Littérature suisse
Dessins suissesadmin
:: 15 février Mes caresses
:: 7 février Jouissant
:: 4 février Comme le bonheur
:: 31 janvier Jeudi soir
:: 21 janvier Bestiaire magaliesque
:: 19 janvier Le dernier dimanche
:: 15 janvier sable
:: 24 décembre des lèvres de noël
:: 21 décembre Tara
:: 18 décembre Dans l’obscur corridor des totalités
:: 12 décembre Un ruisseau de ressemblances
:: 20 novembre tout était immédiatement possible
:: 26 octobre Dialogue autour d’une feuille
:: 11 octobre Esprit d’automne en flammes
:: 7 octobre Impossibles calculs
:: 30 septembre Projet Lima
:: 28 septembre Silvina Simao Valente et Marc au Beau-Rivage
:: 10 septembre Nul ne sait nul n’a vu
:: 31 août Taches rouges sur Gran Sasso
:: 15 août Mowgli
:: 11 août Etoiles d’enfants
:: 5 août Sous les pinèdes
:: 8 juillet Câlins
:: 4 juillet Dans mon âme
:: 3 juillet La beauté du mensonge
:: 21 juin Au-delà de l’amour
:: 13 juin Justice?
:: 4 juin Je te condamne à l’amour
:: 2 juin Va t’en
:: 28 mai 2019 etc
:: 26 mai Summerhill
:: 25 mai L’envol
:: 10 mai Mange-moi lentement
:: 24 avril Jenny de Oldstones
:: 19 avril Le couple de Schrödinger
:: 11 octobre | Esprit d’automne en flammes
:: 7 octobre | Impossibles calculs
:: 28 septembre | Silvina Simao Valente et Marc au Beau-Rivage
:: 13 juin | Justice?
:: 25 mai | L’envol
:: 4 mars | Mazot japonais
:: 17 février | La forêt sombre
:: 9 février | L’oeil retiré
:: 6 janvier | Tube infuseur de vie
:: 18 novembre | Effusion lente
:: 24 octobre | Le dernier des musées
:: 11 septembre | Sémantique urbaine
:: 21 juin | L’été flamboyant
22 juin 2007

Aranyo se marrait au téléphone avec une amie qu’elle a connu récemment. Le brouillard poisseux du temps affermit sa pression sur mes épaules. Cette musique divaguante qu’on entend dans le fond est la copie en cours de ma mémoire sur un support plus mou, sur de l’oubli, flasque dans le brouillard. Des pas spongieux empêtrés dans les algues. Et cette voix chatoyante, élèctrique, de l’amie à l’autre bout du fil, fait surgir une ombre. Non qu’elle soit menaçante, mais si lointaine que je sens des vers de terre me glisser entre les orteils. Pourtant il a surgit de la brume mains dans les poches, avec son sourire sympathique et son amour des autres, haussant les épaules. Un charisme naturel et on le suivait sans même s’en rendre compte parce qu’il ne se mettait pas en avant, trop timide pour ça. Une manière de donner l’impression que rien n’est vraiment important tout en s’insurgeant au bon moment et parce que c’est juste. Cette aptitude à discerner l’injustice, je pense qu’elle le rendait populaire. Et aussi à rire franchement, même par politesse, ce type de politesse rare, honnête et directe. Les autres souriaient en le voyant arriver comme je souris en repensant à lui maintenant, parce qu’il incarnait le bon pote, le gars sympa, qu’on peut légèrement admirer mais sans trop virer dans la béatitude; parce qu’il le prenait avec flegme. Charmant, intelligent, il aurait pu avoir beaucoup de succès auprès des femmes, le genre de succès qui à un moment ou un autre se serait retourné contre lui en le jetant dans l’arène des charmeurs-dragueurs. Mais il n’était pas assez causant pour cela. Julien respectait et admirait les femmes, un peu trop, comme de précieux totems, potentiellement dangereux, potentiellement magiques. Alors en entendant Aranyo rire au téléphone je me suis dit que ce genre de grande amitié, pleine de fraternité, me manque. Hélas au prochain train il aura fondu dans le brouillard.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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17 juin 2007

