Littérature suisse
Dessins suissesadmin
:: 19 novembre Les fils électriques
:: 18 novembre Effusion lente
:: 28 octobre Bang bang, mon amour m’a descendue
:: 27 octobre Le bateau coule
:: 26 octobre Corcovado
:: 25 octobre C’était sensé être
:: 24 octobre Le dernier des musées
:: 8 octobre Une étrange certitude
:: 12 septembre [Hommage] Dialogue d’elle-lui-elle
:: 11 septembre Sémantique urbaine
:: 7 septembre Nous allons mourir, mon amour
:: 6 septembre Quand le vent froid soufflera
:: 3 septembre Architecture réalisée : bureaux en mailles métalliques à Crissier
:: 2 septembre D’amour, de mères et de femmes
:: 1 septembre L’instant précis
:: 31 août Déréliction IV
:: 25 juin Où vas-tu, à Vinicius
:: 24 juin Quand elle dort
:: 23 juin L’abîme de l’été
:: 22 juin Vision
:: 21 juin L’été flamboyant
:: 20 juin Le lien
:: 16 juin La réalité
:: 15 juin Le départ de l’ange
:: 13 juin La lente disparition
:: 11 juin Dans l’orage
:: 8 juin Sur l’océan
:: 4 juin Pourquoi tu pleures?
:: 3 juin Danse!
:: 1 février La forêt
:: 7 janvier Le bistrot Il s’appelerait Marc
:: 24 décembre Neige et solitude
:: 22 décembre Morte Neige Reine
:: 2 janvier Grand Chalet Leysin
:: 29 décembre La faiseuse de mondes
:: 18 novembre | Effusion lente
:: 24 octobre | Le dernier des musées
:: 11 septembre | Sémantique urbaine
:: 21 juin | L’été flamboyant
:: 24 décembre | Neige et solitude
:: 22 décembre | Morte Neige Reine
:: 2 janvier | Grand Chalet Leysin
:: 29 décembre | La faiseuse de mondes
:: 6 décembre | REP Gérard Delaloye ou La solidité de l’Existance
:: 8 août | Rêve d’architecte
:: 24 juin | L’antre des Gobelins
:: 18 décembre | Les amours passés
:: 21 novembre | Laetitia, mode intérieur
8 juin 2005

Considérez l’éducation des enfants comme une série de règles à respecter scupuleusement et avoir raison. Faire les comptes à la fin du mois et en déduire les dépenses exactes possibles afin d’avoir un budget permettant des économies et avoir raison. Se mettre au travail avec dévouement et régularité et avoir raison. Assumer l’entierté des actions entreprises et avoir raison. Entretenir ses amitiés en téléphonant à ses amis et avoir raison. Se fixer des objectifs et les suivre et avoir raison. Aller au travail pour gagner son pain quotidien et avoir raison. Dépenser son argent pour participer à la machine sociale et avoir raison. Manger équilibré et faire du sport pour entretenir son corps et son âge et avoir raison. Etre présent pour ses proches, être disponible pour sa famille et avoir raison.

Avoir raison.
Etre raisonnable.
Vivre raisonnablement.
La machinerie sociale est aussi écrasante que ridicule.
Tremper sa baguette croustillante et pleine de beurre dans un pot de Nutella.
Et en plus, elle a tord.

Se dit-elle en souriant devant les bouteilles de vodka vides de la soirée d’hier.


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7 juin 2005

Il croyait sentir l’odeur du café un matin d’été; il croyait voir la voisine le saluer en descendant les escaliers; il croyait respirer l’air rosé du petit matin bleu; il croyait effleurer du regard les passants et croyait aussi ressentir de la compassion pour chacun d’eux. Il croyait imaginer les voiture tels des prisons de liberté et les habitudes des uns telles des succubes assoifées revendiquer leurs grains de routine absolue. Il croyait vivre un matin de plus où les enfants crient devant l’école, mais il s’arrêta devant une bouche d’égoût pleine et réalisa que tout ce qu’il croyait n’avait aucun de sens.


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6 juin 2005

Soudain, plus rien n’a de valeur. Tout est congelé et réchauffé. The very meaning of her life seemed artificial and dead, a-t-elle lu une fois dans un magasine féminin.
Juste à cause d’une fichue chaise 3D impossible à rendre avec les mappages corrects. Juste à cause des ricanements sous cape de ses collègues. Juste à cause de la somme infinitésimale des détails routiniers jamais remarqués, mais soudain là , évidents, immenses, grotesques, difformes. Soudain, plus rien n’est logique et plus rien n’a de sens.
Le plan circulaire et plat de sa vie prend un angle bizarre, et au-delà de l’horizon trépignent des êtres flasques dont chaque geste est une invite spongieuse à l’évidente absurdité de la suite de ses jours.
Elle sort du boulot, se rend à la gare, et part pour… quelque part, nulle part, qu’importe.


