35 poèmes, textes, dessins, extraits
Actualité littéraire admin
:: 2 janvier Grand Chalet Leysin
:: 29 décembre La faiseuse de mondes
:: 23 décembre Le clou
:: 20 décembre Quand on s’endort
:: 6 décembre REP Gérard Delaloye ou La solidité de l’Existance
:: 14 novembre Que dire de plus?
:: 30 septembre Rêve d’architecte
:: 10 août Celui qui n’en était pas un
:: 8 août Rêve d’architecte
:: 1 juillet La valse sans temps
:: 28 juin Tout est architecture
:: 24 juin L’antre des Gobelins
:: 24 mai L’écrabouillement des rêves
:: 10 mai Entre les mots
:: 8 avril Je suis las du chaos de leurs vies
:: 18 décembre Les amours passés
:: 21 novembre Laetitia, mode intérieur
:: 20 novembre Mirko, joie et tristesse
:: 14 novembre Un monde sans travail
:: 5 novembre A la fleur le long de mon chemin
:: 21 octobre La lumière ne vient plus du soleil
:: 6 septembre 1 mois et demi plus tard
:: 27 juillet Dans la même voiture
:: 24 juillet Dans le même lit
:: 29 mai L’information
:: 21 mars Aranyo
:: 29 janvier Do not go gentle into that good night, traduction française
:: 9 décembre L’Architecture de l’image, à la réalité
:: 20 novembre La Pente en Architecture, l’exemple du Lavaux
:: 13 novembre Les mailles métalliques
:: 24 octobre L’échelle
:: 23 juin Du groupe à l’humanité
:: 6 juin Il y a des rencontres qui
:: 3 juin CrissieR1
:: 25 avril La somme du vide
RSS Actualité littéraire de la grande villeRSS Actualité littéraire de la petite villeRSS L’actualité littéraire des Inrocks
24 septembre 2007

Je ne sais pas vraiment qui elle est. Pourtant je l’ai rencontrée la première fois durant l’été 2000. Je m’en souviens bien c’était exactement 6 mois après mon retour du pélerinage à pied de Lausanne à Compostelle. Durant ces années de tchat je me suis beaucoup confié à elle sans jamais la rencontrer. Mais le temps n’a pas d’importance. Quand je tchate, le temps prend une autre forme, il se dilate immensément lorsque les mots sont inscrits sur le clavier, et puis il est réduit à rien lorsque les mots sont envoyés. Ainsi nos rencontres se sont succédées durant des années, collées les unes aux autres par un temps agglutiné. Ces contractions donnent aux dialogues une aura d’intemporalité. Mais à l’inverse de longues lettres, tout est soudain contenu dans l’instant du dialogue, et devant mon écran c’est comme si je la retrouvais dans le métro par hasard. Nous sommes flous de corps et de visage l’un pour l’autre. Nous sommes des possibilités physiques. Ensuite nous allons ensemble parler dans un bistrot, où je m’adresse à un fantôme mouvant et elle aussi, avant de disparaître à nouveau dans la cohue, dans le brouillard des jours, je ne sais pas jusqu’à quand, ni jusqu’où. Dans l’apesanteur du virtuel, j’ai ainsi flotté autour de Kalissea durant des années. Je la provoquais, je l’attaquais, je lui demandais des réponses qu’elle n’était pas en mesure de me fournir parce que mes questions n’avaient sans doute de sens que pour moi-même. Ultimement, je collais sur son être éthèrique le rôle de la page blanche. Je savais qu’elle était là à m’écouter, que dans ses longs silences je ne devais pas attendre de réponse, et j’écrivais sur mon écran comme si j’avais pu m’adresser à une page vide qui m’aurait compris entièrement. Kalissea a été ma Lectrice, sculptée dans mon espace virtuel comme une sainte au sommet d’un portique, penchée sur moi dans l’éternité noire de ses silences d’écran. Et, lorsque mes monologues semblaient vains, alambiqués, tautologiques, elle me souriait doucement pour m’inviter à poursuivre par une phrase laconique qui néanmoins me donnait soudain tant d’espoir, tant de ferveur, d’être encore entendu. Elle a vécu des années à Genève. Puis quand j’ai commencé à y travailler elle est partie loin. Comme les fées qui s’évaporent près d’une brindille trop secouée, et je ne le regrette pas, parce que c’est comme les fées justement. Elle est partie en Afrique, naturellement, comme il se doit. Dans cette zone de mon imaginaire où tout est encore permis, où tout est encore, si près de l’abîme, souriant.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
18 septembre 2007

