lointaine, pour se tenir en forme. Zoé et Julie n'avaient rien à se dire : l'une attendait un enfant, l'autre venait d'en perdre un. Moi entre les deux j'avais un enfant qui était perdu depuis longtemps et donc, à fortiori, j'étais louche pour l'une comme pour l'autre. Ou alors, hormis mes hallucinations paranoïaques, elles ne se parlaient pas parce qu'elles ne se connaissaient pas, ce qui représente un bon prétexte pour se détester. Je crois aussi que Zoé avait peur de moi. Depuis les frères Zorteil elle se méfiait de mon influence sur ce qui allait venir au monde, seule apte à juger d'une force qui personnellement m'échappait, mais ce n'est pas nouveau. Et ce qui allait venir au monde, depuis huit mois exactement, la préoccupait comme seuls les soucis d'avenir le peuvent : ne pas savoir ce qui va venir. En cela, je n'étais d'aucun réconfort.
Bien sûr les montagnes s'en fichaient, de nos broutilles instan-tanées. Par dégoût de moi-même avant le dégoût des autres, j'avais tenté des sorties. Soeurette et Loque ont tout de suite décidé de m'accompagner. Dès que je voulais, un peu moins ivre, m'échapper par monts et vaches, ils me rejoignaient. Jamais trop près. Au détour d'un chemin, ils se tenaient la main à une centaine de mètres, pieds nus, chemisettes flottantes comme des fantômes qui auraient négligé de cacher leurs têtes. Pâles, à l'entrée d'un bois, ils me tour-naient le dos et disparaissaient entre les troncs. Ils dansaient parfois sur la silhouette d'une arête, danse macabre où les autres morts les rejoignaient dans un souvenir reconverti du septième sceau. Les voir me rendait encore plus malade au souvenir des gens normaux, je vivais à mon âge des nuits blanches de permanence- ivrogne, à peine conscient du jour qui se lève alors que les normaux se réveillent repus de sommeil pour une nouvelle journée de soleil matinal. J'étais leur nuage. Soeurette et Loque ne venaient que durant mes promenades, parce que mes envies d'air frais relançait leur audace d'outre-tombe. Ils étaient étonnamment beaux, pour des morts, flottant sur un ciel imberbe ou hurlant je ne sais quelles incantations imprononçables d'entre les troncs. Mais pour les pics affilés des neiges éternelles, même des fantômes paraissaient futiles, transitoires. Les montagnes résidaient plus loin que la perception d'un être humain, qu'il fût éveillé ou grotesque. Cette insulte en permanence sous les yeux ne me ragaillardissait pas. La puissance de la Terre et sa magnanime tolérance ricochaient du plus petit cailloux jusqu'aux sommets imprenables en passant par l'observation futile des vaches et moi et mes fantômes étions réduits à des esprits tourmentés par une totale inadaptation aux règles de ce monde. Nous sommes des extraterrestres. Ou, plus plausible, des indésirables abandonnés là par une gentillesse universelle. Une fois, Loque s'est approché de moi. Il était nu cette fois et s'enfonçait dans un reste roussâtre de neige. Le marbre de son corps était pur, malgré la plaie croûteuse dans sa poitrine. Soeurette nous observait d'entre les branchages de la pénombre de fin de jour. Il a posé une main glaciale sur mon cou, comment aurais-je réagi si je n'avais pas été imbibé d'alcool ? Un vent tiré de l'hiver grimpait le long de la pente entre les feuilles pour essayer de me réveiller. "Mais tu n'as pas peur de nous."
"Je devrais, Loque ?"
"Parfois, la peur, tueuse, donne un nouvel élan."
"Je n'ai pas besoin d'élan."
"Tu es plus mort que nous."
"Je n'ai besoin de rien."
"Tu es si convaincu de cela que tu n'es plus rien, oui."

