<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>[ David Ruzicka - Mouvements de pensées ] &#187; L&#8217;être virtuel</title>
	<atom:link href="http://www.davidruzicka.com/blog/tag/etre-virtuel/feed" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://www.davidruzicka.com/blog</link>
	<description>Assez souvent, David Ruzicka écrit encore</description>
	<lastBuildDate>Mon, 06 Feb 2012 15:37:41 +0000</lastBuildDate>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=3.0-beta2</generator>
		<item>
		<title>&#171;&#160;L&#8217;être virtuel&#160;&#187; est achevé</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2009/01/01/letre-virtuel-est-acheve.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2009/01/01/letre-virtuel-est-acheve.html#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 01 Jan 2009 18:50:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.davidruzicka.com/blog/?p=1034</guid>
		<description><![CDATA[Extrait Je suis mort un soir d&#8217;été, alors que mes enfants et ma femme dormaient. Tout le monde dormait. Il devait être autour des 3 heures du matin. Ville spectrale, rues muettes, moustiques grillés contre les lampadaires, immobilité sèche de l&#8217;air et j&#8217;essayais de distinguer le ciel derrière la vapeur estivale. Je ne pensais à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Extrait</em></p>
<p>Je suis mort un soir d&#8217;été, alors que mes enfants et ma femme dormaient. Tout le monde dormait. Il devait être autour des 3 heures du matin. Ville spectrale, rues muettes, moustiques grillés contre les lampadaires, immobilité sèche de l&#8217;air et j&#8217;essayais de distinguer le ciel derrière la vapeur estivale.<br />
Je ne pensais à rien de particulier, vraiment. Un peu anxieux peut-être, à cause d&#8217;une vie qui au milieu de la nuit sans sommeil et sans étoiles m&#8217;apparaissait sans queue ni tête. J&#8217;avais envie de rêver mais aucun rêve un petit peu agréable ne me venait à l&#8217;esprit. Rien de spécial, vraiment. <a href="http://www.davidruzicka.com/blog/wp-content/themes/v1/pdf/druzicka_2009.01.01_l_etre_virtuel.pdf">[...]</a></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2009/01/01/letre-virtuel-est-acheve.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 31</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/08/09/page-31.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/08/09/page-31.html#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 09 Aug 2005 10:22:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=479</guid>
		<description><![CDATA[Le défilé se poursuit, sans cesse ravivé par la musique sibylline. Les femmes déambulent doucement sur le podium, aussi longilignes et décharnées que des mentes religieuses &#224; l’affût des regards. Elles ne sourient pas, leurs visages légèrement maquillés n’expriment rien, ils flottent au milieu des halos de tissus qui tombent en buées le long de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le défilé se poursuit, sans cesse ravivé par la musique sibylline. Les femmes déambulent doucement sur le podium, aussi longilignes et décharnées que des mentes religieuses &agrave;  l’affût des regards. Elles ne sourient pas, leurs visages légèrement maquillés n’expriment rien, ils flottent au milieu des halos de tissus qui tombent en buées le long de leurs corps.<br />
Patricia est satisfaite. « C’est un habillement mécanique, une mode informatique et informatisée, un matériau léger, virtuel, comme absent. Vous devez prendre l’apparence de robots, d’androïdes conçus uniquement pour présenter des habits. Vous devez être pleinement «objets». » Patricia est satisfaite parce que les filles ont bien compris leur rôle, et surtout parce qu’elles l’ont accepté. Ce ne doit pas être facile de devoir jouer ce qu’on se sent être en réalité. Ces filles sont des Pinocchios dont la foule admire les formes réussies. Avant d’être un défilé de modes, d’habillements extravagants, Patricia veut que son spectacle affiche pleinement, par les habits mais aussi par les mouvements des habits sur les corps, &agrave;  quel point la femme est devenue le robot du sexe, &agrave;  quel point la beauté sans fard, brute, est lentement remplacée par une beauté artificielle, qu’on s’applique &agrave;  construire et &agrave;  montrer en fonction de certaines valeurs grandiloquentes, une beauté sophistiquée, technique. Les grands yeux vides des filles qui avancent comme des somnambules sur le podium, bras ballants, longues jambes flasques, dévoilent l’identité brisée de la femme. Il y a la femme de tous les jours, celles qu’on rencontre, celles qu’on connaît, l’attendrissante, l’intrigante, celle qui vit et respire, et il y a la femme sexuelle, l’objet désiré, inatteignable pour pouvoir être désiré encore, l’inconnue sur laquelle s’accrochent tous les désirs inassouvis. Ces deux femmes sont incompatibles. Leur union est perdue quelque part entre la réalité et l’image, l’amour qu’on leur voue aussi est perdu, déchiré entre le palpable et le fantasme.<br />
Son défilé montre cette rupture &agrave;  la foule silencieuse. En pensant cela, en voyant cela, Patricia est satisfaite.</p>
<p>Le lendemain, la critique sera impitoyable. Ce spectacle a été un échec, « une débauche de mégalomanie mécanique et incohérente&#8230; », « un ballet immobile ou un défilé boiteux?&#8230; ». Ils n’ont rien compris.</p>
<p>Patricia a décidé de changer de métier. Elle disparaît, s’en va en Angola. Aider une association humanitaire.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/08/09/page-31.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 30</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/08/09/page-30.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/08/09/page-30.html#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 09 Aug 2005 10:21:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=478</guid>
		<description><![CDATA[. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Chapitre 4 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font color="#FFFFFF"><br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</font></p>
<h3><strong>Chapitre 4</strong></h3>
<p><font color="#FFFFFF"><br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</font></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/08/09/page-30.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>2</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 29</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/08/05/page-29.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/08/05/page-29.html#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 04 Aug 2005 23:50:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=476</guid>
		<description><![CDATA[La nuit gigotait sous les planches fendillées. Autre chose que les habituels cafards, araignées ou lézards. A la lueur de la lampe rouillée les murs vibraient. Je suis sortie, marches craquantes, étoiles sèches. Alentours la broussaille se tenait immobile en se moquant de moi. Avais-je abusé de Gin glacial ou de tchat par LCD interposé [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La nuit gigotait sous les planches fendillées. Autre chose que les habituels cafards, araignées ou lézards. A la lueur de la lampe rouillée les murs vibraient. Je suis sortie, marches craquantes, étoiles sèches. Alentours la broussaille se tenait immobile en se moquant de moi. Avais-je abusé de Gin glacial ou de tchat par LCD interposé ? Dans l&#8217;annexe, quelques malades gémissaient de leur sommeil de morphine. C&#8217;était juste une nuit de plus sous un ciel écrasant d&#8217;infini dans un désert écrasant d&#8217;infini parmi des hommes minuscules et malades. Sauf que tout avait été effacé. Comme un grand rire de trop. L&#8217;alcool pouvait effacer beaucoup de souvenirs mais, &agrave;  ma connaissance, pas encore les serveurs de Google. J&#8217;ai glissé sur du sable et une écharde s&#8217;est enfoncée dans mon orteil. Marre d&#8217;être ici. Marre de cette sensation fugace de tremblement.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/08/05/page-29.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 28</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/08/01/page-28.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/08/01/page-28.html#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 01 Aug 2005 16:35:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=475</guid>
		<description><![CDATA[Barry, quand il ne faisait aucun effet, il pétait de joie pour avoir l&#8217;air presque hilare sous mes yeux immobiles. &#171;&#160;Et bien quoi ? Tu n&#8217;y crois pas &#224; nos retrouvailles ?&#160;&#187;, m&#8217;offrit-il en bandant ses muscles rituellement entraînés au-dessus de la table bancale. Je l&#8217;ai accompagné &#224; l&#8217;aéroport militaire en le laissant poser une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Barry, quand il ne faisait aucun effet, il pétait de joie pour avoir l&#8217;air presque hilare sous mes yeux immobiles.<br />
&laquo;&nbsp;Et bien quoi ? Tu n&#8217;y crois pas &agrave;  nos retrouvailles ?&nbsp;&raquo;, m&#8217;offrit-il en bandant ses muscles rituellement entraînés au-dessus de la table bancale.<br />
Je l&#8217;ai accompagné &agrave;  l&#8217;aéroport militaire en le laissant poser une main sur ma cuisse. Il aurait rêvé d&#8217;une main sur un sein avant de monter, ou d&#8217;un délire exotique dans les toilettes miteuses de l&#8217;aéroport, mais il s&#8217;est contenté de ma main secouée brusquement. Il se comportait comme si une caméra le suivait partout. Voir le Pilatus s&#8217;envoler me laissa avec un léger vague &agrave;  l&#8217;âme. J&#8217;avais envie de partir, mais où ? Compostelle était le dernier endroit au monde où j&#8217;aurais souhaité aller, surtout depuis la mort de David. Trop de souvenirs, aucun ami. J&#8217;y aurais été accueillie par le sourire en forme de grimace de pitié de ma mère. Avec le salaire qu&#8217;on me payait ici je ne pouvais pas me permettre de débarquer dans une grande ville, sans économies, sans rien. Je n&#8217;avais sans doute plus l&#8217;âge de la jouer vagabond.<br />
La chaleur sèche fouettait le sable autour de la Jeep sur le chemin de retour. Le volant collait entre mes mains. Les arbres rabougris qui résistaient &agrave;  l&#8217;avancée du désert me donnèrent envie de boire au goulot un Gin glacial. J&#8217;étais coincée ici, dans cette antichambre de l&#8217;enfer, pour une raison liée &agrave;  la rupture avec David au milieu du désert, mais je ne voyais qu&#8217;une succession de causes &agrave;  effets l&agrave;  où se cachait autre chose.</p>
<p>Le soir, après la tournée d&#8217;antibiotiques, je me suis remise au tchat sur Internet, rituel qui avait été jusqu&#8217;alors un peu perturbé par la présence sexuée de Barry. Je suis redevenue Nour l&#8217;amazone intouchable, la beauté chocolatée des fantasmes occidentaux de ces messieurs. De les voir s&#8217;agiter autour de moi avec tant de questions, de voir sur mon écran leurs appels tantôt grivois tantôt sérieux, me rafraîchissait. Illusion d&#8217;un autre monde où existaient les gouttes de pluie de l&#8217;automne et les brises douces d&#8217;une fin de soirée d&#8217;été, &agrave;  travers un écran LCD.<br />
Plus tard dans la nuit, je suis retournée sur un site d&#8217;actualités pour revoir les images de la Ferrari calcinée de David. J&#8217;ai bien cherché. Je suis allée sur d&#8217;autres sites. J&#8217;ai fait toutes sortes de recherches sur Google. Rien. Plus un seul article se rapportant &agrave;  l&#8217;accident de la veille. Tout avait été effacé.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/08/01/page-28.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 27</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/29/page-27.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/29/page-27.html#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 29 Jul 2005 09:57:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=474</guid>
		<description><![CDATA[Nour ferma Firefox avant de se retourner vers Barry. Ce dernier préparait sa valise pour partir &#224; New York. La magnificence superficielle de son sourire ne pouvait plus supporter la misère angolaise et il avait décidé d&#8217;abandonner la logistique pour aller s&#8217;essayer encore une fois &#224; la carrière d&#8217;acteur. Depuis quelques jours, depuis qu&#8217;il avait [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nour ferma Firefox avant de se retourner vers Barry. Ce dernier préparait sa valise pour partir &agrave;  New York. La magnificence superficielle de son sourire ne pouvait plus supporter la misère angolaise et il avait décidé d&#8217;abandonner la logistique pour aller s&#8217;essayer encore une fois &agrave;  la carrière d&#8217;acteur. Depuis quelques jours, depuis qu&#8217;il avait du assister Nour dans l&#8217;opération de découpage &agrave;  la scie d&#8217;une jambe pourrie par la gangrène, son sourire avait jauni. Bien que de faire l&#8217;amour de temps en temps avait été un moyen efficace de se relaxer, Nour ne se souciait pas trop de ce départ. Elle s&#8217;y préparait depuis longtemps. Lâcher un type fou de mode masculine et maniaque du rangement au milieu de la cambrousse tenait plus du canular administratif.<br />
Nour se reversa une tasse rase de café. Il était 6 heures trente du matin et déj&agrave;  une quinzaine de mouches voltigeaient sous le ventilateur balayant lentement les 33°C et la poussière. Une anxiété poisseuse lui collait &agrave;  la peau. Sur Internet, elle venait d&#8217;apprendre le suicide de David.<br />
Voil&agrave;  des mois qu&#8217;elle attendait cette nouvelle. Inutile de le nier, elle en avait rêvé toutes les nuits depuis leur séparation au milieu du Sahara. Elle s&#8217;y était préparée autant qu&#8217;au départ de Barry. Elle revit David s&#8217;éloigner dans l&#8217;horizon suffoquant des dunes, prendre la direction du Nord alors qu&#8217;elle avait opté pour le Sud. Sans autre explication sur cette phrase mystérieuse qu&#8217;il lui avait jetée la nuit précédant leur séparation, d&#8217;ailleurs il n&#8217;avait plus rien dit et c&#8217;est muet qu&#8217;il l&#8217;avait abandonnée au milieu de l&#8217;océan de sable. Désincarné, voil&agrave;  la dernière impression que David lui avait laissée. Il s&#8217;en était donc sorti tout comme elle, mais cela pas un seul instant elle n&#8217;en avait douté. Tout comme sa dernière parole qui l&#8217;avait insidieusement préparée &agrave;  l&#8217;évènement qu&#8217;elle venait d&#8217;apprendre. Depuis leur séparation, Nour avait toujours su que cela allait arriver. Pourtant, il lui avait demandé de tenir une promesse, et involontairement elle tenait cette promesse. Nour n&#8217;arrivait pas &agrave;  croire &agrave;  ce suicide. Cette mort était comme une mise en scène préparée de longue date. Les débris calcinés du corps de David avaient été formellement identifiés.<br />