S’il y a quelqu’un sur cette planète que je n’ai jamais rencontré, c’est bien maggic.  Il n’a strictement rien à voir avec ma vie de tous les jours, et pourtant il était le premier que je saluais, tôt avant 7h du matin et le départ vers la gare, devant le café dans la pénombre de mon grenier. Quand j’ai déménagé à Paris, sans le savoir je l’ai embarqué avec moi, et là -bas il fut sans doute une des personnes de Suisse avec qui je parlais le plus. Et puis avant mes longues nuits sans sommeil je lui apprenais tout de mes petites misères, auxquelles il réagissait souvent avec humour, avant d’aller se coucher, aussi régulier qu’un pendulaire, vers 23.30. maggic n’a pas de corps, pas de visage, il n’a pas de voix, d’ailleurs il n’a même pas de majuscule! Il existe quelque part un peu hors du temps et tout à la fois profondément ancré à la réalité. A ma réalité du moins. Il fut un confident, un punching-ball, un savant jongleur de mots, et pour moi qui aime tant communiquer uniquement grâce aux fioritures scintillantes des lettres sur l’écran, ce fut une aubaine que nos chemins se fussent croisés. Et ce fut aussi une aubaine que notre rencontre n’ait jamais eu lieu. Parce qu’il y a des rencontres qui se sont déjà produites alors même qu’on ne se connaît pas encore. Sans être intenses ou éclatantes, elles se répètent inlassablement et naissent d’elles une sorte d’amitié pointilliste tout à la fois détachée et nécessaire. Nous n’avions simplement pas besoin d’en savoir plus; et ce petit espace vide, inconnu, entre nous, cette possibilité que cet autre soit un peu de moi-même tout en étant ailleurs et totalement autre, me donnait un peu plus confiance en ces inconnus là -dehors auxquels en général je ne crois pas. Quand on parvient à maintenir ainsi un tel équilibre (entre l’envie de se rencontrer et la conscience de la vanité d’une telle envie), la tension ainsi créée auréole le tchat d’une certaine forme de pureté. Sur IRC nos échanges étaient toujours publics et l’éventualité d’un voyeur nous lisant dans nos délires et analyses et jeux de mots, leur conférait l’excitation d’un débat public. Le plus souvent j’étais pessimiste, destructeur et désenchanté, tandis que maggic s’amusait de moi et de mes petits coups de dent. Je crois avoir incarné pour lui une certaine forme de liberté, un vagabondage lucide loin de sa routine, alors qu’il représentait la possibilité de vivre un quotidien, peut-être ennuyant, peut-être répétitif, mais au final un quotidien dans la paix et la bonne humeur. J’ai quitté notre salon de discussion il y a quelques mois, peu après la naissance de son enfant, mais ce ne fut sans doute qu’une coïncidence. J’ai été soudain effrayé à l’idée que mon existence pût s’enfoncer continuellement, si loin de la réalité. Mais maintenant, pendulaire, j’en ai peu trop, de réalité. Et me demande si je ne fus pas plus heureux là -bas, au creux de… de ces longues discussions, de cette appartenance à un univers souterrain, tel un ordre secret, dont la virtualité était une mascarade cachant que je m’y exprimais pour y aller à l’essentiel.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
13 septembre 2007

Reclu à l’intérieur de mon pessimisme et de ma mélancolie quotidiens, parfois je vois défiler entre les chewing-gums sur le trottoir, les yeux d’Antoinette. Je les vois qui me sourient, confiants et lumineux, noisettes pétillantes à l’assaut de l’existence, et ils me donnent envie d’un peu plus respirer les matins bleu pâle de septembre 2007. La vie l’a jetée parterre, soulevée par le cou à bras portant, et jetée contre des murs en béton, et encore, la vie, inlassable, a tenté de l’étrangler. Sa paume immense, qui ne voit pas, qui n’entend pas et qui ne sent rien, lui a écrasé la poitrine, le visage, le corps entier. Un jeu, un simple jeu parmi d’autres continuant à marcher comme si la vie était naturellement gentille et fluviale. Pendant qu’Antoinette hurlait. Dans son sourire, je revois l’immense contentement, l’indéniable paix, d’être revenue de cet hurlement-là . Le mesquin en moi répliquerait: à chacun ses coups durs, on s’en sort comme on peut, pas la peine d’en faire une montagne. Mais justement le souvenir d’Antoinette règle en moi le volume du désespoir. Il me permet de rire de mes désarrois, ou au contraire d’éclater de colère quand il le faut. Elle me donne du courage aussi. Non à cause de la quantité de malheurs dont elle a su sortir, mais grâce à cette force liquide qui lui permet de s’élancer, de se tendre vers l’horizon comme une flèche parfaite, de se regrouper et d’exister presque avec férocité là même où elle se tenait auparavant, disloquée. De réussir à éclater de rire à la gueule de l’adversité, de tendre la main à la vie, encore et toujours. J’ai le droit bien sûr d’être triste ou las, mais jamais je ne me laisserai totalement abattre. Et Antoinette fait partie de ceux qui me donnent la main et me permettent de me redresser par la seule force du souvenir.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
11 septembre 2007

