  fait faux puisqu’il s’agit de mieux canaliser les énergies des passants afin qu’ils ne voient plus ce qui se déroule dans leur dos. L’homme-affiche était proche de la vérité.</p>
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		<title>53.</title>
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		<pubDate>Mon, 24 Jul 2006 05:04:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il n’y a rien &#224; éclairer dans un tunnel de métro, alors pourquoi en avoir posé tous les vingt mètres ? Ces traces fulgurantes dans la nuit servent-elles uniquement &#224; marquer la présence de l’homme au cœur du silence et du vide ? Un poseur d’affiches que j’ai rencontré une nuit, durant ma recherche erratique [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
<br />Il n’y a rien &agrave;  éclairer dans un tunnel de métro, alors pourquoi en avoir posé tous les vingt mètres ? Ces traces fulgurantes dans la nuit servent-elles uniquement &agrave;  marquer la présence de l’homme au cœur du silence et du vide ? <br />Un poseur d’affiches que j’ai rencontré une nuit, durant ma recherche erratique de la porte, m’a proposé l’explication suivante : les néons sont l&agrave;  parce qu’il existe des phénomènes secrets. Les néons sont l&agrave;  pour être vus, et pour qu’on ne voie pas ce qu’ils cachent. C’était un homme-affiche, sur ses habits dansait le charivari de tous les logos du monde. La colle moulait son T-shirt contre un ventre rond où les Heineken s’entassaient. Il m’aimait bien, le « taré au costard et &agrave;  la mallette », il a osé me montrer son tatouage au bas du dos. C’était un crocodile Lacoste avec le logo de Nike inversé et enfoncé dans la gueule : il voulait avouer quelque chose de sombre, improbable bulle de BD. Je ne me rappelle plus de son nom, c’est sans importance maintenant, c’est l’homme-affiche. Il prolongeait souvent sa théorie des néons par sa théorie des caméras. Il prétendait avoir trouvé des caméras infrarouges, high-tech, dans des corridors où personne ne passe jamais. Je ne l’avais pas cru sur le moment, jusqu’&agrave;  ce que plus tard je les voie de mes propres yeux. Sa théorie des caméras tient en une phrase &agrave;  vrai dire : ils nous voient et nous surveillent. Qui ça « Ils » ? Ça n’a pas vraiment d’importance. C’est le côté rassuré qui m’épatait chez l’homme-affiche. Il était rassuré d’être observé en secret, un peu comme une publicité mouvante, un type effaré par l’anonymat de la foule regardant ses gestes et le résultat immense et coloré en découlant pour une semaine. Elles étaient ses pubs. Et les caméras, elles étaient aussi l&agrave;  pour lui. <br />Je l’ai vu mourir par l’œil d’une d’entre elles, suriné près d’une rame vide par des types qui n’avaient rien d’autre &agrave;  faire, alors que l’épouvantable bourdonnement annonçait la fermeture des portes. Il avait néanmoins eu le temps de me donner un trousseau de clés très intéressant. »<br /><br />Je fixe la caméra. Mon regard vogue de gauche &agrave;  droite. On dirait que je n’aimerais plus être l&agrave;  mais me retiens de partir, ou de pleurer. On me sent attaché au béton qui m’entoure mais en même temps, effrayé. Un grondement diffus annonce sans doute le passage d’un métro quelque part, au loin, en-dessus, vers l’air. L’image tremble un peu. La caméra sait qu’elle ne devrait pas être l&agrave; , elle en tremble, fixant son regard sur moi, un peu perdu au bord d’une chaise récupérée dans les débris. D’un geste las je tends la télécommande et tout s’éteint.<br /><br />
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		<title>52.</title>
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		<pubDate>Sun, 23 Jul 2006 06:56:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« J’aurais voulu avoir une vie spéciale. Arnaqueur de luxe, cambrioleur, espion, plombier, cuisinier, tueur &#224; gages, fermier… C’est juste que j’aurais voulu une autre vie. Une de celles qui signifient quelque chose, quand tu réponds, on comprend tout de suite, mais moi quand je répondais « trader », on hochait de la tête sans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>« J’aurais voulu avoir une vie spéciale. Arnaqueur de luxe, cambrioleur, espion, plombier, cuisinier, tueur &agrave;  gages, fermier… C’est juste que j’aurais voulu une autre vie. Une de celles qui signifient quelque chose, quand tu réponds, on comprend tout de suite, mais moi quand je répondais « trader », on hochait de la tête sans savoir si on avait &agrave;  faire &agrave;  un revendeur de cocaïne ou &agrave;  un siphonné de la Bourse. En vérité, c’était un peu quelque chose &agrave;  mi-chemin. Mais j’étais intégré socialement, puisqu’&agrave;  la Défense j’étais entouré de types comme moi. On appelle ça une société de services.