Et l’orage scintillait sur la colline de l’église d’où la nuit tombée chuchotait des mystères avec les gouttes sur la peau et les fleurs, odeurs d’eau fraîche, goût d’alcool dans les veines. En explosant comme d’habitude, ce souvenir. Impossible d’éviter l’inaltérable, le temps figé, et quand la beauté d’un instant tombe comme un éclair j’ai envie de pleuvoir, de bruisser et de jouer au grillon ivre une nuit d’été. Irrémédiable mémoire et révolue mais constante, mélancolique et sans regret, imprimée sur les vitres de mon train et à chaque regard ailleurs la totalité sensuelle d’une nuit me suit comme si je la portais en lunettes. Constat malhonnête: le procès-verbal de l’amour. Mais il n’y a pas d’amour je le sais bien. Il n’y a qu’une envie d’aimer chevauchant endiablée angélique une envie d’être aimé. Mythologique dilemne entre aimer pour vivre bien et lentement et aimer pour brûler ensemble ou l’incestueux plaisir des moments volés égoïstement. Et je survole le champ de la bataille de l’amour en hurlant haut dans le ciel avant de fondre sur ma pauvre misère d’âme, d’existence, la platitude comme dessert et j’en redemande, je me gave. Anne, on s’évite. Quand il n’y a pas d’issue, on peut toujours s’éviter. Je m’en fous. J’existe avec articulé sur mon visage les expressions mécaniques d’émotions calculées et mortes. Un jour j’irai la revoir et je dirai à ses enfants qu’elle aura eu avec un marin: votre maman est quelqu’un de très gentil. Ce sera con, ce sera dit, ils me prendront pour débile et me mettront sur l’échafaud, mais je m’en moque parce que cette phrase bête, cette envie de dire brute, petit joyau de simplicité, sera la seule pensée sans duplicité que je possèderai jusqu’à l’anéantissement.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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16 juin 2007

D’un univers étriqué, bourgeois au sens le plus profond du terme, d’un snobisme intello et matériel pris à la source, d’un capitalisme carcéral et dogmatique, d’un style de vie de villa de banlieue française agrémentée d’attitudes hautaines envers le vil peuple, de léchouilles aux puissants et de foulards autour du cou pour faire "artiste", c’est de là qu’il vient Laurent: pour mesurer le chemin qu’il a parcouru, les sentiers qu’il a grimpé, les falaises desquelles il est souvent tombé. Nous partageons avant tout ce sentiment de révolte qui tôt, depuis les parents, l’éducation, les moeurs familiales, nous a saisi pour se répandre lentement sur les années et s’adresser à toutes les formes de convention, d’attitudes programmées, d’états des lieux de vies statiques, d’automatismes sociaux et d’abrutissements médiatiques. Il a recherché encore un nouveau système religieux, alors que par prudence et couardise je me suis éloigné de ces systèmes-là aussi. Sa beauté physique et une puissante volonté lui ont permis de se débarrasser très vite des chemins académiques, de faire des recontres initiatiques et d’apprendre par soi-même où se diriger et comment parvenir à ses fins. Il a gardé ses apparats intimidants et au premier abord semble peu accessible, cacher derrière son sourire enjoliveur et ses paroles diplomatiques un ego trop encombrant, alors que c’est exactement le contraire. Laurent a réussi à faire que tout l’ego soit immédiatement jeté à la face du nouveau venu, il s’en déleste le plus vite possible, et ainsi procède déjà une sélection, pour se débarrasser de ceux qui quoi qu’on fasse se limiteront aux apparences, pâmés ou méfiants, et approcher les autres, le cherchant au-delà des premières impressions. Enseigner l’union du corps et de l’esprit, ce métier qu’il a embrassé, témoigne de cette tension entre le sportif et l’intellectuel, le charmeur et le solitaire, l’insouciant et le philosophe, l’entrepreneur et l’artiste. L’utopie d’un monde meilleur le place en héros, révolutionnaire, sauveur et martyr, tant sa vision du monde actuel se situe parfois dans le parano-apocalyptique. Il recherche des coupables, mais je me demande au juste de quoi ils sont coupables tous ces "Ils" derrière les théories et les arguments philosophiques dont Laurent les habille. Il accuse la société occidentale et en critiquant ses dysfonctionnements il se range dans ces courants de pensée actuels qui veulent d’un Changement, qui menacent d’une Catastrophe. Possible aussi que ce soit pour lui une forme d’amusement intellectuel, de jeu par lequel il réussit à se construire un univers entier, dont les rouages lui sont parfaitements connus et grâce auquel il peut interpréter et comprendre des événements symboliques issus du monde des médias et de la communication globale. Continuellement, il découvre et redécouvre ce qu’il considère comme les vraies motivations de notre réalité. Ainsi a-t-il parfaitement conscience de chacun de ses actes, car cette interprétation complète de la réalité lui permet de traduire ses actes et ceux des autres. Quitte à souvent oublier qu’il s’agit de sa propre traduction. Laurent est un mystique pragmatique, un adepte de la flagellation amoureux de la vie; tantôt si excédé par nos pulsions, par ces plaisirs érectiles de nos débauches que son côté anachorète méprise parce que les femmes le flattent, le tentent, lui obéissent, qu’il aimerait devenir eunuque, tantôt jouissif et festif, sauvage ou guerrier. Il craint l’emprisonnement moral, l’enfermement psychologique, la dépendance à une seule personne et férocement il peut s’accrocher à sa liberté, qu’il conçoit comme un rempart contre toutes les formes de dépendance. Même contre l’amour s’il le faut. Un jour il dirigera à nouveau des danseurs, des corps dont il saura exactement quelles parties exprimer, il modèlera leurs mouvements, sculptera leurs gestes et créera cette alchimie entre le corps et le regard des spectateurs issue de sa vision de l’univers. Il le faut. Car là il n’y aura plus de coupables ni d’accusés, "Ils" seront tous là ressentant ces corps bougés par lui, et ils verront, et ils comprendront par le corps et par l’esprit mieux que par l’enseignement et mille mots. Je me réjouis de ce jour.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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15 juin 2007