Je n’ai aucune idée de la longueur de ce train. L’ayant entrevu sur la carrosserie au moment de monter, je sais uniquement qu’un wagon standard mesure environ 25 mètres. Mais je n’ai pas idée non plus du mécanisme détaillé faisant que lorsque je tape sur les touches d’un clavier des lettres apparaissent à la surface de mon écran. Après, on s’étonne de vivre dans un monde où les gens se suicident, où ils sont pédophiles, où partout errent des âmes en peine, comme moi dans mon train, et comme toi, et beaucoup, beaucoup, beaucoup d’autres, errant à la surface du globe, vacillant au sommet de cette prodigieuse quantité de savoirs et de savoir-faire et de méthodes, et de techniques et d’ingéniosités. D’inventions réinventées et améliorées et rapetissées au point que bientôt je m’asseyerais et n’importe où une chaise me saluera d’un suave: "Bonjour, David Ruzicka. Portez les slips Naguerre, pour un plus beau derrière." Il n’est désormais plus possible pour un être humain d’avoir une compréhension explicite du monde dans lequel il est né, qui a été créé et qui est recréé en permanence, à l’image de ces chantiers de ville qui ne finissent jamais, par les autres autour de lui et par lui-même autour des autres. Le cerveau de l’humanité est à l’image des particules d’humains qui le composent: il ne se comprend pas soi-même. Alors dans ce mystère constant, totalement inventé par nous, je me plonge et j’invente encore d’autres phénomènes et je me berce encore d’autres idées et je m’enfonce vers d’autres mélancolies, tournant le dos, peut-être définitivement, à ce qui est construit, au devenir permanent, ne cherchant plus ni à comprendre ni à voir le beau, ou m’imaginer comprendre ou à m’imaginer voir le beau, mais dérivant à la suite de millions d’autres riches et ennuyés vers un horizon pâle, éblouissant et fatiguant. Tandis que Cricri, lui, non. Rempli d’une candeur infatiguable, il est constamment à la découverte de, à la recherche d’un pourquoi, et s’il ne comprend pas comment se propagent les ondes éléctromagnétiques, qu’à cele ne tienne! Il voudra comprendre la personnalité et les raisonnements de celui qui tentera de les lui expliquer. Car quelle que soit la complexité tissée de nos nouveaux univers, derrière tout cela cogitent des humains, avec des cerveaux semblables, avec des pensées banales, des désirs humains et des ambitions humaines et des vies. De vies à profusion. Chacune avec son hisoire, chacune, chacune, brillant de sa trace exceptionnelle, aussi magnifique que soi-même et aussi mystérieux qu’un fossile du Crétacé. Ainsi Cricri trace ses généralités, ses conclusions sur une unique entité aux facettes infinies qui contiendrait tous ceux qu’il croise et beaucoup de lui aussi. Il recherche avant tout l’autre et dans l’autre ce qui fait qu’on est un peu tous semblables et un peu tous différents; promenant son regard sur la crête fine et fragile de laquelle s’envolent nos rêves. Tandis que d’autres dans leurs coins obscures se moquent obscurémment de leur propre obscurité et de l’irrévocable éloignement des autres, se moquent de lui, le voyant comme un doux gentil qui s’obstine à plaquer de doux concepts sur la permanente maladie de l’homme: exister. Pour s’aider à fuir le temps plus doucement.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
9 septembre 2007

C’est incroyable comme l’envie d’aimer peut se superposer à l’envie d’être aimé. C’est incroyable comme il est difficile de ne plus vivre sous l’égide d’une relation qui a duré des années et qui a établi des règles et des droits et des libertés. C’est fini, elle est partie, et pourtant je continue à vivre comme si elle était encore là . Elle était toute mon envie d’aimer et d’être aimé mais maintenant il faut que j’aime sans connaître ce qui me sera donné en retour. Et j’ai peur, et je me méfie. Mais en même temps j’ai envie, j’ai envie de quelque chose de grandiose, d’encore plus grand et d’encore plus fort que ce qui a disparu. Mais on sait bien que l’amour ne se mesure pas au nombre d’années. Qu’il peut être totalement là dans le présent, offert et magnifique, aussi soudain qu’une naissance. Qu’une naissance. Et puis ce jaillissement me plonge dans le doute, dans l’évasion, dans l’étrange absence que le quotidien renouvelé ne parvient pas à combler. Toutes ces années… et puis là , juste là , maintenant, comme ça, soudain plus rien n’existe de celle qui a été aimée, et je dois exploser, irradier, montrer comme je peux aimer et comme je peux être aimé à nouveau, brusquement, dans un recommencement qui paraît tout à coup si futile. Qui résonne si fort comme un renoncement. Parce que j’aime, je peux tout recommencer, mais parce que j’aime, je dois tout recommencer.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
8 septembre 2007

Quand la cocaïne rentre dans tes veines directement l’effet est comparable à un éclat de jouissance étalé. Il est prolongé de quelques secondes, une vingtaine peut-être. C’est assez court. Mais ça dépend évidemment de la dose injectée. Je me souviens d’une totalité blanche sans émotion, sans pensée et sans réalité. A ma bête échelle de mâle l’explosion orgasmique est évidemment ce qui s’en rapproche le plus. Zelda avait enfoncé cette jouissance en moi et en ce sens elle avait incarné ma soumission totale à l’autre, à l’inconnu. A l’étrangeté. Ou la sublime tentative de la femme de défoncer l’homme. Et cette excitation incohérente qui coule et respire la liberté infinie. La chaleur sur la ville explosait en brindilles de possibilités et chaque lumière dans les gratte-ciel m’irradiait. 20 secondes. Le reste n’est qu’envie de. Espoir de. Fredonner de. Un blindage intime trop puissant ne m’a pas permis d’aller plus loin. J’ai trop peur d’oublier la précision de la réalité. A l’inverse de Zelda, qui avait peur de la voir trop exactement. Elle était pour moi cette tentation d’oublier tout. Et logiquement j’étais pour elle cette envie de toucher à nouveau l’existence sous sa lumière crue, sous sa lumière authentique. Une de ces lumières matinales de gare où on se dit "ah merde je me suis levé trop tôt" avec ce lundi clignant des yeux devant les jours improbables qui vont s’efforcer de suivre. Et moi qui suis resté à genoux avec cette aiguille plantée dans le bras comme pour me dire que l’éclat blanc durera toujours. Je ne peux m’empêcher de penser que depuis elle a poursuivi son ascension vers la réalité. Qu’elle mériterait pleinement, qu’elle pourrait engranger totalement, qu’elle explorerait comme une enfant devant un Noël qui ne lui a jamais été offert. Et que depuis j’erre à la recherche d’un éclat semblable à cette infinie soumission à l’autre. A l’inconnu. A la possibilité de tout.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
6 septembre 2007