<br />Associé &agrave;  une certaine propension &agrave;  la solitude, il est logique de prétendre, dans cette optique, que les aller-retour dans le métro étaient devenus « mon lieu d’expression sociale », comme on dit. Les escaliers mécaniques, les quais, les pubs géantes, les longs corridors de néons, les enchevêtrements de tubes, de câbles, de gaines surplombant les bruissements silencieux de la foule entrecoupée par le ronronnement scandé des tapis roulants, j’ai mis longtemps pour y être &agrave;  l’aise. Chose normale : quand on débarque dans un bar de quartier, on n’est pas tout de suite le bienvenu. J’ai mis du temps pour être respecté par les corridors, par le Labyrinthe. <br />La première chose qui m’a touché en Lui, c’est son climat. Frais en été, chaud en hiver, venteux aux sorties, tiède et humide près des bouches des tunnels. Et plus tard, quand j’ai appris &agrave;  connaître ses recoins secrets, je l’ai vu rempli d’eau azure, glaciale, limpide comme une grotte ouverte sous les étoiles, j’ai vu des néons briller pour personne, se perdre dans des trous sans fond, j’ai entendu la jungle des animaux qui y chuintent dans la nuit éternelle, j’ai senti des vents virer du froid au tiède &agrave;  mesure que le métro approche, poussant devant lui des masses climatiques gratuites. Les hommes, les parisiens en particulier, et plus spécialement ceux qui travaillent &agrave;  la Défense, sont insatisfaits du climat qui les entoure, soit trop chaud, soit trop froid. Durant leurs pendulaires passages ils remplissent des heures de leurs vies de fourmis &agrave;  parler du temps, pourtant le métro est une latitude &agrave;  lui tout seul, un tropique gratuit, &agrave;  portée de tous, tout le temps. Mais les gens le fuient &agrave;  cause de la mauvaise réputation que lui ont donné les clochards. Ils se sont en partie appropriés l’univers d’en bas, pas pour ses charmes, juste par besoin. Il faut leur pardonner, car pour beaucoup, le métro, c’est aussi leur cimetière.<br />Je déteste l’éloquence. C’est la deuxième cause de ma progressive admiration pour le métro. Tous les jours j’entendais des gens qui voulaient être éloquents. Des « traders » éloquents, il n’y a rien de plus triste. J’avais l’impression, mais peut-être est-ce vrai, que la France entière ne cherche qu’une seule chose en cachette : être éloquente. Alors que dans le métro, la France, elle se tait. On admire son propre silence et on s’effraie de celui des autres. On observe ses pieds ou, si on ose, son propre reflet et le reflet des autres sur le fond stroboscopique des néons défilant dans le tunnel. On peut aussi faire semblant de dormir, c’est le plus simple. L’un dans l’autre il y a un silence respectable, un silence de… mort. Calme profond de mon ombre parmi les autres ombres qui m’a mené tout droit &agrave;  la question suivante : pourquoi des néons ?</p>
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		<title>51.</title>
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		<pubDate>Sat, 22 Jul 2006 09:21:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[« L’existence du gouffre au creux même du quotidien m’est apparue évidente en voyant ce type &#224; quelques têtes de moi, coincé dans la foule transpirante d’un milieu d’été, dans une rame du métro parisien, il gémissait. Le métro était &#224; l’arrêt au milieu du tunnel depuis quelques minutes. Les gens commençaient &#224; maugréer. Ce [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>« L’existence du gouffre au creux même du quotidien m’est apparue évidente en voyant ce type &agrave;  quelques têtes de moi, coincé dans la foule transpirante d’un milieu d’été, dans une rame du métro parisien, il gémissait. Le métro était &agrave;  l’arrêt au milieu du tunnel depuis quelques minutes. Les gens commençaient &agrave;  maugréer. Ce genre de situation terrible où on est obligé de respirer l’aisselle de l’autre. Le type a gémi, puis il s’est mis &agrave;  marmonner, puis il s’est mis &agrave;  hurler. Je crois qu’il voulait sortir du wagon. Un type en cravate &agrave;  ses côtés l’enjoignait &agrave;  se calmer, mais en fin de compte il hurlait presque autant. Les autres restaient parfaitement immobiles. Alors le gars a bousculé les gens jusqu’aux portes et a tiré la poignée de secours. Ça a fait un « pshhhht » de décompression et les portes se sont entrouvertes. Il a mis toute sa force pour les écarter et l&agrave;  une dame a voulu le retenir, mais il l’a poussée violemment en arrière contre moi et s’est jeté dans le tunnel. A ce moment, le Châtelet &#8211; Défense est passé en trombes dans l’autre sens et il y a eu ce bruit de pastèque éclatée qui a fait sursauter tout le wagon. Les portes se sont refermées, et le Défense &#8211; Châtelet est reparti. Sous les néons, les gens dans les vitres avaient l’air un peu plus pâles. Personne n’a rien dit, quelqu’un que je ne voyais pas s’est mis &agrave;  pleurer. En sortant au Châtelet, j’ai vu la dame vomir dans une poubelle.<br />En ce qui me concerne, je l’ai pris comme une révélation. Il fallait que je trouve ma porte. Je me suis mis &agrave;  chercher dans le métro.<br />Il y a une théorie tenue par un type qui déambule tout le temps dans une partie du métro, sous Montparnasse, comme quoi il s’agirait ni plus ni moins du mythique Labyrinthe des Fantômes dont tous les Romantiques, après les Grecs, ont rêvé. On ne s’y perd pas, on s’y retrouve, pour notre perte. Depuis que je cherche, le plus grand événement, c’est le calme dans lequel je vis. Les souterrains sont calmes. »</p>
<p>Je me lève, hilare, derrière moi la surface crue d’un mur en béton. J’attrape quelque chose parterre et me dirige vers une porte de métal gris sur laquelle on peut lire «&nbsp; SANS ISSUE. » J’ouvre la porte, me faufile, et avant de disparaître, appuie sur la télécommande. La caméra s’éteint. Tout s’éteint.</p>
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		<title>50.</title>
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		<pubDate>Fri, 21 Jul 2006 13:35:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;Deuxième partie&#34;Quand elle dort&#34;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[