C’est un joli contraste lunaire mettant les deux faces en un seul visage lisse comme du formica. C’est étrange comme il peut y avoir beaucoup de tension contenue derrière ce front et pourtant des regards si fragiles, presque perdus. Salonnique me fait penser à des personnages de Walt Disney, comme si elle avait été dessinée pour exister et camper un caractère mixte, une Cruella, et en même temps une Bambi. Mais peut-être que je l’invente ainsi et qu’il n’y a pas plus de dichotomie chez elle que chez nous. Mince. Je l’ai encore fait. Ce lapsus. La positionnant en-dehors du monde des humains: elle et nous. Ubiquité, ambivalence, face cachée et deuxième peau la placent un peu ailleurs. Une actrice? Nastassja Kinsky. Plus jeune aussi elle lui ressemblait peut-être, comme dans « La Féline », à tomber mais léthale. Je n’ai pas d’explication au fait que je la soupçonne frigide, occasionnellement. L’ambiguité d’une chatte noire aux yeux jaunâtres lui sied. Mais je crains qu’elle n’aime trop les théories, les idées de toutes sortes, toutes origines, et les discussions, les discussions académiques ou farfelues, mais les discussions, pas forcément avec quelqu’un d’autre, adepte de l’avancement du monde par la compréhension de soi-même. Elle ne réfléchit pas toujours dans la bonne direction: la flèche lui revient souvent dessus. Et puis il y a tellement de frustrations et tellement de choses à améliorer! Alors elle avance à tâtons, de peur de laisser derrière elle une action à améliorer, une facette de son évolution à mieux conclure, ciseler le diamant de cette vie si précieuse jusqu’à ce qu’il devienne parfait. Jusqu’à ce qu’elle voie enfin, qu’elle comprenne dans sa totalité et qu’elle sache parfaitement. Quoi? Ca dépend des jours. Et puis ce n’est pas facile de comprendre le monde lorsqu’on a parfois si peur des autres; son regard louvoie entre les gens qui la croisent et lorsqu’elle s’arrête il semblerait que ce soit par erreur, suit une drague compulsive offensant sa pudeur; pudeur apparente, ce serait plus proche de l’ennui ou du désintérêt face au mâle qui lui soumet si ostensiblement son désir: l’innatteignable est tellement plus fascinant; alors elle repart, déçue, parce qu’on dirait que les autres ne sont pas là comme ils faudraient qu’ils soient. Lui qui devrait l’aimer l’ignore, celui-là qui devrait se calmer et philosopher doucement en sa compagnie sautille en réalité d’excitation avec sa bite à la main, et l’autre là -bas qui pourrait éventuellement représenter une option intéressante est marié-trois-gamins. Pfff. La vie est si compliquée. A moins que ce ne soit Salonnique?


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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13 juin 2007

Toute la fierté. La fougue. L’élan et l’amour-propre. Je me souviens de Yasha en deux visages: les yeux rieurs et tendres ou exhorbités irradiant la colère. Bien que ce soit ce qu’elle recherche, difficile de l’imaginer sage, posée, diplomate ou méditative. Et elle est trop entière pour être Suisse ou consensuelle. Son besoin impérieux du monde et de la vie l’amène à refouler sa sexualité, de peur de se laisser déborder par elle. De perdre le contrôle. Elle plonge aisément dans l’instant et s’immerge immmédiatement dans les émotions qui la traversent, en bien ou en mal. Avec l’âge elle a beaucoup appris sur elle-même, construit des digues, des pare-feux, pour maîtriser les débordements connus et faire face aux émotions imprévues avec plus de distance. Elle se méfie aussi plus facilement de tout l’amour qu’elle offre aux autres en général: il s’est déjà retourné contre elle. Elle ne sait pas vraiment par quel coin attraper la société; les chemins usuels l’ennuient; sa passion et son énergie la poussent en-dehors des sentiers battus; mais en-dehors bien sûr, elle ne se sent parfois plus exister. Elle a envie d’aider, d’être utile, de donner toute l’immensité de son coeur, de manière unique, originale, innovante, elle place la barre très haut et est peu encline à l’indulgence ou l’autosatisfaction. Si ce don aux autres part d’un sentiment altruiste profond, même naïf parfois à force d’être limpide, elle ne néglige cependant pas au passage d’attendre des flatteries à l’ego, de recevoir remerciements et reconnaissance. Car Yasha aime aussi briller. En cela elle me rappelle un peu Eleonora. Peut-être même qu’elle aime surtout briller. Son étude opiniâtre de l’accordéon et sa passion pour le chant en sont témoins. Elle traîne derrière elle un léger complexe de l’autodidacte face à l’académicien, qui la rend froide vis-à -vis de certaines personnes parce qu’elle a l’impression de ne pas être à la hauteur en termes occidentaux de savoir et de culture. (Bien qu’avec l’âge et l’expérience elle se soit passablement ébrouée de ce complexe). Mais la dernière fois que nous nous sommes croisés, il y a un an, résidait toujours en elle cette incertitude, ce flottement émotionnel dont quelqu’un de banal se méfierait spontanément, de crainte qu’elle n’explose dans la mauvaise direction. Yasha se rend en effet la vie difficile en n’embrassant pas corps et âme, comme elle sait si bien donner d’elle-même, un métier amenant son corps et son âme justement sur le devant de la scène. Je la vois sur une scène plongée dans l’obscurité, seul un rai de lumière pâle la dévoile au public, et que le spectacle commence; elle:heureuse.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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12 juin 2007

