35 poèmes, textes, dessins, extraits
Actualité littéraire admin
:: 2 janvier Grand Chalet Leysin
:: 29 décembre La faiseuse de mondes
:: 23 décembre Le clou
:: 20 décembre Quand on s’endort
:: 6 décembre REP Gérard Delaloye ou La solidité de l’Existance
:: 14 novembre Que dire de plus?
:: 30 septembre Rêve d’architecte
:: 10 août Celui qui n’en était pas un
:: 8 août Rêve d’architecte
:: 1 juillet La valse sans temps
:: 28 juin Tout est architecture
:: 24 juin L’antre des Gobelins
:: 24 mai L’écrabouillement des rêves
:: 10 mai Entre les mots
:: 8 avril Je suis las du chaos de leurs vies
:: 18 décembre Les amours passés
:: 21 novembre Laetitia, mode intérieur
:: 20 novembre Mirko, joie et tristesse
:: 14 novembre Un monde sans travail
:: 5 novembre A la fleur le long de mon chemin
:: 21 octobre La lumière ne vient plus du soleil
:: 6 septembre 1 mois et demi plus tard
:: 27 juillet Dans la même voiture
:: 24 juillet Dans le même lit
:: 29 mai L’information
:: 21 mars Aranyo
:: 29 janvier Do not go gentle into that good night, traduction française
:: 9 décembre L’Architecture de l’image, à la réalité
:: 20 novembre La Pente en Architecture, l’exemple du Lavaux
:: 13 novembre Les mailles métalliques
:: 24 octobre L’échelle
:: 23 juin Du groupe à l’humanité
:: 6 juin Il y a des rencontres qui
:: 3 juin CrissieR1
:: 25 avril La somme du vide
RSS Actualité littéraire de la grande villeRSS Actualité littéraire de la petite villeRSS L’actualité littéraire des Inrocks
24 septembre 2007

Je ne sais pas vraiment qui elle est. Pourtant je l’ai rencontrée la première fois durant l’été 2000. Je m’en souviens bien c’était exactement 6 mois après mon retour du pélerinage à pied de Lausanne à Compostelle. Durant ces années de tchat je me suis beaucoup confié à elle sans jamais la rencontrer. Mais le temps n’a pas d’importance. Quand je tchate, le temps prend une autre forme, il se dilate immensément lorsque les mots sont inscrits sur le clavier, et puis il est réduit à rien lorsque les mots sont envoyés. Ainsi nos rencontres se sont succédées durant des années, collées les unes aux autres par un temps agglutiné. Ces contractions donnent aux dialogues une aura d’intemporalité. Mais à l’inverse de longues lettres, tout est soudain contenu dans l’instant du dialogue, et devant mon écran c’est comme si je la retrouvais dans le métro par hasard. Nous sommes flous de corps et de visage l’un pour l’autre. Nous sommes des possibilités physiques. Ensuite nous allons ensemble parler dans un bistrot, où je m’adresse à un fantôme mouvant et elle aussi, avant de disparaître à nouveau dans la cohue, dans le brouillard des jours, je ne sais pas jusqu’à quand, ni jusqu’où. Dans l’apesanteur du virtuel, j’ai ainsi flotté autour de Kalissea durant des années. Je la provoquais, je l’attaquais, je lui demandais des réponses qu’elle n’était pas en mesure de me fournir parce que mes questions n’avaient sans doute de sens que pour moi-même. Ultimement, je collais sur son être éthèrique le rôle de la page blanche. Je savais qu’elle était là à m’écouter, que dans ses longs silences je ne devais pas attendre de réponse, et j’écrivais sur mon écran comme si j’avais pu m’adresser à une page vide qui m’aurait compris entièrement. Kalissea a été ma Lectrice, sculptée dans mon espace virtuel comme une sainte au sommet d’un portique, penchée sur moi dans l’éternité noire de ses silences d’écran. Et, lorsque mes monologues semblaient vains, alambiqués, tautologiques, elle me souriait doucement pour m’inviter à poursuivre par une phrase laconique qui néanmoins me donnait soudain tant d’espoir, tant de ferveur, d’être encore entendu. Elle a vécu des années à Genève. Puis quand j’ai commencé à y travailler elle est partie loin. Comme les fées qui s’évaporent près d’une brindille trop secouée, et je ne le regrette pas, parce que c’est comme les fées justement. Elle est partie en Afrique, naturellement, comme il se doit. Dans cette zone de mon imaginaire où tout est encore permis, où tout est encore, si près de l’abîme, souriant.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