Il y a un peu de tout le monde en chacun de nous. Il y a un peu de Patrick à côté. Au Kenya en 1994, lors d’un été si chaud qu’il ne faut même pas le mentionner, certains touristes méticuleux se demandaient pourquoi tressautait dans les fougères ce large chapeau de chasseur de papillons sur fond de lions ennuyés. C’est là que j’ai vu la photo de Patrick la première fois, bondissant dans le flou de la chaleur devant un lion ébahi. Je ne crois pas qu’il chassait vraiment des papillons – il ne connaît rien aux papillons – mais il fallait qu’il soit là . Un peu plus tard il vagabondait à Monaco dans une Triumph Spitfire décapotable sans doute empruntée à un garagiste qui affolé ameutait toutes les polices de la ville. Patrick est celui qu’on aimerait être tout en ne sachant pas très bien qui c’est. Il y a un peu de son regard et de son air faussement ahuri dans un coin de toutes ces photos de magazines surprenant les stars dans un éclat de flash. Si vous regardez bien, peut-être que vous le remarquerez. En fouillant dans les archives de France Culture vous l’entendrez aussi répliquer d’impertinentes questions à quelques grands philosophes de passage sur les ondes. Mais certainement que vous l’avez remarqué animant une soirée sur la scène d’un club med. Parce que Patrick est un peu partout, il est celui qu’on n’attend pas mais qui est là plus que les autres. Une fois je l’ai remarqué à un gala mondain parcouru de plantureux mannequins sous les projecteurs d’une fameuse terrasse de la rade genevoise, il avait arraché le micro pour une longue tirade, un tantinet dramatique, sur la disparition des pingouins d’Afrique du Sud. Il manie à merveille cet art de surprendre là où il faut surprendre et surtout de surprendre là où il ne faut pas surprendre. A un repas entre amis il a avoué, dans un moment de silence ennuyant comme il en advient trop souvent, que la pornographie n’était pas trop son truc et que si on lui proposait encore de participer à un film il n’accepterait qu’en la présence de guest stars. Mais en même temps qui a sa propre vie? Patrick n’a pas la sienne plus que d’autres, mais au moins il est un personnage. Un caractère sorti de la pièce d’un génie pour jouer tous les rôles auxquels on rêve dans le train-train. Avec ce panache et cette grandiloquence qui n’a d’égal que le mensonge. Mais un mensonge doux et enviable: la recomposition tendre et subtile de la réalité par amour des autres.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
14 juillet 2007

Il y a parfois des clients pour lesquels je suis totalement transparent. Ils me voient, ils pourraient me toucher s’ils s’approchaient. Ils se contentent de m’offrir ce sourire désincarné me rappelant qui je suis pour eux: juste un employé. Un rouage, ce petit écrou que des main sales huilent de temps en temps grâce à une pipette qui s’infiltre dans les méandres d’acier et de sang chaud de la grande machine. Sylvain me vient alors à l’esprit. Toute cette farouche intelligence s’obstinant à lutter contre l’hypnotique mécanique du système. Avec finesse, un rationalisme horloger, il balaie les conventions. Emergeant au-dessus des petites arêtes boisées des mécanismes sous-jascents du Bon Ordre Global, ses vues révèlent les secrets sous le déroulement abrutissant de la réalité médiatique. Sylvain est un révolté de l’état actuel des choses. Mais pas de ceux qui se révoltent parce qu’une campagne marketing aussi subtile que massive le leur a suggéré. Il lit au travers des événements et des phénomènes, et interprète. Parfois, ces réflexions l’amènent à des conclusions s’apparentant à de la paranoïa. Parfois, ces conclusions paranoïaques sont en-deça de la réalité. C’est dire à quel point il peut exister dans une réalité décalée des autres, et cela fait de lui un marginal presque naturel. Un soldat contre le système tout cuit, un dissident de la démocratie prémâchée et liquide. Il aurait pu aller trop loin hors de la société. A cause d’une épuisante dislexie, ces visions critiques de la société n’ont pu être couchées en mots, lui fermant du coup un intégration bâtarde au travers par exemple de l’écriture journalistique ou politique. Cette assimilation étant impossible, il aurait pu en accuser encore et encore le système, de ne pas l’accepter parce qu’il le comprend trop bien, le voit "trop" entièrement en ne pouvant partager avec lui ses visions, et cette exclusion aurait abouti à une aliénation pathologique. Voir et critiquer, lucidité, voir et critiquer, lucidité, voir et critiquer, lucidité, etc. Tel un tourbillon hargneux et vengeur, et si gorgé de larmes qu’il en devient presque paisible et doucâtre par moments, l’éloignant toujours plus de la surface et nourissant au coeur son amertume.  Mais la naissance de sa fille lui a donné la main. Cette attache tendre et prosaïque au Grand Système Global l’a sauvé.  Sa révolte a été tempérée par l’obligation de suivre un rythme précis, ancestral, une sorte de danse ancestrale, au fil des jours, des semaines et des mois au côté de sa fille. Par exemple, je pense que s’il avait eu tout le temps de réfléchir à quelle direction prendre dans l’action parmi la multitude de possibilités que sa pensée critique lui offre en permanence, en définitive il n’aurait rien choisi, restant assis dans cette vapeur du tourbillon agréable et paralysante. D’être à côté d’un enfant sans arrêt et de n’avoir plus le temps, ou d’avoir l’impression de n’avoir plus le temps de rien faire d’autre, opère une sélection radicale dans le besoin d’agir. Une sélection qui lui permet de canaliser sa force et son intelligence dans des intentions plus précises et des objectifs plus aiguisés. De ne plus gigoter dans la complainte analytique ou l’expectative.  En exergue, l’enfant lui tire la main en riant et l’amène à danser, preuve d’humilité et d’acceptation, en compagnie de paysans pour la plupart arriérés, qui eux-même tireront la sarabande vers les élus locaux, et des élus locaux à des entrepreneurs de la région, et des entrepreneurs de la région à des conseils d’administrations citadins… Et le système, certes toujours aussi pourri, d’écarter les bras et de taper dans le dos de Sylvain. Qui lui n’aura rien oublié, avec son mince sourire en coin, derrière ses lunettes en éclats d’esprit, il serrera des mains, parfaitement conscient du sens de son acte.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
10 juillet 2007

