35 poèmes, textes, dessins, extraits
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:: 8 août Rêve d’architecte
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31 octobre 2008

Mon papa ne me le disait pas comme ça, mais il aurait bien voulu que je sois architecte, je sais.
C’aurait été plus simple aussi: j’aurais repris l’affaire familiale, je l’aurais mise un peu à ma sauce, j’aurais poursuivi l’oeuvre du père tout en essayant de l’amener plus loin.

C’aurait été simple, beau, noble presque.

Mais il a fallut que je complique tout avec mes ambitions d’artiste, 20 ans et têtu et tout ça.

Maintenant au téléphone, quand je fais des petits gribouillis, ça ressemble à des croquis d’architecture. Souvent.

Parfois il faut écouter ses parents.


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9 octobre 2008

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27 septembre 2008

0650-0700: Lever. Le samedi-dimanche une heure plus tard et parfois la semaine un peu plus tôt.
0705-0715: Salle de bain. 1 jour sur 2 je me rase. Sinon c’est assez vite fait. J’ai les habits pendus à côté du linge.
0715-0725: Le petit-déjeuner: préparation. La petite table pour 4 à la cuisine. Pain confiture thé miel. Pas de lait. On est interdits de lait de vache. Fruits et jus d’orange pour Lorna et moi. Perso je mange un mélange de pommes et de nectarines découpés avec des raisins secs. Pendant ce temps en général Lorna s’est levée et s’habille. Depuis le début de la 2ème primaire je dois moins la bousculer, elle fait sa routine en m’entendant mettre la bouilloire à la cuisine, pipi, choix des habits et habillage.
0730-0740(idéalement): On prend le ptitdéj Lorna et moi. Elle s’enfile ses toasts et moi mes fruits. Premiers papotages. Parfois Aranyo nous rejoint, laissant Mirko encore dormir. Plus rarement Mirko se lève à ce moment-là aussi et vient manger avec. Ca stresse parfois le matin faut se dépêcher pour être à l’heure.
0740-0745: Lorna va se brosser les dents et se peigne. Il m’arrive encore parfois de la peigner, mais elle préfère le faire seule depuis le début de la 2ème. Des fois c’est Aranyo aussi, mais elle s’occupe plutôt de Mirko.
0745: heure du départ pour Lorna. Rencontre sur le pallier avec le fils des voisins, Arthur, qui va aussi à l’Ecole Steiner. Le matin c’est soit Aranyo soit la voisine qui les amène avec Zora, une fille qui habite l’immeuble à coté. Arthur est en 1ère et Zora va dans la même classe que Lorna.
0750-0800: si Aranyo amène les enfants je fais la vaisselle et les lits. Sinon je me prépare à sortir.
0805-1000: 1 jour sur 2 je pars en vélo. Je monte vers Epalinges, chez mes parents. Ca prends environ 40min. Là-bas je fais quelques exercices et redescends en 10min. Puis une douche. Si je ne pars pas en vélo et que je ne suis pas débordé je vais à la boulangerie à côté du Grancy prendre mon café. Le Grancy ouvre à 8.00 alors j’y vais moins souvent puisque j’y arrive avant si je n’ai pas eu les lits et la vaisselle à faire. Je vais voir le défilé de filles et de gars bcbg passant à la boulangerie pour un petit pain ou le café à l’emporter. Je survole le 20 minutes. Et je vais dans mon grenier vers 09.00
(0905)1005-12.45: je bosse sur l’ordi. Les mercredi et jeudi je pars à 11.40 pour chercher les enfants. Arthur, Zora, Elisa et Lorna les mercredis et Lucie, Zora, Arthur et Lorna les jeudis.
1250-1400: plutôt 13.30 si j’ai beaucoup de boulot; c’est l’heure du repas. Tendance végétarien. Aranyo est très soucieuse de la cuisine et essaie de faire de bonnes choses saines pour les enfants: pas facile. Mais pour quelqu’un qui ne savait cuisiner que deux ou trois plats avant d’avoir des enfants elle se débrouille très bien. Depuis trois semaines j’ai acheté 2 nouveaux jeux à Lorna pour la Nintendo alors parfois je joue et elle regarde. Et après elle s’y met. Elle reste l’après-midi avec ses copines. Jusqu’à une dizaine jours Aranyo mettait les plus petits, Mirko et Océane, à la sieste, tandis que les plus grands restent dans la chambre de Lorna, dessins, jeux etc.
1405-1830(1900): je retourne au grenier. Y’a des variantes où je dois aller en ville ou à un rendez-vous.
1905-1925: parfois je fais à souper, parfois c’est Aranyo, selon où elle est allée l’après-midi avec les enfants, selon le travail que je dois terminer. Souvent chaud mais plus simple genre délices aux épinards, salades, du réchauffé du midi d’un autre jour.
1930-1945:dîner.
1950-2015:douche des enfants, brossage des dents pour Aranyo et vaisselle pour moi en général. Pyjamas.
2020-2035(2055): Aranyo raconte une histoire à Mirko pendant qu’on cause ou joue un peu à la Nintendo avec Lorna. Parfois je les mets les trois devant un film ou un dessin animé, surtout avec la venue du froid et la tombée de la nuit. Heidi l’hiver dernier, la maison dans la prairie, fifi brindacier. Ou je lis une histoire à Lorna et Aranyo se couche avec Mirko pour l’endormir. Peu avant 21.00 c’est Lorna au lit, baiser, dernier papotage.
2100-2300:je me mets souvent devant un film sur wixi. Aranyo fait ses trucs, couture, douche, journaux, lecture. On cause parfois de la journée ou de tout et de rien, c’est aussi l’occasion parfois de se disputer. J’essaie de lire un peu plus ces temps. Millénium tome 2. Parfois je remonte au grenier terminer un truc ou surfer un peu. Du coup Aranyo utilise le portable pour surfer.
2305-2355: lecture et coucher. Aranyo se couche plus tôt en général. Mais des fois je me couche à 22.00
2400-0650:…