Nour toussota pour libérer le poids sur sa poitrine. Elle savait que David était mort mais en même temps elle était convaincue du contraire. Déchirée par cette conviction qu&#8217;elle attribuait au désir candide de ne pas y croire, elle eut la surprenante envie de pleurer. Mais Barry lui offrit son plus élastique sourire.<br />
&laquo;&nbsp;Ne sois pas triste. On se reverra peut-être &agrave;  New York hein ?&nbsp;&raquo;<br />
Quel con.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/29/page-27.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 26</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/28/page-26.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/28/page-26.html#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 28 Jul 2005 05:53:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=472</guid>
		<description><![CDATA[. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Chapitre 3 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font color="#FFFFFF"><br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</font></p>
<h3><strong>Chapitre 3</strong></h3>
<p><font color="#FFFFFF"><br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</font></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/28/page-26.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 25</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/28/page-25.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/28/page-25.html#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 28 Jul 2005 05:19:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=471</guid>
		<description><![CDATA[Cette réponse pleine d&#8217;une foi candide en la vie me désarçonna. En somme Nour était comme tout le monde, elle était sage, elle se serait contentée de désamorcer les petits méfaits du quotidien. Je m&#8217;effondrai &#224; genoux dans le sable, sous l&#8217;ampleur de ma propre mégalomanie. &#171;&#160;Tu as raison. Pourquoi se débarrasser d&#8217;un désert entier [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Cette réponse pleine d&#8217;une foi candide en la vie me désarçonna. En somme Nour était comme tout le monde, elle était sage, elle se serait contentée de désamorcer les petits méfaits du quotidien. Je m&#8217;effondrai &agrave;  genoux dans le sable, sous l&#8217;ampleur de ma propre mégalomanie.<br />
&laquo;&nbsp;Tu as raison. Pourquoi se débarrasser d&#8217;un désert entier si on peut être heureux grâce &agrave;  l&#8217;apparition d&#8217;une simple source ?&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Ton désespoir face &agrave;  notre situation te fait peut-être voir les choses un peu trop en grand.&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Voil&agrave; , mon désespoir. Il faut que je le réduise &agrave;  moi-même, ce désespoir. Tout l&#8217;amour que je te porte ne suffit pas, ne peut pas m&#8217;aider. C&#8217;est ça que tu veux Igor ? Tu veux me voir en finir avec la vie hein ? Soit.&nbsp;&raquo;<br />
Dernière vision du visage de Nour et les étoiles éparpillées autour d&#8217;elle.<br />
&laquo;&nbsp;Promets-moi, Nour, de ne rien croire &agrave;  ce que tu entends sur moi, promets-moi de ne pas te fier aux apparences.&nbsp;&raquo;</p>
<p>La Ferrari 612 Scaglietti réagit au petit effleurement sur la pédale des gaz en bondissant en avant. J&#8217;eus tout juste le temps de prendre la voie de gauche de l&#8217;autoroute pour éviter un semi-remorque. L&#8217;habitacle ronronnait de contentement et l&#8217;odeur de cuir neuf m&#8217;encouragea jovialement &agrave;  passer &agrave;  la vitesse supérieure. La nuit filait et la Ferrari grondait en avalant de plus en plus vite les bornes kilométriques. Le tableau de bord indiquait 01:51 AM. Les quelques rares véhicules que je dépassais semblaient faire du sur place. 230 km/h et l&#8217;aiguille montait. Je reconnus la ligne droite de l&#8217;autoroute menant au giratoire d&#8217;entrée vers Compostelle. Il ne restait que quelques kilomètres avant d&#8217;y arriver.<br />
&laquo;&nbsp;Ok Igor, voyons voir maintenant où notre petit jeu va nous mener, d&#8217;accord ?&nbsp;&raquo;<br />
Ivresse de la puissance décuplée du moteur sous la pédale. Un véhicule de police stationnait &agrave;  quelques centaines de mètres de l&#8217;entrée du giratoire.<br />
&laquo;&nbsp;Tu n&#8217;as pas réussi &agrave;  te débarrasser de moi en m&#8217;imposant la mort. Et maintenant tu te dis que la seule manière de me jeter est que je la souhaite moi-même cette mort, n&#8217;est-ce pas ? Je suis devenu trop encombrant. Soit. Je suis curieux de nature tu sais. Alors allons-y gaiement.&nbsp;&raquo;<br />
J&#8217;ai enclenché la radio. Mozart m&#8217;accompagnait. Les policiers, ces petits soldats de la raison, ont vainement gesticulé en s&#8217;écartant.</p>
<p>Arrivée au giratoire, la Ferrari a déchiré la rambarde métallique et filé tout droit vers le centre, où trônait la statue du Prix Nobel Camilo José Cela sur un piédestal en béton. Le reste ne fut qu&#8217;explosion, flammes, et pompiers.<br />
Même &agrave;  cette heure avancée de la nuit, les badauds s&#8217;agglutinèrent autour de la carcasse de la voiture de sport. On extrayait par petits bouts les restes calcinés de celui qui fut identifié plus tard comme un récent gagnant d&#8217;Euromillions. David Ruzicka.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/28/page-25.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 24</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/27/page-26.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/27/page-26.html#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 27 Jul 2005 01:02:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=470</guid>
		<description><![CDATA[Je me retournai pour englober d&#8217;un bras le ciel étoilé et l&#8217;horizon immuable des dunes. &#171;&#160;…C&#8217;est une pure invention pour que nous puissions nous retrouver seuls en tête &#224; tête.&#160;&#187; &#171;&#160;Vraiment touchant. Tu es en train de m&#8217;expliquer que de se perdre ensemble au milieu du désert est une expérience mystique que tu as voulue [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je me retournai pour englober d&#8217;un bras le ciel étoilé et l&#8217;horizon immuable des dunes.<br />
&laquo;&nbsp;…C&#8217;est une pure invention pour que nous puissions nous retrouver seuls en tête &agrave;  tête.&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Vraiment touchant. Tu es en train de m&#8217;expliquer que de se perdre ensemble au milieu du désert est une expérience mystique que tu as voulue par amour pour moi ? Dans ce cas sors ton GSM et appelle les hélicos parce que j&#8217;ai atteint mes limites d&#8217;amour l&agrave; …&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Non Nour, tu n&#8217;es pas vraiment l&agrave;  avec moi. Hélas je suis seul.&nbsp;&raquo;<br />
Bien sûr que j&#8217;aimais ma femme, que j&#8217;aimais mes filles, bien sûr que je voulais tout ce qu&#8217;il y a de mieux pour elles et pour mes amis, mais Nour m&#8217;était plus proche que tout autre, elle était la partie visible de tout mon être, je pouvais tout lui dire et tout entendre d&#8217;elle. Et l&agrave;  au milieu du Sahara j&#8217;ai réalisé que cela ne suffisait pas, que j&#8217;étais seul, irrémédiablement seul. J&#8217;avais espéré lui donner &agrave;  elle au moins ce que je vivais depuis ma mort, mais impossible d&#8217;exaucer ce vœu. En cet instant, le reste d&#8217;amour en l&#8217;humanité que je détenais s&#8217;évapora dans l&#8217;air vide du désert.<br />
&laquo;&nbsp;Quoi tu es sérieux ? Tu crois vraiment que l&#8217;amour se teste comme ça &agrave;  l&#8217;échelle de la mort ? Tu sais bien que je te suivrais partout, et tu le vois bien ! Je suis soumise &agrave;  tout ce qui vient de toi, et j&#8217;espère que tu en ferais autant, mais si vraiment tout ça est une sorte de mise en scène mégalo de ton amour, arrête. On a passé un jour et une nuit dans le sable sans eau, que cherches-tu de plus ? Tu crois que la seule façon d&#8217;aimer définitivement est de mourir ensemble ?&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Non Nour. Je dis juste que je suis seul. Que le sentier sur lequel je me suis engagé ne me permet aucun accompagnement. Je dois être seul. Et merde, tu peux pas savoir comme ça me fait peur.&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;C&#8217;est un peu tard pour l&#8217;épreuve de la solitude, parce que je suis &agrave;  côté de toi, l&agrave; .&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Justement. Le truc c&#8217;est que maintenant je ne sais pas quoi faire.&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Ah ? C&#8217;est pourtant évident. Tu essaies de te confronter &agrave;  la mort. Alors vas- y, marche dans le désert, &agrave;  notre rythme tu la verras très bientôt, la mort…&nbsp;&raquo;<br />
Cette remarque sur le rythme me fit tiquer. Il n&#8217;y avait pas de temps dans ce que je me faisais subir. Il n&#8217;y avait qu&#8217;une succession d&#8217;instants choisis au grès de mon désir.<br />
&laquo;&nbsp;Ecoute-moi Nour, essaie d&#8217;oublier notre situation, essaie de tout oublier. Le désert, la soif, le ciel, les dunes, ce qu&#8217;on a vécu ces derniers mois ensemble, tout, essaie de tout oublier. Essaie de faire, je sais pas moi, comme si nous étions dans un resto &agrave;  Finisterre…&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Comme après ton gain &agrave;  la loterie, lorsqu&#8217;on a décidé de tout plaquer ?&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Peu importe. Tu es l&agrave; , tu es maintenant, et tu peux tout. Ce n&#8217;est pas une question de modifier ton passé, parce que si tu le fais tu seras quelqu&#8217;un d&#8217;autre et on rentrerait dans un paradoxe. Ce n&#8217;est pas non plus une question de voir ton avenir et d&#8217;essayer de le changer, parce que quoi que tu fasses tu le feras pour que cet avenir arrive, sans pouvoir y échapper. Non ce que je te propose se passe en-dehors du temps. Il s&#8217;agit de pouvoir tout changer, l&agrave; , maintenant, de changer toute la réalité qui t&#8217;entoure excepté toi. Parce que si tu essayais de te changer toi on rentrerait dans un nouveau paradoxe et ce serait la galère. Alors ? Que ferais-tu ?&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Je ferais apparaître une oasis de rêve de l&#8217;autre côté de cette dune.&nbsp;&raquo;</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/27/page-26.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 23</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/26/page-23.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/26/page-23.html#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 26 Jul 2005 06:58:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=469</guid>
		<description><![CDATA[&#171;&#160;Nour ! Attends ! Nous ne sommes plus &#224; Finisterre ! Nous sommes dans un désert !&#160;&#187; Mon cri avait sans doute l&#8217;intonation d&#8217;une remarque ridicule mais j&#8217;étais stupéfait de ma découverte. Nous étions dans un désert parce que je l&#8217;avais voulu. J&#8217;avais souhaité le vide autour de nous et quoi de plus logique que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&laquo;&nbsp;Nour ! Attends ! Nous ne sommes plus &agrave;  Finisterre ! Nous sommes dans un désert !&nbsp;&raquo;<br />
Mon cri avait sans doute l&#8217;intonation d&#8217;une remarque ridicule mais j&#8217;étais stupéfait de ma découverte. Nous étions dans un désert parce que je l&#8217;avais voulu. J&#8217;avais souhaité le vide autour de nous et quoi de plus logique que le Sahara ? J&#8217;ai pédalé dans le sable &agrave;  la suite de Nour, et je m&#8217;enfonçais &agrave;  mi-mollet &agrave;  chaque pas. Le sable nous engloutissait, soyeux et indifférent. Nour m&#8217;attendit au sommet de la dune. Je l&#8217;ai attrapée par les épaules.<br />
&laquo;&nbsp;Nour c&#8217;est fantastique tu te rends compte ?&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Tu pètes les plombs. C&#8217;est la folie des grandeurs ou la folie tout court.&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Mais il y a quelques instants nous étions dans un resto huppé &agrave;  Finisterre et l&agrave;  on se retrouve au beau milieu d&#8217;un désert. Tout ça, écoute-moi bien, parce que je le veux !&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Oh oui tu l&#8217;as voulu. J&#8217;ai quitté une relation vieille de cinq ans, et crois-moi ou pas ça ne marchait pas si mal, tu as abandonné femme et enfants pour me suivre dans ma &laquo;&nbsp;mission humanitaire&nbsp;&raquo;, on a joué aux princes en Afrique d&#8217;un pays &agrave;  l&#8217;autre, ou devrais-je dire d&#8217;un hôtel cinq étoiles &agrave;  l&#8217;autres parce que ça n&#8217;a rien &agrave;  voir avec l&#8217;Afrique, lorsque t&#8217;es venue l&#8217;idée lumineuse de faire une expédition dans le Sahara… C&#8217;est sûr tu l&#8217;as voulu. Tu as voulu voir comment l&#8217;argent pourrait grossir &agrave;  la démesure le désespoir que j&#8217;ai toujours connu en toi. Abandonner notre guide, gesticuler de bonheur sous les étoiles, ivres de vin et de coke sur des kilomètres, la grande illumination quoi. Mais l&agrave;  excuse-moi je suis redescendue. Et je me rends compte que j&#8217;ai trop bien joué le rôle de la femme idéale décuplée par ta folie des grandeurs. J&#8217;en ai marre. Je veux faire mon job et arrêter de jouer au bédouin snobinard. Médecin humanitaire c&#8217;est pour ça que je suis partie, tu te rappelles ou tu es trop troué de tunes pour voir autre chose que la mort grandiose que tu te souhaites ?&nbsp;&raquo;<br />
Elle m&#8217;avait attrapé par le col pour me cracher &agrave;  la figure tous ces moments que j&#8217;étais censé connaître. Mais il n&#8217;y avait rien de vrai l&agrave; -dedans. Simplement une idée du passé qui s&#8217;était construite pour faire que mon vœu de me retrouver nulle part en sa compagnie se réalise. Pourtant elle y croyait &agrave;  tout ce passé. Non seulement elle y croyait mais elle avait vécu tous ces évènements avec moi.<br />