Il n’y a personne qui ose entrer dans cette grotte. Souvent ils tournent autour de mon trou, mais sans réel intérêt ou véritable envie. Ils ont peur. Sauf elle. Parfois je me retourne à l’improviste et mon regard difforme, monstrueux, cette chose obscure qui me sert d’observatoire sur le monde, tombe sur elle. Je me rappelle, à une époque, dans cette posture attentive, quand le monde s’efface totalement autour d’elle, ses doigts tournaient dans ses cheveux. Cette manière de ne plus exister soudainement, les immeubles s’effondrent autour d’elle, tout tombe en miettes et les rues s’évaporent dans des nuages de poussière où seule elle se tient, au sommet d’une improbable éminence, en train par exemple, de lire un article. J’aime cette possibilité de disparition totale que son regard absolu me suggère si souvent. Elle a cette manière d’observer le monde comme un phare frappé par des vagues de néant. Elle n’a pas de limites, elle a décidé une fois de ne plus se donner de limites. Et si dans un sens elle est ainsi comme une nonne acceptant tout de ce qui vient sur elle du monde extérieur, sans même la force de pouvoir le refuser, dans un autre sens cela lui permet de tout comprendre et de tout accepter. Et si ce phare s’arrête sur toi, sois sûr qu’à un moment tu baisseras les yeux, de peur d’aller trop loin en sa compagnie, de peur d’atteindre trop vite en face d’elle tes propres limites. De ce fait, sa relation avec les autres est souvent une forme d’expérimentation intime. Il faut savoir aller loin pour qu’elle reste intéressée par toi. Il faut savoir aller trop loin pour toi, parce qu’elle te tiendra la main l’air de rien et ensuite elle te jetera dans les vagues, là où tu n’as plus fond. Sans cesse, elle a conscience de sa présence et de son acte, mais elle a trouvé une issue à cet enchaînement: plonger dans l’acte. Quel qu’il soit, plonger dedans. Et du fond de ma grotte j’ai la surprise de sa lumière, toujours insistante, et toujours inextinguible, où je la vois briller comme une fée toute-puissante qui n’aurait pas le droit d’être là , de la courbe de sa nuque fragile, vaguement illuminée, à la pointe de son épaule, iridescente le long du bras fin comme une branche avant l’hiver, et son corps entier se révèle dans l’obscurité, cisaillant un instant l’air, les muscles fins, les arêtes translucides, et pourtant ses courbes se déhanchent comme une esquisse au fusain. Déondulant comme un noir désir. Elle est faite pour cette époque, pour cette histoire, pour cet instant, dansant sur un char techno, chacun de ses regards vers la foule serait un geste, un mouvement, une grâce, un exemple et une offrande pour la femme du 21ème siècle. Mais elle n’est pas là . Elle est juste dans ma grotte. Comme elle le disait il n’y a pas longtemps, dans un de ces moments où plus rien n’a aucun sens et où elle se retrouve, pantoise, au bout d’une longue suite d’instants dans lesquels elle s’est immergée, je suis son point final. La frontière au-delà de laquelle toute liberté sera associée à un manque, au vide, et à l’échec. Pourquoi? Parce qu’elle est ce phare, et sa lumière observe la vague immense à l’horizon qui un jour, inévitablement, la submergera et l’effacera, et m’inondera, et m’engloutira aussi. Nos enfants. Et les enfants de nos enfants. Et le temps qui passe. Je suis la fin de son amour et elle est la fin du mien, et quoi qu’il advienne mon amour pour elle ainsi survivra.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
7 juillet 2007