18 septembre 2007

S’il y a quelqu’un sur cette planète que je n’ai jamais rencontré, c’est bien maggic.  Il n’a strictement rien à voir avec ma vie de tous les jours, et pourtant il était le premier que je saluais, tôt avant 7h du matin et le départ vers la gare, devant le café dans la pénombre de mon grenier. Quand j’ai déménagé à Paris, sans le savoir je l’ai embarqué avec moi, et là -bas il fut sans doute une des personnes de Suisse avec qui je parlais le plus. Et puis avant mes longues nuits sans sommeil je lui apprenais tout de mes petites misères, auxquelles il réagissait souvent avec humour, avant d’aller se coucher, aussi régulier qu’un pendulaire, vers 23.30. maggic n’a pas de corps, pas de visage, il n’a pas de voix, d’ailleurs il n’a même pas de majuscule! Il existe quelque part un peu hors du temps et tout à la fois profondément ancré à la réalité. A ma réalité du moins. Il fut un confident, un punching-ball, un savant jongleur de mots, et pour moi qui aime tant communiquer uniquement grâce aux fioritures scintillantes des lettres sur l’écran, ce fut une aubaine que nos chemins se fussent croisés. Et ce fut aussi une aubaine que notre rencontre n’ait jamais eu lieu. Parce qu’il y a des rencontres qui se sont déjà produites alors même qu’on ne se connaît pas encore. Sans être intenses ou éclatantes, elles se répètent inlassablement et naissent d’elles une sorte d’amitié pointilliste tout à la fois détachée et nécessaire. Nous n’avions simplement pas besoin d’en savoir plus; et ce petit espace vide, inconnu, entre nous, cette possibilité que cet autre soit un peu de moi-même tout en étant ailleurs et totalement autre, me donnait un peu plus confiance en ces inconnus là -dehors auxquels en général je ne crois pas. Quand on parvient à maintenir ainsi un tel équilibre (entre l’envie de se rencontrer et la conscience de la vanité d’une telle envie), la tension ainsi créée auréole le tchat d’une certaine forme de pureté. Sur IRC nos échanges étaient toujours publics et l’éventualité d’un voyeur nous lisant dans nos délires et analyses et jeux de mots, leur conférait l’excitation d’un débat public. Le plus souvent j’étais pessimiste, destructeur et désenchanté, tandis que maggic s’amusait de moi et de mes petits coups de dent. Je crois avoir incarné pour lui une certaine forme de liberté, un vagabondage lucide loin de sa routine, alors qu’il représentait la possibilité de vivre un quotidien, peut-être ennuyant, peut-être répétitif, mais au final un quotidien dans la paix et la bonne humeur. J’ai quitté notre salon de discussion il y a quelques mois, peu après la naissance de son enfant, mais ce ne fut sans doute qu’une coïncidence. J’ai été soudain effrayé à l’idée que mon existence pût s’enfoncer continuellement, si loin de la réalité. Mais maintenant, pendulaire, j’en ai peu trop, de réalité. Et me demande si je ne fus pas plus heureux là -bas, au creux de… de ces longues discussions, de cette appartenance à un univers souterrain, tel un ordre secret, dont la virtualité était une mascarade cachant que je m’y exprimais pour y aller à l’essentiel.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
13 septembre 2007