C’est le meilleur ami qui me déteste que j’ai. Parce qu’il y a aussi d’excellentes amitiés qui ne fonctionnent pas. Même si on parle plus volontiers d’amitié quand on se voit de temps en temps, il ne faudrait surtout par croire que l’existence d’une amitié est conditionnée à de régulières rencontres. Théo, ça fait des années qu’on ne se voit plus: c’est parce qu’il ne veut pas embarrasser sa vie de tout ce qui pourrait le retenir, le tirer en bas, et moi je suis bien trop destructeur pour lui, parce qu’il y a 15 ans j’ai porté préjudice à une association dont il était responsable et il m’en voudra même à Noël. Je soupçonne qu’il y a aussi de sa part un malaise plus subtile. Entretenir de trop longues intimités serait donner trop d’importance à une seule personne alors qu’il y a l’humanité entière qui l’attend, trés impatiente et énervée de voir qu’il n’arrive pas. Et de donner trop d’importance à une seule personne ce serait aussi donner à cette personne une certaine forme de pouvoir sur lui, immanent à l’épaississement de la relation. Ce qui serait intolérable. Derrière la tignasse loufoque et l’habit excentrique, l’ardeur qu’il déploie à maîtriser sa vie est impressionnante. C’est d’ailleurs dans ce domaine, l’habit, que je suis forcé de lui concéder une innovation moderne: il a le look de l’organisateur-administrateur d’évènements du 21ème siècle, qu’on pourrait résumer à une sorte d’excentricité sombre sur un regard intense et lucide. Quant à l’ardeur qu’il met dans la quête d’argent pour aider le monde à s’améliorer et à collaborer – même sans les nazis – et ainsi se poser en leader alter-mondialo-alternatif, elle m’enrage. Je n’aurais alors qu’une constatation amère, unilatérale: toute sa personnalité unique aurait eu tellement plus d’influence, d’impact, de force sur les autres s’il était resté accroché plus longtemps à son idée de départ. Etre metteur en scène. Mais peut-être sous des dehors d’artiste ultime n’a-t-il jamais eu assez de créativité ou d’audace pour cela, trop inquiété par sa survie et, pourquoi pas avec le temps et à force de se battre, par la survie des autres. Maintenant je le croise à la gare de Genève et il a juste l’air comme ces autres qu’il croit aider. Pressé.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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11 juin 2007

Comme j’incarne l’Histoire, sur la minuscule maquette de mon existence, l’époque de Jeremy y tient la place de la grandeur, de la décadence et de la chute de l’Empire Romain. Non seulement pour y signifier son importance, mais aussi parce que je crois que l’habit du centurion, le casque surmonté d’une crête rouge, lui irait bien. Jeremy, c’est ce que le dépressif a de plus charmant, ce que le sensible a de plus brutal, ce que l’intellectuel a de plus humble et ce que le sage a de plus fou. Un charisme fluet, un air d’air-de-rien, t’arrache à ton insu un sourire en le voyant sourire.  Et déjà sans le connaître il t’a embarqué dans son histoire. Parce qu’il est bien plus qu’attendrissant, Jeremy, c’est de l’empathie-ready-made, le fast-food du charme, et pour ceux qui l’ont à peine connu je suis certain que des années plus tard au détour d’une pensée nostalgique, suspendus dans un léger spleen, surgissent soudain les yeux plissés et le sourire serein de Jeremy, sans raison. Je l’ai connu bien plus qu’il n’est souhaitable de connaître un autre être humain. Une amitié si fusionnelle que l’amour le plus passionnel paraît une bête boutade d’un soir, au point que nous étions empêtrés l’un dans l’autre, ficelés de tous les liens tissés par l’entente, serrés par les moments forts et presque noyés sous la vie partagée. Si la vie était à la taille du coeur, Jeremy serait immortel. Peut-être mon train s’arrêtera-t-il un jour à une gare près de chez lui, mais il est difficile de revenir sur tout ce qui a été vécu l’air de rien, faire un coup de vent et du passage de tout ça, et j’ai peu d’espoir.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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6 juin 2007