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"T'es revenu d'entre les morts pour me faire la morale ?"
Il a serré sa main autour de mon cou.
"Soeurette pense que tu devrais nous rejoindre pour de bon."
"Elle a raison ?"
"Oui, mais nous n'y arrivons pas."
"Pourquoi ? Serre un peu plus…"
"Tu voudrais mourir ?"
"Oui. Je crois que j'en suis là."
"Et si je te disais un secret, Radio ?"
"Je n'aime pas les secrets qu'on dit."
"Tu ne mourras jamais."
Il a serré encore. Soeurette s'est enfuie d'un coup de vent hurlant de sa petite voix de fillette terrifiée et dans les bois ce hurlement a fait frémir les sapins et frissonner ma nuque, prolongé loin, loin. Bon sang, même les vaches tout en-bas se sont mises à courir, agitant leurs cloches dans un effroi peu bovin. Loque a serré de toutes ses forces, rictus écarté, mâchoire crispée, tendu sur moi dans un effort extraordinaire. Oui la pression s'est accentuée, oui je ne parvenais plus à respirer, c'était un étau glaciaire autour de ma gorge, oui d'entre les sapins nous est venu le grondement d'une avalanche sur les flancs d'un titan si lointain qu'il appartenait à un autre monde, oui j'ai eu peur. J'ai eu peur. Car dans les yeux de Loque il y avait vraiment l'envie de me tuer. La peur, tueuse, donne un nouvel élan. Mais pas un geste brutal, non, un élan intime. L'alcool dans mes veines a reflué d'un coup au bas du ventre, et j'ai pissé, et une chiasse horrible, interminable, puant le vin chaud, a giclé et s'est écoulé entre mes jambes. De désarroi, ne pouvant serrer plus fort, Loque m'a frappé. Son poing était parti de loin, il m'a à peine ébranlé. Il a reculé, respirant lourdement, ricané, se massant le poing comme s'il pouvait encore sentir la douleur, pesté :
"Ne m'en veut pas c'est mon rôle. Ils ont voulu que je te le dise."
Pour me démontrer l'irréalité de ma résistance, de la même main il a arraché sans peine une branche grosse comme une cuisse. L'écho du craquement a fait hurler un chien plus bas dans la vallée.
Il faisait déjà très sombre. Je suis rentré. Personne n'a osé me demandé pourquoi je puais la merde. Un vieux ça se chiasse dessus de temps en temps, ça arrive. Sismik a souri devant un modèle réduit tout juste terminé.
Je n'avais pas idée de la taille et de la puissance des montagnes avant cette période. Toute ma présence durant quarante ans, je l'avais consacrée au terroir, aux lopins, aux voisinages exacerbés par eux-mêmes, aux piscines gonflées dans de joyeux barbotements l'été, aux tondeuses et aux feux d'automne imitant les marrons chauds. Les nuages rayonnaient toujours de la même platitude au gré des saisons, parce que l'horizon n'avait rien d'autre à dire. En face de ces monstres éjaculés des reins de la planète je n'étais rien d'autre qu'un badaud de plus. Avec son traîneau de morts en guise d'offrandes. Un peu comme un marin qui n'a jamais connu des vagues de trente mètres et qui au jour de la tempête au lieu d'enfourcher son bateau décide de s'enivrer pour hurler sa gloire. Et je m'enivrais, gloire, celle de me tenir seul au milieu de la tempête. A mes côtés, Zoé mangeait trop de chips et son ventre gros-sissait de façon alarmante, mais pas à cause des chips : elle arrivait au terme de son mandat. L'hôpital approchait à vue d'œil et tant de souvenirs vieux de plus de trente ans m'exaspéraient à force de me reparler de ma femme et de mon fils. L'une était morte et l'autre était enterré près de racines que même les montagnes


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auraient jalousé. Au gré de mes dernières promenades les vivants furent tués par l'oubli et le rejet tandis que les morts jaillis-saient d'un trou de marmotte pour me parler de leurs problèmes fantomatiques. Je ne l'avais pas voulu mais les montagnes me donnèrent la fusion entre les arêtes tendues dans un geste de prière et l'infini paralysé du ciel. A cette échelle, ce qui nous était à tous arrivé depuis les frères milliardaires ressemblait à des points de suspension derrière la trace d'un avion. Mais je n'en étais plus à me lamenter de la condition errante des hommes. J'avais fini de gratter mes étoiles et la diarrhée qui me prenait tous les matins suite à ma rencontre avec Loque me préoccupait plus que les silhouettes inatteignables des montagnes. Non je n'avais pas peur de la mort, cette rencontre m'avait démontré la fuite de la fuite que cette peur entraînerait, la peur de la peur se propageant dans un effet de fuite sans autre fin que la peur initiale elle-même, j'étais seulement las du temps qui me restait à errer de chair parmi les autres fuyards.
Et puis il y a eu l'histoire de l'eau. Le phénomène a commencé un matin paraît-il, à une heure où je dansais encore avec les zombies. Mme Engler avait d'abord cru que c'était de l'urine sous la table à manger. Elle avait tout de suite ragé contre moi, sans oser en penser plus (ce respect de l'âge lui venait de son père, dont elle avait du s'occuper jusqu'à la plus basse sénilité, et j'en pro-fitais, je lui empruntais de l'argent pour le vin, récalcitrant à l'idée de l'envoyer chercher les bouteilles elle-même). Constatant que c'était une flaque d'eau, elle avait cherché la fuite. Plus tard, Sismik avait daigné se pencher sur la question plus qu'à l'ac-coutumée lorsqu'il s'agissait des soucis de sa femme. Il a maugréé plusieurs fois "sismik sismik sismik" en tâtant les recoins de la vieille ferme pendant que je prenais mes corn-flakes matinaux du milieu de l'après-midi. J'avais de la peine pour eux, alors j'ai quand même contribué :
"Vous savez, il fait grand soleil ces derniers jours, autant que je puisse en juger…"
Sismik est retourné à ses modèles réduits l'air de connaître le fond de la question, Mme Engler m'a confié :
"Oh vous savez Monsieur Barnes, c'est peut-être une canalisation ou une arrivée d'eau, ça serait très grave."
De son ton plissé parce que tout est grave. Je voyais surtout qu'elle s'efforçait d'être affable tout en regrettant de m'avoir invité ici suite au chagrin de Julie.
"Ce serait pas un peu plus visible si c'était ça ?"
Zoé mangeait des chips près de la télé qu'elle ne lâchait plus (les chips et la télé) :
"Radio : qu'est-ce que t'en as à foutre ?"
C'était rare qu'elle m'agressât ainsi directement, alors j'ai respecté cette rareté et me suis tu. Le soir, le carrelage de la salle de bain était inondé. Mais la baignoire était sèche, comme tout le reste d'ailleurs. A suivi une longue et laborieuse discussion entre Sismik et sa femme, ponctuée des nouvelles relativisations de Julie somnambulant aux extas entre eux : "Mais non", "mais si", "mais et alors ?", "mais c'est que de l'eau", "mais l'eau c'est pur, c'est une bonne chose…" Sismik est allé la coucher non sans oublier d'effleurer ses seins en lui tenant le bras. Passant devant ma chambre où je tapais avec vue sur le néant la seule folie conjugale vécue avec ma femme dans un train de banlieue désert alors que nous nous rendions chez ses parents pour leur annoncer notre mariage :