<p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p><font size="4"><em><strong>Deuxième partie<br /></strong></em></font></p><p><font size="4"><em><strong>&quot;Quand elle dort&quot;</strong></em></font></p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p>&nbsp;</p><p><br /></p>
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		<title>49.</title>
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		<pubDate>Wed, 19 Jul 2006 22:37:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Déclic, accélération latérale, déclic, secousses comme dans un wagon marchandise, grincements, montée écrasante. J’ai déménagé sur le secteur ETC, un espace « littéraire ». Une bleue m’a tout de suite souhaité la bienvenue sans faire de commentaire particulier sur ma fiche. Plus d’alcôve ni de citoyens &#224; moitié nus, mais la succession ininterrompue des rayonnages [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Déclic, accélération latérale, déclic, secousses comme dans un wagon marchandise, grincements, montée écrasante. J’ai déménagé sur le secteur ETC, un espace « littéraire ». Une bleue m’a tout de suite souhaité la bienvenue sans faire de commentaire particulier sur ma fiche. Plus d’alcôve ni de citoyens &agrave;  moitié nus, mais la succession ininterrompue des rayonnages d’une bibliothèque, des allées se perdant au loin sous la lumière discrète de lustres descendant d’un plafond plongé dans l’obscurité, trop haut ou inexistant. Le sol en bois sombre craque par endroits. Un citoyen croise mon allée, plongé dans sa lecture.<br />
« 55412 est demandé &agrave;  l’Ecritoire, 55412 ! »<br />
« Salut ! »<br />
Un barbu plus petit que moi, souriant, style italien jovial.<br />
« Tu viens d’arriver sur le secteur toi, tu m’as l’air un peu perdue, non ? »<br />
« Ouais et j’en ai rien &agrave;  foutre vois-tu. »<br />
« Tu ne pense pas être au bon endroit ? »<br />
« Je ne sais pas et toi ? »<br />
« Je n’y pense pas trop. »<br />
« Et bien moi j’y pense vois-tu… Je pense &agrave;  celles qui s’amusent &agrave;  la surface, celles qui tout &agrave;  coup dans leur vie font plein de rencontres, explosent de joie, sautillent comme des sauterelles d’un petit bonheur de merde &agrave;  l’autre, et elles se pâment de vivre soudainement si épanouies, d’adoooorer tout ce qui les entoure en respirant la fraîcheur nocturne d’un été, et puis tout lui est permis &agrave;  celle-l&agrave;  car elle peut vagabonder d’une illusion &agrave;  l’autre en étant convaincue que la prochaine sera meilleure que la précédente, elle suce le gland exceptionnel de l’incongru, et elle aime ça, et elle en redemande, parce que ça fait du bien de se sentir un peu libre, tu sais de cette liberté qui fait aimer les stations essence sur l’autoroute parce qu’elles sont des promesses d’avenir, de cette idée ridicule de croire que l’idée suivante te portera encore plus haut, et puis tu te sentiras aimée et heureuse, même si c’est faux peu importe tu le sentiras comme cela, tu auras plein de gens autour de toi pour chercher ce bonheur que tu étales grassement parce que les croissants sont meilleurs après une bonne baise qu’après une baise tout court. »<br />
« T’as pris un truc ? »<br />
« Et puis il y a le pâté de foie gras que tu peux étirer langoureusement sur le corps frétillant d’un inconnu qui sur l’échelle de l’évolution a la valeur d’une demi baguette, mais peu importe parce que tes désirs il faut bien les mettre quelque part et que vois-tu les fêtes populaires ça va un moment mais après il faut étaler, étaler la richesse de ton cul pour en faire saliver d’autres qui n’ont pas plus d’espoir que toi, si ce n’est, folle illusion, d’en amadouer pour qu’elles fondent devant le pâté de gras, le mélangent &agrave;  la sauce de l’illusion d’être aimée. Et plus tard quand t’es bien sûre que tout va bien et que tu penses, dans un geste de défi &agrave;  l’humanité, &agrave;  procréer, alors que la bave coule sur l’épaule de ton voisin tellement tu te sens belle, alors &agrave;  ce moment tu peux te dire « j’ai de la chance », parce qu’il y a un gland le long du quai qui t’a promis de pointer entre tes jambes. »<br />
« Viens on va au Scanner prendre un verre. »<br />
« Non mais dis-moi pas que tu n’en a pas déj&agrave;  rencontré, des poufiasses heureuses ? Celles qui s’en vont avec le sourire retrouvé si facilement pendant que toi tu essaies juste de soulever ton combiné ? Mais tu sais bien, celles qui font semblant d’aimer avec leurs grands yeux qui te regardent, tellement perdues que tu te croirais leur sauveur, avant qu’elles ne sautillent d’un autre sourire &agrave;  l’autre, d’une autre mini-jupe &agrave;  l’autre, l’air de dire, avec leurs grands yeux : je suis si triste, aimez-moi svp. »<br />
« Non je n’ai jamais croisé de telle salope, désolé. »<br />
« Et bin mon vieux, tu sais pas ce que tu rates… »<br />
« Je rate quoi ? »<br />
« Pas grand-chose. »</p>
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		<title>48.</title>
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		<pubDate>Thu, 13 Jul 2006 19:00:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il me fallait absolument passer du niveau infrarouge &#224; rouge, pour au moins comprendre ce qui m’entourait un peu plus nettement. Couver mes émotions afin d’amadouer ces citoyens Verts responsables de mon accréditation rouge, et acquérir une parcelle de ces droits suggérés par alister. J’ai relu ma fiche et me suis rendu compte que l’envie [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il me fallait absolument passer du niveau infrarouge &agrave;  rouge, pour au moins comprendre ce qui m’entourait un peu plus nettement. Couver mes émotions afin d’amadouer ces citoyens Verts responsables de mon accréditation rouge, et acquérir une parcelle de ces droits suggérés par alister. J’ai relu ma fiche et me suis rendu compte que l’envie de révolte suppurait de chaque phrase.<br />