Je me demande quelle formidable supernova a lancé son énergie dans l’espace pour faire que nous nous rencontrions, je me demande si une amitié peut exister uniquement grâce à un évènement puissant qu’on partagerait commme les rescapés d’un attentat. Je pense à New-York, ce lointain après-midi de printemps 1994 où le mouvement général des foules en T-shirt et en sueur cuisait dans la grille des rues déjà estivales. Il y avait cette fin d’après-midi-là une discussion vive entre elle et moi sur une terrasse en balcon quelque part près de Central Park, elle me demandait d’interpréter ses rêves. Je parlais tellement et si vite que j’en avais la tête qui tournait et des picotements dans les mains. Nous nous étions rencontrés quelques jours auparavant à une pièce de théâtre grâce à Laetitia, une pièce montée par quatre ou cinq femmes de tête, des anecdotes drôles ou tragiques de vies de femmes. Depuis, ça n’a jamais cessé avec Anne-Flore, elle a toujours eu cet étrange effet sur moi le taciturne timide, cette aptitude naturelle à me faire parler. D’habitude je ne dis pas grand chose. C’est grâce à Anne-Flore que je crois aux alchimies de caractères, au mélange surnaturel de deux différentes personnalités avec des conséquences immédiates, en bien ou en mal. Il existe cette magie entre elle et moi, faisant qu’en présence l’un de l’autre il se produira forcément toujours quelque chose d’invisible et de puissant. Peut-être est-ce une forme paradoxale d’amour, une relation de la 4ème dimension, un échange de flux permanents qui s’intensifie inconsciemment lorsqu’on se revoit et explose à l’intérieur. Ca n’a rien de l’ordre de la séduction ni même de la tendresse, encore moins de la sexualité, bien que parfois cette énergie puisse présenter des affinités avec un rapport sexuel, comme si on avait fait l’amour en bavardant, tandis qu’à d’autres occasions il semblerait qu’un simple bavardage échangé avec le sourire contienne une mini-bombe nucléaires de tensions, non c’est plutôt que la réalité autour de nous se déforme un peu, l’air se pose à fleur de peau, les mots s’épaississent, durcissent puis doivent impérativement exister; et dans les silences qui les séparent se précipitent des discours entiers que nous sommes les seuls à entendre. Anne-Flore possède ce don extraordinaire de se souvenir intégralement de tous ses rêves. Dans une autre société, une autre époque, elle serait chiromancienne, à mi chemin entre la sorcière dont elle a les yeux et la fée dont elle a la grâce, d’ailleurs son sourire espiègle suggère que la nuit elle a les oreilles qui s’effilent, elle se change en Elfe. Je la vois, attentive et pensive, assise quelque part dans ces forêts jurassiennes que la fenêtre du train fait disparaître trop vite, à discuter avec les chants d’oiseaux et parler doucement à une pierre. C’est grâce à elle que j’ai compris ce que je vis, ce qui se passe, ce que je deviens, d’où vient ma réalité et surtout, où il faut agir pour tout changer.


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31 mai 2007

En m’asseyant dans le train j’ai eu un flash comme dans les films où le héros a une vision (d’ailleurs je vis un film et je suis un héros) que Laetitia interpréterait tout de suite comme un miracle et je l’ai vue virvolter lentement dans un jardin anglais taillé en labyrinthe, vêtue de mousseline blanche et souriante, lasse et souriante. Parce qu’elle danse dans un univers à part, où elle s’est perdue. Mais c’est une perte éternelle et glorieuse que celle de son labyrinthe: il mène vers de sombres forêts où personne n’ose vraiment se rendre, que tout le monde critique et dénigre. Non loin de la folie. Une analyse purement cérébrale de Laetitia la desservirait; beaucoup trop de gens inintéressants la traiteraient de folle, pour simplifier (parce que c’est très arrangeant la folie comme raison), alors que d’autres plus enfermés dans leur système, argumenteraient, professeuraux… Cas de dissociation structurelle de la personnalité du à un choc émotionnel violent (trauma, en l’occurrence une rupture) l’ayant projeté vers son principal référant éducationnel, la religion; cette attitude introspective s’est lentement changée en enfermement supporté par une glorification religieuse béate de nature décompensatoire; la prolongation de l’état dissociatif jusqu’à l’aliénation pathologique à caractère antisocial n’est pas due au choc de la rupture mais à la recherche d’un chemin unique, d’une voie particulière, induite et accentuée par le trauma; cette recherche provient de la frustration du patient à ne pas réussir à vivre une vie rêvée: vie d’artiste, succès, reconnaissance, besoin d’être admiré, aimé, voir suivi, vie sentimale réussie; d’où un sentiment d’échec totalement enfoui dans la ferveur religieuse permettant ultimement au patient d’échapper au trauma et à la persistance d’un état dépressif refoulé en les percevant comme une forme de distinction spirituelle unique. Je pourrais continuer… Mais ce n’est pas "ma" Laetitia ça, me rote du regard le serveur, qui aujourd’hui semble souffrir de quelques soucis digestifs. Cette Laetitia qui s’en allait de part le monde avec tout le charme naturel qui l’accompagne partout, à la conquête des étoiles comme on dit dans les milieux autorisés, le rêve de devenir actrice, car c’est bien là le rôle qui lui sied le mieux, le métier capable de canaliser d’elle aux autres tout ce charisme féminin qu’elle peut dégager. Au lieu de cela je contemple aujourd’hui un épouvantable champ de bataille quand je l’observe, ma Laetitia, avec cette vapeur matinale flottant dans l’odeur de la peine et du sang. Et je sais que j’ai sous les yeux le résultat d’un destin déchu, repoussé, évité. Moi aussi finalement je ne vis pas exactement ce à quoi je me préparais (monter les marches de Canne, écrivain célèbre, adaptation au cinéma etc etc), nous sommes nombreux à ne pas vivre ce qu’on nomme communément les "rêves de jeunesse": le succès des magasines people est le témoin de cette déception générale comme du rêve permanent qu’ils provoquent. Mais j’ai eu des enfants, un peu par hasard certes, mais voilà , avoir des enfants est un phénomène qui m’a forcé à faire des concessions, à jouer un jeu diplomatique serré avec la réalité. Tandis que Laetitia, c’est un peu comme si sa rupture il y a 10 ans lui avait dit: "Tu ne joueras pas pour le metteur en scène dont tu es amoureuse et tu ne seras pas actrice. Tu vas arrêter toutes ces frivolités maintenant et prier pour ton avenir. Basta." Alors elle a prié, ô oui elle a prié, prié le long de cheminements intérieurs interminables, et elle est revenue à cette réalité commune en entamant des études de sciences humaines. Et cette formidable capacité de briller au-devant des autres s’est lentement changée, par dépis, en rêve absolu de sanctification; l’alcool, la drogue, la déchéance etc, tout cela était trop banal pour Laetitia qui a cherché la canonisation pour remplacer la simple illumination des feux des projecteurs… Si j’étais son metteur en scène je dirais que cette scène-là il faut la rejouer. Que tu peux heureusement toujours la rejouer. L, a, e dans l’a, t, i, t, i, a. Ô miracle.