 

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"Radio, tu nous joues pas un truc à ta manière là ?"
"Quel truc à ma manière ? L'eau ?"
"Oui, l'eau."
"Parce que j'ai des manières moi ?"
Il parlait du non-dit, j'essayais de le lui faire dire, impossible.
"T'as des manières de savoir de quoi on cause lorsqu'il y a un problème bizarre."
"Je ne sais pas. Julie a raison. C'est que de l'eau."
"Oui mais y'a un truc qui chicane."
J'ai daigné me détourner de la machine à écrire.
"L'eau est sale ?"
"Non. Presque. Elle est salée."
La venue de cet élément horrifique a mis la maisonnée en émoi les jours suivants. Il y a eu du "poltergeist" dans l'air, Julie a recommencé à pleurer sur Soeurette, avouant que celle-ci n'était pas libre de son chagrin, Zoé parlait de la force de l'enfantement, soulignant le fait que certaines adolescentes au moment de leurs premières règles possédaient des pouvoirs paranormaux, parce qu'elle avait vu un film à la télé, et de poursuivre sur l'adolescence de la vie d'une femme enceinte. Elle me confiait, étonnamment roucoulante à côté de ses silences :
"Cet enfant sera vraiment très particulière."
"Tu es allée voir un gynécologue ?"
"Parce que j'ai besoin d'un arnaqueur pour me dire ce que je dois pas faire alors que j'ai envie de manger des chips ?"
"Je me suis dit que tu savais le sexe…"
"Ah mais je le connais. Je l'ai vu à la télé."
J'eus peur de ne pas comprendre. Ma diarrhée me démangeait.
"J'ai vu une fille qui dansait sur une colline l'autre soir, et j'ai su que ce serait ma fille."
Julie lui avait-elle refilé une de ses extas ? Etonnant, elles se croisaient sans même se voir.
"Radio, laisse tomber. Y'a des choses que tu ne peux pas voir. C'est normal, t'es dans un autre monde."
Cette simple phrase eut le don révulsé de m'angoisser. Je vivais donc à côté de la plaque de tout. Ce n'était pas nouveau mais alors avais-je un sens à exister puisque le reste parvenait à se passer de ma présence, et même plutôt agréablement ? Je suis allé déverser dans les toilettes une eau beaucoup plus saumâtre que celle apparaissant au hasard dans la ferme. Cette nuit-là au moins, Sismik eut le bonheur de sentir plus ma chiasse que d'entendre les tapements de ma machine, même si ces deux expressions relevaient d'un identique conglomérat physique. Le lendemain, il y eut de l'eau dans la chambre de Julie, et elle hurla : ses "médicaments" lui faisaient oublier le jour d'avant comme le jour d'après. Sismik eut recours à un plombier, pour se montrer sous un jour bienfaiteur. Le plombier accepta de boire un verre avec moi et finit le bouteille d'un cul sec roublard.
"Savez, cette histoire de fuite, faut pas s'en faire, les femmes enceintes ça a un caractère joueur qu'on connaît pas."
Sa camionnette s'est enfuie dans la nuit, grignotant les cailloux du chemin comme la promesse d'un monde ailleurs : une histoire de fuite de femmes enceinte. Sous les étoiles abaissantes, sa camionnette avait presque l'air soule. Plus tard dans la nuit, Zoé s'est cassée un poignet en glissant sur une flaque près du meuble télé. Le matin Julie en robe de chambre défaite a avoué au médecin du village :
"C'est notre affaire, on s'en chargera", l'air d'un chasseur qui vient de réarmer son fusil. Le médecin ne demanda pas son reste