Reclu à l’intérieur de mon pessimisme et de ma mélancolie quotidiens, parfois je vois défiler entre les chewing-gums sur le trottoir, les yeux d’Antoinette. Je les vois qui me sourient, confiants et lumineux, noisettes pétillantes à l’assaut de l’existence, et ils me donnent envie d’un peu plus respirer les matins bleu pâle de septembre 2007. La vie l’a jetée parterre, soulevée par le cou à bras portant, et jetée contre des murs en béton, et encore, la vie, inlassable, a tenté de l’étrangler. Sa paume immense, qui ne voit pas, qui n’entend pas et qui ne sent rien, lui a écrasé la poitrine, le visage, le corps entier. Un jeu, un simple jeu parmi d’autres continuant à marcher comme si la vie était naturellement gentille et fluviale. Pendant qu’Antoinette hurlait. Dans son sourire, je revois l’immense contentement, l’indéniable paix, d’être revenue de cet hurlement-là . Le mesquin en moi répliquerait: à chacun ses coups durs, on s’en sort comme on peut, pas la peine d’en faire une montagne. Mais justement le souvenir d’Antoinette règle en moi le volume du désespoir. Il me permet de rire de mes désarrois, ou au contraire d’éclater de colère quand il le faut. Elle me donne du courage aussi. Non à cause de la quantité de malheurs dont elle a su sortir, mais grâce à cette force liquide qui lui permet de s’élancer, de se tendre vers l’horizon comme une flèche parfaite, de se regrouper et d’exister presque avec férocité là même où elle se tenait auparavant, disloquée. De réussir à éclater de rire à la gueule de l’adversité, de tendre la main à la vie, encore et toujours. J’ai le droit bien sûr d’être triste ou las, mais jamais je ne me laisserai totalement abattre. Et Antoinette fait partie de ceux qui me donnent la main et me permettent de me redresser par la seule force du souvenir.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
11 septembre 2007

Je n’ai aucune idée de la longueur de ce train. L’ayant entrevu sur la carrosserie au moment de monter, je sais uniquement qu’un wagon standard mesure environ 25 mètres. Mais je n’ai pas idée non plus du mécanisme détaillé faisant que lorsque je tape sur les touches d’un clavier des lettres apparaissent à la surface de mon écran. Après, on s’étonne de vivre dans un monde où les gens se suicident, où ils sont pédophiles, où partout errent des âmes en peine, comme moi dans mon train, et comme toi, et beaucoup, beaucoup, beaucoup d’autres, errant à la surface du globe, vacillant au sommet de cette prodigieuse quantité de savoirs et de savoir-faire et de méthodes, et de techniques et d’ingéniosités. D’inventions réinventées et améliorées et rapetissées au point que bientôt je m’asseyerais et n’importe où une chaise me saluera d’un suave: "Bonjour, David Ruzicka. Portez les slips Naguerre, pour un plus beau derrière." Il n’est désormais plus possible pour un être humain d’avoir une compréhension explicite du monde dans lequel il est né, qui a été créé et qui est recréé en permanence, à l’image de ces chantiers de ville qui ne finissent jamais, par les autres autour de lui et par lui-même autour des autres. Le cerveau de l’humanité est à l’image des particules d’humains qui le composent: il ne se comprend pas soi-même. Alors dans ce mystère constant, totalement inventé par nous, je me plonge et j’invente encore d’autres phénomènes et je me berce encore d’autres idées et je m’enfonce vers d’autres mélancolies, tournant le dos, peut-être définitivement, à ce qui est construit, au devenir permanent, ne cherchant plus ni à comprendre ni à voir le beau, ou m’imaginer comprendre ou à m’imaginer voir le beau, mais dérivant à la suite de millions d’autres riches et ennuyés vers un horizon pâle, éblouissant et fatiguant. Tandis que Cricri, lui, non. Rempli d’une candeur infatiguable, il est constamment à la découverte de, à la recherche d’un pourquoi, et s’il ne comprend pas comment se propagent les ondes éléctromagnétiques, qu’à cele ne tienne! Il voudra comprendre la personnalité et les raisonnements de celui qui tentera de les lui expliquer. Car quelle que soit la complexité tissée de nos nouveaux univers, derrière tout cela cogitent des humains, avec des cerveaux semblables, avec des pensées banales, des désirs humains et des ambitions humaines et des vies. De vies à profusion. Chacune avec son hisoire, chacune, chacune, brillant de sa trace exceptionnelle, aussi magnifique que soi-même et aussi