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29 mai 2007

Il a vraiment l’allure du gentil androïde Sonny faisant la réplique à Will Smith dans I, Robot, ou une version adulte du petit David Swinton dans A.I. de Spielberg. Apparence plastique, yeux fait exprès pétillants, sourire cordial, mouvements posés, déplacements coordonnés, un homme politique doit se positionner physiquement selon ses convictions, sa gestuelle est calculée pour obéir à des objectifs précis, O. occupe l’espace comme un homme politique en vacances, avec une aisance presque liquide. Ce qui, forcément, est suspect. Parfois j’aurais envie de lui couper les doigts un à un juste pour que son avenant minois soit déformé par une expression plus contrastée. Il émane de lui une énergie proche de celle d’un Liquid Crystal Dysplay: je le contemple en m’attendant à ce qu’il se passe quelque chose mais il ne se passera rien si je n’appuie pas sur une touche. Notre relation doit être faussée parce qu’il sort avec S., mon ex. Faussée dans le sens qu’il se déplace devant moi un peu comme si j’étais l’oncle ou le grand frère de S., avec des espacements de politesse et de douceur. Mais je l’imagine aussi m’ôter les lunettes et me gifler soudainement et sans raison particulière, avant de replacer mes lunettes tranquillement. Qu’il soit un candide introspectif, geek faisant tournoyer autour de lui ses idées de programmation dans un système de pensées clos, presque autiste, me donne le sentiment qu’il ne cache finalement pas grand chose. Il joue la comédie du savant farfelu, entretenant une ambiguïté polie parcourue de secousses internes, silencieuses, arithmétiques, et au-delà il attend peut-être une déclaration de guerre, un changement radical qui le ferait discrètement sourire. Une statue paisible sur son socle, mais une de ces statues qui nous observent où qu’on se tienne, avec selon l’angle une ombre un peu inquiétante sur les paupières. Il fait aussi souvent les aller-retour entre Lausanne et Genève, je soupçonne que ces déplacements sont une sorte de cure de solitude, une méditation provoquée par l’éloignement des Lausannois et le rapprochement des Genevois, et le soir inversement. Dans le souci d’être entouré par un univers maîtrisé au maximum. Quand je le vois dans le train avec son sourire détendu et le regard pétillant pour une toute autre raison que le fait de me croiser, je croirais qu’il porte autour de la taille une ceinture d’explosifs.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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27 mai 2007