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après le bandage et cavala vers une vache malade de la ferme d'en-dessous comme si Julie avait prévu de le flinguer avant toute réflexion. Sismik avait rincé l'eau salée sans émoi avant de caresser sa brebis favorite et de se remettre à coller. Mme Engler nous avait abandonné au profit des handicapés mentaux. Je suis allé me raser, chose rare.
Ma dégradation physique évoquait par contraste le temps de l'époque simple du village. Avant les premières visions, quand je n'étais plus qu'un prof à la retraite aigri de sa retraite et d'avoir été prof, soucieux de sa diététique par peur de l'âge. Cette avalanche au ralenti avait rasé mon cerveau comme seuls les moutons avant la tonte le savent. Pourtant je ne considérais pas cela comme une chute absolue, mais comme une chute parmi les hommes. Ma femme m'avait perdu dans une vie de couple et ensuite la retraite m'avait perdu dans une vie de veuf. Malgré les apparences, j'avais gagné dans la connaissance des autres. Certes ma solitude restait indécrottable, j'étais toujours le vieux fermier insultant son chien et battant sa femme, mais au moins les autres n'étaient plus seulement des inconnus légèrement attardés, ils restaient attardés tout en deve-nant touchants.
Zoé avait peur que son poignet cassé n'ait de mauvaises répercus-sions, au niveau des ondes, sur l'enfant en elle. En cachette elle venait me supplier d'arrêter tout cela. Elle était même prête à recommencer à faire l'amour, débarquant la nuit pendant que j'étais devant ma machine en chemisette avec dessous des jartelles volées dans l'armoire de Julie. Bref, elle était prête à tout. Je m'efforçais de lui rappeler que de l'eau salée n'est pas forcément un mauvais signe.
"La mer est salée, et on en vient tous."
Détournant la conversation sur un thème indiscutable pour éviter de lui montrer que je ne la désirais plus. Les femmes, c'est comme le vin, quand on n'en a plus on remplace par la frustration et tout ce que ce détail implique de contours alambiqués. La masturbation en est un non négligeable, l'autre étant de devoir parcourir cinq kilomètres par jour pour trouver l'épicerie la plus proche. J'avais voté pour les cinq kilomètres, conscient qu'aucun raisonnement normal le justifiait. En plus Soeurette et Loque n'avaient plus reparu depuis leur tentative d'homicide volontaire, et l'eau salée me disait qu'en contrepartie je devais en être rassuré. Constatant mon inertie testiculaire, Zoé s'était réfugiée dans une argumentation plaintive et incohérente, soulignant une compassion totalement disproportionnée.
"Il y a une zone que tu as franchie et je n'aimerais pas que cette zone retombe sur notre fille, ce serait la zone. Tu dois reprendre contrôle de tes émotions négatives, elles ont un impact sur nous. Tu pourrais aider Mme Engler à faire ses courses par exemple, ou t'occuper des brebis de son mari. Tu travailles trop la nuit. Et bientôt on ne pourra plus rester ici, il faudra qu'on loue un appartement, et l'argent arrive au bout, moi je pourrais pas bosser au début, je sais bien que cette situation est difficile pour toi, mais il faut pas fuir, il faut trouver une solution. Et puis on a qu'à rester positifs et tout se passera bien. Je respecte ton besoin d'écrire mais il faut qu'on puisse vivre de quelque chose, ici c'est provisoire, et puis ils cherchent un gardien de nuit dans un hôtel dans la vallée m'a dit Mme Engler, c'est pas de ton âge mais c'est tranquille, tu crois que ce sera pas trop difficile ?..."
Elle me rappelait ma femme, construisant ma vie comme un modèle réduit de sa propre vie. J'ai fredonné en réponse :"Sismik, sismik."

 