&laquo;&nbsp;Nour, écoute-moi bien. Je sais bien que tout ce qui nous arrive te paraît horriblement concret. Que tu nous vois perdu au milieu du Sahara &agrave;  cause de mes délires ratés. Mais c&#8217;est faux. Tout ça c&#8217;est… c&#8217;est…&nbsp;&raquo;</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/26/page-23.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 22</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/25/page-22.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/25/page-22.html#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 25 Jul 2005 19:05:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=468</guid>
		<description><![CDATA[Je me suis dégagé brutalement. &#171;&#160;Il n&#8217;y a pas de demain ! Tout ce que nous vivons en ce moment est faux ! Il n&#8217;y a pas de demain, il n&#8217;y a pas d&#8217;avenir et il n&#8217;y a pas de temps, tu comprends ? Je suis mort ! Un truc m&#8217;a explosé la cervelle sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je me suis dégagé brutalement.<br />
&laquo;&nbsp;Il n&#8217;y a pas de demain ! Tout ce que nous vivons en ce moment est faux ! Il n&#8217;y a pas de demain, il n&#8217;y a pas d&#8217;avenir et il n&#8217;y a pas de temps, tu comprends ? Je suis mort ! Un truc m&#8217;a explosé la cervelle sur le balcon et je suis mort !&nbsp;&raquo;<br />
Aux regards de Nour et de nos voisins de table, il parut clair que ce truc qui m&#8217;avait explosé la cervelle devait être une forme de LSD aux endomorphines particulièrement efficaces. Certains hommes pompeux et virils commencèrent &agrave;  se plaindre aux serveurs qui entre-temps s&#8217;étaient tous changés en hippocampes frétillants.<br />
Elle me tirait entre les Mercedes rutilantes alignées dans le parking, les jets de sable fin sous mes pieds flottaient comme si nous marchions sous l&#8217;eau.<br />
&laquo;&nbsp;Tu comprends pas que ce n&#8217;est pas MOI qui délire mais tout le reste ?! Je suis vrai et je suis l&#8217;unique chose vraie ici ! Arrête Nour, arrête-toi !&nbsp;&raquo;<br />
D&#8217;une main je l&#8217;attirai contre moi et tout naturellement nous nous couchions sur l&#8217;avant encore chaud d&#8217;une décapotable.<br />
&laquo;&nbsp;J&#8217;ai envie de toi, Nour, c&#8217;est la seule chose vraie ici. C&#8217;est la seule chose vraie partout.&nbsp;&raquo;<br />
Le sable flottait autour de nous et près de la falaise dans le noir océanique je crus distinguer quelques algues qui s&#8217;ennuyaient au gré du courant. Elle portait une robe légère sans soutien-gorge, ses seins contre moi s&#8217;étalèrent tels deux bombes électriques. Nour se prit au jeu et m&#8217;enroba de ses jambes. J&#8217;ai senti le mouvement impatient de mes spermatozoïdes, l&#8217;élan primordial qui m&#8217;aspirait vers elle. J&#8217;eus la grandiose idée de vouloir être nulle part en compagnie de Nour, que nous, la Terre et les étoiles. L&#8217;espace interstellaire m&#8217;aurait plu, pas une seule molécule pour nous séparer, un désert de pensées, un désert d&#8217;existences, un désert d&#8217;humanité.<br />
&laquo;&nbsp;Tu es sûr que tu es la seule personne vraie ici ?&nbsp;&raquo;, murmura-t-elle.<br />
&laquo;&nbsp;Non, tout ce qui va vers toi me semble vrai…&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Et l&#8217;eau ?&nbsp;&raquo;, gémit-elle encore.<br />
&laquo;&nbsp;Quoi l&#8217;eau ?&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Tu n&#8217;as pas encore soif ?&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Pourquoi aurais-je soif ?&nbsp;&raquo;<br />
Son visage se glaça sur moi. Sèchement elle plia les jambes et me propulsa loin derrière au bas de la dune. Elle hurla :<br />
&laquo;&nbsp;Parce qu&#8217;on est en train de crever au milieu du désert ! Parce que tout ton pognon ne peut pas remplacer tout ce sable par une seule source ! Parce que nous sommes ici &agrave;  cause des délires mégalos de nouveau riche de Monsieur qui veut découvrir les sensations fortes ! Parce que nous sommes perdus au milieu du Sahara et que le seul truc auquel tu penses maintenant c&#8217;est troncher avant de crever !&nbsp;&raquo;<br />
Malgré ma surprise devant cette nouvelle situation je pris le temps d&#8217;observer la clarté de la Voie Lactée admirablement proportionnée aux dessins infinis des dunes qui nous entouraient.  Le sable était froid. Nour s&#8217;enveloppa d&#8217;un voile en zéphire et maugréa encore deux ou trois insultes avant de reprendre la marche vers le sommet.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/25/page-22.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 21</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/24/page-21.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/24/page-21.html#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 24 Jul 2005 05:06:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=467</guid>
		<description><![CDATA[La paire de claques fut rapide et souple. Mes joues avaient été secouées de gauche &#224; droite. Nour était d&#8217;un naturel paisible et d&#8217;une certaine façon la voir fulminer debout devant moi, son décolleté explosant presque de rage (et c&#8217;est beau un décolleté plein d&#8217;halètements), avait un je ne sais quoi de comique. Mais elle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La paire de claques fut rapide et souple. Mes joues avaient été secouées de gauche &agrave;  droite. Nour était d&#8217;un naturel paisible et d&#8217;une certaine façon la voir fulminer debout devant moi, son décolleté explosant presque de rage (et c&#8217;est beau un décolleté plein d&#8217;halètements), avait un je ne sais quoi de comique. Mais elle s&#8217;est contentée de lâcher un glacial :<br />
&laquo;&nbsp;Tu as bien vite changé.&nbsp;&raquo;<br />
Sur ce, un mille-pattes géant aux couleurs jaunasses sorti de je ne sais où vint frétiller entre mes jambes. A travers le pantalon, ses antennes tendues me chatouillèrent les testicules de manière fort agréable et un frisson de plaisir m&#8217;hérissa la nuque. Je dus me lever aussi pour éviter d&#8217;étaler mon émoi.<br />
&laquo;&nbsp;Nour je pensais que nous pourrions faire l&#8217;amour sur la plage l&agrave; -bas, un peu plus bas. Tu vois, sur le sable lisse et les vagues bien fraîches…&nbsp;&raquo;<br />
Aux tables avoisinantes, les femmes avaient l&#8217;air effrayées, les hommes, amusés.<br />
&laquo;&nbsp;Ma parole, mais tu as pris une drogue quand tu es parti aux toilettes avant ?!&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Moi ? Pas du tout ! Je suis juste mort il y a quelques minutes, j&#8217;ai du jouer au ninja contre un vieil ami que tu ne connais pas, et ensuite je l&#8217;ai transpercé d&#8217;un sabre portant mon nom avant de terminer un verre en ta compagnie. Et je t&#8217;avertis qu&#8217;il y a un mille-pattes géant tout &agrave;  fait saugrenu sous notre table. Avoue que c&#8217;est nettement plus drôle que de juste s&#8217;enfiler de la coke.&nbsp;&raquo;<br />
Elle me connaissait bien, Nour, et au croisement de nos regards elle comprit tout de suite que je n&#8217;étais pas vraiment en train de m&#8217;amuser mais en train de sombrer dans le délire. Un serveur en forme d&#8217;hippocampe arriva avec de steaks de bœuf flambés pour servir une longue tablée de convives qui tous s&#8217;étaient tus pour me dévisager sans gêne.<br />
&laquo;&nbsp;Quoi, vous croyez que de se faire servir par un hippocampe aussi maigrelet est moins intéressant qu&#8217;une scène de ménage ?!&nbsp;&raquo;<br />
Ils se détournèrent &agrave;  contrecoeur pour faire semblant de se concentrer sur l&#8217;arrivée enflammée de leurs steaks. L&#8217;hippocampe frétilla. Nour me prit par la taille. C&#8217;était bon de la sentir tout contre moi. Elle avait une odeur de cire &agrave;  la cannelle. L&#8217;érection sollicitée par le mille-pattes s&#8217;en trouva accentuée.<br />
&laquo;&nbsp;On va retourner &agrave;  Compostelle et je vais te ramener chez toi. Quoi que tu aies pris ça passera d&#8217;ici demain, j&#8217;espère. N&#8217;oublie pas que tes filles terminent l&#8217;école demain et que vous allez partir &agrave;  Ibiza.&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Pas question !&nbsp;&raquo;, hurlai-je.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/24/page-21.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 20</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/23/page-20.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/23/page-20.html#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 23 Jul 2005 20:24:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=466</guid>
		<description><![CDATA[Elle souriait de ma dernière remarque, toujours aussi peu confiante en son charme naturel, pensant parfois qu&#8217;elle m&#8217;ennuyait profondément. Je n&#8217;avais jamais été prodigue en compliments dans notre relation. &#171;&#160;Alors comme ça tu passes un moment agréable avec moi, ça t&#8217;arrive ?&#160;&#187;, rajouta-t-elle. &#171;&#160;Disons que je n&#8217;ai pas vraiment la sensation d&#8217;exister, en ce moment, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Elle souriait de ma dernière remarque, toujours aussi peu confiante en son charme naturel, pensant parfois qu&#8217;elle m&#8217;ennuyait profondément. Je n&#8217;avais jamais été prodigue en compliments dans notre relation.<br />
&laquo;&nbsp;Alors comme ça tu passes un moment agréable avec moi, ça t&#8217;arrive ?&nbsp;&raquo;, rajouta-t-elle.<br />
&laquo;&nbsp;Disons que je n&#8217;ai pas vraiment la sensation d&#8217;exister, en ce moment, j&#8217;ai l&#8217;impression de participer &agrave;  une vaste mise en scène.&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Peut-être que c&#8217;est &agrave;  cause de ton gain récent &agrave;  la Loterie. C&#8217;est plutôt chamboulant ce genre d&#8217;évènement, non ?&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Hem, mon gain récent ? De quoi tu parles ?&nbsp;&raquo;<br />
Elle m&#8217;a observé de travers :<br />
&laquo;&nbsp;Moi j&#8217;ai l&#8217;impression que s&#8217;il y a une mise en scène organisée ici, tu en es l&#8217;unique instigateur…&nbsp;&raquo;<br />
La brise de terre adoucissait la nuit. Au bas de la falaise, les vagues glissaient comme des louanges, et Nour brillait près de la bougie, ivre et souriante. Elle insista, presque sérieuse soudain.<br />
&laquo;&nbsp;Allez avoue-moi tout. Le champagne, ce restaurant, tous ces gens autour de nous sont des acteurs que tu as payé pour servir de décor &agrave; …&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Oui, &agrave;  quoi ?&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Tu sais bien &agrave;  quoi.&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;J&#8217;ai envie de te l&#8217;entendre dire.&nbsp;&raquo;<br />
Elle se tortilla sur sa chaise et reversa une rasade d&#8217;Albariño dans nos verres, qu&#8217;elle avala rapidement, par petites gorgées.<br />
&laquo;&nbsp;Tu sais bien &agrave;  quoi.&nbsp;&raquo;<br />
Cette histoire de loterie me chicanait. Pour moi c&#8217;était vieux d&#8217;années alors que Nour en parlait comme si cela venait d&#8217;arriver. Je me rappelai que si cela venait d&#8217;arriver elle était aussi sur le point de partir.<br />
&laquo;&nbsp;Tu crois que j&#8217;aurais envie que quelque chose se passe entre nous alors que je suis marié et que dans quelques jours tu pars faire de l&#8217;humanitaire en Afrique ?&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;On n&#8217;a pas besoin de raison quand on veut aimer.&nbsp;&raquo;<br />
Je n&#8217;avais jamais connu Nour aussi entreprenante. L&#8217;alcool me parut ici une piètre explication. Désorienté, j&#8217;ai décidé de couper court &agrave;  tout ce petit jeu dont l&#8217;hypocrisie m&#8217;apparut aussi caricaturale que mon &laquo;&nbsp;réveil&nbsp;&raquo; dans une pièce blanche au-dessus de Compostelle.<br />
&laquo;&nbsp;Ce n&#8217;est pas plutôt de mon gain &agrave;  la Loterie que tu veux tomber amoureuse ?&nbsp;&raquo;</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/23/page-20.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 19</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/22/page-19.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/22/page-19.html#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 22 Jul 2005 18:58:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=465</guid>
		<description><![CDATA[Mais non il y a les moments pénibles et les minuscules haines du quotidien, du coup n&#8217;importe quel écart est permis, comme d&#8217;aller s&#8217;enivrer avec sa meilleure amie, qui elle aussi par hasard est sous le coup de liberté d&#8217;une minuscule haine envers son copain, et l&#224; , dans cet écart si mince de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Mais non il y a les moments pénibles et les minuscules haines du quotidien, du coup n&#8217;importe quel écart est permis, comme d&#8217;aller s&#8217;enivrer avec sa meilleure amie, qui elle aussi par hasard est sous le coup de liberté d&#8217;une minuscule haine envers son copain, et l&agrave; , dans cet écart si mince de la raison, tout est possible. Un mauvais film d&#8217;extase libertine sur lequel on crache si volontiers, &laquo;&nbsp;parce que moi n&#8217;est-ce pas je suis plus fort que l&#8217;infidélité&nbsp;&raquo;. J&#8217;ai compris dans un éclat d&#8217;œil avant de finir son verre qu&#8217;elle avait accepté cet écart si mince de la raison et qu&#8217;elle était prête tout comme moi &agrave;  laisser l&#8217;impossible fendre la réalité.<br />
&laquo;&nbsp;Tu penses &agrave;  quoi ?&nbsp;&raquo;, me nargua-t-elle.<br />
Je pensais &agrave;  Igor et aux glouglous sanguins de son cœur répandu sur les dalles de métal poli. Son sang rejoignait les ruisseaux entre les dalles. Il râlait parce qu&#8217;il n&#8217;était pas supposé m&#8217;offrir la vision de sa disparition. J&#8217;ai vécu son échec comme une libération impromptue. Avec l&#8217;océan derrière elle, Nour insista :<br />
&laquo;&nbsp;Dis-moi &agrave;  quoi tu penses…&nbsp;&raquo;<br />
Son copain n&#8217;aurait pas apprécié l&#8217;espièglerie de son regard, la coquinerie de sa main posée en travers de la table sur mon bras dans une feinte amitié, mais la raison était fendue et son copain nageait au milieu de l&#8217;Océan Atlantique pour chasser des crevettes d&#8217;eau douce.<br />
&laquo;&nbsp;A rien&nbsp;&raquo;, hypocritisai-je.<br />