Clic [Editer ma fiche].<br />
Oui je l’ai bien enterré dans notre jardin, et arrêtez svp de me poser trente-six mille fois la même question sinon je vais devoir faire une FAQ juste pour cette question. Je dis des choses qui sont vraies, vous comprenez, mais vous êtes tellement imbibés d’hollywoodienne irréalité que vous pensez tout de suite &agrave;  une invention.<br />
Non ce n’est pas un scénario de film.<br />
Ce sont des choses qui arrivent.<br />
Je sais, on avoue pas ce genre de chose, mais alors où l’avouer si ce n’est ici ?<br />
Non je ne suis pas une meurtrière, je vous rappelle qu’il s’est tué avant que je l’enterre.<br />
Je suis prête maintenant &agrave;  l’avouer alors n’allez pas m’harceler parce que je le dis noir sur blanc. Je suis prête dans le sens que ça fait déj&agrave;  pas mal de temps que j’ai ça sur la conscience et qu’il me manquait uniquement le déclic pour l’écrire sans décodage, or je ne tiens pas de journal, enfin pas un de ces carnets dans lesquels on note les dates et les machins qui nous passent par la tête, alors je le dis ici. Parce qu’il fallait que je le dise.<br />
Et oui son corps est toujours l&agrave; -bas sous les pétunias et rien que de le dire en pensant aux nouveaux locataires de la maisonnette j’ai envie de dégueuler mais pourtant c’est comme ça, cette histoire est enterrée, mais elle existe toujours. Bon sang les filles vous comprenez pourtant bien ce que je veux dire : une cassure, une rupture qu’il faut ensevelir quelque part, c’est un sentiment naturel. Sauf que moi je l’ai vraiment fait comme cela parce que sur le moment je ne voyais connement pas d’autre solution.<br />
Clic sur « Sauvegarder ».<br />
« MERCI DE VOTRE COOPERATION.<br />
Vos nouvelles informations ont été mises &agrave;  jour dans le système.<br />
[Desktop] &#8211; [Voir fiche] »</p>
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		<title>47.</title>
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		<pubDate>Wed, 12 Jul 2006 20:39:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[Texte]]></category>

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		<description><![CDATA[L’éradication parfaite des émotions me poursuivait au long des corridors zébrés de néons inertes, au point que je devais devenir une autre afin de juste assimiler les événements. Etre celle dépourvue du concept de réaction intuitive, être celle dont la spontanéité n’est que le revers machiavélique de l’humanité, oublier le sang bouillonnant en faveur de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L’éradication parfaite des émotions me poursuivait au long des corridors zébrés de néons inertes, au point que je devais devenir une autre afin de juste assimiler les événements. Etre celle dépourvue du concept de réaction intuitive, être celle dont la spontanéité n’est que le revers machiavélique de l’humanité, oublier le sang bouillonnant en faveur de la paix du béton, enfermée dans un système jonglant avec l’irréel, et juste des mots, des mots pour exprimer la totalité secrète de [p].</p>
<p>*** Message de alister-O-SXY 12702 (*online*)   [Répondre] [Ranger] [Effacer]<br />
Je crois honnêtement que tu ne sais pas. Donc je te dis, même si j’ai oublié depuis si longtemps qu’il est possible de ne pas savoir cela. Et je le dis &agrave;  une infrarouge : tu éveilles en moi d’anciennes velléités de sédition… Et je te dis.<br />
La puce, c’est ce qui reste de toi &agrave;  la surface. Ce fantôme que les autres continuent &agrave;  croiser sans intérêt spécifique afin que le monde ne se doute pas de l’existence souterraine de [p]. En-haut, dans le monde des ignards, nous errons. Quand tu auras plus d’options tu comprendras que ton existence &agrave;  la surface ne s’est pas arrêtée, même si en réalité l&agrave; -bas tu n’es qu’un corps avec &agrave;  la place de la cervelle une puce de silicone flottant en attendant de recevoir tes ordres.<br />
C’est ainsi que cela fonctionne : nous ne disparaissons pas, nous sommes responsables toujours de notre existence de la surface, de loin, nous nous auto-téléguidons.<br />
Tu existes encore &agrave;  la surface, mais d’une autre manière, car tu existes DEPUIS ici.<br />
Ce décalage anodin, invérifiable pour les autres l&agrave; -bas, cette faille béante pour nous ici bas, a le don de tout changer de toi ; pas forcément de toi ici, car tu gardes ton identité, ton passé qui t’a fait, mais cette possibilité de manipuler &agrave;  distance ta représentation de toi &agrave;  la surface, d’inventer ou plutôt de réinventer (car alors on réinvente tous notre identité) ce que tu es en-haut, et de t’amuser avec les ficelles de ta marionnette, de ta puce, crée un gigantesque vide, donc un gigantesque éventail de possibilités. Un peu comme lorsque tu tchatais avec des inconnus (car tu tchatais n’est-ce pas ?), il y avait cette intimité immédiate de l’échange virtuel, cette sensation de jouer le rôle approprié, de pouvoir être un autre l’espace de ce dialogue, bref d’exister autrement.<br />
Ici et maintenant tu existes autrement. Et ta puce l&agrave; -haut qui attend tes ordres marque l’abîme.<br />