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Les bougies que j'allumais par trio monacal sur ma table de travail pour me distraire de l'immobilité montagnarde ne révélèrent personne dans la pièce. Normal, la voix était la mienne et j'eus un doute à ce sujet un instant : en étais-je à ce point ? Voix haute sans m'en rendre compte ? Sans me rendre compte dans un dialogue intime en lui-même banal du mouvement de mes propres lèvres ? J'ai reversé entre elles une rasade peu rassurante et j'ai tapé cette phrase convenant parfaitement au contexte du personnage principal qui, après une tentative de suicide ratée, dans un élan paranoïaque et reposant était sur le point de tuer sa femme à sa place.
"Elle est dure comme du granit, si tu crois qu'elle te laissera faire, elle sent ça venir. Oublie."
Certes, c'était ma voix, mais ce n'était pas mon "ton". Le timbre se jetait sur la fin de la phrase dans une glissade désespérée que l'écriture et la relecture ne permettaient pas. Ca a repris.
"Quand elle rentre du boulot. L'arrêter au milieu du chemin, l'air sympa, lui briser le crâne avec une pierre, la remettre dans sa voiture et roue libre vers la falaise du tournant".
Le problème étant que la femme de mon personnage ne travaillait pas. Ecouter ma voix intérieure afin de spontanément la reproduire sur le papier était une chose, mais si cette voix s'essayait dans l'improvisation, ne respectant plus les simples préceptes de la logique ou de la raison, du modus operandi consensuel entre ma fiction et ma réalité, j'étais mal barré. J'ai louché sur l'éti-quette de la bouteille dans l'espoir d'y déchiffrer une explication de grand cru. "Marque déposée" (où ça ?) fut la seule réponse.
"Il y a quand même de l'aléatoire. Et si la voiture n'explose pas ? Et si elle est juste disloquée ? Comment les enquêteurs s'explique-ront la marque de la pierre dans son crâne ? Je devrais utiliser un truc en métal… Lui fendre la tête avec un gros couteau non ?"
J'ai ouvert la lucarne pour entendre le vent. Son incohérence me rassurait comme un message soufflé sur un répondeur automatique. Mais la voix intérieure ne s'arrêta pas là, elle avait vraiment envie de parler sans moi.
"Tu sais, tu devrais chercher la simplicité. Plus c'est compliqué, plus c'est douteux. Sismique, ça doit être sismique."
"Qui est là ?!", ai-je sursauté dans une fausse assurance supputant encore le coup d'une créature pas à sa place.
Ma voix a calmé le sang gonflant je ne sais où entre mes cervicales. C'était ma voix, et ma voix, je l'avoue paniquée, n'avait rien en commun avec la voix intérieure qui n'en était plus une. Mais le vent m'a répondu gentiment de me taire. Ce que j'ai refusé en fermant rageusement la lucarne.
"Allez assez joué. Montre-toi qu'on discute entre…"
"Hommes" j'avais voulu dire mais évidemment cette description ne paraissait pas à-propos. La réponse fut sommaire.
"La nuit porte conseille. Sismique. Sismique".
Allant s'éloignant comme dans un songe. Et puis j'ai tiqué.Sismique. Sismik. Je n'avais pas pensé cela parce que Sismik l'avait pensé. J'avais entendu cela parce que Sismik l'avait pensé. Pour corroborer cette illumination vacillant sous le trio de bougies un craquement de sommier a tergiversé quelques secondes depuis le chambre de Mme Engler et de son mari. M'effondrant devant la machine à écrire comme devant un vieil ami, j'eux ce réflexe à haute voix :
"On n'y est pour rien ma vieille. C'est pas nous. C'est lui."
Ma voix était la mienne et cette fois la distinction entre mon ton et celui de Sismik parut évidente. D'avoir entendu la pensée de Sismik me laissa un moment aussi glacial que les touches de la

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machine, suspendu entre la calculatrice vérité du contenu et le simple fait de les avoir entendues en direct. Je n'ai pas pu y croire mais je devais. Un nouveau craquement dans le lit à côté souligna mes craintes :
"Elle va t'aspirer, t'avaler, fais quelque chose ou tu dispa-raitras."
Ahurissant, avant qu'il ne s'endorme et que je l'entende ronfler à travers la cloison –sans doute heureux de ne pas entendre les roulements de r de ma machine à écrire cette nuit- j'ai même traduis au creux de sa pensée finale des bêlements réguliers, des images évasives de brebis égarées glissant sous les vapeurs alpines d'un glacier en train de mourir. Etrangement, vers la fin je me vis moi-même en train de chevaucher une de ces brebis avec une bouteille de whisky dans la main. C'était comme pour les mots, les images apparaissaient en surimpression et il me suffisait de fermer les yeux pour les voir scintiller comme dans une salle obscure. Puis Sismik a disparu, absorbé par un inconscient indéchiffrable, et mieux valait le laisser tel.
La question qui me tracassa le reste de la nuit : pourquoi Sismik ? J'eus une réponse le lendemain :
"Cette putain de casserole est foutue, rouillée, complètement, va falloir que j'en rachète une, à noter", pensa-t-elle, voix de femme.
Mme Engler s'est approchée du calendrier suspendu près du téléphone et a griffonné. J'y ai lu : nouvelle casserole. Me voyant la lire, elle a reniflé bruyamment.
"Kecki veut le vieux sénile, m'acheter une casserole ?"
Je n'ai pas pu m'empêcher de lui sourire poliment, comme désolé d'avoir entendu ce qui n'était destiné à personne, ou peut-être désolé d'avoir entendu la veille les douces pensées de son mari. Et puis, bien sûr, j'étais effaré par l'expression populacière de son intériorité, contrastant totalement avec les mimiques pincées que je lui connaissais. Poursuivant :
"Putain de vieux, tous les mêmes, parce que l'âge les abrutit ils se croient tout permis".
Inconscient, j'ai répondu spontanément et à voix haute :
"Ce n'est pas l'âge et ce n'est pas l'abrutissement, c'est la perspective raccourcie de mourir qui rend la vie plus brutale".
Ses gants verts ont cessé de mixé la vaisselle dans l'eau savonneuse. Elle ne m'a pas vraiment observé, mais un tas de poussière qu'il y avait dans mon dos et qui lui semblait momentané-ment plus important. Elle n'a rien dit parce que femme de principe et son principe lui interdisait de me parler, mais elle a quand même passé une langue rapide sur ses lèvres dans un affaissement original de son visage. Puis les gants verts ont repris leur manège de méninges.
"S'il commence à m'emmerder je le vire illico, femme enceinte ou pas".
J'ai terminé le bol de corn flakes dans un désarroi proche du lait jaune restant au fond de ma tasse. Je me sentais comme une caméra digitale mise en mode couleurs inversées. Le revers de la médaille, je l'entendais et je savais qu'en insistant, je le verrai aussi. Mais je n'avais pas envie d'insister. Elle a ouvert grand la porte d'entrée pour ventiler et pour me chasser. Ce jour-là il pleuvait et la montagne se cachait dans une brume crémeuse qui n'était pas sans rappeler un lait de brebis caillé. Zoé a débarqué en pensant :
"Les chips, je suis sûre qu'elle a encore oublié d'acheter les chips, je vais prendre la voiture et aller au village."
A suivi une discussion déroutante entre ce qu'il fallait acheter et