Nous étions dans un petit bistrot de Finisterre non loin des vagues. Une musique meringuée dégoulinait des haut-parleurs accrochés aux poteaux de bambou, pour faire vacances. Sans doute avions-nous pris la voiture depuis Compostelle pour filer &agrave;  l&#8217;extrême occidentale de l&#8217;Europe, l&agrave;  où les premières vagues s&#8217;effondrent sur le vieux continent. Je ne me souvenais pas de ce voyage. Je me souvenais de ma mort sur le balcon de mon appartement, de mon combat dans une pièce blanche et circulaire surplombant Compostelle, de la béate lenteur d&#8217;Igor tentant de me transpercer, mais Nour, cette amante imaginaire de nuits passées en compagnie de putes de luxe, Nour l&#8217;amie &agrave;  l&#8217;entrejambe inatteignable avait complètement échappé &agrave;  mon attention. La douceur de sa peau était plus que je ne pouvais supporter. Un sabre m&#8217;aurait transpercé le cœur que dans ses bras je me serais senti réconforté. Cette analogie m&#8217;insupporta :<br />
&laquo;&nbsp;Peut-être que je suis mort et que je revis certains moments agréables de mon existence, comme c&#8217;est écrit dans les livres scientifiques.&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Dans ce cas tu revis ce que tu n&#8217;as jamais vécu, car nous ne sommes jamais allés ensemble &agrave;  Finisterre…&nbsp;&raquo;<br />
Non en effet elle avait raison. Lorsque j&#8217;ai gagné au Loto, Nour et moi avions voulu venir &agrave;  Finisterre ensemble pour parler d&#8217;avenir mais elle n&#8217;avait pas pu, &agrave;  cause de son copain qu&#8217;elle devait chercher &agrave;  l&#8217;aéroport.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/22/page-19.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 18</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/21/page-18.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/21/page-18.html#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 21 Jul 2005 15:09:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=461</guid>
		<description><![CDATA[Il a bondi sur moi le sabre en avant, je me suis écarté en arrière dans une posture &#224; la souplesse étonnante et la lame a sifflé sous mon menton. Je ne me connaissais pas de tels réflexes. La lame fendit l&#8217;air encore une fois &#224; une vitesse ahurissante mais j&#8217;ai esquivé de justesse d&#8217;un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il a bondi sur moi le sabre en avant, je me suis écarté en arrière dans une posture &agrave;  la souplesse étonnante et la lame a sifflé sous mon menton. Je ne me connaissais pas de tels réflexes. La lame fendit l&#8217;air encore une fois &agrave;  une vitesse ahurissante mais j&#8217;ai esquivé de justesse d&#8217;un bon en arrière. Je me suis senti vif, puissant, je contrôlais tous les muscles de mon corps d&#8217;un simple clin d&#8217;œil. A vrai dire, je me sentais enfin vivant. Il n&#8217;y avait que le sabre, les mouvements d&#8217;Igor, mes mouvements dans le silence blanc de la pièce, et la lame volant autour de moi sans réussir &agrave;  m&#8217;atteindre. J&#8217;aurais voulu rendre la pareille mais rien, pas un objet n&#8217;aurait pu me servir d&#8217;arme. En fait, j&#8217;étais l&agrave;  pour jouer la victime, on avait tué mon corps et l&agrave;  on cherchait &agrave;  se débarrasser du reste. Une certaine vision de l&#8217;enfer tel un combat immaculé infiniment rejoué. Mais j&#8217;ai décidé que non, qu&#8217;enfin je valais plus que la mesquine destinée me collant &agrave;  la peau.<br />
Lorsque Igor a tenté de me frapper une fois de plus, j&#8217;ai prévu son coup qui remontait comme pour m&#8217;éventrer de bas en haut, j&#8217;ai basculé une fois &agrave;  gauche puis &agrave;  droite et je me suis trouvé collé &agrave;  lui, mes mains bloquant son poignet. C&#8217;est qu&#8217;il transpirait le bougre sous sa soutane. Ce détail me réconforta. Il vivait donc bel et bien, ce corps au bout de cette lame. Sous la capuche, des yeux totalement pris au dépourvu.<br />
&laquo;&nbsp;Mais, comment est-ce possible ?&nbsp;&raquo;, bégaya-t-il.<br />
&laquo;&nbsp;Je ne sais pas, très cher, mais tu es d&#8217;une affreuse lenteur.&nbsp;&raquo;<br />
Il essaya de se dégager mais plutôt que de le laisser reprendre le bal je me retournai et le fis basculer sur moi en lui tordant le bras. Il était &agrave;  terre. Je tenais son épée. En définitive, si elle avait mon nom gravé dessus, c&#8217;est sans doute parce qu&#8217;elle m&#8217;appartenait. Igor ne se calma pas pour autant, d&#8217;un bond il fut debout et l&#8217;instant d&#8217;après fila droit sur moi. Trois mètres au plus nous séparaient, mais j&#8217;eus encore cette rassurante sensation de lenteur de mon protagoniste. Assez comique en réalité, ce type se déplaçant &agrave;  une vitesse clairement surhumaine mais en même temps pataugeant sur place. J&#8217;eus même le temps de me faire la réflexion qu&#8217;il me paraissait si lent parce que j&#8217;étais encore plus rapide. Il arriva sur moi &agrave;  point pour s&#8217;empaler sur le sabre dont le déplacement au bout de mon bras fut quasi instantané. Amusant. Un filet de sang sur les dalles de métal poli. Je venais de tuer un homme pour la première fois, juste après ma propre mort. Inquiétant. Igor chercha encore &agrave;  m&#8217;expliquer son désarroi mais au lieu de cela il ne réussit qu&#8217;&agrave;  s&#8217;effondrer.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/21/page-18.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 17</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/18/page-17.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/18/page-17.html#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 18 Jul 2005 05:55:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=460</guid>
		<description><![CDATA[De cette immaculée conception du lieu suintait maintenant le désir de se battre, de vaincre, d&#8217;être le meilleur. Je n&#8217;avais rien &#224; perdre : j&#8217;étais déj&#224; mort. Igor devrait-il me couper la tête ou me transpercer le cœur pour qu&#8217;une seconde mort me prenne ? J&#8217;étais invincible et Igor le savait. Igor, je le connaissais [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>De cette immaculée conception du lieu suintait maintenant le désir de se battre, de vaincre, d&#8217;être le meilleur. Je n&#8217;avais rien &agrave;  perdre : j&#8217;étais déj&agrave;  mort. Igor devrait-il me couper la tête ou me transpercer le cœur pour qu&#8217;une seconde mort me prenne ? J&#8217;étais invincible et Igor le savait.<br />
Igor, je le connaissais depuis tout petit, depuis qu&#8217;il avait décidé de devenir mon père spirituel. Jailli de nulle part peu après mon septième anniversaire, cet ado tortueux m&#8217;avait donné la main alors que mes parents s&#8217;entretuaient dans les papiers du divorce. Il m&#8217;avait donné l&#8217;envie d&#8217;être &agrave;  part. L&#8217;envie de briller sur les autres. Au-dedans, il m&#8217;a appris &agrave;  maîtriser le hasard des autres au détriment du mien. A comprendre leurs conflits et &agrave;  en tirer parti, &agrave;  entrevoir les desseins secrets de chaque destinée entassée sur l&#8217;inconscient, l&#8217;éducation et l&#8217;expérience. Education, inconscient, expérience, la somme nerveuse de chacun. Et oui le hasard je l&#8217;ai manipulé, jusqu&#8217;au jour où j&#8217;ai gagné &agrave;  la loterie. Millionnaire. Comme ça, d&#8217;un matin &agrave;  l&#8217;autre. La bonne blague du hasard des chiffres, hasard des chiffres que j&#8217;avais voulu. Dès lors, plus trace d&#8217;Igor qui allait sur ses trente ans. Il a disparu en me tendant une dernière fois la main au sommet de la Cathédrale de Compostelle harnachée d&#8217;échafaudages ambitieux, une nuit d&#8217;hiver. Il m&#8217;avait dit : tu as acquis l&#8217;irréalité, maintenant applique-toi &agrave;  reconstruire. Et sans comprendre j&#8217;avais ri haut et fort, et ensemble on a bien bu, au sommet de Compostelle. On riait même des étoiles, mais Igor lui seul connaissait leur sort.<br />
Il a levé son sabre dans ma direction et la lame a brillé comme un clin d&#8217;œil sur mon nom incrusté. J&#8217;ai décidé de ne rien rétorquer. Toute cette blancheur ne méritait pas tant de manières. J&#8217;eus l&#8217;éclair qu&#8217;elle méritait du sang. Parfois, le sang rassemble les forces, me disait Igor. Mais en face de moi, sa capuche rabattue comme dans un remake de Bergman, Igor ne voulait rien m&#8217;apprendre. Plutôt, m&#8217;effacer.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/18/page-17.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>[Remarques]</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/17/work-in-progress-ltre-virtuel-remarques.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/17/work-in-progress-ltre-virtuel-remarques.html#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 17 Jul 2005 20:19:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=459</guid>
		<description><![CDATA[[Remarques] Le processus narratif du chapitre 1 est trop axé sur la description de personnages auxquels il semble difficile de s&#8217;attacher. L&#8217;usage de l&#8217;imparfait rend la lecture fastidieuse et, même si certains personnages prennent corps, cette incarnation va contre la patience du lecteur parce qu&#8217;aucune action précise ne vient détourer les personnages, mis &#224; part [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>[Remarques]<br />
Le processus narratif du chapitre 1 est trop axé sur la description de personnages auxquels il semble difficile de s&#8217;attacher. L&#8217;usage de l&#8217;imparfait rend la lecture fastidieuse et, même si certains personnages prennent corps, cette incarnation va contre la patience du lecteur parce qu&#8217;aucune action précise ne vient détourer les personnages, mis &agrave;  part peut-être Igor dans sa cellule et le narrateur.<br />
Le but du premier chapitre était de déclarer la virtualité de l&#8217;être en faisant glisser la narration &agrave;  la première personne d&#8217;un narrateur &agrave;  l&#8217;autre, un peu &agrave;  la manière des romans &agrave;  tiroirs. Le narrateur raconte, puis ce n&#8217;est plus lui qui raconte mais Igor, puis Igor joue &agrave;  être Masha par tchat et le glissement se poursuit lorsqu&#8217;Igor devient Nour, et Nour &agrave;  son tour serait devenue  Barry, le logisticien jet-setique de l&#8217;humanitaire.<br />
Ceci déclare plusieurs niveaux de virtualité. L&#8217;homme devenant femme. La haine devenant amour. Le Je devenant un autre.<br />
Le but du premier chapitre était que ce glissement, trop procédurier en l&#8217;état, je le répète, par le manque d&#8217;action immédiate permettant au lecteur de s&#8217;identifier aux personnages, le but était que ce glissement d&#8217;un narrateur &agrave;  l&#8217;autre aboutisse finalement au narrateur initial. Le &laquo;&nbsp;Je&nbsp;&raquo; racontant son arrivée dans la cellule d&#8217;Igor et DEVENANT Igor dans une boucle infinie se racontant elle-même. Ainsi, un seul personnage se raconte &agrave;  lui-même au fil des êtres virtuels qu&#8217;il incarne.<br />
C&#8217;est la syntaxe utilisée dans le premier chapitre qui m&#8217;a fait réfléchir. Elle est trop passive. Pâle imitation, je dois bien l&#8217;avouer, d&#8217;une récente relecture de certaines nouvelles de Borges, où l&#8217;auteur trace les contours de vies entières &agrave;  l&#8217;imparfait.<br />
De plus, le projet m&#8217;a semblé trop ambitieux, dans le sens évidemment d&#8217;une ambition pas assez maîtrisée.<br />
Ainsi, Igor déclare d&#8217;emblée la virtualité de ses histoires, et non seulement celles de ses histoires, mais aussi la virtualité de son interlocuteur, le narrateur initial. Ce dernier se fond dans l&#8217;imaginaire d&#8217;Igor. Le lecteur est brutalement rabattu &agrave;  la réalité de la cellule et de la rencontre entre Igor et le narrateur. Le narrateur est capable de prendre sa place au moment où Igor se retire.<br />
Le chapitre 2 commence sur l&#8217;existence de ce narrateur, ce &laquo;&nbsp;Je&nbsp;&raquo; énigmatique. Ce Je qui, avant tout prolégomène, meurt ; car son histoire commence au moment de sa mort et de sa rencontre avec celui qu&#8217;il n&#8217;aura cesse de chercher, Igor.<br />
De façon plus prosaïque (mais pas forcément plus exacte), on pourrait considérer le premier chapitre comme une tentative d&#8217;approche du concept de virtualité dans le tissu narratif. Un peu comme de voir l&#8217;ensemble d&#8217;une peinture avant de se plonger dans le coup de pinceau. </p>
<p>Toute autre remarque bienvenue en bas de chaque page après avoir éventuellement cliqué sur la flèche ci-dessous.<br />
[/Remarques]</em></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/17/work-in-progress-ltre-virtuel-remarques.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>2</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 16</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/16/page-16.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/16/page-16.html#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 16 Jul 2005 20:55:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=458</guid>
		<description><![CDATA[Le lendemain, je me suis réveillé dans un palace. Bien qu&#8217;habitué aux lieux les plus luxueux de ce monde et en particulier de Compostelle, bien que rien ne m&#8217;étonnât plus en matière de raffineries ampoulées et de sophistications contemporaines, je ne me rappelle pas avoir contemplé de lieu semblable. Il n&#8217;y avait que deux couleurs, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le lendemain, je me suis réveillé dans un palace. Bien qu&#8217;habitué aux lieux les plus luxueux de ce monde et en particulier de Compostelle, bien que rien ne m&#8217;étonnât plus en matière de raffineries ampoulées et de sophistications contemporaines, je ne me rappelle pas avoir contemplé de lieu semblable. Il n&#8217;y avait que deux couleurs, du blanc et un gris métallisé patiné par l&#8217;âge. J&#8217;eus de la peine &agrave;  me situer par rapport &agrave;  la vue sur les toits de Compostelle. La pièce circulaire ponctuée de fenêtres d&#8217;une hauteur approximative de cinq mètres offrait une vue grandiose sur toute la ville, un panorama découpé par un architecte omnipotent afin de surplomber tous les lieux &agrave;  la fois. Mais un panorama impossible : un tel lieu n&#8217;existait pas &agrave;  Compostelle, &agrave;  moins peut-être de flotter au-dessus de la Cathédrale. Le centre de la pièce était marqué par un plateau métallique surgissant &agrave;  quelques centimètres au-dessus du sol et tournant lentement sur lui-même ; c&#8217;était l&#8217;unique mouvement perceptible.<br />