Tu le rempliras de ce que tu souhaites.<br />
A ce sujet, mon offre tiens toujours : je veux voler une dernière fois.<br />
alister.</p>
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		<title>46.</title>
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		<pubDate>Tue, 11 Jul 2006 20:20:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[Texte]]></category>

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		<description><![CDATA[Il existe un secteur sur parano, fondé par trois hommes, où seules les femmes sont admises, exception faite de quelques potes qu’ils laissent rentrer parfois. Leur objectif est de simuler un monde dont la population masculine aurait été presque entièrement décimée par un fléau s’attaquant aux mâles. Ceux-ci seraient alors devenus une espèce si rare [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il existe un secteur sur parano, fondé par trois hommes, où seules les femmes sont admises, exception faite de quelques potes qu’ils laissent rentrer parfois. Leur objectif est de simuler un monde dont la population masculine aurait été presque entièrement décimée par un fléau s’attaquant aux mâles. Ceux-ci seraient alors devenus une espèce si rare que les survivantes les choieraient &agrave;  l’image de demi-dieux. Ils n’auraient pas besoin de travailler, parcourant librement tous les échelons de cette nouvelle société, munis de tous les droits ils agiraient selon leur bon vouloir, autour d’eux tout étant préparé &agrave;  obéir &agrave;  leurs moindres caprices. Les femmes occuperaient bien sûr tous les postes de cette nouvelle structure sociale, elles feraient tout, &agrave;  elles le pouvoir, la responsabilité, le devoir, toutes les taches ingrates et toutes les taches les plus élevées. L’homme passerait son temps au-del&agrave;  de ces considérations pratiques, &agrave;  rêver, &agrave;  transgresser les lois par pur plaisir oisif, et le sexe pour eux serait devenu leur unique et pénible obligation. Très sollicités afin de garantir la survie de l’espèce, faire l’amour se serait changé &agrave;  leurs yeux en une traite de sperme, leur unique obligation consistant &agrave;  s’accoupler avec une femme différente chaque jour, ils seraient devenus las du contact physique répété, de cet empilement de femmes aux yeux suppliants et lubriques et aux jambes toujours écartées. Débarrassés de tout souci matériel, ils erreraient de part le monde, foules féminines s’écartant sur leurs passages désabusés comme devant des stars dont les photos orneraient tous les monuments du monde. Les conflits auraient disparu parce que la survie de l’espèce serait bien trop fragile. Seuls les mâles inventeraient de-ci de-l&agrave;  quelques cohues vindicatives, par pur amusement et désoeuvrement. Oui, il existe un tel secteur sur parano, simulant un autre monde possible, un autre monde qui n’existe pas, mais encore faudrait-il définir ce que signifie exister. Vers quoi évoluerait un tel monde ?<br />
Avant de retourner &agrave;  ma cellule-fiche, j’avais besoin de changer de secteur, j’ai pressenti que tous les secteurs de parano, &agrave;  la manière de cette invention si masculine, cherchaient &agrave;  réinventer un petit bout de monde, mettant en exergue certaines valeurs ou absurdités, sculptant un relief particulier du monde de la surface afin de s’amuser &agrave;  reconstruire les liens entre nous, différemment.</p>
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		<title>45.</title>
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		<pubDate>Mon, 10 Jul 2006 21:20:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Nous avons fait l’amour dans une de ces niches dont York m’avait parlé. Cela ressemblait &#224; une caverne creusée dans une falaise avec un paysage de montagnes sauvages mirobolant en face de nous. La falaise plongeait dans un fjord &#224; des centaines de mètres plus bas. Mais c’était du toc car le coucher de soleil [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous avons fait l’amour dans une de ces niches dont York m’avait parlé. Cela ressemblait &agrave;  une caverne creusée dans une falaise avec un paysage de montagnes sauvages mirobolant en face de nous. La falaise plongeait dans un fjord &agrave;  des centaines de mètres plus bas. Mais c’était du toc car le coucher de soleil restait figé, un soleil rougeoyant et immense qui n’arrêtait pas de se coucher. J’en ressentais même la chaleur sur ma peau, &agrave;  moins que ce ne fût le nectar.<br />
Faire l’amour avec la jeune mermaid87 se révéla être le pied. En comparaison les mecs me parurent soudain si vulgaires, ou pour être plus gentille, si totalement dépassés par le corps d’une femme ; ils ne connaissaient tout simplement pas cette insoutenable douceur, la tendresse coquine des caresses d’une autre femme, cette exquise façon de déj&agrave;  tout connaître de mon corps et d’aller plus loin que les sensations connues et répétées. Elle m’avait fait l’amour comme elle aurait eu envie qu’on le lui fasse, donnant tout ce qu’elle-même désirait ou avait reçu, échange impossible avec un homme. Alanguie je restais appuyée contre la paroi de la caverne en respirant l’air tranlucide des montagnes.<br />
« Attends je l’ai bloqué, je vais le faire se coucher… », murmura-t-elle.<br />
« Pardon ? »<br />
Elle ouvrit son ordinateur portable et pianota quelques secondes.<br />
« J’ai arrêté le coucher de soleil durant notre rencontre. J’avais envie que ses rayons rouges et roses nous accompagnent pendant que nous étions ici. »<br />