Je vis avec elle depuis huit ans et c’est seulement en la voyant assise devant le décor de mon déplacement quotidien – chaises vissées, tables en formica, mini-bar surchargé de pains au chocolats brillant si fort sous le néon qu’ils ont l’air en plastique – que je me rends compte de la distance qui s’est graduellement établie entre nous au long de ces années rapides. Dans notre vie de couple et vie de famille, j’ai presque fini par oublier qu’on faisait de plus en plus semblant, qu’on s’avançait encore plus loin vers cet illusion de bonheur familial, cet idéal entretenu ni par elle ni par moi, vissé dans l’espoir d’un avenir un jour différent comme les chaises du wagon-restaurant. Elle m’accompagne aujourd’hui exceptionnellement parce qu’elle doit signer à Genève des papiers sur le décès de sa mère. Mirko dort à ses côtés dans la poussette qu’elle secoue nerveusement, et Lorna dort chez ses grand-parents: invraisemblance concédée par Aranyo uniquement par l’injuste nécessité. D’ailleurs elle trépigne sur sa chaise de cette manière qui me rend moi-même si nerveux, je déteste ça. Elle éternue et se mouche sèchement alors qu’on passe Nyon sans avoir parlé. Je sais qu’elle est nerveuse parce que jamais elle ne veut, ne peut, travailler contre l’inénarrable bien-être de "ses" rejetons et d’avoir laissé Lorna pleurant chez ses grand-parents est à ses yeux une faute aussi grave que de l’avoir abandonnée à un réseau pédophile. Elle doit assurer leur bonheur, un point c’est tout. Et autour de cet axe inébranlable elle construit les mouvements de sa machinerie du quotidien, jetant les branches de son arbre mécanique autour d’elle afin que tout désserve ce but ultime, cet objectif géant, le sens de sa vie depuis six ans et dans lequel je suis tout au plus une bouteille d’huile posée à côté. Ou un grain de sable. Ou un bug indésirable mais nécessaire, dans sa "Matrice". Seul de l’autre côté de la table, parfois je culpabilise, je me dis que si elle ne m’accepte pas dans son système en me rejetant inconsciemment, c’est peut-être parce que je me rends constamment innacceptable. Cette idée provoque un tic illuminé en me détournant vers la vision du lac matinal et morne: elle a créé un système et elle ne parvient pas à m’y intégrer parce que je refuse instinctivement d’intégrer quel que système que ce soit. J’ai horreur des systèmes. Plus particulièrement j’ai horreur des systèmes de vie nous précuisant des schémas précis, des attitudes attendues, des comportements à avoir dans telle ou telle circonstance pour être heureux et vivre en harmonie et agir pour le bien du monde: ce type de chimère hippio-intellectuelle qu’Aranyo affectionne. Par exemple j’aime bien acheter des croissants pour me sentir un peu heureux le temps d’un dimanche matin. Mais elle considère cela de façon presque hautaine, comme un geste de défoulement pécunier dont on pourrait se passer. D’ailleurs toute dépense ne contribuant pas directement au bon fonctionnement de la mécanique de ses jours est suspecte et l’irrite. Ne lui offrez jamais de cadeau: elle risquerait de vous insulter. Je crois en réalité qu’elle aimerait bien être une femme battue, c’est son objectif inavoué afin d’incarner l’ultime victime et de justifier ainsi toutes les mesures radicales que son esprit un peu limité prépare pour le bon fonctionnement de sa mécanique. Car elle se pose en victime de la vie mais pour l’être complètement il faut que je la frappe le plus souvent possible, sinon ça lui manque. En ce sens aussi elle aime bien entendre les hurlements de ses enfants car ainsi en les éteignant elle se sent à la fois victime et utile. Une victime utile esclave du bonheur préparé de ses enfants, un abrégé qui m’a arraché un sourire en passant Versoix. Qu’elle ne soit qu’une femme frustrée se sacrifiant pour ses enfants à l’intérieur d’un univers bâti sur l’autisme et la peur de ne pas être à la hauteur ne lui effleure jamais l’esprit: sa mécanique huilée ne peut se permettre le doute. Arrivés à Genève nous n’avions toujours rien dit. Avant de s’éloigner sur le quai elle m’a dit poliment "Bonne journée" parce que ce type d’expression polie comme "Bonjour tu as passé une bonne journée" ou "Bonne nuit" contribue aux roulements parfaitement artificiels de sa mécanique bien huilée, et j’ai grimacé un rictus en l’observant quelques secondes se dépêcher d’aller à sa tâche pour pouvoir revenir le plus vite possible vers Lorna, qu’elle imagine en ce moment chez mes parents en train d’hurler à la mort en l’appelant. Ce qui est probablement vrai: elle construira ses enfants à la hauteur de ses peurs.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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26 mai 2007