Le ciel au-dessus de Compostelle brillait d&#8217;un blanc lacté, mais sans éblouir, comme si toute cette blancheur était doublée d&#8217;une profondeur obscure et reposante. Les poignées de porte, les gonds, les fioritures tout en angles droits étaient moulés dans un métal brossé par le temps. Le sol était composé de dalles métalliques entre lesquelles le réseau quadrillé des joints, profonds de plusieurs dizaines de centimètres, laissait s&#8217;écouler de minces ruisseaux. L&#8217;eau y bruissait dans toutes les directions &agrave;  la fois. A part ce son discret, un silence velouté enrobait l&#8217;air, amortissait chacun de mes gestes. J&#8217;ai soulevé un couvert disposé sur un chariot &agrave;  côté du lit &agrave;  baldaquin d&#8217;où flottait une mousseline translucide, une simple fourchette et pourtant elle devait peser plus d&#8217;un kilo. Chaque objet était tellement présent qu&#8217;il me parût surprenant qu&#8217;aucun d&#8217;eux ne s&#8217;enfonçât &agrave;  travers le sol pour y laisser une empreinte semblable aux failles quadrillant les dalles en métal.<br />
Ma mémoire se comportait bizarrement. Je me rappelais de la veille – si ce mot avait encore un sens – et de mon anxiété sur le balcon, du sang sur le sol et de l&#8217;impossibilité de respirer, de ma chute &agrave;  côté d&#8217;Ella dans le lit, je me rappelais aussi d&#8217;une foule de détails de ma vie, mais c&#8217;était comme si ceux-ci s&#8217;étaient tous déroulés la veille, les uns après les autres dans une immédiateté intemporelle. Entre ces détails, il n&#8217;y avait rien, aucun brouhaha d&#8217;images et de souvenirs imperceptibles, le vide complet. Je ne pourrais le comparer qu&#8217;&agrave;  une vision en noir et blanc, doublée de cette identique sensation de passé révolu jaillissant de nulle part comme dans un film d&#8217;époque.<br />
Inexplicablement attiré, je me suis encore retourné vers le centre de la pièce et j&#8217;y ai vu cette fois Igor vêtu d&#8217;une soutane grise &agrave;  la capuche rabattue sur le visage. Il n&#8217;était pas content de me trouver ici, compris-je au sabre gravé de mon nom qu&#8217;il tenait dans une main.<br />
&laquo;&nbsp;Inqualifiable&nbsp;&raquo;, grommela-t-il.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/16/page-16.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 15</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/15/page-15.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/15/page-15.html#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 15 Jul 2005 19:47:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=456</guid>
		<description><![CDATA[Je suis mort un soir d&#8217;été, alors que mes enfants et ma femme dormaient. Tout le monde dormait. Il devait être autour des 3 heures du matin. Ville spectrale, rues muettes, moustiques grillés contre les lampadaires, immobilité sèche de l&#8217;air et j&#8217;essayais de distinguer le ciel derrière la vapeur estivale. Je ne pensais &#224; rien [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je suis mort un soir d&#8217;été, alors que mes enfants et ma femme dormaient. Tout le monde dormait. Il devait être autour des 3 heures du matin. Ville spectrale, rues muettes, moustiques grillés contre les lampadaires, immobilité sèche de l&#8217;air et j&#8217;essayais de distinguer le ciel derrière la vapeur estivale.<br />
Je ne pensais &agrave;  rien de particulier, vraiment. Un peu anxieux peut-être, &agrave;  cause d&#8217;une vie qui au milieu de la nuit sans sommeil et sans étoiles m&#8217;apparaissait sans queue ni tête. J&#8217;avais envie de rêver mais aucun rêve un petit peu agréable ne me venait &agrave;  l&#8217;esprit. Rien de spécial, vraiment. Sans doute que des centaines d&#8217;autres faisaient pareil dans l&#8217;intimité de cette nuit étouffante.<br />
J&#8217;ai commencé &agrave;  ressentir un poids sur la poitrine. D&#8217;abord, j&#8217;ai cru que c&#8217;était le manque d&#8217;air ou l&#8217;anxiété latente, ou les deux. Je me suis resservi un peu de tisane. Ensuite, j&#8217;ai transpiré de grosses gouttes de sueur poisseuse. Je sentais mauvais et mon cœur battait &agrave;  tout rompre, me rendis-je compte. La nuit était plate, sourde, inerte. J&#8217;ai reniflé ma tisane, sans vraiment savoir pourquoi. Cette soudaine oppression me parût tellement disproportionnée – je n&#8217;étais pas &agrave;  ma première insomnie tout de même – que je soupçonnai ma femme de chercher &agrave;  m&#8217;empoisonner.<br />
Ella aurait pu chercher &agrave;  m&#8217;empoisonner. Pour l&#8217;argent déj&agrave; , et ensuite parce que je n&#8217;apportais rien de fondamentalement indispensable dans sa vision de la vie de famille. Je tournoyais autour de ses concepts sur la vie, la famille, la société, le grand carrousel de sa vision du monde, satellite moucheron dont l&#8217;unique manne était financière. Un divorce aurait réglé l&#8217;affaire mais nous ne divorcions pas, sans raison, du moins sans raison qui me vint &agrave;  l&#8217;esprit en cette nuit finale.<br />
La nuit était décidemment trop vide et trop silencieuse pour justifier de mon état. J&#8217;ai essayé de ricaner mais je me suis mis &agrave;  tousser de plus en plus fort. Du sang. Du sang sur notre balcon, du sang l&agrave;  où ma fille jouait tous les matins d&#8217;été depuis la fin de l&#8217;école. Une camionnette passa dans la rue adjacente, pétaradant tel un gros rire. J&#8217;ai essayé d&#8217;aspirer un peu d&#8217;air. Qu&#8217;un gargouillis. Je me suis levé pour hurler. Qu&#8217;un râle. Je n&#8217;ai pas eu peur, mais je me sentais tellement impuissant, moqué par le silence moite. La douleur me vrillait la tête. J&#8217;ai vacillé vers la chambre &agrave;  coucher. Ella dormait. Pas de poison ni rien de la sorte, je mourais juste comme ça, sans raison, au milieu d&#8217;une nuit anodine. Je m&#8217;effondrai dans le lit, &agrave;  côté d&#8217;Ella, comme si je me couchais pour ne pas la déranger, au loin deux filles éclatèrent de rire, et l&agrave; , &agrave;  ce moment, je mourus.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/15/page-15.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 14</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/14/page-14.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/14/page-14.html#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 14 Jul 2005 09:17:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=438</guid>
		<description><![CDATA[. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Chapitre 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font color="#FFFFFF"><br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</font></p>
<h3><strong>Chapitre 2</strong></h3>
<p><font color="#FFFFFF"><br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
.<br />
</font></p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/14/page-14.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 13</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/13/page-13.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/13/page-13.html#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 13 Jul 2005 09:15:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=437</guid>
		<description><![CDATA[As-tu cru tout ce que je t&#8217;ai raconté jusqu&#8217;&#224; maintenant ? Non. Tu as juste effleuré des existences imparfaites &#224; plus d&#8217;un titre. Normal, elles n&#8217;existent pas, ces existences. Je les invente. J&#8217;ai besoin d&#8217;elles, parce qu&#8217;elles me donnent de la consistance. Masha, Nour, Barry, toi, vous n&#8217;êtes que des artifices pour tromper une forme [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>As-tu cru tout ce que je t&#8217;ai raconté jusqu&#8217;&agrave;  maintenant ? Non. Tu as juste effleuré des existences imparfaites &agrave;  plus d&#8217;un titre. Normal, elles n&#8217;existent pas, ces existences. Je les invente. J&#8217;ai besoin d&#8217;elles, parce qu&#8217;elles me donnent de la consistance. Masha, Nour, Barry, toi, vous n&#8217;êtes que des artifices pour tromper une forme de solitude fondamentale, une solitude sociale.<br />
Igor ramassa le briquet laissé près du chandelier pour rallumer une cigarette mourante. Dans la pénombre de notre geôle, ce maigre bruissement de gaz eut l&#8217;effet d&#8217;un explosif.<br />
Tu sens la respiration n&#8217;est-ce pas ? J&#8217;ai été tous ceux-l&agrave;  et beaucoup d&#8217;autres, mais &agrave;  tes yeux inexistants je ne suis rien de plus qu&#8217;une chair rougeoyante au bout d&#8217;une clope partant en fumée. A tes yeux je pars en fumée.<br />
Bien que des dizaines d&#8217;heures auraient du me préparer &agrave;  cette rencontre, je n&#8217;ai rien trouvé &agrave;  lui répondre. A bon escient, un moine a rouvert la porte.<br />
&laquo;&nbsp;A votre tour d&#8217;aller jouer, Igor&nbsp;&raquo;, dit-il.<br />
&laquo;&nbsp;Dites-moi très cher…&nbsp;&raquo; Le moine interrompit une expression inexistante sur son visage. &laquo;&nbsp;Y&#8217;a-t-il quelqu&#8217;un d&#8217;autre dans cette cellule en ma compagnie ?&nbsp;&raquo; Je ne saurais l&#8217;affirmer avec certitude tant il faisait sombre, mais je crois que le moine ébaucha un sourire.<br />
&laquo;&nbsp;Absolument pas, Monsieur.&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Bien.&nbsp;&raquo;<br />
Igor fixa son attention sur mon visage, mais ce fut comme s&#8217;il avait pu voir &agrave;  travers moi. Il se leva lentement tout en me regardant.<br />
&laquo;&nbsp;Bien. Allons imaginer des situations sanglantes pour tous ces joueurs insatiables.&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Oui Monsieur. Aujourd&#8217;hui, il y a exactement 2&#8217;539&#8217;411 joueurs connectés &agrave;  votre salle de jeu.&nbsp;&raquo;<br />
Igor sortit et dans l&#8217;obscurité, je disparus.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/13/page-13.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 12</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/12/page-12.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/12/page-12.html#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 12 Jul 2005 04:57:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=435</guid>
		<description><![CDATA[Le logisticien se devait de vivre comme une étoile, que dis-je, un soleil, que dis-je, une supernovae. Barry devait briller devant tout le monde, même les termites étaient forcées de reconnaître sa magnificence. Il aurait voulu être acteur, malheureusement : &#171;&#160;Sur scène, je brille trop.&#160;&#187; Il brillait trop et aucun théâtre n&#8217;avait voulu de ses [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le logisticien se devait de vivre comme une étoile, que dis-je, un soleil, que dis-je, une supernovae. Barry devait briller devant tout le monde, même les termites étaient forcées de reconnaître sa magnificence. Il aurait voulu être acteur, malheureusement :<br />
&laquo;&nbsp;Sur scène, je brille trop.&nbsp;&raquo;<br />
Il brillait trop et aucun théâtre n&#8217;avait voulu de ses prestations hallucinantes. Alors il s&#8217;était rabattu sur la logistique, un choix comme un autre :<br />
&laquo;&nbsp;Je voulais voyager, propager ma foi aussi.&nbsp;&raquo;<br />
Une foi vorace en l&#8217;Eglise de Scientologie l&#8217;illuminait littéralement au réveil, malgré la chaleur il bondissait hors du lit, malgré la puanteur des latrines accolées au dispensaire, il se préparait un café noir et épais en sifflotant, malgré les rictus tordus des fiévreux et les hurlements infinis d&#8217;une femme enceinte &agrave;  l&#8217;utérus envahi par un œdème gigantesque, il passait entre les lits et leur donnait &agrave;  tous son salut matinal, un petit sourire, un petit geste de complicité :<br />
&laquo;&nbsp;Un soutien anodin, mais indispensable, n&#8217;est-ce pas ?&nbsp;&raquo;<br />
Et puis il s&#8217;enfonçait dans ses listes, ses comptabilités et ses téléphones &agrave;  l&#8217;étranger &agrave;  des gens assis devant des bureaux propres sous une climatisation ronronnante, avec des porte-stylos dorés et des boutonnières estampées CK.<br />
Je le détestais.<br />
Il était beau pourtant, ça je dois bien l&#8217;admettre, un genre italien dragueur atténué par de grands yeux bleus dont il abusait, de longues mains et de jolies fesses bien dures, mais ces attributs virils ne rattrapaient pas la débile superficialité de son sourire. Son élocution claire et chantante, enfin j&#8217;avais l&#8217;impression qu&#8217;il était continuellement sur le point de passer en mode baryton, portait sa voix aussi loin que possible dans la jungle alentour, afin sans doute que d&#8217;improbables fauves se taisent au son de cette voix effrayante. Envoyé au milieu de nulle part par une administratrice frustrée mais intelligente, il se voyait néanmoins comme une sorte de Tarzan moderne, j&#8217;en suis certaine. Et le dispensaire était son terrain de jeu, et la brousse un défi bienvenu &agrave;  ses démonstrations de virilité. A sa brillance.<br />
J&#8217;avais le sexe et lui n&#8217;avait rien d&#8217;autre sous la main, du moins rien d&#8217;autre sans le sida.<br />
Le couple parfait, la blonde et le beau brun, la doctoresse et Tarzan (&agrave;  moins que je ne fusse la gorille Kala). Et les mourants, il les voyait comme de petits singes joueurs. Il tentait de les convertir en les persuadant de verser un petit montant &agrave;  l&#8217;Eglise de Scientologie :<br />
&laquo;&nbsp;…Qui vous sauvera de vos misères, croyez-moi, en vérité c&#8217;est le seul chemin vérit… able.&nbsp;&raquo;</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/12/page-12.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 11</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/11/page-11.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/11/page-11.html#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 11 Jul 2005 13:57:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=391</guid>
		<description><![CDATA[On m&#8217;avait repris l&#8217;espoir depuis que j&#8217;étais arrivée ici. Recoudre une plaie &#224; quinze points devant des gamins malingres sautillant de dégoût, alors que j&#8217;exhortais leurs parents apathiques &#224; les éloigner, donner naissance &#224; des enfants dont la mort était assurée faute de nutrition décente, lutter contre l&#8217;indifférence et l&#8217;ignorance d&#8217;un peuple abruti par des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On m&#8217;avait repris l&#8217;espoir depuis que j&#8217;étais arrivée ici.<br />