« Quelle couleur faut-il être pour réussir &agrave;  faire ce genre de manipulation ? »<br />
Elle remonta les fermetures éclair de sa robe jaune.<br />
« Je ne sais plus, ça fait tellement longtemps que je suis jaune. Je ne me rappelle pas vraiment quelles sont les options des oranges ou rouges, encore moins des infrarouges… »<br />
Le soleil disparut derrière un nuage violet, plus bas dans l’horizon, diaprant la petite caverne de quelques rayons disparates. Plus nycthémères que nous, un couple de rapaces dansait au dessus du vide, leurs cris résonnaient dans la vallée du fjord comme les prémices d’une nuit de folie.<br />
« Tout est si merveilleusement faux », soupirai-je.</p>
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		<title>44.</title>
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		<pubDate>Sun, 09 Jul 2006 10:22:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Lui agrippant un sein je l’ai violemment attirée, pressant ses fesses contre mon bas-ventre. « Hé ! Tu crois pouvoir m’avoir comme ça petite infrarouge vierge sortie de nulle part ? Retourne en salle d’éducation SXY, Errata chérie. » Accentuant la pression sur son sein : « Et toi princesse porn tout droit sortie d’un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Lui agrippant un sein je l’ai violemment attirée, pressant ses fesses contre mon bas-ventre.<br />
« Hé ! Tu crois pouvoir m’avoir comme ça petite infrarouge vierge sortie de nulle part ? Retourne en salle d’éducation SXY, Errata chérie. »<br />
Accentuant la pression sur son sein :<br />
« Et toi princesse porn tout droit sortie d’un mauvais clip de rap black tu crois pouvoir faire de l’effet &agrave;  quelqu’un autrement que par ce nectar, tu crois pas que tu fais poupée Barbie rêve de l’ado &agrave;  la cervelle grillée par des visions standardisées du sexe, tu crois que le cul peut se contenter d’une image de toi, histoire qu’ils bandent et ramollissent la minute suivant cette extase si complètement superficielle que tu leur proposes juste pour te sentir léchée de leurs regards, tu crois que tes talons, tes dessous et ta démarche sont très différents d’une affiche où dégouline le fromage d’un cheeseburger, et tu crois peut-être aussi que tu joues avec leur désir alors qu’en fait tu joues uniquement avec leurs besoins, mais en même temps tu te crois plus heureuse &agrave;  chaque fois qu’une bite sur pattes déboule en te faisant la sérénade, tu te crois plus jolie, tu te trouves plus heureuse et utile quand t’as l’entrejambe bien rempli et les ovaires qui te remontent jusque dans la gorge, et le plus beau, ma belle, c’est que tu crois être plus maligne qu’eux lorsque tu les as en ta possession alors que tu ne fais que servir l’industrie porno qui elle se frotte bien sur ton corps en amassant du pognon pendant que ta cervelle de mousseline fait des pirouettes de contentement, et ton cul de dandiner… »<br />
Elle m’a rejeté contre la balustrade, je ne savais plus ce que je disais, de l’alcôve plus bas plusieurs regards se sont levés vers nous, momentanément détournés de leurs flirts. Ce putain de nectar m’électrisait tout le corps et ma cervelle, trépidant d’envies, mitraillait les corps, hommes ou femmes, répandus parmi les coussins. 57366 m’observait du haut de ses prunelles &agrave;  moitié fermées, j’avais sans doute réussi pour un instant &agrave;  secouer cette sculpturale illusion qu’elle s’échinait &agrave;  construire dans chacun de ses gestes et sourires.<br />
« Sale petite poufiasse frustrée », a-t-elle sifflé.<br />
Cela m’a suffit.<br />
« C’est ça, désolée, je… heu… J’ai rendez-vous avec mermaid87. »<br />
Titubant je me suis dirigée vers un portique surplombé de l’affichage digital « Scanner », le frottement de la combinaison sur ma peau était douloureusement jouissif, l’impression d’être nue et d’offrir chaque parcelle de ma peau &agrave;  des corps si tentants, langueur, sueur, torpeur, surtout entre les jambes, ivresse du toucher &agrave;  la lucidité suave et bien trop tapageuse.<br />
En sortant de l’ascenseur-plate-forme l’immensité du hall du Scanner SXY m’apporta quelques goulées d’air frais comme le grand large. Je restais très troublée par le corps de chaque citoyen, ils m’apparaissaient telle une multitude d’invites secrètes, et mermaid87 s’est approchée, un peu perplexe car elle a pu apercevoir quelque chose d’inattendu dans mon regard. Sa combinaison jaune moulante avec ses fermetures éclair devant et derrière m’a terriblement excitée. Moi qui n’avais jamais eu d’expérience avec une femme je me suis permise de l’enlacer pour lui chuchoter bêtement :<br />
« Tout le monde est si beau sur le secteur SXY. J’ai envie d’être déballée comme un cadeau… »<br />
La défoncée-type, en somme.</p>
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		<title>43.</title>
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		<pubDate>Sat, 08 Jul 2006 21:16:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[Texte]]></category>