 

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respirait encore. On rentrait pour les 16 heures et c'était la sieste. Une demi-heure de sommeil tout au plus, histoire de ne pas trop s'habituer à se reposer. On appelait les Fisher Price à la rescousse jusqu'au dîner, ensuite les évènements s'enchaînaient dans la perspective frénétique du repos nocturne. Le bain, la préparation au lit, le lit où elle hurlait bien sûr, alors, trop crevés, on la laissait hurler jusqu'au sommeil, ce soupir continu et rauque à la limite d'un ronflement sans expiration, elle n'avait jamais l'air de devoir reprendre son souffle. D'ailleurs elle se remettait à hurler autour des 23 heures, un allaitement faisait l'affaire normalement, sinon Zoé était condamnée à la dorloter jusqu'à minuit. Enfin, nous avions juste la force de nous brosser les dents et de nous effondrer à sa suite dans un repos bien mérité. Mais la nuit était rarement complète, plutôt ponctuée de halètements affamés. Le matin, un peu avant huit heures, les hurlements reprenaient. Ce descriptif je le fais sans compter le ménage, la cuisine, la nourriture à acheter, les Pampers et autres produits bienfaisants à la pharmacie, la lessive, le courrier à décrypter, et les factures, les factures à la Poste, toujours les factures enrobées de hurlements. Et je ne compte pas aussi mes nuits passées à ne penser à rien dans un silence paradisiaque, poussé au sommeil plus par la perspective du lendemain à supporter que par l'envie de dormir. La pression et le stress ne baissaient jamais. Le sexe était inexistant, les sorties et les loisirs relégués à un avenir aussi assourdissant que les hurlements d'Aléa au milieu de la nuit.
L'arrivée de tout cet argent ne changea strictement rien à cette course quotidienne contre les hurlements. Le vaste appartement dans les combles, dans le Marais, intensifiait grâce aux hauts plafonds la plainte la plus infime. La vue sur tout Paris se transformait en un vaste cri d'impuissance répercuté par la ville au-dessus des toits indifférents. Et puis la promesse des multiples voyages autour du monde était continuellement annihilée par la contrainte des maladies tropicales, des décalages horaires sur l'équilibre de bébé, de la nourriture réglementée et rituelle impossible à trouver ailleurs, de l'implacable surveillance du pédiatre et, dans le cas particulier d'Aléa, du psychiatre pour bébés, qui faisait en même temps office de psychiatre pour nous, difficile à déplacer au Mexique ou en Tanzanie. Selon le psy, les journées d'Aléa devaient être organisées comme une marche militaire, sans le moindre imprévu ou la moindre perturbation hasardeuse, pour compenser son "naturel très agité". Ce "naturel très agité" qu'aucun argent au monde n'aurait su faire taire, si ce n'est bien sûr par l'achat régulier d'ampoules de morphine. Et encore, il aurait fallu trouver un médecin prêt à soudoyer son serment pour pareille ordonnance. Je n'en trouvais pas.
J'étais donc assez vite passé de l'herbe à la coke, élévation sociale dans l'addiction oblige. Et puis qui dit coke dit forcément alcool, pour balancer l'effet. Le mini-bar de l'appartement ne se dégarnissait plus, tant j'étais heureux d'avoir les moyens de retrouver cette vieille compagne qu'était l'ivresse, en lui permettant de danser avec cette jouvencelle qu'est la coke. Katia, la nouvelle baby-sitter londonienne qui venait tous les jours de 14 à 20 heures pour faire semblant de s'occuper d'Aléa, avançait de longues jambes fuselées, et des juste-au-corps très moulants, toujours des marques du dernier cri. Il faut savoir que les anglaises sont réputées pour avoir en moyenne de plus gros seins que les européennes : je ne suis pas l'initiateur de ces statistiques. Elle avait les cheveux plus blonds que Zoé et, contrairement à la majorité des anglaises dont le visage est déformé par une dureté post-Tatcherienne, elle souriait de ses lèvres amples et clignait de ses cils souples, pour un rien, comme pour dire "j'aimerais me faire prendre par derrière si possible". Cet amalgame séduisant déambulait donc tous les jours dans l'appartement, top model bandante un peu perdue du haut de ses talons Gucci entre les hurlements d'Aléa et la dédaigneuse sévérité de Zoé. C'est moi bien sûr