Recoudre une plaie &agrave;  quinze points devant des gamins malingres sautillant de dégoût, alors que j&#8217;exhortais leurs parents apathiques &agrave;   les éloigner, donner naissance &agrave;  des enfants dont la mort était assurée faute de nutrition décente, lutter contre l&#8217;indifférence et l&#8217;ignorance d&#8217;un peuple abruti par des années de désespoir, sous une chaleur réduisant l&#8217;été sicilien le plus torride &agrave;  une douce brise printanière, tout cela ne me préparait pas vraiment au cynisme glacial de mes interlocuteurs européens, le soir, quand je pouvais me connecter &agrave;  Internet grâce &agrave;  l&#8217;unique ordinateur du dispensaire, en guise de pause devant un ventilateur brassant les moustiques plus que l&#8217;air.<br />
Nour, nour, nour, mon propre prénom relevait du cauchemar, parce que trop souvent je me réveillais en sursaut au milieu de la nuit en entendant les mourants de la salle d&#8217;&agrave; -côté le murmurer vainement.<br />
Alors, quand je le voyais affiché sur mon écran par des mâles m&#8217;idolâtrant, je mouillais presque de contentement.<br />
Ce transfert du corps détruit, lacéré par les insectes, asséché par la poussière, calcifié par la vision rituelle de plaies purulentes, d&#8217;oedèmes boursouflés, d&#8217;hémorragies aussi sirupeuses que cette résine suintant d&#8217;arbres rabougris, et la brousse morte sous le ciel blanc de chaleur tel l&#8217;entrejambe d&#8217;une femme rachitique, ce transfert du corps détruit, défait, laissé pour mort sur le bas-côté du chemin de pierres, au corps sexué, jouissif, au corps du désir, de cette plénitude quasi laitière de la femme occidentale brillant au sommet de son magasine, venait de ma connexion &agrave;  Internet et de mes tchats avec ces hommes oisifs &agrave;  la recherche d&#8217;un ridicule &laquo;&nbsp;exotisme&nbsp;&raquo;. Je laissais mon corps épuisé s&#8217;échapper vers un corps éthéré mais pulpeux, juteux, le corps du désir des autres connectés. J&#8217;étais en colère et je voulais humilier leur non-existence indifférente, mais en même temps j&#8217;avais besoin d&#8217;eux pour supporter mes jours et mes nuits grâce &agrave;  leur désir. De nuit, être Nour, la Reine sauvage des Occidentaux, le sex-symbol des touristes du Net, et être une blouse grisâtre traînant entre les fièvres et les râles, de jour. Etre un rêve, un espoir même, pour ne pas mourir oubliée.</p>
<p>Une nuit pleine d&#8217;un désarroi charbonneux, le nouveau responsable de la logistique &#8211; quel mot pompeux pour tant de misères – m&#8217;avait aisément prise entre les bancs de classe de l&#8217;école plantée un peu par hasard &agrave;  côté du dispensaire. Il existe un certain nombre de manières d&#8217;échapper &agrave;  l&#8217;horreur, &agrave;  l&#8217;épuisement, &agrave;  l&#8217;absurdité d&#8217;une situation inhumaine, la mienne fut le sexe. Je ne dis pas &laquo;&nbsp;amour&nbsp;&raquo; de peur d&#8217;avoir l&#8217;air ridicule, pour moi l&#8217;amour tient du spirituel, mais l&agrave; -bas rien n&#8217;était spirituel, le mot lui-même aurait été grotesque, insultant, sorti d&#8217;une bibliothèque vaticane poussiéreuse, rien n&#8217;était spirituel, tout était vivant ou mort.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/11/page-11.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 10</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/10/page-10.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/10/page-10.html#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 10 Jul 2005 10:48:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=390</guid>
		<description><![CDATA[J&#8217;ai vécu des heures de drague flattant mon ego. Les stratagèmes laborieux dont abusaient les mâles roucoulant ressemblaient &#224; la mélopée d&#8217;un carrousel dont j&#8217;aurais été le centre. Le plus souvent, Nour était un jeune médecin travaillant sur une île lointaine pour une association humanitaire. La peau matte sous la blouse blanche excitait la verbeuse [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J&#8217;ai vécu des heures de drague flattant mon ego. Les stratagèmes laborieux dont abusaient les mâles roucoulant ressemblaient &agrave;  la mélopée d&#8217;un carrousel dont j&#8217;aurais été le centre.<br />
Le plus souvent, Nour était un jeune médecin travaillant sur une île lointaine pour une association humanitaire. La peau matte sous la blouse blanche excitait la verbeuse attention des hommes de façon quasi éjaculatoire. Il suffisait que je dise &laquo;&nbsp;je suis en sueur&nbsp;&raquo; pour que jaillissent une succession de râles tantôt cyniques, tantôt suggestifs. Je m&#8217;amusais bien. Car je ne cherchais pas les discussions abstraites, les abrégés philosophiques desquels mes attributs féminins n&#8217;auraient tiré aucun avantage. Si je le faisais, c&#8217;était uniquement dans un souci d&#8217;intégration presque condescendant, avant d&#8217;attaquer, au milieu d&#8217;une pause, d&#8217;un subtile &laquo;&nbsp;vous les hommes vous parlez trop… qu&#8217;avez-vous &agrave;  cacher ?&nbsp;&raquo; J&#8217;étais hybride, je connaissais les faiblesses de l&#8217;ego du mâle et avec le temps j&#8217;ai appris les avantages de la sensualité féminine. Fils d&#8217;Hermès et d&#8217;Aphrodite,  je me tenais entre les deux hémisphères et titillais leur hypophyse, ce gland au milieu du cerveau des hommes.<br />
Le choix d&#8217;être une doctoresse travaillant sur une île n&#8217;était pas anodin. Il me fallait absolument éviter la possibilité d&#8217;une rencontre qui aurait, comment dire, quelque peu déçu mon interlocuteur. De plus, malgré l&#8217;acuité de ses réflexions, malgré son métier et la constance avec laquelle elle apparaissait dans un salon de discussion durant quelques semaines, Nour était frivole. Nour ne s&#8217;installait que le temps d&#8217;allaiter un maximum de fantasmes, avant de disparaître. Parfois, elle était certes forcée de s&#8217;évaporer plus vite que prévu, lorsque par exemple un autre docteur ou une infirmière jalouse de sa notoriété se trouvaient dans l&#8217;assistance en lui demandant si elle ne rencontrait pas trop fréquemment des cas de méningites &agrave;  éosinophiles… Mais dans l&#8217;ensemble ce n&#8217;était pas pour revendiquer son métier de médecin aux antipodes qu&#8217;elle tchatait, elle venait sur Internet pour l&#8217;oublier. Vouloir oublier ce travail &agrave;  l&#8217;horreur quotidienne paraissait plus qu&#8217;humain : cela paraissait féminin. Avec une touche de modernité suffisante pour être totalement ravageuse chez ces internautes occidentaux engoncés dans leurs froides richesses de métal et de béton citadins.<br />
J&#8217;étais la femme palpitante, suante, et pourtant toujours drôle et virevoltante, &agrave;  l&#8217;autre bout du monde. La sainte, l&#8217;immaculée, et la sauvage, l&#8217;indomptable amazone tout &agrave;  la fois. L&#8217;imagination débordante des hommes, geignant de ne voir que mes mots fuselés, n&#8217;avait plus qu&#8217;&agrave;  me déposer tendrement sur une plage azurée pour fondre comme un escargot dans un jus de citron.<br />
Dans l&#8217;univers imaginaire du tchateur, je les tuais tous en disparaissant d&#8217;un jour &agrave;  l&#8217;autre, c&#8217;était ma vengeance : je donnais de l&#8217;espoir et le reprenais, comme on me l&#8217;avait repris. Ecran noir.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/10/page-10.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 9</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/09/page-9.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/09/page-9.html#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 09 Jul 2005 09:03:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=389</guid>
		<description><![CDATA[Je m&#8217;appelais Nour. J&#8217;avais longtemps hésité entre Nour et Noura, mais l&#8217;androgynie du premier servait mieux mes desseins, aussi absconses que ceux-ci me parussent de prime abord. Rentrer dans un salon de discussion avec un surnom tel que Nour me donnait l&#8217;avantage d&#8217;une ambiguïté immédiate dont je me délectais le temps de devenir une femme [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je m&#8217;appelais Nour. J&#8217;avais longtemps hésité entre Nour et Noura, mais l&#8217;androgynie du premier servait mieux mes desseins, aussi absconses que ceux-ci me parussent de prime abord. Rentrer dans un salon de discussion avec un surnom tel que Nour me donnait l&#8217;avantage d&#8217;une ambiguïté immédiate dont je me délectais le temps de devenir une femme plus complète. Cela adoucissait cette étrange mutation qui consistait &agrave;  écrire et réagir &laquo;&nbsp;comme une femme&nbsp;&raquo;, avec mes gros doigts boudinés d&#8217;homme vengeur. J&#8217;étais malheureux de ne pas exister, sexuellement parlant, cependant il était amusant de remarquer que cette attitude de victime seyait &agrave;  mon travestissement. Je ne m&#8217;étais pas vraiment posé la question de l&#8217;écriture féminine ni de l&#8217;attitude féminine &agrave;  adopter afin d&#8217;être plausible en tant que femme dans un salon de discussion. En définitive on ne voyait de moi qu&#8217;un surnom, et comment faire que ce surnom fût naturellement senti par les autres comme étant celui d&#8217;une femme ? Quel subtil alignement de mots faisait que soudain on était une ado timide marseillaise ou une riche retraitée haïtienne ou une allumeuse au chômage ou une marocaine féministe ou une linguiste exilée &agrave;  Los Angeles ? Je me réfugiais derrière une neutralité quasi journalistique du langage et des phrases courtes nourrissant, du moins le croyais-je, cette aura de mystère dont je souhaitais envelopper mon caractère féminin. Et puis l&#8217;image de Masha était omniprésente, je projetais son visage, ses mains, son sourire, ses yeux plissés, toutes les courbes jamais respirées de son corps, dans chacun de mes mots. Ainsi, Nour est née de la frustration, de la vengeance, mais aussi d&#8217;une admiration éperdue que j&#8217;étais peut-être seul &agrave;  considérer comme de l&#8217;amour. Grâce &agrave;  ma fascination pour les femmes, je réussis &agrave;  incarner Nour, mais je ne saurais expliquer autrement, techniquement, pourquoi mes mots étaient tout de suite assimilés &agrave;  ceux d&#8217;une femme. Je ne crois pas &agrave;  vrai dire qu&#8217;il y ait d&#8217;explication : bien que les hommes fussent en général plus bavards, le tchat restait un bel exemple appliqué de l&#8217;égalité des sexes.<br />
Bien sûr, la question se posait toujours &agrave;  un moment ou un autre de la discussion, &laquo;&nbsp;au fait Nour, t&#8217;es bien une femme ?&nbsp;&raquo;, ou des variantes plus ou moins polies ou vulgaires ; l&#8217;ambivalence de mon surnom était une forme d&#8217;honnêteté qui m&#8217;aurait permis de m&#8217;avouer homme au dernier moment. Mais je m&#8217;avouais toujours femme, d&#8217;ailleurs cette question allait toujours dans ce sens, dans le sens d&#8217;une féminité présumée. Une invitation &agrave;  être Nour, femme mystérieuse, coquine, intelligente, une Masha dont je pétrissais le corps en pianotant sur mon clavier.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/09/page-9.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 8</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/08/page-8.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/08/page-8.html#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 08 Jul 2005 16:18:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=388</guid>
		<description><![CDATA[Elle fondait sous la langue comme un dessert velouté et moi je pensais qu&#8217;elle m&#8217;était acquise, que nous nous lancerions ensemble dans d&#8217;intrépides voyages, nous parcourrions le monde &#224; la recherche du plus exotique des bonheurs ; j&#8217;avais 22 ans et je rêvais comme une gamine de 15 ans. C&#8217;est normal, jamais aucune femme n&#8217;avait [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Elle fondait sous la langue comme un dessert velouté et moi je pensais qu&#8217;elle m&#8217;était acquise, que nous nous lancerions ensemble dans d&#8217;intrépides voyages, nous parcourrions le monde &agrave;  la recherche du plus exotique des bonheurs ; j&#8217;avais 22 ans et je rêvais comme une gamine de 15 ans. C&#8217;est normal, jamais aucune femme n&#8217;avait daigné m&#8217;offrir ne serait-ce qu&#8217;un sourire, sauf peut-être ma mère dans un moment de relâchement entre deux mecs. Mais j&#8217;occultais un petit problème : notre relation existait presque seulement par le tchat. Quand on se voyait au boulot, on ne se disait plus grand-chose, parce que tout avait déj&agrave;  été dit la veille par le Web. Tout et même trop. Nous étions complices et en même temps nous travaillions ensemble, c&#8217;était gênant. On se connaissait totalement et en même temps, on s&#8217;effleurait &agrave;  peine du regard. Mes bourrelets de graisse pesaient lourds dans cette balance quotidienne, comme par miracle ils disparaissaient le soir venu quand je la voyais arriver dans ma fenêtre de tchat. J&#8217;étais un autre homme, sans plus d&#8217;existence physique, il n&#8217;y avait que mes mots et je me berçais dans l&#8217;illusion qu&#8217;ils résumaient la quintessence de mon être, que Masha voyait en eux qui j&#8217;étais vraiment et non l&#8217;hippopotame bourru de ses journées de travail. Mais je me trompais. J&#8217;étais aussi le lourdingue technomaniaque nourri aux pizzas et respirant non-stop un air parfaitement artificiel. Je maintenais une illusion d&#8217;amour tout aussi artificielle ; techno-romantique post-révolution informatique, ça ne m&#8217;a jamais fait rire.<br />
Je peux dire pourtant que Masha a essayé d&#8217;être aussi douce et aussi neutre que possible pour me le faire comprendre. Elle avait même essayé de m&#8217;introduire dans sa nouvelle relation en l&#8217;invitant dans notre tchat room privée. Un soir, j&#8217;ai vu ce surnom bizarre débarquer au milieu d&#8217;une discussion un peu nerveuse : phoenix. Elle avait finalement trouvé son phoenix. Quand je l&#8217;ai vu engager la discussion avec moi, assez jovial je dois avouer, j&#8217;ai immédiatement déconnecté. Quelques jours plus tard, je l&#8217;ai même vu s&#8217;incarner sous la forme d&#8217;un costard cravate &agrave;  côté d&#8217;une Mini design stationnée &agrave;  l&#8217;entrée, de l&#8217;autre côté de la rue. Ce geste qu&#8217;elle fit en passant le bras autour de son cou et pliant légèrement la jambe, ce maudit geste me vit vaciller entre les serveurs. On ne se débarrasse pas si aisément du poids du corps. Ce soir-l&agrave; , j&#8217;ai vraiment bien mangé et le lendemain la femme de ménage a du essuyer pas mal de dégueulis en me vouant aux enfers.<br />