Lorsque je me souviens de Christophe, je repense avant tout à sa surdité congénitale. C’est dommage. Tout un immense personnage qui s’est placé à l’ombre de ce problème d’audition… Fichtre, mille excuses, ce n’est pas un vulgaire "problème", mais une catastrophe de naissance, un Hiroshima personnel l’ayant abandonné, seul miraculé, nimbé de silence dans les vapeurs de poussière, chancelant, agressé par une radioactivité intime pour le restant de ses jours. Certes la surdité congénitale est une catastrophe pouvant annéantir toute une enfance, des jeux impossibles et des petits amis loins très loins plongés dans le silence, faisant du reste du monde un secret encore plus lourd qu’il ne l’est lors de l’apprentissage de l’autre et de la découverte des relations et des réseaux vivants. Un "je t’aime" lancé à une moue timide chuchotant le même verbe en une réponse qui n’arrivera nulle part. L’univers entier se résume alors à des interprétations d’une réalité impossible à partager. Une forme de solitude d’anachorète imposée par la nature dès la naissance, comme une injuste marque. L’amour hurle au fond d’un cachot introuvable. Une marque apposée qui plus est, comme si cela ne suffisait pas, au coeur d’une famille de musiciens! Immonde ironie dont le seul coupable est éthérique. Alors Christophe s’est inventé un personnage autour de son handicap. Un personnage hybride, damné tel un Beethoven, rongé d’angoisses tel un Rilke, romantique et sentimental, mais aussi incisif et aiguisé qu’un chercheur en physique des particules, un Beethoven de la poésie, un Rilke découvrant la femme sur des posters de magasines X, un romantique qui a vu des pays se déchirer à la télé, un chercheur essayant de retrouver la foi, de pardonner Dieu de l’avoir présenté aux autres ainsi. Mais ce personnage, j’essaie de ne pas l’oublier, est bel et bien  une invention mirobolante. S’il ne s’était pas donné cette apparence de poète romantique échevelé rejoint par la folie à un âge où on joue encore dans les bacs à sable, Christophe M. aurait les cheveux nets et bien lissés, des habits soyeux méticuleusement choisis pour leur confort, il serait comme ces masses de lichen, compactes, potelées et bien entretenues à l’ombre des bois. Il entretient derrière son personnage d’artiste illuminé le cercle vicieux du refus et de la peur des autres. Résigné, se condamnant aux limbes de la pensée et préférant se moquer des palabres ridicules de la parole. Mais qu’il retire ses lunettes, repousse un peu en arrière cette tignasse protégeant ses appareils auditifs des regards indiscrets, et soudain c’est un enfant qui apparaît. Un grand enfant immobilisé dans le silence de son enfance, infiniment naïf et tendre. Seul un sourire crispé rappelle l’adolescence frustrée et le jeune âge vexé par des amours rédhibitoires. Ainsi, d’obscure et confus Christophe M. devient translucide, de cette clarté surréelle des eaux des abysses. De terribles orages le traversent, aussi grandiloquents qu’enfantins: saisissant un couteau de cuisine il menace de se le planter dans le ventre, puis mime toute la scène et s’effondre sur le sol, comme mort; une heure plus tard nous buvons un jus ensemble dans la gargote du coin où avec une remarquable lucidité il analyse ses comportements déviés et ses pulsions, tout en rigolant. De ce rire hénissant, cette suite d’aspirations haletantes, comme s’il était sur le point de s’étouffer; un rire si hermétique. Il va trop au bout de lui-même, parce qu’il y est forcé, parce que son personnage le lui dicte, parce qu’il ne veut pas juste être le professeur de français sourdingue et looser mais l’Artiste Maudit (voilà pourquoi son personnage existe). Il peut être agressif envers son entourage, et grâce à une analyse de ses proches aussi fine et unilatérale que pour lui-même, le mal qu’il peut faire est aussi poignant que l’amour qu’il peut donner. Je n’amoindris pas l’ampleur de ces catastrophes émotionnelles qui le traversent, aussi comiques ou lassantes qu’elles puissent paraître lorsqu’on le connait mieux, car lui les vit sans artifice, de fulgurants instants d’émotion pure qui le laissent pantelant. Comme une drogue à l’effet violent et instantané. D’ailleurs je soupçonne qu’il y puise aussi ses amples élans de poésie. Ses amples poèmes rythmant la composition d’opéras de mots, une profusion de sonorités verbales, des orfèvreries de vers, positionnés, échelonnés, hiérarchisés, calculés pour remplir des éternités d’harmonie mystique en l’honneur du personnage sourd qui rêvait d’être compositeur. L’écriture telle une occupation sacerdotale a naturellement envahi son univers silencieux. Avec minutie il classe ses élans, il range ses émotions dans la rime, écriture aussi incisive que son esprit entraîné à l’analyse, et parfois aussi forte que ses jets qui le traversent, et à d’autres moments aussi sentencieuse et fatiguante qu’un ermite radotant dans sa tour. Mais quand tout s’efface, quand il oublie le personnage qu’il s’est composé, ses mots atteignent la puissance des grandes oeuvres du génie de l’Homme, et je retrouve en Christophe le gentilhomme immaculé, un tantinet maniaque, follement drôle, promenant son regard sur tout et tous avec une acuïté inoubliable. Au coeur d’une nuit d’insomnies par exemple. Alors que dans la rue claquent des rires de femmes, des poupées enfantines et pornographique choyées comme des totems, à jamais innabordables tant elles incarnent le summum de ses frustrations dans sa relation avec un monde noyé où, lumineux et idéalisés, île fatidique, l’amour et le divin émergent.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.