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qui l'avait choisie durant un casting digne des plus sévères défilés de mode : le sexe est une chose étrange qu'il s'agit, une fois la vie de couple tuée (ce qui ne tarde jamais), d'entretenir de la manière la plus ambiguë possible. Zoé et moi n'avions plus rien à faire ensemble d'un point de vue sexuel, mais nous étions, depuis l'époque du loup-garou et des canines étincelantes de Zoé dans la pleine lune, les personnes sur cette planète les plus à même de nous supporter ensemble.
Depuis la naissance d'Aléa le moindre espoir de sexe n'avait plus court dans mes bourses, à cause des hormones produites par l'allaitement et dont le principal effet était d'assécher la chatte de Zoé. A une époque cette chatte en avait demandé beaucoup, mais à ce moment elle était comme un grotte vide. Par contre de mon côté, aucune hormone n'inhibant ma verge splendide et rajeunissante, je bandais toujours plus. Décalage épuisant d'une libido exaspérée qui, grâce à l'afflux soudain d'argent, avait imposé le casting et l'apparition de Katia dans l'appartement comme une conclusion hautement suggestive de mes besoins refoulés. Seuls les hurlements continus de bébé me retenaient dans un halo de culpabilité, me retenaient de ne pas soulever dans un coin derrière le bar les jambes fuselés, de déchirer le juste-au-corps pour en faire jaillir de gros seins authentiques et m'introduire dans le sexe si chaud de cette jeunesse pré-grossesse. Pour un homme, l'amour n'est jamais suffisant. Un homme ne peut pas aimer dans la plus grande sérénité platonique, à la manière des romantiques qui ont tellement menti sur ce sujet. L'amour de l'homme est coincé entre les deux, quelque part au fond d'une impasse faite de hurlements d'extase et d'attendris-sements maternels. Les Parisiennes se faisaient belles le printemps venu. Alors on me pardonnera, mais lorsque j'essayais de me masturber en pensant au corps improbable de Zoé je déviais tout naturellement vers les jambes fuselées et les seins gonflés de ma baby-sitter. Un reste de pusillanimité venu de la vieillesse me força à le regretter. Une semaine tout au plus.
La coke et l'alcool me plongeaient dans un univers fuyant, changeant mes besoins sexuels en fantasmes mous, invisibles. Il m'arrivait souvent devant un besoin furieux de ne même pas avoir le courage d'ouvrir ma braguette. Cette chose entre mes jambes, incompréhensible, restait coincée et molle. Le retour de l'alcool (vu mes finances je passai du vin à la vodka, qui se mariait mieux avec la coke) m'imbibait d'un désir flou et les hurlements d'Aléa m'endormaient dans des cauchemars où les corps plantureux d'anglaises nymphomanes s'entrelaçaient avec d'étranges cochons aux groins luisants. Nous faisions chambre à part, tué, j'avais laissé aux bons soins de Zoé les phases d'endormissement et de réveil, sans mentionner la part d'halètements affamés ponctuant toutes les nuits et pour lesquelles de toute manière je ne pouvais rien. Je n'arrivais pas à m'occuper de ma propre fille parce que celle-ci semblait n'avoir aucun sens. Elle détruisait aussi mes tentatives de redécouvrir l'amour paternel, malgré le traumatisme de mon autre fils, celui de l'autre vie, dans une frustration répétée chaque jour. Le succès, mon livre, mes ambitions de futur grand écrivain, mes regards glauques jetés sur Katia, toute cette vie qui se prolongeait sans discontinuer au-delà de la naissance d'Aléa ne modifiait en rien l'implacable constance de ses hurlements. Comme si j'existais encore moins qu'avant dans la montagne ou dans mon village, comme si la poursuite de mon existence n'avait aucune importance pour ma propre fille ne demandant que les Fisher Price, la bouffe, et une présence uniquement physique. D'autre part, on ne peut pas aimer sa fille en sniffant de la coke dans la chambre à côté, on ne peut pas aimer sa fille en surfant sur Internet à la recherche de films X au lieu d'écrire un prochain roman sensé nourrir l'avenir de la petite famille.
L'argent aurait pu me permettre d'aller à St.-Denis régulièrement. Il n'ouvre pas la porte des


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saintes privations comme la misère, l'argent autorise toutes les débauches et dans ce sens mon succès me terrorisa soudain. J'haïssais cette possibilité nouvelle de me laisser aller à toutes mes pulsions. J'haïssais de voir à quel point des liasses d'euros parviendraient à me changer en un autre homme. Et je me refusais à tout mouvement dans cette direction, qui m'aurait à jamais banni dans une putride et banale vulgarité. Par-delà les drogues et les fuites, je cherchais à survivre sainement, à épargner la secrète morale de mon fonctionnement "humain". Invivable contradiction qui finit par me faire éclater. Au sens propre.