Je ne suis plus retourné dans notre salon de discussion privé, mais je l&#8217;ai laissée entrer et m&#8217;amener encore son croissant du matin. Les rares fois où je croisais son regard plissé et son sourire en coin j&#8217;avais l&#8217;impression que tout ce qu&#8217;elle cherchait &agrave;  faire était m&#8217;engraisser. Après un temps, je ne l&#8217;ai plus laissée entrer, je faisais un vague signe de la main disant que j&#8217;étais trop occupé. Masha a bien compris, avec les semaines elle tapotait toujours sur la vitre blindée en passant, sa manière &agrave;  elle de me lancer une petite pensée distraite, et en face des clients elle restait toujours aussi professionnelle et polie, me permettant de vaquer &agrave;  mes rêveries. Et c&#8217;est vrai qu&#8217;&agrave;  cette époque je rêvassais beaucoup, je devenais très occupé. J&#8217;étais occupé &agrave;  la réinventer.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/08/page-8.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 7</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/07/page-7.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/07/page-7.html#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 07 Jul 2005 14:01:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=387</guid>
		<description><![CDATA[Elle avait peu de prétendants, une vie sociale peu active. Régulièrement le soir quand elle rentrait, elle se connectait et on parlait durant des heures. En fait on parlait beaucoup plus durant nos tchats que dans la réalité. Nous étions timides et le Web, c&#8217;était le paradis des timides. Dans la réalité, nous faisions peur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Elle avait peu de prétendants, une vie sociale peu active. Régulièrement le soir quand elle rentrait, elle se connectait et on parlait durant des heures. En fait on parlait beaucoup plus durant nos tchats que dans la réalité. Nous étions timides et le Web, c&#8217;était le paradis des timides. Dans la réalité, nous faisions peur aux autres, parce que nous avions peur des autres. Professionnellement, Masha était toujours très &agrave;  l&#8217;aise : la relation était claire, établie d&#8217;avance, les objectifs fixés, si un client s&#8217;avisait de faire un faux pas dans sa vie privée, elle devenait transparente, s&#8217;évaporait dans son soleil d&#8217;Afrique. Le Web nous permettait d&#8217;exister tout en étant absents.<br />
C&#8217;était quoi le Web au fait ? Rien. Tout. Comme avec la technologie nucléaire ou les micro-ondes, ça dépendait de ce qu&#8217;on en faisait. Certains tuaient grâce au Web. Je me rappelle du premier tueur en série, Gigololo, c&#8217;était son surnom. Le webkiller, les médias avaient trouvé un nom qu&#8217;ils n&#8217;ont plus lâché. Encore un autre profil psychologique de grand malade &agrave;  mettre sur le compte de la société de consommation multimédiatique. Son repère, c&#8217;était meetic. Profil séduisant, tchat agréable et facile, formation universitaire mais tendances artistiques, voyageur et père divorcé, bref le gars que toute femme sensée – et elles le sont toutes – avait envie de rencontrer. Il chassait toujours dans sa zone de voyage d&#8217;affaires et les rencontrait toutes dans les mêmes bars branchés. Mutilées, égorgées, violées. Tout ça &agrave;  cause de la délirante propension des cybercafés &agrave;  ne pas demander des pièces d&#8217;identité aux internautes utilisant leurs services. Sans parler du sans-fil, encore un autre grand délire technologique &agrave;  la gloire de l&#8217;anonymat du tueur potentiel. Gigololo s&#8217;est bien marré. Moi aussi, parce que j&#8217;ai été un des seuls &agrave;  pouvoir le suivre &agrave;  la trace avant de le dénoncer, tout aussi subtilement que lui tuait.</p>
<p>Masha sentait que je n&#8217;étais pas comme les autres. Attention, je ne dis pas que j&#8217;étais un gars surdoué ou illuminé ou taré ou quoi que ce soit de la sorte, non elle sentait que j&#8217;étais un type normal, un peu renfermé, un peu timide, qui avait choisi d&#8217;utiliser la technique pour vivre différemment. Qui avait choisi d&#8217;utiliser la technique pour survivre. Je n&#8217;étais pas le seul dans cette situation. Des millions de personnes branchées au Web ne savaient plus quelle aurait été leur existence sans le Web. Le Web existait, elles existaient. C&#8217;était aussi naturel que d&#8217;avoir une souris sous la main et un clavier entre les doigts, ça faisait partie du minimum vital comme le téléphone portable. Même les détracteurs de cette néo-technophilie utilisaient cette même technique pour la critiquer, c&#8217;est dire que tout y passait et que pour vraiment honnir ce nouvel aspect de l&#8217;existence il fallait soit être complètement aveugle, soit l&#8217;ignorer et rester rongé par le doute et l&#8217;insatisfaction. Déj&agrave;  &agrave;  ce moment de l&#8217;histoire du Web je peux dire que la relation entre Masha et moi n&#8217;existait que grâce au Web.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/07/page-7.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 6</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/06/page-6.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/06/page-6.html#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 06 Jul 2005 09:00:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=386</guid>
		<description><![CDATA[Une autre fuite était possible… Car il faut voir la vérité en face, ma vie de reclus dans l&#8217;informatique n&#8217;était pas autre chose qu&#8217;une fuite devant la réalité. Mais une autre fuite était possible. Masha me le montrait dans ses yeux de sable blanc lavé par l&#8217;océan, son sourire qui se faisait tout seul sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Une autre fuite était possible… Car il faut voir la vérité en face, ma vie de reclus dans l&#8217;informatique n&#8217;était pas autre chose qu&#8217;une fuite devant la réalité. Mais une autre fuite était possible. Masha me le montrait dans ses yeux de sable blanc lavé par l&#8217;océan, son sourire qui se faisait tout seul sur son visage, comme si j&#8217;avais été la plus belle chose qui lui eut été donné de voir depuis sa naissance sous un ciel divaguant d&#8217;infinité au milieu des déserts de Tagan. Moi l&#8217;hippopotame plongé dans une boue de câbles RJ-45, &agrave;  la cornée rougie par les heures et les nuits passées devant quatre écrans LCD inextinguibles et mes restes de pizza collés &agrave;  un hamburger séché.<br />
Le boss l&#8217;avait engagée pour faire les relations humaines &agrave;  sa place, encore un truc dont il voulait se défaire. Mais il avait eu raison : elle le faisait certainement mieux que lui. Quand au milieu des chiffres et des arguments vous arrivez &agrave;  divertir les clients par la vision de longues jambes gracieusement croisées, le contrat est &agrave;  moitié signé. Masha n&#8217;en ratait pas un et moi &agrave;  l&#8217;autre bout de la chaîne de production, ça me faisait beaucoup de travail en plus. Remarque, je n&#8217;étais plus &agrave;  quelques heures près.<br />
Les mots étaient tout ce &agrave;  quoi tenaient les relations tissées sur le Web. On a beau dire, même &agrave;  cette époque d&#8217;explosion du &laquo;&nbsp;multimédia&nbsp;&raquo; comme ils disaient, ce joli fourre-tout pour technophile endimanché, cette expression branchée aux contours aussi flous qu&#8217;un océan d&#8217;inepties, les mots restaient toujours l&#8217;essence de toute rencontre via le Web. Hé quoi, on avait les caméras, la voix, une multitude de programmes gadgets vous annonçant laquelle de vos connaissances est en ligne comme vous, mais dans le fond lorsqu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;échanger, de rencontrer, de découvrir, il n y&#8217; avait pas autre chose que le texte agrémenté de quelques photos. L&#8217;emphase faite &agrave;  la technique se résumait derrière tout ça &agrave;  son aspect le plus élémentaire : des mots. Mais ce qu&#8217;une rencontre résume en un regard, les mots mettent l&#8217;éternité &agrave;  le contourner.<br />
En voyant Masha chaque matin, quand elle tapotait sur la vitre blindée pour que je la laisse entrer avec nos cafés et deux croissants, j&#8217;avais vraiment envie de tout éteindre. Ça paraît incroyable n&#8217;est-ce pas, tout éteindre. Tu te rends compte ? Off sur chacune des bécanes, les écrans, noirs, les connexions, coupées, les tours, muettes. Unplug, qu&#8217;ils disaient. Evidemment, je ne suis jamais passé &agrave;  l&#8217;acte, mais c&#8217;est juste pour prendre la mesure de cette autre échappatoire qu&#8217;elle m&#8217;offrait par sa seule présence.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/06/page-6.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 5</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/05/page-5.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/05/page-5.html#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 05 Jul 2005 15:22:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=385</guid>
		<description><![CDATA[Il n&#8217;a pas réussi &#224; se déplacer pour saisir son briquet, alors que la nuit tombait. Son apparence de squelette détonnait avec les rares photos de lui que j&#8217;avais dénichées sur Internet. Pour la première fois depuis quelques jours, il me vint &#224; l&#8217;esprit qu&#8217;Igor était en train de mourir. L&#224; , dans ce monastère [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il n&#8217;a pas réussi &agrave;  se déplacer pour saisir son briquet, alors que la nuit tombait. Son apparence de squelette détonnait avec les rares photos de lui que j&#8217;avais dénichées sur Internet. Pour la première fois depuis quelques jours, il me vint &agrave;  l&#8217;esprit qu&#8217;Igor était en train de mourir. L&agrave; , dans ce monastère improvisé, au-dessus des nuages, en dehors de tout. Parfois les détours de l&#8217;existence ressemblent &agrave;  des virages en U pris &agrave;  trop grande vitesse. Lui avait taillé tout droit, sans se soucier des virages.<br />
&laquo;&nbsp;Quand avez-vous décidé que le meilleur moyen de survivre était de ne définitivement plus sortir ?&nbsp;&raquo;<br />
Je lui ai tendu son briquet et péniblement il a allumé une &agrave;  une les bougies du chandelier disposé sur la table de nuit. Il n&#8217;avait pas touché &agrave;  son porridge.<br />
&laquo;&nbsp;Ça n&#8217;est pas venu comme ça, d&#8217;un jour &agrave;  l&#8217;autre. Pas d&#8217;illumination, pas de révélation. Non, je m&#8217;enfonçais plutôt dans un certain système, un système détaché des contraintes de l&#8217;espace et donc, un peu plus tard, des contraintes de temps. Je ne veux pas dire que je n&#8217;ai pas vécu de transformation. J&#8217;allais vers quelque chose d&#8217;inédit, de nouveau, une façon de vivre différente, et ça je m&#8217;en rendais bien compte. C&#8217;est donc venu &agrave;  la longue, avec l&#8217;habitude. L&#8217;habitude, exactement, c&#8217;est l&#8217;habitude qui a tout fait.&nbsp;&raquo;<br />
Il s&#8217;est tu, longtemps, trop longtemps. Ne le distinguant plus sur son lit avalé par l&#8217;obscurité, j&#8217;ai cru qu&#8217;il s&#8217;était assoupi. Ou éteint… Mais il méditait :<br />
&laquo;&nbsp;Un peu comme lorsqu&#8217;on tombe amoureux…&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Tomber amoureux… par habitude ?&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;L&#8217;expression donne une fausse image. Car il s&#8217;agit d&#8217;une longue chute. Et c&#8217;est lorsque le vent siffle aux oreilles que l&#8217;amour se fait sentir, sinon on pourrait presque l&#8217;oublier.&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Je n&#8217;ai personnellement…&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Elle avait été engagée par le boss &agrave;  la fin de l&#8217;automne, en novembre 2005 je crois. Je venais tout juste de commencer mon blog sur les solutions de l&#8217;immobilité. Elle portait une jupe noire qui lui arrivait &agrave;  mi-mollets, des bottines et des bas noirs. Une chemisette serrée &agrave;  la taille, beige avec des incrustations de brillants. Elle me sembla vulgaire et déplacée dans cet univers de métal poli, de béton et de lino gris. Et pourtant… pourtant elle était l&agrave; , derrière la vitre blindée. Pour accéder &agrave;  ma salle de travail il fallait un code que j&#8217;étais seul &agrave;  détenir. En moins d&#8217;une semaine elle avait réussi &agrave;  rentrer, &agrave;  force de grimaces un peu débiles et de sourires mignons derrière la vitre. Je me souviens de son sourire si blanc sur son visage si noir. Elle venait du Sénégal je crois. Oui c&#8217;est bien ça, sa famille était repartie l&agrave; -bas récemment et elle se retrouvait seule en Suisse. Lausanne l&#8217;ennuyait. Toute la Suisse l&#8217;ennuyait. Mais dans ce sourire si blanc il y avait bien l&#8217;éclat d&#8217;un autre monde, d&#8217;un ailleurs inimaginable, d&#8217;un vaste éclat de joie autour de la planète. Des déserts, des plaines brunies par un soleil gros comme le ciel, de fleuves immenses aux noms exotiques. Elle me fit entrevoir la possibilité du mouvement, bien qu&#8217;&agrave;  cette époque j&#8217;avais déj&agrave;  presque oublié que la Terre put être autre chose qu&#8217;un réseau de connexions &agrave;  haut débit ; elle a réussi cet exploit. L&#8217;idée du mouvement. Avec quelques sourires. En moins d&#8217;une semaine.&nbsp;&raquo;</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/05/page-5.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 4</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/04/page-4.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/04/page-4.html#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 04 Jul 2005 05:14:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=384</guid>
		<description><![CDATA[Igor n&#8217;aurait pas pu faire de mal &#224; une mouche. Tout son potentiel de violence était aspiré par les jeux d&#8217;actions, les rafales de laser et autres découpages de monstres sanguinolents. Sa préférence pour les films fantastiques l&#8217;aidait encore &#224; calmer les résidus de pulsion qu&#8217;il aurait pu entretenir. Même s&#8217;il ne percevait pas son [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Igor n&#8217;aurait pas pu faire de mal &agrave;  une mouche. Tout son potentiel de violence était aspiré par les jeux d&#8217;actions, les rafales de laser et autres découpages de monstres sanguinolents. Sa préférence pour les films fantastiques l&#8217;aidait encore &agrave;  calmer les résidus de pulsion qu&#8217;il aurait pu entretenir. Même s&#8217;il ne percevait pas son enfermement comme une condamnation ou une frustration issue d&#8217;un quelconque complexe ou de sa timidité, il avait eu une génitrice comme il disait, il était donc malgré lui encore attaché &agrave;  l&#8217;espèce humaine par ce frêle cordon : il tremblotait parfois, devant la vidéo multimédia d&#8217;une famille en vacances par exemple, il tressaillait devant une file de porcs destinés &agrave;  l&#8217;abattoir, il pleurnichait discrètement, gros soupirs de baleine assez vite tus dans un jeu violent ou dans un sundae chocolat. Mais il avait des émotions. Ses problèmes de digestion et ses pets aux effluves affolantes en étaient peut-être les seuls témoins, &agrave;  leur tour sucés par la puissante et silencieuse climatisation.</p>