Lien vers la version 1 du timelog (11/2005)


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15 juin 2008

Chéri des dieux, chéri des hommes… En moi, quel étonnant mélange de sensualité et d’intelligence, de trouble et de volonté, de spleen et de joie de vivre! Jamais immobile mais jamais non plus tout à fait absorbé par ma course perpétuelle, j’évoque la flèche de Zénon d’Elée « qui vibre, vole et ne vole pas ». On pourrait dire aussi que je danse plus que je n’avance, que j’échafaude plus que je ne bâtis. Ma séduction ne me laisse pas de repos: j’en use sans compter. Mais est-ce que je compte jamais? Je suis né pour dépenser. La joie de conceptualiser, le plaisir d’aimer – parfois même de souffrir -, le plaisir d’entreprendre, se disputent mon âme jamais blasée, jamais repue.
Qu’est-ce qui fait courir David?
Ni l’ambition, ni la gloire, ni la fortune n’ont à mes yeux valeur d’absolu. Je place plus haut, la vérité, l’honneur, l’amitié. Je suis de ceux que la condition humaine enchante et désespère à la fois et qui ne cessent d’écouter leur musique intérieure dont l’harmonie a quelque chose des caprices du vent.
On aura compris que je ne suis pas toujours facile à vivre.
Mais, si épuisant que je sois parfois, quelle fête!
Ce vieux prénom royal ne saurait être sensible aux fluctuations de la mode. Dans les années 50-60 j’étais au sommet du hit-parade. Mon prénom est moins fréquent depuis – du moins, en France.
Peut-être ma prodigieuse réserve d’énergie fait aujourd’hui un peu peur. A tort, puisque mon prénom comme moi-même sommes armés pour les tempêtes.