 


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
4 juillet 2007

Elle se voit comme elle est, ce qui est rare, mais elle se voit trop comme elle est, et se retient de rêver au-delà , préférant tourner sur elle-même comme une ballerine en attendant l’imprévu, plutôt que de le provoquer. C’est un peu triste. Elle est un peu triste. Ce creux boisé et mélancolique caché au fond d’une vallée si verte, elle en arrache les mauvaises herbes, le tient vivant. Elle n’ose pas assez profiter des autres et cherche excessivement à ne pas être inconvenante. Elle veut être remarquée mais pas trop non plus, s’emplissant d’un immense désarroi, une tristesse très disproportionnée, si elle apprend que quelqu’un ne l’aime pas. Elle ne se permet plus de croire encore en une vie meilleure, ou juste une autre vie, elle veut se satisfaire absolument de ce qui est, façonnant l’avenir à tout petits coups d’espoirs modestes, pour ne pas être déçue si elle ne l’obtient pas et profiter du plaisir de l’obtenir malgré tout. Se limitant ainsi à ce qu’elle estime « rêvable » et ne se permettant pas d’aller au-delà . L’entretien soigneux d’une envie spartiate de jouir de la vie. A l’abri sous le toit de cette morale par le plaisir immédiat, sous l’égide sans doute d’une philosophie du présent, se protégeant au mieux des déceptions, s’attendant souvent au pire, elle se promène dans sa vie, la regardant comme si elle ne lui appartenait pas tout à fait, à pas de loup, trop consciente de ce que chaque acte pourrait apporter de néfaste, peu encline à se bercer d’illusions et encore moins à essayer de les vivre. Alors elle préfère penser qu’elle est libre des ferveurs et des passions usantes et enfantines, mais tantôt celles-ci lui manquent, parce que la plaine est si lisse et les autoroutes si lassantes parfois. Avec les autres, elle devrait plus en tirer profit, au lieu de cela elle les aide parfois comme une millionnaire coupabe de l’être, portant la vaisselle sale aux cuisines à la place du room service. Par lâcheté ou un peu par paresse, elle vit la passion de celui qu’elle aime, faire battre son coeur à l’unisson de ce qui le fait vibrer lui, elle se dit que c’est de l’amour, alors que c’est un peu aussi, plus égoïstement (mais son égoïsme est tendre comme du beurre sur un croissant un matin d’été sous les oiseaux), une façon de se remplir de passion sans prendre le risque d’en être trop déçue… Pourquoi je l’imagine aussi en petite grand-mère toute sèche, fine comme un filet d’eau dans un endroit abandonné parmi les pierres sous le soleil, mais elle y cusinera de bons gros cakes humides, juteux de fraîcheurs: elle les aura préparé avec les meilleurs ingrédients et les distribuera avec toute l’immensité de son coeur, même aux inconnus, garnissant son visage de ce timide sourire qui en dit si peu mais qui, à celui ayant eu la chance de connaître sa joie franche et piquante, en révèle tant. Sophia entretient en secret ce besoin d’échapper à ce trop plein d’elle-même, comme si elle disparaissait souvent quelque part d’innatteignable, enfermée dans une minuscule prison, tendant son visage vers l’espoir et se permettant une larme au passage d’un oiseau solitaire. Donc elle peut être dure, glaciale, mais avec elle-même essentiellement, parce qu’elle en bave parfois, seule dans cette minuscule prison. En silence. Et même elle réussit à sourire alors qu’elle pleurt. Observant depuis l’abri de mon train les constructions folles et vaporeuses des nuages caracolant sur les murailles des montagnes, j’aurais envie de lui chuchoter qu’elle se laisse aller en-dehors d’elle-même. De sauter par la fenêtre plusieurs fois par jour. Inconsistante, incohérente, mais éclatante. Sautillant à pieds joints sur les autres surpris, en oubliant les conséquences et surtout en n’ayant aucune conscience d’elle-même. S’oublier. Avoir foi en l’univers, même si ce qui y souffle est lâche et violent et insensé et impitoyable, rire de l’éventualité de cataclysmes intimes, avoir foi en tous ces mirages qui traînent, nombreux, là -dehors, et les étreindre rigolant quand ils filent en lambeaux d’illusions.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
28 juin 2007