<p>&laquo;&nbsp;Je n&#8217;ai pas eu d&#8217;enfance, je crois, comme tant d&#8217;autre élevés par une mère célibataire débordée et par les mails annuels d&#8217;un père désoeuvré parcourant le monde &agrave;  la recherche d&#8217;une identité autre que celle de mâle déchu, détrôné par une femme plus ambitieuse que lui. Je n&#8217;ai jamais compris exactement quel avait été son travail avant de partir. Je crois qu&#8217;il était responsable de l&#8217;acquisition de nouveau matériel informatique pour une grosse banque de la région lausannoise. Il bossait dans un bureau, comme on dit. Après son licenciement, il s&#8217;est enfui pour ne plus jamais revenir. J&#8217;avais quatre ans.<br />
Ma mère n&#8217;était pas du genre &agrave;  se laisser aller dans le malheur, elle nous a ramené plusieurs types &agrave;  la maison, des beaux mecs sexuellement actifs, flattés par son poste de directrice des ressources humaines. Ils faisaient beaucoup de bruit dans la chambre &agrave;  coucher, ça je m&#8217;en rappelle bien. Sinon, ils disparaissaient assez vite. Le record de longévité ne dépasse pas un an, je crois. A l&#8217;adolescence, j&#8217;ai appelé mes pères &laquo;&nbsp;les godes de maman&nbsp;&raquo;, puis plus tard, lorsque j&#8217;ai cru que je serai poète, &laquo;&nbsp;les trémolos de la chambre d&#8217;&agrave; -côté&nbsp;&raquo;. Bon, je lui dois quand même un ego débordant, &agrave;  mon père.<br />
Je disais que je n&#8217;ai pas eu d&#8217;enfance parce que dans ce genre de situation il faut apprendre très vite &agrave;  vivre avec toutes sortes de visages différents, inconnus. La jeune fille au pair boutonneuse, la maman de jour flasque, la baby-sitter baby-sittant la play-station ou encore la multitude confuse de maîtresses stressées au jardin d&#8217;enfant. Un univers clos de femmes en délire qui m&#8217;a assez vite donné le goût de l&#8217;indépendance et la méfiance d&#8217;autrui. Enfin, surtout la méfiance envers les femmes.&nbsp;&raquo;</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/04/page-4.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 3</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/03/page-3.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/03/page-3.html#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 03 Jul 2005 10:42:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=383</guid>
		<description><![CDATA[Il ne faisait pas que dormir, sur son canapé. Il y mangeait et régulièrement y accueillait une ou deux prostituées. Mais il ne les touchait pas, il les filmait et plus tard se donnait du plaisir seul devant ses vidéos amateurs. J&#8217;en ai aussi trouvé quelques unes sur Internet : Igor les distribuait de bon [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il ne faisait pas que dormir, sur son canapé. Il y mangeait et régulièrement y accueillait une ou deux prostituées. Mais il ne les touchait pas, il les filmait et plus tard se donnait du plaisir seul devant ses vidéos amateurs. J&#8217;en ai aussi trouvé quelques unes sur Internet : Igor les distribuait de bon cœur, ses petites putes maladroitement filmées. Tout comme ses rares sorties au cinéma qui aboutissaient souvent &agrave;  la mise en ligne de vidéos tournées en cachette dans les salles obscures. Igor tirait une certaine satisfaction de cette gloire discrète et anonyme via le web, lorsque par hasard il tombait sur un réseau d&#8217;échanges peer-to-peer diffusant ses vidéos. Souvent aussi, il tapait son surnom sur Google, et souriait malicieusement devant la liste des sites référençant ses interventions, que ce fut ses résultats mirobolants &agrave;  certains jeux, ses réponses &agrave;  des informaticiens sur des forums de discussion ou l&#8217;empreinte digitale de sa présence dans les titres de certaines vidéos.<br />
Igor buvait du Coca et mangeait uniquement des fast-foods livrés au bureau. Sa silhouette grasse, les couches rebondies de son ventre sous l&#8217;éternel T-shirt gris et trop large, ne se remarquaient pas les rares fois où il daignait allumer sa caméra en ligne. Au contraire, on n&#8217;apercevait que son visage étonnamment mince, fluet pourrais-je dire, et ses yeux bleus presque transparents, une bouche fine aux commissures graves, un nez droit, et cette absence d&#8217;expression si intimidante, accentuée par la pâleur bleutée de son visage immobile devant les écrans. Il portait une coupe de cheveux en brushing, légèrement hirsute, comme entretenue par un hippie reconverti &agrave;  l&#8217;importation de cocaïne.<br />
&laquo;&nbsp;Je n&#8217;aimais pas spécialement me savoir gros, faut pas se leurrer. De quelque façon que ce soit, je ne supportais pas d&#8217;entretenir les statistiques. J&#8217;aurais souhaité être totalement invisible et inclassable. Un point d&#8217;interrogation, une absence sociale. Faire partie de la moyenne &agrave;  tous les tests. A chaque fois que je tombais sur des chiffres montrant la part grandissante de la population souffrant d&#8217;un problème de surpoids, je montais sur le vélo d&#8217;appartement que je m&#8217;étais fait livré par le boss et je pédalais durant une heure. Ça puait les frites et la pizza. Mais le système de climatisation et les baies de serveurs et de routeurs me rassuraient : ces choses-l&agrave;  ne se souciaient ni de mon odeur ni de mon poids. Je me douchais en utilisant le grand lavabo. A cause de l&#8217;inévitable flaque inondant les toilettes, la femme de ménage chaque semaine lorgnait sur moi méchamment, &agrave;  travers la vitre blindée. J&#8217;aurais bien aimé la noyer dans une poubelle remplie de restes de fast-food, mais elle était l&#8217;autre être indispensable au boss, polissant son bureau aussi aseptisé après qu&#8217;avant, puisqu&#8217;il n&#8217;y était pratiquement jamais.&nbsp;&raquo;</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/03/page-3.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 2</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/02/page-2.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/02/page-2.html#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 02 Jul 2005 08:20:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=382</guid>
		<description><![CDATA[On nous apporta une sorte de porridge. Malgré l’odeur infecte de carton mouillé, nos estomacs gargouillèrent. Le moine referma la porte derrière lui, il tira le verrou, car la nuit tombait. &#171;&#160;Je sais. Mais cette adolescence est révolue. On est entré dans l&#8217;ère de la sagesse de l&#8217;Homme.&#160;&#187; &#171;&#160;Oui. Il n&#8217;y a qu&#8217;&#224; les entendre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>On nous apporta une sorte de porridge. Malgré l’odeur infecte de carton mouillé, nos estomacs gargouillèrent. Le moine referma la porte derrière lui, il tira le verrou, car la nuit tombait.<br />
&laquo;&nbsp;Je sais. Mais cette adolescence est révolue. On est entré dans l&#8217;ère de la sagesse de l&#8217;Homme.&nbsp;&raquo;<br />
&laquo;&nbsp;Oui. Il n&#8217;y a qu&#8217;&agrave;  les entendre hurler chaque nuit, tes sages.&nbsp;&raquo;<br />
Cette lueur de sarcasme dans les yeux d&#8217;Igor était ce que j&#8217;avais rencontré de plus humain depuis des mois. Que ma quête se termina en Suisse, en aval d&#8217;une ville somme toute peu significative, Lausanne, alors que j&#8217;étais parti de Compostelle et que mon voyage m&#8217;avait vu traverser les métropoles les plus démesurées de ce monde, voil&agrave;  une ironie écrasante, &agrave;  laquelle je ne m&#8217;attendais pas. Quelque part dans le dédale des corridors,  résonna le couinement affreux d&#8217;un homme dans sa cellule.<br />
Sa vie d&#8217;enfermé de l&#8217;avant-garde, Igor la devait plus &agrave;  l&#8217;obligation de travailler qu&#8217;&agrave;  un choix éthique. Je suppose que cette isolation naquit d&#8217;un caractère solitaire doublé d&#8217;un métier dépourvu de contact humain. Il n&#8217;aimait pas les autres. Pour être plus exact, les autres lui étaient complètement indifférents, ce qui est plus radical, dans un sens. Il avait peur du contact physique. De ce fait, les quelques relations qu&#8217;il entretenait étaient virtuelles, via des salons de discussion, l&#8217;échange de courriel, et &agrave;  une époque un blog discret dont j&#8217;ai retrouvé la trace dans quelques archives. Mais il n&#8217;était ni bavard ni persévérant, et les gens se lassaient vite de son inaction. En dehors des lignes de code qui occupaient la plus grande partie de ses journées et de ses nuits, il surfait, téléchargeait des films, et jouait en ligne. C&#8217;est par le jeu que j&#8217;ai réussi &agrave;  retrouver sa trace. Parce qu&#8217;il gagnait souvent. Il jouait &agrave;  tout, aussi bien aux échecs qu&#8217;aux jeux de stratégie, aux jeux sociaux ou de pure action. Son blog ne parlait que de cela, des tactiques de jeu, des astuces et des tricheries les plus efficaces.<br />
Igor mollissait, blafard, silencieux, muet ; seuls son clavier et ses manettes de jeu cliquetaient &agrave;  toute vitesse durant les nuits. Il dormait au travail, sur un canapé disposé dans un coin de son bureau &agrave;  sa demande. Son patron, riche héritier plus occupé &agrave;  trouver des clients dans ses voyages et &agrave;  parler investissements avec ses banquiers, accédait &agrave;  toutes ses demandes. Normal, Igor, son unique employé fixe, ne pouvait pas être remplacé, il faisait tout, connaissait tout et se moquait pas mal du concept d&#8217;augmentation salariale. Ses seuls caprices tournaient autour de l&#8217;achat de matériel dernier cri, plus puissant, plus véloce et de gadgets &agrave;  l&#8217;utilité plus qu&#8217;incompréhensible.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/02/page-2.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>page 1</title>
		<link>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/01/page-1.html</link>
		<comments>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/01/page-1.html#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 01 Jul 2005 20:58:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>DR</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'être virtuel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">/?p=381</guid>
		<description><![CDATA[Selon ses dires, l&#8217;enfermement a commencé &#224; la fin de l&#8217;année 2005. Il se souvient que la France avait dit non &#224; la modification de la Constitution Européenne, les Etats-Unis envoyaient des troupes mourir en Irak et en Afghanistan, un raz-de-marée avait inondé les îles de l&#8217;Indonésie, la chaleur de l&#8217;été avait dépassé tous les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Selon ses dires, l&#8217;enfermement a commencé &agrave;  la fin de l&#8217;année 2005. Il se souvient que la France avait dit non &agrave;  la modification de la Constitution Européenne, les Etats-Unis envoyaient des troupes mourir en Irak et en Afghanistan, un raz-de-marée avait inondé les îles de l&#8217;Indonésie, la chaleur de l&#8217;été avait dépassé tous les records du siècle précédent et son labrador, Karl, trop vieux et fatigué, était mort sous un arbre au début du mois de septembre. J.-P. Kernsky et Cyrulnik débattaient de la résilience des terroristes preneurs d&#8217;otage. Les événements s&#8217;enchaînaient les uns aux autres comme la vie hagarde sait si bien le faire. On aurait dit que tout le monde était ivre et que chaque semaine était une matinée de plus dans le brouillard.<br />
Sa voix faiblit dans l&#8217;obscurité de notre cellule. Dehors, des corbeaux se battaient pour un bout de chat. Le monastère érigé sur les hauteurs du lac surplombait la mer des nuages. C&#8217;était presque comme si rien ne se déroulait l&agrave; -bas, sous les nuages. Nous, le ciel d&#8217;hiver glacial et limpide, un coucher de soleil et des corbeaux mastiquant un vieux chat, c&#8217;est tout ce qu&#8217;il y avait au monde.<br />
Comme je le disais, l&#8217;enfermement, Igor l&#8217;avait vécu aux premières loges. Il travaillait &agrave;  l&#8217;époque comme administrateur système pour une PME créant des logiciels de gestion de sites web et proposant des hébergements &agrave;  bas coût. Il travaillait comme informaticien, ce métier &agrave;  la fois moribond et savant que tous élevaient au rang de chaman technologique sans savoir exactement &agrave;  quoi l&#8217;informaticien passait ses journées. Une sorte d&#8217;être &agrave;  part qu&#8217;on appelait quand &laquo;&nbsp;ça ne marche pas&nbsp;&raquo; et qu&#8217;on laissait repartir quand &laquo;&nbsp;ça marche&nbsp;&raquo;. Peu importe, il vivait enfermé. Il vivait dans un monde sans fenêtres, climatisé, électronique, illuminé par les diodes et peu enclin &agrave;  chercher l&#8217;air frais pollué, la circulation trépidante ou les foules en sueur s&#8217;agglutinant aux marchés du samedi matin.<br />
&laquo;&nbsp;Un cinéma, parfois, pour le divertissement : passer d&#8217;un écran &agrave;  l&#8217;autre&nbsp;&raquo;, marmonna-t-il.<br />
&laquo;&nbsp;L&#8217;utopie, l&#8217;énergie de la découverte, tu sais cette ferveur presque aveugle et cette joie devant l&#8217;inconnu, cet acharnement qui te fait jubiler &agrave;  chaque réussite et tressauter d&#8217;impatience &agrave;  chaque échec, cette envie, ce besoin de découvrir, tout ça était tombé, remplacé par la fatigue, le cynisme et une sorte de fatuité dans l&#8217;aisance et la répétition schématique des idées et du bien-pensant, une sorte de raison désillusionnée &agrave;  l&#8217;échelle de toute la société médiatisée. Ça me rappelle Jean d&#8217;Erythrée qui hurlait aux païens : vous vivez dans la boue, vous ne souriez plus en levant les yeux au ciel.&nbsp;&raquo;<br />
Les corbeaux croassaient, dédaigneux.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.davidruzicka.com/blog/2005/07/01/page-1.html/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>