Mon patron: jeune berger roux qui fut choisi par le grand prêtre Samuel pour être le roi d’Israël. Son règne fut glorieux: conquêtes, fastes, grandes réformes. Il enleva à l’un de ses officiers sa femme, Bethsabée, dont il eut un fils, le futur roi Salomon. Il passe pour l’auteur des Psaumes, le plus beau monument de la poésie universelle. Il mourut en 947 avant J.-C.

Les David célèbres: plusieurs rois d’Ecosse, de Géorgie, de Trébizonde. Un héros de roman: David Copperfield, de Dickens. Un homme d’état: David Ben Gourian. Et des chanteurs et des acteurs, comme David Bowie, David Hallyday. Sans oublier un prix Nobel de physique: David Bohme.

Correspondances: du signe du Bélier. Chiffre de chance: le 4. Couleur: le bleu. Pierre: le diamant. Métal: l’or.


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13 avril 2007

Je passe une petite soirée avec mes deux derniers amis. Et même s’il me paraît vraisemblable qu’une personne au caractère comme le mien ne possède pratiquement pas d’ami, je m’en étonne parfois à part moi car somme toute je suis quelqu’un d’assez intéressant, ouvert, patient et attentif. En tous cas il y a plein de gens totalement mauvais, salauds et cons qui ont beaucoup plus d’amis que moi. Anne-Laure* est sur le point de partir de cette petite soirée entre amis, lorsque je lui demande pour rire si avec son nouveau copain ils vivent encore chacun dans leur appartement, ceci évidemment pour suggérer qu’ils sont j’imagine souvent fourrés chez l’un ou chez l’autre. Elle maugrée qu’il dort souvent chez elle. M’ignorant ensuite ostensiblement elle organise avec Alina* (mon autre dernier ami) un petit après-midi à deux "si elle passe dans le quartier". Je me sens comme une merde. Si sur les deux derniers amis qui me restent il y en a un qui préfère m’éviter, c’est vraiment que j’ai un souci quelque part. Un grave souci. J’ai fait la remarque et Anne-Laure a réagi en me piquant d’abord d’un ironique : "Ta positivié me fait vraiment du bien, David. J’en ai vraiment besoin", devant mon ahurrissement, elle poursuit d’un condescendant : "Tu sais très bien que ça t’arrive de me tirer en-bas, d’être agressif et déprimant". Ce n’était peut-être pas exactement ses mots – l’émotion me coupe la mémoire – mais à peu de chose près. J’étais arrivé à cette soirée le coeur sur la main, ouvert, souriant je crois. Lorsqu’Anne-Laure a fermé la porte trois quinze-tonnes d’affilée m’étaient passés dessus. Ou la définition de "se prendre une volée de baffes", ou "tomber des nues". Depuis le début de l’année je l’ai vue trois ou quatre fois à tout casser; si à ce rythme-là j’arrive encore à créer de tels sentiments négatifs, il vaut mieux effectivement que je n’aie aucun ami. Théodore* et Chris* doivent se frotter les mains; je suis bien obligé de leur donner entièrement raison, j’admets que si ces deux amis lointains n’ont plus souhaité me voir c’est parce que je suis un mauvais ami, parce que "je tire en-bas". Même envers ceux qui sont le plus proches de moi je dois inspirer une automatique méfiance, une sorte de crainte sourde, un potentiel inné de cruauté, une vague toujours en approche de férocité. Cette peur ne fait sans doute que refléter ma propre peur des autres, au point que même lorsque je me sens ouvert et disponible je me ramasse des baffes parce que ma plus proche amie s’attend toujours à un sardonique volte-face. Je me demande si Jérôme* ne m’évite pas depuis toutes ces années pour les mêmes raisons, peut-être qu’en quittant Paris du jour au lendemain je lui ai porté un coup au coeur, il s’est senti abandonné sans que de mon côté je ne me rende compte de rien. Je me demande si Nino* m’a toujours vu comme une bouilloire en permanence en train de siffler à l’intérieur, si Lawrence* ou Sylvio* me tolèrent par politesse, bref tous ces amis que je ne vois plus, s’ils forment une ronde de méfiance suffisamment loin de moi, le pestiféré. Il faudrait peut-être que je m’accomplisse, que je devienne pleinement moi-même, que je me rende compte finalement de qui je suis, aux regards de ceux qui m’étaient le plus proche, on appelle cela "en son for intérieur", le cynique mesquin et dangereux qu’ils évitent. M’enfermer dans une pierre. A moins que ce ne soit déjà la cas.