Son sourire avait un impact certain sur les autres, et elle aimait bien avoir un impact certain sur les autres. C’est sans doute pour cela que son sourire était si généreux, si vaste, plissant les yeux comme pour en exprimer plus, large dentition qui à défaut de pouvoir croquer montrait combien elle a faim des autres. Je me rappelle surtout de son sourire parce que c’était comme si elle avait eu envie de moi, alors qu’en réalité elle voulait briller sur moi, essentiellement. Et briller pour elle signifiait m’emmener dans son univers tout en mouvements, d’idées, de gestes et d’action permanente. Une grande valse avec les autres et pour les autres, et elle au centre. Parfois un homme se coinçait entre ses jambes et elle le prenait dans son lit, puis l’emportait avec elle le temps que la relation fonctionne. Et pas une seconde de plus. Peut-être avec l’âge poinçonne-t-elle son intransigeance de petites concessions aimables. Mais pas une de trop. L’action qu’elle entreprend en permanence ne peut se permettre de se prendre les pieds dans de vaines tergiversations. Elle connait toutes les émotions possibles pour autant que celles-ci se reflètent joliment dans les yeux de son interlocuteur. Trois enfants, deux mariages, un peloton d’hommes essayés-pas-pu, et entre deux cafés elle organisait un festival ici, des cours de graphisme là , des films de propagande sur l’éconimie durable par là -bas et sous un coude elle gérait son agence de pub, un enfant dans un bras, l’autre sous la table avec la stagiaire account et un téléphone portable coincé contre l’oreille. D’ailleurs je l’ai croisée en partance pour Paris, dans le train avec sa fillette de 2 semaines et son téléphone portable, auquel elle parle comme si elle s’adressait à un ministre. Deux semaines après l’accouchement, donc; elle portait beaucoup plus d’intérêt aux détails techniques de son nouveau portable qu’à son nouveau-né. Elle allait une semaine à Paris pour rencontrer un célèbre magnétiseur dadaïste qui lui permettrait d’arrêter de fumer. Parce qu’une femme de la trempe de Brigitte a besoin de rencontrer des gens célèbres avec des idées à sa hauteur. Des idées contemporaines et, comme on dit ces temps, proactives. Des idées changeant des consensus habituels, des idées pour faire bouger le monde, et plus vite que ça, et elle au-devant de la scène le micro entre les ongles et son sourire gargantuesque au sommet de ces jeans sexy et cool, sous ces projecteurs dont la chaleur lui est finalement si douce. Un ego à sa hauteur, tout à la fois ample et souriant et envahissant. Et parfois, au détour d’un coup de reins, discrètement manipulateur. Brigitte a essayé de me convaincre en trente minutes que le monde courait droit à sa perte si chacun de nous ne cherchait pas à changer ses habitudes de consommateur occidental passif, avec ses yeux en amandes qui cherchaient à picorer toute mon attention, avec douceur et fermeté comme disent certains tortionnaires. Et au bout de trente minutes, en la laissant à son manuel dans le train, je me suis dit qu’en effet je devrais me mettre à trier mes ordures ménagères. Je suis allé voir le site web de son magasine sur l’économie durable. Rien que pour son sourire et rien que pour son charme. Je penserai à son corps voluptueux en vidant fièrement mes détritus végétaux (et sans doute aussi en vidant mes gonades génératrices, moins fièrement): elle a gagné son pari, elle m’a convaincu, grâce à elle le monde avancera, vers le mieux ce n’est pas certain, mais il avancera. Elle a gagné son pari mais elle a perdu depuis longtemps le souvenir d’une après-midi inutile de tendre auto-destruction, où je me confine trop rarement en m’étirant dans la vase épuisante du jour, où il est si paisiblement possible de déprimer à avoir envie d’en crever. Cet éclat de faïence brisée me manque dans le souvenir durable du regard de Brigitte. Ou alors, peut-être est-ce parce qu’elle le cache si admirablement, qu’il me manque.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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23 mai 2007

Par un hiver si tendre de mon enfance, alors que la lumière du matin descendait lentement sur un paysage blanc, j’arpentais le chemin de l’école dans la pénombre. Songeant à elle du haut de ses treize ans et à moi du bas de mes 10 ans. Les flocons n’avaient aucune consistance, le monde entier par-delà le brouillard n’avait aucune consistance, seule, elle trônait dans l’immensité du jeune garçon. J’aurais pu la détacher du ciel en lui adressant au moins la parole, mais elle était bien trop belle pour que je la supporte de près. La perfection une classe au-dessus. Je n’avais aucune notion de la beauté du corps d’une femme ou des lignes de son visage, mon amour brillait c’est tout, pur rayonnement. J’aurais du aller vers elle pour lui déclarer mon amour, elle m’aurait ri au nez, peut-être avec un trou à la place d’une dent, et de plus près j’aurais trouvé son regard stupide et je l’aurais dédaignée et si vite oubliée. Si vite comme un jouet perdu. Mais elle est devenue un dolmen ancrant les lois de l’amour dans l’impossibilité pathétique de le vivre, l’amour. Puisqu’elle se tenait là dans le brouillard, elle aussi en avance sur les autres, dans la cour de l’école sautillant pour se réchauffer. Ensemble, nous, si proches, si seuls, par hasard. Et là ma vie, machouillant sa clope, a dit au petit David, que si "tu y vas ta vie sera comme ça mais si tu n’y vas pas alors ta vie sera autrement", dans un de ces élans que la vie sort parfois et qui n’ont aucun sens. Le petite David s’est amusé sur un tas de neige à faire du toboggan parce que sur le coup ça paraissait vraiment drôle, de faire du toboggan sur un tas de neige à quelques pas d’une déesse. Alors la vie s’est déroulée autrement.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


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