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5 juin 2005

– t’as faim ?
– non
– t’as soif ?
– non
– t’as envie d’une femme ?
– non
– t’as envie d’un cadeau ?
– non
– t’as besoin de tunes ?
– non
– tu travailles ?
– non
– t’es heureux ?
– non
– t’es malheureux ?
– non
– …
– …
– tu sais dire autre chose que non ?
– oui


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22 avril 2005

Mme Rogivu monte les escaliers. 184 marches : elle les monte lentement, une après une, lentement : chaque jour. On lui a bien répété et répété qu’il fallait se trouver un appartement au rez, que le cinquième étage n’était pas fait pour une dame de son âge, qu’éventuellement, une maison de retraite… La concierge, une jeune blonde aux cheveux gras, secouait la tête, accrochée à son balai, sermonnant qui voulait l’entendre : « …à 85 ans, vous pensez, c’est une folie ! » Mais Mme Rogivu poursuivait, une main sur la rampe, l’autre tenant ses courses, elle montait, depuis cinquante ans elle montait. Elle avait son secret : c’est parce qu’elle montait qu’elle était toujours en vie.
Et c’est aussi en montant qu’un jour elle trouva la mort.
Avec le sourire.


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10 avril 2005

Les murs boursouflés suintent une humidité que l’homme au milieu de la pièce, sur sa chaise, ne voit pas. Des camions de banlieue passent l’un derrière l’autre sans s’apercevoir qu’ils forment un train ininterrompu de roulements, tremblements, vie d’écart en écart constipée comme un bouchon d’autoroute en cercle. L’homme sur sa chaise ne les entend plus, il regarde le plateau à ses pieds. Il repense aux nuits passées à faire le tour du périphérique inlassablement. L’unique fenêtre est embuée, pourtant il fait froid, le givre étincelle. Un peu comme le plateau à ses pieds, où s’alignent des bistouris de tailles diverses, des aiguilles à coudre et même un couteau plus large. Des nuits à tourner en rond sur le périf’, à scander ce verbe parfait. Le raccourci sublime du boulevard désert de son existence; cette ruelle sombre qu’il n’avait jamais remarquée. La prendre, avec ce verbe parfait, ce verbe lumineux, joyau hurlant, émeraude obscur.
Disparaître.
Longtemps, il a vécu le tam-tam de ce verbe. Puis ce fut « changer de vie ». Enfin, au cœur d’une nuit sans rêves, il s’arrêta, assis sur cette chaise au milieu de la pièce, il s’arrêta sur : « changer de peau ». Les bistouris souriaient.


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30 mars 2005

La main qui parcourt l’échine souple, elle qui répond en s’étirant lentement, distraitement sur le clavier, vase gracieuse d’un périple d’endorphines si tentantes, et le cliquement sur le fichier, doux le cliquement, cotonneuse morphine d’envies d’images souples au-delà du cliquement, la main qui redescend, elle qui répond, attendrie par la flatterie, et puis la main l’agrippe plus fort, coquette elle se tend, mieux sentir l’agilité de cette pression, suivre le regard dans sa quête d’écran, l’influx tendrement descend de la moelle et se répand plus bas, tandis que le film sur l’écran répond aux va-et-vient. Couple maudit roi des couples maudits car il n’en est pas un, de couple, la main reçoit la semance de tout son amour désabusé, alors qu’elle, indifférente, a soudain le dos rond, ramollit, et disparaît dans l’antre moite de sa braguette.


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12 mars 2005

Il aime rentrer chez lui tôt le soir. Il aime voir ses enfants l’ignorer lorsqu’il referme la porte. Il aime sentir sa femme lointaine, absorbée par autre chose que sa présence. Il aime se retrouver chez lui tout en ne reconnaissant rien de chez lui. Il aime errer dans le hall et le corridor la nuit alors que femme et enfants dorment. Il aime entendre le chat miauler juste pour lui demander de remplir la gamelle. Il aime tuer.