*prénoms d’emprunt


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12 avril 2007

L’orgasmique entente entre les faiseurs et les penseurs est à son point le moins humide. Et si toute action sur le net tenait plus du but sournois de communiquer à tout prix en souhaitant interagir plus que du simple fait de penser à part soi devant une page blanche, enfermé dans un chalet au sommet d’une montagne innatteignable par le wifi ? Je pense que ma connexion internet incarne mon désir d’être lu. D’exister par mes mots, loin de mes actes. Je pense aussi qu’on écrit sur le web pour être entendu et non pour avancer soi-même dans sa vie grâce aux mots, grâce à l’écriture. J’écris pour être aimé, pas pour m’aimer plus moi-même. On n’écrit pas par amour de communiquer avec les autres, on écrit avant tout pour affirmer sa propre existence. Pour émerger. Pour l’illusion d’émerger, parce que virtuellement je peux me sortir de la masse et avoir l’espoir que cette masse (informe par définition) me voit jaillir d’elle. L’échafaudage technique séparant le moi des autres s’est simplifié. Avant la Chose, il fallait des relations, du caractère, il fallait jeter son corps physique devant les autres en même temps que son écriture, il fallait s’impliquer corps et âme afin d’être lu, d’être entendu, il n’y avait presque pas d’espace entre les mots et l’être, ce qui était publié ramenait immédiatement à celui qui avait écrit. Maintenant (après la Chose), je peux me jeter entièrement vers les autres et n’être pas plus qu’un point-virgule. Ou je peux pondre de l’info et attirer de l’attention en m’effaçant rapidement. Je suis un potentiel de mots, un potentiel de communications, je suis un potentiel d’interagir et mes mots sont noyés dans l’ambition qui les porte au-dessus des autres au lieu d’être simplement mes mots, avec leur rouille, leur inutilité, et ces conneries de point-virgules.


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11 avril 2007

Mon corps déborde de partout. Mon ventre et mes hanches gélatineux sont secoués de spasmes dès que je fais un mouvement un peu brusque. La plus petite torsion plie de multiples couches de graisse et m’attacher les chaussures est épuisant. Quand j’enfile mon pantalon, c’est un calvaire, et ensuite il me sert autour de la taille, entre les jambes et me gratte, je me sens moulé dans un sac à patates. Le café a un goût d’huile à moteur deux temps et d’interminables météorismes me gondolent les intestins, s’échappant en longs filets d’odeurs infâmes. Je suis envahi par un alien et lentement il gonfle pour faire craquer l’épiderme sec, exhiber ses bourrelets plein d’écailles. Non seulement mon corps flasque m’empêche de vivre mais en plus mon cerveau enfoncé dans les plis de graisse me répète que je n’ai plus assez de temps dans une journée pour la terminer en allant normalement me coucher, repus et fatigué. Je suis insatisfait et intranquille. La nudité des gens sous le soleil qui chauffe trop à cause de mes pets trouant la couche d’ozone est aussi intolérable que la vision de la première page d’un quotidien. La fonte des glaces me donne envie de m’offrir une coupe Danemark. Mon corps déborde et le niveau des océans monte. Comme il est bon lorsqu’ils me regardent passer comme une vache dans son nuage de méthane d’imaginer ces rues, ces parcs, ce fleuve, Genève, le Jura, les montagnes noyés dans l’Océan. Et j’y ajouterai une calotte glaciaire pour bien faire. Contenant toutes ces nobles sensations, je suis assez embarrassé lorsqu’il s’agit de répondre à la question d’un collègue : "Salut ça va ?" Parfois, envie de gicler du sang; moi alien XXL, toi pas approcher moi sinon moi écrabouiller purée toi et manger, toi. Miam. Mon bide tremblote d’appétit et déjà de bonheur je gargouille dans l’envie d’alcool mélangé à du chocolat et de la chair humaine. "Ça va et toi" Insatiable envie de m’échapper, trottine trottine, ça passera tu sais bien, ça passera. Ce que j’ai froid, malgré le printemps radieux je suis une boule de neige. Ne pas oublier d’aller m’acheter un petit duplicateur pour carte graphique et brancher un troisième écran; après ça ira mieux.