Zoé était partie acheter une grande quantité de robes du soir inutiles dans un magasin très select sur les Champs. Aléa dormait en ronflant, mais l'appartement était assez vaste et passé le corridor des chambres on ne l'entendait plus. Katia se pencha en avant, les jambes bien droites (cherchait-elle à exercer sa souplesse ?), pour ramasser quelques jouets traînant dans le salon. Elle portait une mini-jupe estivale et son slip noir s'enfonça négligemment entre ses fesses. Je me tenais derrière elle, assis au mini-bar, une vodka-orange aigre dans une main, une clope dans l'autre. Je me rappelais cette scène centrale des "Rêveurs" où ma femme apprend que son mari a violé la bonne, un des instants chevron de l'histoire, en me demandant si j'étais aussi en face de mon instant chevron.
"Katia ? Tu en as pas marre de jouer la baby-sitter ? Je veux dire, à ton âge, avec ton physique, tu pourrais trouver à Paris un job plus passionnant…"
"Pourquoi ? Monsieur aimerait-il que je le suças ?"
Elle prenait des cours à l'Alliance Française et elle en était au subjonctif.
"Heu… Enfin ce n'était pas exactement…, mais puisque… Oui, pourquoi pas."
La propension vitale de la jeunesse à vouloir baiser est parfois tout à fait surprenante. Les pornos ne mentent pas à ce sujet. Infidélité. Avec ce demi-sourire si confiant dans sa jeunesse elle se balança vers moi et m'embrassa distraitement, puis elle glissa sur mes genoux. J'ai avalé d'une traite le reste de vodka. Katia a avalé mon sexe tout ratatiné, avec ce sourire de confiance absolue. Tout en battant des cils et m'amadouant d'un regard glouton rivé au mien, elle me lécha les couilles avec dévotion puis remonta le long de ma verge en train de durcir : nouveau sourire de contentement. Elle libéra ses seins du chandail et laissa ma bite grandissante glisser lentement entre eux, crachant dessus pour que ça patine mieux. Infidélité. Ses tétons durcirent, elle s'amusait à les frotter contre mon gland. C'était un jeu. Je me suis cambré une peu, me redressant pour mieux respirer cette bouffée d'envie de la prendre tout de suite, sa chatte toute trempe, ses lèvres toute fines, son clito tendu. J'imaginais l'entrejambe de Katia tout congestionné du désir d'être léché. J'ai grogné, grimacé, j'étais une bête. Elle se redressa en rigolant et une fois retournée (ses cheveux flottaient divinement dans le creux du dos), cambra son cul en arrière, frottant sa jupe qui se releva contre mon sexe, ne laissant que la fine couche de soie noire entre nous. Le creux de son dos faisait totalement ressortir ses fesses, c'en était impressionnant. Son slip mouillé et sa vulve gonflée se dessinaient bien dans la soie, laissant ma bite se frotter tout du long contre le tissu bombé, trempe et transparent. Infidélité. J'avais mal tellement je bandais. Je sentis que j'allais éjaculer. De fait, plusieurs longs jets de sperme aspergèrent le dos dénudé de Katia. Celle-ci ne fut pas perturbée outre mesure, au contraire elle éclata d'un grand rire sexy à l'accent londonien. Elle me tira par la queue jusqu'au canapé et là s'allongea en écartant bien les jambes, dévoilant son sexe en tirant sur le slip. Sauf pour la petite touffe taillée soigneusement en forme de cœur au-dessus du clito, elle était complètement rasée. Ses lèvres étaient fines, lisses. Juvéniles ?
"Lèche-moi, lèche-moi le cul et la chatte."

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J'ai passé la langue autour de l'anus palpitant, rose bébé, puis je l'ai enfoncée dans la chair tendue, Katia a attrapé alors ses cuisses et les a tiré vers elle pour mieux écarter son cul et sa chatte. Elle n'a pas gémi, elle a ordonné :
"Bouffe-moi partout."
Infidélité. Pressant mon visage contre le sexe humide, glissant ma bouche et ma langue depuis l'anus jusqu'au clito, ma verge raidissait. Des deux mains je lui ai écarté encore plus les jambes, puis de la main droite je lui ai enfoncé deux doigts bien au fond de son sexe moite. Elle rabattit ses jambes de côté après quelques gémissements, les pressant pour bien faire jaillir sa vulve brillante aspirant mes doigts. Infidélité. Je l'ai forcée cette fois à se retourner complètement et à bien tendre son cul en appuyant sur le creux de son dos, pour que mes doigts s'enfoncent mieux. J'ai rajouté un doigt, sa chatte était si dilatée, si élastique, j'ai arraché son slip.



































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