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6 mars 2005

Zoé aime manger des fruits en hiver. Zoé aime leurs sucs. Elle mord à pleines dents et plus que d’en goûter la saveur elle goûte cette sensation de filets de jus coulant sur ses mains, le long de ses bras, autour de sa bouche, descendant son cou, s’étalant plus bas. Quel délice, lorsqu’une orange qu’elle presse sur son visage parvient encore à mourir d’une goutte innattendue sur la pointe d’un sein !
Zoé mange des fruits nue.
De préférence, au coeur de la nuit, parce que le coeur de la nuit, c’est un peu comme le coeur d’un fruit. Elle aimerait presser ses nuits à en faire jaillir un sang d’encre, une essence saumâtre, une boue nocturne qui, oh oui s’il vous plaît !, irait s’écouler sur les corps gras des Endormis les bienheureux.
Zoé s’autorise des mâles parfois, qu’elle va cueillir dans les lieux de perdition, où ils poussent en abondance, les errants de l’existence, les vagabonds de l’âme dont la liberté n’a d’égale que l’ivresse. Ils rentrent chez elle les yeux brillants, la salive aux commissures. Ils en sortent pressés jusqu’à la moëlle, par le siphon de sa baignoire.
L’été, Zoé mange des fruits secs. De la route, elle observe au loin sur la plage ces corps huileux qui s’étalent comme un rôti de porc à l’orange mijotant jusqu’en novembre.


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25 février 2005

Et quand il réalisa qu’il n’avait plus à rien dire, il continua à parler de plus belle, et non seulement il continua à parler de plus belle, mais il parla de plus en plus fort, si fort qu’il se mit à crier, puis à hurler.

Il n’y avait plus rien à dire, elle partait, et il hurlait.


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19 février 2005

Nous ne sommes pas rentrés en collision brusquement aux coins des hasards, nous sommes bien trop parallèles pour cela. Je t’ai découvert lentement, comme un trésor au fond d’une grotte bizarre. Une amitié qui a vieilli, puis elle s’est dressée en amour. Quel conte de fée ridicule ! Durant des mois, j’avais mon prince charmant sous le nez, nous nous sommes avancés, rapprochés, rapprochés, repoussés, je voyais seulement une danse agréable où pouvaient s’échapper mes rancunes et autres déceptions, alors que c’est la valse de l’amour, paraît-il. On s’est retrouvé couchés ensemble pour que je réalise enfin que tu étais devenu plus qu’une bouée contre les maux de mer, que je m’étais efforcée bêtement de dessiner autour de toi le doux halo du chevalier servant. Vois-tu, mes vieux rêves d’adolescente s’accordaient plutôt à une certaine filmographie doucereuse, où toutes les émotions se contractent si vite, l’amour n’a que deux heures pour exploser et s’évanouir, où s’aimer veut donc dire se croiser par hasard, se remarquer presque immédiatement et s’embrasser, avec en un éclair cette dose de bonheur fou et de larmes inévitables. Ainsi m’étais-je habituée à croire que l’amour apparaît subitement, comme une sorte d’illumination au milieu de la banalité.


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18 février 2005

Le bébé hurle. Bouche grande ouverte et noire, yeux férocement fermé, secs. Il ne pense à rien d’autre qu’à l’écho le plus long possible de ses hurlements. Ils doivent envahir le monde qui le cerne, le monde entier, quelle que soit son apparence au-delà de ses paupières férocement fermées. Le bébé hurle sans larme. Il ne pleure donc pas. Il se contente de produire ce son innommable, éreintant, inquiétant. Attribuer une raison à ces cris sans répit d’animal égorgé. Mais il n’y a pas de raison. Le bébé est rouge et gonflé, répugnant : éclatera-t-il ? Même pas, toujours et encore sa plainte assourdissante qui envahit le monde.