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10 avril 2007

J’aime bien les gens qui reprennent le dessus sur la vie. Personnellement je reprends le dessus sur la vie chaque printemps, me suis-je aperçu avec effroi ce week-end en relisant quelques anciens articles sur ce site. Ce n’est pas négligeable, mon troisième printemps à survivre à moi-même sur le net, et puis ça permet déjà d’établir des courbes et des statistiques comportementales. Donc chaque printemps je me remets à écrire avec vigueur, doué d’une énergie que chaque printemps j’estime être unique, surprenante, et décisive. Le genre d’énergie qui me permettrait de commencer et de terminer un roman par exemple, d’aller au-delà de moi-même, de me surpasser (déprimant, j’associe l’écriture d’un roman à un surpassement personnel), et chaque printemps j’asperge ce site de nouveaux espoirs. Généralement, à titre plus personnel, c’est aussi à cette époque que je me remets à faire un peu de sport. Un béhavioriste me caserait avec indolence et rapidité dans la section des "couches moyennes influencées par les magasines de mode, la télévision et le ciné, trentenaire avancé approchant la crise de la quarantaine paniqué à l’idée de prendre du poids après avoir arrêté de fumer  et tentant désespérément de trouver un équilibre zen dans sa vie de tous les jours", ou un truc plus long dans le genre… Le gars que les jolies midinettes imberbes de 25 ans commencent à appeler "Monsieur" et à voussoyer du haut de leur jeune indulgence.

La gorge sèche, je viens de me rendre compte que cette description me correspond bien, en tout cas à travers une certaine lorgnette un peu distante, mais somme toute on se voit tous de façon un peu distante. Toujours selon les statistiques, je devrais arrêter d’écrire aussi fréquemment d’ici fin avril ou début mai, date à laquelle le rythme des saisons reprend le dessus sur mon enthousiasme de trentenaire lucide, aisé et cynique.
Je reste néanmoins remarquablement stable dans les chiffres nuls des commentaires laissés ici. Et dire que certains blogueurs très virils comparent le nombre de commentaires à des performances sexuelles. Heureusement que je suis au-dessus de ça. Heureusement, oui.