J’ai tellement de chance. Et puis après s’être dit cela elle s’en va en oubliant assez vite qu’elle se l’est dit. Elle est parfois comme cette auteur aux lunettes d’écailles et à la vie de luxe, jouant à l’écrivain alors que la femme de ménage qu’il a insulté a plus d’histoires à raconter que lui. Feodora est faite de convictions successives et changeantes; tantôt actrice, danseuse, poétesse, chanteuse ou rien de tout cela ou tout cela à la fois, elle tente des chemins sans vraiment les essayer, parce qu’apprendre à jongler est tellement plus pompant que de jongler vraiment. Beaucoup d’avantages, de qualités, de vies possibles, elle les voudrait là , immédiatement, à ses pieds. Cette frivolité papillonnante, cette façon de tournoyer en ayant l’air de lire du Spinoza fascine. Elle me rappelle Holly Golightly dans "Breakfast at Tiffany’s", sa profondeur vient de son air de rien, de cette légèreté qui me ferait porter ses valises et m’empresser pour elle alors qu’elle me parlerait de sa prochaine pièce en riant et m’oublierait l’instant suivant sans que je puisse lui en vouloir. Elle me rappelle aussi un peu Yasha: toutes deux partagent cette même ambition implacable teintée d’une timide et philosophique humilité. Feodora évite de se dire qu’elle aime souffrir parce que les artistes souffrent et qu’elle veut être une artiste. Mais tout est si aisé autour d’elle, l’existence coule, plus que fluide, aérienne, alors les soucis, pour être cette artiste digne de nom, elle se les invente. Elle se crée des relations compliquées, fait un enfant seule et s’arrange en général pour que tout soit un petit peu plus compliqué que nécessaire. Et elle a un don certain: une talentueuse et convaincante sensualité. Dont elle use et abuse pour se faire sa vie compliquée d’artiste. Mais il est fort possible que ce jour où elle cessera de jouer elle aura impliqué tellement de gens que ceux-ci s’arrêteront pour dire d’elle: voilà une artiste accomplie. Peut-être qu’alors Feodora y croira tellement qu’elle poursuivra encore et toujours cette idée torturante de liberté absolue que l’artiste doit poursuivre et tournoira au milieu de toutes ces vies que sa grave frivolité implique presque naturellement, cherchant encore à travers elles, comme si elles lui étaient données, ce secret impossible de la création ultime. Pendant que sa fille tirera en vain sur la chemisette immaculée de l’artiste refaisant le monde. Tout est dans l’art et Feodora a tout de l’artiste se disant que tout est dans l’art. Le plus drôle étant que cette hautaine conviction provient sans doute d’un talent authentique. A moins que je ne sois moi aussi sous l’effet du sortilège.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (1 Comment actuellement)  Version imprimable de cette page
27 juin 2007

Le problème de cette fille, c’est qu’en pensant à elle je pense tout de suite à un problème. Elle sourit, séduit, immédiatement charmante, quand elle s’oublie au jeu charmeuse, et déjà raisonnent au loin la kyrielle de casseroles d’eau bouillante que son minois tentant efface en insisant un peu. Cette séduction naturelle dont elle embaume provient d’une étrange association entre un courage formidable et une fierté non moins remarquable. Une fierté quasi animale, sensuelle, si pleine qu’elle donne envie de croquer dedans à pleines dents: donner envie aux dragons qui rôdent, pas aux papa posés cadres supérieurs; cette aura de guerre lui évite la vie de station service au milieu de la plaine vidée par le soleil radio chantonnant. Une fierté animale qui lui permet néanmoins de distinguer le profitable du nuisible et d’avancer comme à pieds nus sur un sentier de guerre dans la jungle. Son courage par contre, à côté d’une capacité à se dépêtrer des situations les plus extravagantes ou pénibles, est paradoxalement responsable de ces mêmes situations. Elle est d’autant plus courageuse qu’elle est impulsive et fonceuse. Déterminée: femme de tête qui s’approprie ce sur quoi elle a jeté son dévolu par passion ou par intérêt. Professionnellement c’est à son avantage, sentimentalement elle peut tout obtenir moyennant un sourire en amandes et un décroisement de jambes approprié; par contre elle ne sait plus qu’en faire après, parce qu’elle est comme une petite fille perdue et s’attache, mais s’attache à des colliers de dragons appâtés par la princesse tyrannique. Elle est comme cette déesse fatidique de tornades et de forces élémentaires des comics, se changeant soudain en une enfant chérie de manga, aux grands yeux brillants, perdue. Entre deux, sa révolte se manisfeste comme un profond doute existentiel qui lui laisse comme espace de liberté le seul jeu, et elle joue avec l’avenir comme une enfant boudeuse et riche laissant glisser entre ses doigts des bijoux. Elle a peur de creuser le même sillon de vie en impasse que celui de ses parents adoptifs. Elle doit tenir debout toute seule, elle doit faire face toute seule. Dans le fond le couple n’est qu’un moyen provisoire pour alléger l’existence, un moyen sur lequel Lisa ne peut absolument pas compter depuis l’artificielle et immense déception d’un divorce en réalité préparé de longue date, préparé depuis la naissance de sa fille. Lisa ressent trop l’artificiel dans la vie de famille, elle ressent la vie de famille comme si elle y était invitée, comme une réceptionniste d’hôtel 4 étoiles qui fait ce métier uniquement parce qu’elle s’est convaincue que jamais elle ne pourra se permettre de passer une nuit dans pareil endroit avec pareil bonheur: ce bonheur-là , elle se l’est déjà interdit. Elle craint les épanchements d’amour, car ils sont trop souvent de fausses promesses. Elle possède ce sentiment du mensonge de tout ce qui implique ses émotions, inné, parce qu’il y a longtemps elle a été trahie. C’est alors naturel de craindre la déception, si naturel qu’elle la prépare avec application. Mais il faut foncer! Il faut avancer! Ne pas s’attendrir trop longtemps, ne pas s’empesantir de regrets: elle sait qu’à un moment ou un autre, sans crier gare, sans pourquoi, elle fera confiance à l’idée d’avoir une vie de famille. Cette clé, cet évènement magique, ce peut-être, elle l’attend, la petite fille aux grands yeux accrochée à sa peluche, sanglotant dans un coin de la vie, seule, mais têtue et patiente. Elle l’attend qui ressorte à la surface.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (1 Comment actuellement)  Version imprimable de cette page
Recherche sur le site
Romans et nouvelles en PDF
Mots-clés / consultations
Archive mensuelle
Le plus consulté récemment
Commentaires récents
Calendrier des publications
avril 2017
L M M J V S D
« Jan    
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
Flux RSS