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16 février 2005

Pluie glaciale dans la nuit. Fin d’hiver achevant un printemps raté d’avance. Je tourne en rond depuis que la femme de ma vie m’a quitté pour un faux pédé. J’embrasse trop souvent le goulot, sinon rien, je répugne les snobinardes guindées, j’intrigue seulement en tant que créature empaillée du Musée de l’Impossible les artistes dépressives, et je fais peur aux autres quand je m’allume une clope ou quand je souris. Bref, j’ai dégueulé à la Saint-Valentin, quoi. Passé un temps en solitaire du cul à m’automalsatisfaire avec ce régime asexué de cassettes pornos et de jambes croisées dans les bistros, et j’ai du commencer à m’intéresser de plus près aux solutions alternatives. Il faut savoir que je suis une bête de sexe et quand trop longtemps je n’ai pas quelque chose de vivant pour nourrir mes parties frétillantes je deviens dangereux pour moi-même comme pour les autres (une fois, j’ai avidement accepté de me faire draguer et plus par une nympho de 13ans dans les chiottes de Bellerive, pour me faire compacifié une seconde plus tard pris sur ce coup impubère par son père gorillesque…j’évite la jeunesse maintenant, elle me fait trop mal). Ce qui me mène piteusement à cette nuit mouillée du Flon, à cette première pute inaugurant mon voyage pervers. En fait, pour un début, Aphrodite là -haut m’a bien arnaqué. Tout concorde on dirait, en face de mon humeur baveuse, j’ai un masque peinturluré dégoulinant grimaçant sa fausse gratitude. Elle est immonde. Est-ce tout ce que je mérite?… L’Apocalypse à forme humaine. Une erreur génétique invraisemblable évadée d’un laboratoire souterrain oublié. Le résultat médiocre d’une formule alchimique du dégoût. Un nez globuleux et rouge et je me croirais au cirque tellement elle est maquillée. Et au chaud dans la voiture, elle me sourit, doublement avec ses mentons, comme si j’étais le petit-fils de grand-maman auquel on va offrir une gentille sucrerie. A vrai dire, elle ressemble à ma grand-mère. En plus grosse et usée. Hélas, je n’exagère rien. Mais je ne peux plus faire machine arrière; qu’est-ce que je serais supposer faire? Stopper, ouvrir sa portière et lui balancer quelque chose dans le genre: casse-toi t’es vraiment trop moche je peux pas payer pour ça? Comme je l’ai dis avant, j’ai du respect pour les femmes, même quand elles sont exécrables sous tout aspect je reste poli. Et là , je vais donc devoir baiser par politesse…mes fantasmes masturbatoires répétitifs ne m’avaient pas vraiment préparés à ça: je voyais la grosse pute salope genre magazines pornos & Cie, et là je me retrouve avec la grosse pute, rien d’autre merci. Plutôt brutal comme confrontation avec la réalité pour l’être sensible que je suis. Certains spécialistes ou perfectionnistes se demanderont à juste titre comme j’ai pu m’arrêter devant un tel monstre (le terme n’existe pas au féminin, inventez l’équivalent), je répondrais que ma nervosité hallucinatoire avait déjà tout construit à l’avance, que la succession de ces quelques instants jubilaires précédant mon arrivée sur place était déjà travestie par mon désir intense de voir ce que je m’étais concocté mentalement chez moi. Comme un mauvais cuisinier, j’avais joliment écris la recette, mais le repas était à dégueuler. En flashs cinémas, l’explication de ma misère malencontreuse donnerait sans doute cela: les essuie-glaces repoussent péniblement un déluge réconfortant, la voiture chuinte le long de la route de Genève, lumières oranges éclaboussées sur le pare-brise, orange puis ombre orange puis ombre orange…, personne, je dépasse le quartier mort du Flon en cette nuit début de semaine, mets la radio un peu plus fort pour me consoler, malgré que je ne trouve pas l’objet de ma soif sexuelle j’ai l’impression de mieux respirer, d’être étrangement réconforté – la pute te confronte directement à la lâcheté de tes désirs, je fais deux fois le tour de ce désert aquatique sans résultat, je fuis presque et voici bien sûr au dernier moment l’ombre mouvante tant attendue, tant préparée, lorsque courageusement je freine elle se détache du mur et s’approche rapide courbée comme une sorcière ou une araignée, déjà là je sens un malaise au milieu de mes frissons de plaisir, mais je l’attribue à un excès de timidité et non à ce que mes yeux me servent crûment, car cette ombre n’avance pas royalement sensuellemnt, elle dandine, elle patauge, elle rebondit presque contre la voiture, moi je ne vois que la fée pulpeuse qui attrapera avidement mon sexe donateur, je vis un film où mon imagination possède tous les droits, me penchant pour ouvrir la portière je suis soudain ébloui par un lampadaire et trempé par la pluie, la voix pourtant est succulente : « Salut, tu veux baiser ou tu veux te faire sucer? », je succombe, « baiser c’est combien? », « 100 pour toi mon chéri », je bande, « d’accord », aveuglé comme en amour, voilà le début du drame. Je redémarre et constate de biais l’erreur l’horreur. La baise vite fait, même gratuite, c’est aussi simple que ça: tu agis, après tu te morfonds.


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