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9 avril 2007

En rentrant de Bâle j’ai croisé Leonard Cohen dans le train. Une de ces journées ecclésiastiques où je repère une succession de détails sous forme de messages à transcrire et interpéter. D’abord cette jeune femme aux cernes immenses et brunâtres qui m’a longuement fixé lorsque je me suis assis en face d’elle. Le titre de son livre : "Lexique de l’Esotérisme". Et puis le soleil brillait trop fort comme il sait le faire certains jours de printemps qui ressemblent encore à l’hiver, conférant trop d’éclat et de reflets aux objets, la réalité paraît m’hurler aux yeux. Puis elle est sortie du train régional en secouant la tête et rigolant et a été remplacée par un yorkshire terrier dont les maîtres, un vieux couple moche et sans enfant, sentaient la naphtaline. Après quelques minutes leur chien s’est mis à lentement grogner dans ma direction. Ses maîtres au dédain aussi flasque que leurs joues reniflaient de contentement; ou alors ils pouffaient. Et cet être indéfinissable aux longs cheveux gris, sales, enfoncé dans un blouson comme humide de larmes sur le quai de Bienne, elle reniflait, peut-être qu’elle avait pleuré toute la nuit et toute cette matinée avant de se trouver plantée devant moi sur ce quai aveuglant de lumière comme si elle m’avait attendu, cette chose avait l’air de me fixer aussi de derrière ses lunettes de soleil sauf qu’elle ne pouvait voir que son reflet de l’autre côté de la vitre teintée. Comme elle avait l’air triste et inutile dans cette ville aux immeubles fades. Elle aurait aussi bien pu mourir l’instant d’après, j’en aurais été soulagé. Ces éléments devaient se combiner, posséder un sens particulier, ils tentaient de me révéler quelque chose alors que j’observais le défilement des vignes neuchâteloises derrière la vitre teintée du wagon restaurant, doublement protégé par mes lunettes de soleil. Lorsque je l’ai vu. Il me fixait aussi depuis l’autre bout du restaurant. Il portait aussi des lunettes de soleil. D’abord j’ai eu un doute. J’ai vu la dernière fois Leonard Cohen dans un documentaire où il faisait le moine bouddhiste à Los Angeles, il y a quelques années. Il me semble qu’il était plus vieux que ce type. Protégé par mes lunettes j’ai détourné la tête pour faire semblant de regarder dehors alors que je le scrutais attentivement. Ce long visage marqué, ce nez incomparable, l’arc fragile des sourcils, les joues émaciées, la coupe de cheveux… Il se teignait sans doute les cheveux. L’Afro-américaine qui l’accompagnait était grosse et solide, compagne imperturbable qui devait convenir au fil fragile de sa vie. Lui le tombeur de femmes, nul doute qu’il avait trouvé en elle un repos de fin de vie. Quel âge pouvait-il avoir ? 70 ans peut-être… Mais que faisait-il en Suisse ? A vrai dire aucune autre question logique ne me traversait l’esprit, tétanisé, gorge sèche, et j’ai été magnétisé, lentement obligé de lui rendre son regard droit dans les lunettes, comme un duel de lunettes solaires dont le sens m’échappait complètement. Je m’apprêtais à faire une chose aussi débile que d’aller lui demander un autographe juste pour casser cette attention oppressante qu’il me portait, lorsque sa compagne lui a gentiment tapoté sur l’épaule pour lui signifier qu’ils s’en allaient. Soulagement impossible à mesurer. Et puis elle s’est mise devant lui, lui a pris la main pour la poser sur son épaule et ainsi ils ont traversé le wagon entre les tables, Leonard trottinant derrière elle accroché d’une main à son épaule, des petits pas d’aveugle pour éviter de s’égarer dans le noir absolu. J’ai grincé des dents en contemplant à nouveau le paysage qui redémarrait. Je l’ai eu mon signe cabalistique d’ombres et de lumières. La réalité hurle parfois moins que le silence.