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		<description><![CDATA[Les corridors avaient disparu pour être remplacés par une alcôve centrale entourée de hautes colonnes et toutes les cellules-fiches s’ouvraient sur cet espace, réparties sur quelques niveaux. Au centre, sous un flot de lumière ressemblant &#224; s’y méprendre au soleil, plongés dans une mer de coussins, se prélassaient des hommes et des femmes &#224; moitié [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les corridors avaient disparu pour être remplacés par une alcôve centrale entourée de hautes colonnes et toutes les cellules-fiches s’ouvraient sur cet espace, réparties sur quelques niveaux. Au centre, sous un flot de lumière ressemblant &agrave;  s’y méprendre au soleil, plongés dans une mer de coussins, se prélassaient des hommes et des femmes &agrave;  moitié nus. A la périphérie de l’alcôve, cachés par la colonnade, des pièces discrètes ponctuaient la circonférence, baignées d’une atmosphère rose ou bleue d’où s’échappaient cris et gémissements. Le décor rappelait celui d’un harem techno et lubrique, ou une boîte de nuit rococo qui se serait débarrassée de toute intention de drague pour aller directement au fait. D’ailleurs quelqu’un m’a effleuré les fesses alors que je me penchais sur la balustrade pour mieux voir l’alcôve. J’ai failli lui décocher un regard tueur, juste un réflexe de politesse, mais c’était une femme.<br />
« Hello Errata. Un peu de nectar pour ce soir ? »<br />
La trentaine, une black très bien roulée, sa robe de mousseline verte flottait autour d’elle, dévoilant le blanc éclatant, illuminé par une lampe ultraviolette discrète, de la dentelle raffinée de ses sous-vêtements, se détachant parfaitement du mat lisse et sombre de sa peau. Elle s’est rapprochée, effleurant mon nombril.<br />
« Ca ne te gène pas que je brise la distance-type seyant &agrave;  une nouvelle rencontre ? »<br />
Je l’ai prise par la taille pour la coller &agrave;  moi, et j’ai bien remarqué ce léger tic de surprise soulevant un sourcil.<br />
« En général je n’aime pas tout ce qui est type, j’ai une aversion particulière par exemple pour la baise-type ou les mecs-types, et toi ? », lui murmurai-je au creux de l’oreille.<br />
Aussi blanc que la dentelle, son sourire accompagna la descente coquine de ses prunelles, jugeant mon corps sous la combinaison infrarouge tel un repas potentiel. Ma main a glissé le long de son bras et je lui ai pris son nectar. Un peu d’alcool m’aiderait &agrave;  respirer de nouveau.<br />
« Attention Errata, il est fort celui-l&agrave; … »<br />
J’ai rapidement porté &agrave;  mes lèvres le verre en forme d’éprouvette, me réjouissant avec une impatience un peu trop flagrante de l’écoulement de chaleur dans mes veines, sauf que ce n’était pas de l’alcool mais une sorte de sirop framboise extrêmement sucré. J’ai grimacé. J’ai failli dire une imbécillité avant de ressentir l’effet. On ne peut pas parler d’écoulement de chaleur, par contre je ressentis une explosion électrique partant de ma gorge, remplissant mes poumons et s’épanouissant tout autour de mon sexe, remontant la colonne pour s’arrêter &agrave;  la pointe de mes seins et continuer jusqu’&agrave;  la nuque, se ramifiant doucement dans la tête. Le bout de chacun de mes doigts semblait tout &agrave;  coup beaucoup plus sensible et comme doué de sa propre vie, dix prépuces ultrasensibles ai-je divagué, et 57366 &#8211; j&#8217;ai vu l&#8217;ID tatouée sur sa nuque lorsqu&#8217;elle s&#8217;est retournée pour que je l&#8217;enlace, a tendrement rigolé :<br />
« Tu en as pris beaucoup trop ! Une éprouvette c’est pour toute la soirée normalement… Tu vas plus pouvoir te retenir ma pauvre. Dommage. »</p>
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		<title>42.</title>
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		<pubDate>Fri, 07 Jul 2006 08:42:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[Texte]]></category>

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		<description><![CDATA[Difficile d’échapper &#224; ces souvenirs finalement, autant que me fiche le sache et qu’eux le sachent &#224; travers elle. Soyons honnête, c’est la meilleure façon pour que personne ne me croie. Sur le secteur SXY ils allaient imaginer que je suis une perverse qui aime faire des trucs intéressants avec les cadavres. Tant mieux. Je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Difficile d’échapper &agrave;  ces souvenirs finalement, autant que me fiche le sache et qu’eux le sachent &agrave;  travers elle. Soyons honnête, c’est la meilleure façon pour que personne ne me croie. Sur le secteur SXY ils allaient imaginer que je suis une perverse qui aime faire des trucs intéressants avec les cadavres. Tant mieux. Je n’ai jamais rien fait d’autre avec un cadavre si ce n’est l’enterrer sous la pluie, mais j’étais perverse.<br />
J’ai reçu immédiatement le message d’une jaune, &agrave;  croire que des vagues ininterrompues de citoyens déferlaient sur ma fiche.</p>
<p>*** Message de mermaid87-J-SXY 77808 (*online*)   [Répondre] [Ranger] [Effacer]<br />
Hello Errata,<br />
Je suis surprise de voir que tu te crois enfermée dans ta cellule-fiche. Tu ne peux certes pas accéder aux diverses propagandes et autres [censuré pour ta propre sécurité], mais par contre on peut aller boire un verre si tu veux.<br />
Tiens oui j’ai remarqué que ton protecteur s’est effacé, c’est toujours plus pénible d’assimiler toutes ces nouvelles choses sans les éclaircissements d’un protecteur…<br />
Beaucoup ne le remarquent pas la première fois tellement c’est discret mais quand tu logout du système le cadre de ta porte réapparaît et tu n’as qu’&agrave;  l’effleurer pour que ça s’ouvre. C’est cool hein ?<br />
Je t’attends &agrave;  l’entrée du hall du Scanner ?<br />
Comme c’est le soir je porterai une longue robe moulante jaune avec fermetures éclairs noir devant et derrière <img src='http://www.davidruzicka.com/blog/wp-includes/images/smilies/icon_wink.gif' alt=';-)' class='wp-smiley' /><br />