mystérieux qu’un fossile du Crétacé. Ainsi Cricri trace ses généralités, ses conclusions sur une unique entité aux facettes infinies qui contiendrait tous ceux qu’il croise et beaucoup de lui aussi. Il recherche avant tout l’autre et dans l’autre ce qui fait qu’on est un peu tous semblables et un peu tous différents; promenant son regard sur la crête fine et fragile de laquelle s’envolent nos rêves. Tandis que d’autres dans leurs coins obscures se moquent obscurémment de leur propre obscurité et de l’irrévocable éloignement des autres, se moquent de lui, le voyant comme un doux gentil qui s’obstine à plaquer de doux concepts sur la permanente maladie de l’homme: exister. Pour s’aider à fuir le temps plus doucement.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
9 septembre 2007

C’est incroyable comme l’envie d’aimer peut se superposer à l’envie d’être aimé. C’est incroyable comme il est difficile de ne plus vivre sous l’égide d’une relation qui a duré des années et qui a établi des règles et des droits et des libertés. C’est fini, elle est partie, et pourtant je continue à vivre comme si elle était encore là . Elle était toute mon envie d’aimer et d’être aimé mais maintenant il faut que j’aime sans connaître ce qui me sera donné en retour. Et j’ai peur, et je me méfie. Mais en même temps j’ai envie, j’ai envie de quelque chose de grandiose, d’encore plus grand et d’encore plus fort que ce qui a disparu. Mais on sait bien que l’amour ne se mesure pas au nombre d’années. Qu’il peut être totalement là dans le présent, offert et magnifique, aussi soudain qu’une naissance. Qu’une naissance. Et puis ce jaillissement me plonge dans le doute, dans l’évasion, dans l’étrange absence que le quotidien renouvelé ne parvient pas à combler. Toutes ces années… et puis là , juste là , maintenant, comme ça, soudain plus rien n’existe de celle qui a été aimée, et je dois exploser, irradier, montrer comme je peux aimer et comme je peux être aimé à nouveau, brusquement, dans un recommencement qui paraît tout à coup si futile. Qui résonne si fort comme un renoncement. Parce que j’aime, je peux tout recommencer, mais parce que j’aime, je dois tout recommencer.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
8 septembre 2007

Quand la cocaïne rentre dans tes veines directement l’effet est comparable à un éclat de jouissance étalé. Il est prolongé de quelques secondes, une vingtaine peut-être. C’est assez court. Mais ça dépend évidemment de la dose injectée. Je me souviens d’une totalité blanche sans émotion, sans pensée et sans réalité. A ma bête échelle de mâle l’explosion orgasmique est évidemment ce qui s’en rapproche le plus. Zelda avait enfoncé cette jouissance en moi et en ce sens elle avait incarné ma soumission totale à l’autre, à l’inconnu. A l’étrangeté. Ou la sublime tentative de la femme de défoncer l’homme. Et cette excitation incohérente qui coule et respire la liberté infinie. La chaleur sur la ville explosait en brindilles de possibilités et chaque lumière dans les gratte-ciel m’irradiait. 20 secondes. Le reste n’est qu’envie de. Espoir de. Fredonner de. Un blindage intime trop puissant ne m’a pas permis d’aller plus loin. J’ai trop peur d’oublier la précision de la réalité. A l’inverse de Zelda, qui avait peur de la voir trop exactement. Elle était pour moi cette tentation d’oublier tout. Et logiquement j’étais pour elle cette envie de toucher à nouveau l’existence sous sa lumière crue, sous sa lumière authentique. Une de ces lumières matinales de gare où on se dit "ah merde je me suis levé trop tôt" avec ce lundi clignant des yeux devant les jours improbables qui vont s’efforcer de suivre. Et moi qui suis resté à genoux avec cette aiguille plantée dans le bras comme pour me dire que l’éclat blanc durera toujours. Je ne peux m’empêcher de penser que depuis elle a poursuivi son ascension vers la réalité. Qu’elle mériterait pleinement, qu’elle pourrait engranger totalement, qu’elle explorerait comme une enfant devant un Noël qui ne lui a jamais été offert. Et que depuis j’erre à la recherche d’un éclat semblable à cette infinie soumission à l’autre. A l’inconnu. A la possibilité de tout.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