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8 avril 2007

J’étais ici il y a environ… Je ne sais plus; deux ans ? Trois… L’année dernière ? De l’avoir oublié ne me rajeunit pas. On ne s’attend pas à trouver Internet dans une auberge aussi kitsch, garnie de faux Picasso et de lampes à fleurs. Comme les suisse-allemands sont prévoyants. Une Gasthaus d’Aesch, pas loin de Dornach où vit ma belle-famille. Bourgade idyllique au pied du Jura, à quelques minutes de Bâle, paysage vallonné de conte de fée, collines couronnées de ruines authentiques prouvant au touriste américain sceptique l’âge honorable de l’envahissement par l’homme de ces lieux vierges, mais au coeur de tous les grands axes de communication non virtuels. Où se tient Yéyé, tout contre mon bras droit; un vieux clebs de race indéfinie qui pue indécemment, au coeur de tous les grands axes de communication. J’ai demandé poliment à la tenancière s’il avait 13 ans (au hasard) mais elle m’a répondu d’un sourire indulgent que "Ohhh nein, il a neuve han hein!" Yéyé attend que je lui donne quelque chose à manger alors qu’il n’y a qu’un café sur ma table. Son regard imperturbable me rappelle ma belle-mère. Marion est arrivé à cet état de l’âge et de l’existence où on peut rester assis toute la journée à fixer un point précis dans l’air devant soi. Elle aligne une cigarette après l’autre, seul signe de vie. Les enfants et les heures défilent devant elle sans qu’on sache si elle a perdu toute forme de vie intelligente, si elle est sous l’effet permanent d’un nouvel antidote contre la consommation excessive d’alcool ou si, mais aucune personne la connaissant (ni moi ni aucune de ses trois filles ni son ex mari en tout cas) ne se berne de cette illusion, si elle est plongée dans la contemplation philosophique de l’existence des autres. Elle fait un peu peur. Une preuve flagrante étant que Mirko, du haut de son instinct de un an et demi, s’est agrippé violemment à moi en la voyant assise sur sa chaise branlante devant la cuisine, ses cheveux violets et hirsutes jaillissant de sa petit tête au sourire énigmatique, elle a levé les yeux tentant d’y imprégner une forme de tendresse divaguante, et j’ai du retenir Mirko de grimper par-dessus mon épaule. Personnellement Marion me fait sourire parce qu’elle ressemble à une ex-rock-star, ses tatouages aidant, ou à une ancienne débauchée de la beat generation ayant survécu par miracle aux tentatives de suicide et à l’alcool. J’ai tenu bon, je suis encore là , maintenant j’ai plus qu’à crever de mort naturelle à la cigarette. Une vaste lassitude et un infini abrutissement aux médicaments d’où pointe néanmoins encore et toujours la pétillance de la déréliction possible. Une potentielle faille de l’âme continuellement remise sur pieds par une force de la nature indomptable, un ouragan humain enfermé dans un dé à coudre. Et le tout de s’annihiler dans l’inutile répétition de l’âge. Marion survit à des tempêtes, d’ailleurs elle a l’air d’un marin dont les requins ont déjà dévoré la presque totalité du corps. Sa tignasse violette en guise de varech fou au sommet du pilot vermoulu presque noyé sous l’acharnement des vagues. Elle fait peur aux enfants parce qu’ils sont si proches de la naissance et de la vie, aux adultes parce qu’ils n’ont pas vraiment envie d’y penser, tandis qu’elle joue au funambule au-dessus de la lave. Ou alors j’imagine tout. Marion ne serait qu’un esclave de plus de la drogue et de la vie, miraculée par un hasard si… écossais. Yéyé me bave dessus que c’est bien possible, oui, son regard pétille aussi, en définitive.


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6 avril 2007

1,5 g de peau nourrit un million d’acariens. Ma mère piaffe à l’idée de peindre les oeufs avec Lorna, paraît-il. Ma mère est une personne très énergique et je n’ai aucune peine à l’imaginer piaffant d’impatience à la perspective de peindre des oeufs avec ma fille. Il faut qu’elle s’occupe, qu’elle agisse dans un sens ou dans l’autre, même dans n’importe quel sens pourvu que ce soit un sens; sa vie est une grande offrande à l’Action. Mais pourquoi peut-il y avoir jusqu’à 1500 acariens dans un ridicule gramme de poussière ? Souvant durant mes journées devant l’ordinateur j’entends le son de cloches lointaines, de sirènes imperceptibles ou parfois la tonalité occupée. Je sais que mon esprit crée ces sons à partir des graillements et ronronnements fades de l’ordinateur, et que par conséquent mon esprit crée aussi cette obsession de propreté incarnée par le balai et les éponges, ce besoin féroce d’exterminer ces milliers d’acariens qui la nuit en profitent pour me grignoter des grammes de peau. Accrochées à leurs abdomens, frétillant de joie sur leurs six pattes de microns, ce qui m’angoisse par contre est la vision de tous ces millions de têtes de ma mère mastiquant du derme sur le moindre millimètre carré de ma peau. Il existe une connvience psychanalytique entre ma fille peignant des oeufs avec ma mère piaffant d’impatience et les millions d’acariens qui m’entourent impunément. Ca doit être d’ordre sexuel. Mon hypophyse se vexe du dédain que j’offre au printemps et de fait elle pompe ses hormones d’une vigueur accrue. Il faut que je balaie, il faut que je fasse la lessive.