En tout cas je kiffe bien tes photos.<br />
Confirme stp. A plus.</p>
<p>Je suis allée revoir ma galerie. Dans la confusion du moment j’avais mis trois photos où je me prélassais dans notre petit salon des Buttes Chaumont, quasiment nue, je jouais derrière un drap presque transparent &agrave;  contre-jour. Ces photos-l&agrave; , je me rappelle bien que c’est Christophe qui les avait prises.<br />
Je suis allée voir la fiche de mermaid87. Une galerie bien fournie d’images toutes sexy. Elle était très jolie et le montrait volontiers. Niveau texte rien de bien intéressant. Quelques poèmes cul-cul :<br />
« Je t’ai vue devant la mer<br />
Et sous le soleil d’hiver<br />
Ce fut comme le monde &agrave;  l’envers »<br />
Ce genre de truc plein d’amour juvénile, rose bonbon. D’ailleurs 87 était sans doute sa date de naissance. Elle y disait aussi être en train de terminer son lycée en section littéraire. Ca promettait.<br />
« Je suis au lycée Malraux dans le 93 et je termine… Bientôt les exas ! … Souhaitez-moi bonne chance ! Bots-kiss bienvenus <img src='http://www.davidruzicka.com/blog/wp-includes/images/smilies/icon_smile.gif' alt=':-)' class='wp-smiley' /> )) »<br />
Non je ne me suis pas demandé pourquoi elle parlait au présent, non je ne me suis pas demandé comment elle pouvait bientôt passer ses examens alors qu’elle était coincée comme nous &agrave;  des lieues sous terre, j’ai cliqué sur [Quitter] et en me retournant j’ai vu en effet le cadre de la porte doucement réapparaître comme le filet d’un joint jusqu’alors trop fin pour être visible &agrave;  l’œil nu. Je n’ai pas effleuré la porte mais donné un gros coup de pieds dedans.<br />
Ca a aussi fonctionné.</p>
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		<title>41.</title>
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		<pubDate>Thu, 06 Jul 2006 21:13:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[Texte]]></category>

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		<description><![CDATA[Ayant lu trop vite j’ai d’abord cru qu’il me surnommait « ma puce » par condescendance. Ma puce en mode libre ? Message express / (Expire après 24h) &#224; alister-O-SXY 12702 Hello Alister, Tu dois très bien savoir que je n’ai strictement aucune idée de quoi tu parles et j’imagine, dans ma grande paranoïa, que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ayant lu trop vite j’ai d’abord cru qu’il me surnommait « ma puce » par condescendance. Ma puce en mode libre ?</p>
<p>Message express / (Expire après 24h) &agrave;  alister-O-SXY 12702<br />
Hello Alister,<br />
Tu dois très bien savoir que je n’ai strictement aucune idée de quoi tu parles et j’imagine, dans ma grande paranoïa, que tu cherches uniquement &agrave;  m’embarquer dans un délire perso histoire de t’amuser avec ma chaste innocence.<br />
Sache que je n’apprécie pas les démonstrations de machisme.<br />
Tu peux donc te garder ta petite puce dans ton slip.<br />
Byebye.</p>
<p>Clic Envoyer.<br />
Message envoyé &agrave;  alister.<br />
[Suite]</p>
<p>Bon il me fallait réécrire ma fiche car malgré sa politesse la menace de cette bleue, netopia, avait été très explicite, et puis cela me permettrait de penser &agrave;  autre chose que cette putain de nuit d’automne.<br />
J’ai regardé le curseur palpiter. Vraiment, il n’y avait aucun son ici. J’aurais très bien pu me trouver DANS l’écran de l’ordinateur ; quelques ondées de lumière irisent les pixels de micro-couleurs pendant que je flotte au dessus des rainures de cristaux liquides s’orientant comme des algues aux passages des flux électriques.<br />
J’ai hésité &agrave;  effacer ce que j’avais déj&agrave;  écrit sur ma fiche mais en allant &agrave;  la pêche aux autres fiches par le scanner je me suis rendue compte qu’ils les utilisaient aussi comme une actualité personnelle, un réceptacle d’émotions et de faits déposés parce que cet empilement finissait par restituer assez fidèlement chaque personnalité. Peut-être n’était-ce aussi qu’un effet de mode, comme les blogs. Ou le reflet de la fierté de chacun, refusant d’effacer son histoire personnelle grandissant sous leurs yeux satisfaits de continuer &agrave;  vivre et &agrave;  pondre.<br />
« J’ai tué une deuxième fois mon ex après son suicide en l’enterrant sous les pétunias.<br />
Ensuite je croyais pouvoir aller au boulot en poursuivant mes habitudes. Etonnants visages dans le métro tirant toujours la même gueule alors que le soir d’avant j’avais creusé une tombe dans notre petit jardin. Ce fut rassurant pendant un moment parce que j’avais l’impression qu’ils tiraient la gueule pour une raison précise cette fois : parce qu’il s’était tiré une balle dans la tête.<br />
Mais mon poste de responsable des ressources humaines au sein du groupe financier Lombard a pris un coup de vieux la première fois que j’ai vu du sang bouillonner en tirant la chasse dans les toilettes des cadres supérieurs, un sang épais &agrave;  la place de l’eau avalé par la cuvette avec un gargouillement de satisfaction. C’était deux semaines environ après son suicide.<br />
Alors vous voyez, vous ne me faites pas peur.<br />
Ah oui j’oubliais, je remercie l’Ordinateur qui dans sa grande bonté me permet d’être enfermée dans une cellule &agrave;  des kilomètres sous terre, devant un écran géant dont je ne comprends pas la moitié du contenu. »</p>
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