Smiley


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4 avril 2007

Que je la croise chaque matin devant les toilettes du restaurant n’a strictement rien à voir. Le train surine le paysage des berges ennuyantes du lac chaque matin, et ça n’a strictement rien à voir aussi. J’aurais très bien pu ne jamais faire l’amour avec elle. Je veux dire que de la prendre férocemment sur la lunette ouverte des toilettes du train du restaurant pourrait très bien rester juste une phrase moche de plus sur mon long parcours de phrases moches. Le fait que la météo de ce printemps soit aussi impressionnante que celle du printemps d’avant et que celle probablement encore plus impressionnante du printemps prochain ne vient apporter qu’une once d’explication aux gémissements qu’elle étouffait sur la première page du journal "20 minutes". Elle se pose là avec sa trotinette quelques instants après le départ du train et j’ai tout loisir de l’observer à travers la porte vitrée du restaurant alors que le train traine sur ses fenêtres une succession de reflets tous moins intéressants que les autres. Elle aurait peut-être souhaité être prise ailleurs. C’est fascinant ce que la répétitivité a de puissant. Moi, je n’ai rien dit. Elle n’a pas dit grand-chose non plus. Se retournant avec ce déhanchement que je trouve si féminin pour que mon sexe glisse hors d’elle à la fin prévisible de cette rencontre, elle a aussi glissé un sourire accompagné de : "Emilie, enchantée." Je me demande si elle sera aussi là demain matin. Ca risque de poser problème désormais de la revoir tous les matins à côté de sa trotinette. Eviter de la tancer d’un "Bonjour" inutile; changer de wagon, sueur en tête, ou alors plus simplement nous pourrions faire l’amour chaque matin. Je suis assez du matin. Elle aussi ça m’en a tout l’air… Ou encore elle n’était là que pour assouvir ce fantasme, apparaissant, disparaissant, comme les reflets ennuyants en surimpression sur le paysage fade du printemps. Et je ne la reverrai plus. Ce serait plus simple, oui.


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22 mars 2007

"C’est les cheveux au vent, une sublime mélodie filant le long des berges claires, l’azur et le bleu marin ; c’est les bras levés, la tête en l’air, tourner à la manière des derviches dans la légèreté de la transe ; c’est le rire qui tinte, la pluie fraîche sur le verre, les pétillances de bulles à papillons et les cascades de rayons multicolores ; c’est la chaleur du poil humain, la simplicité fractale du manteau de flocons, une cigarette partagée et le clignement de sourire ; c’est la bonté du chocolat qui fond, la gravité des ardeurs déployées et le souffle lent, c’est l’instant dérouté du temps ; c’est les solitudes complices des univers concomitants, c’est l’ivresse, c’est les cuivres, les bois et les percutions et c’est les chants profonds des cordes ; c’est l’électricité et l’anti-matière des rues, la fantaisie d’un paradoxe entretenu, la plaisanterie des hirondelles roses et la toxicité des arcs-en-ciel, la douce déchirure d’un coup de tonnerre ; c’est l’appétit des ogres, les valses à cent ans, le torticolis d’un beau cul qui passe. C’est."


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