6 septembre 2007

Il y a un peu de tout le monde en chacun de nous. Il y a un peu de Patrick à côté. Au Kenya en 1994, lors d’un été si chaud qu’il ne faut même pas le mentionner, certains touristes méticuleux se demandaient pourquoi tressautait dans les fougères ce large chapeau de chasseur de papillons sur fond de lions ennuyés. C’est là que j’ai vu la photo de Patrick la première fois, bondissant dans le flou de la chaleur devant un lion ébahi. Je ne crois pas qu’il chassait vraiment des papillons – il ne connaît rien aux papillons – mais il fallait qu’il soit là . Un peu plus tard il vagabondait à Monaco dans une Triumph Spitfire décapotable sans doute empruntée à un garagiste qui affolé ameutait toutes les polices de la ville. Patrick est celui qu’on aimerait être tout en ne sachant pas très bien qui c’est. Il y a un peu de son regard et de son air faussement ahuri dans un coin de toutes ces photos de magazines surprenant les stars dans un éclat de flash. Si vous regardez bien, peut-être que vous le remarquerez. En fouillant dans les archives de France Culture vous l’entendrez aussi répliquer d’impertinentes questions à quelques grands philosophes de passage sur les ondes. Mais certainement que vous l’avez remarqué animant une soirée sur la scène d’un club med. Parce que Patrick est un peu partout, il est celui qu’on n’attend pas mais qui est là plus que les autres. Une fois je l’ai remarqué à un gala mondain parcouru de plantureux mannequins sous les projecteurs d’une fameuse terrasse de la rade genevoise, il avait arraché le micro pour une longue tirade, un tantinet dramatique, sur la disparition des pingouins d’Afrique du Sud. Il manie à merveille cet art de surprendre là où il faut surprendre et surtout de surprendre là où il ne faut pas surprendre. A un repas entre amis il a avoué, dans un moment de silence ennuyant comme il en advient trop souvent, que la pornographie n’était pas trop son truc et que si on lui proposait encore de participer à un film il n’accepterait qu’en la présence de guest stars. Mais en même temps qui a sa propre vie? Patrick n’a pas la sienne plus que d’autres, mais au moins il est un personnage. Un caractère sorti de la pièce d’un génie pour jouer tous les rôles auxquels on rêve dans le train-train. Avec ce panache et cette grandiloquence qui n’a d’égal que le mensonge. Mais un mensonge doux et enviable: la recomposition tendre et subtile de la réalité par amour des autres.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
30 août 2007

Il est monté à Paris pour gagner. Il avait économisé ses sous durant de longues années passées dans la pénombre grasse des machineries d’usines. Auprès de ces grands vitraux de hangars dont la lumière est blafarde, fade. Il a peiné et sué, précis et entêté, enterrant le quotidien sous sa vision si proche de la capitale illuminée, pour économiser et monter à Paris. Entrer dans une école de cinéma. Il l’a fait. Il a réussi. Paris fantasmatique, noeud d’ambitions grandioses changées en fortunes escarpées ou en mollusques. Se pavaner dans les bars branchés, effleurer ces beaux visages, et puis ce bouillonnement invraisemblable d’ambitions auquel sont sensibles tous ceux qui sont là pour aller plus loin et pour réussir mieux et pour. Et pour. Deux ans plus tard il n’avait plus rien. Il squattait son appartement parce qu’une loi bieveillante empêchait son propriétaire de le virer durant l’hiver. Et au printemps il dormait dans tout ce qui lui restait: une vieille Renault du temps des usines, montée par une de ces machines qu’il avait lui-même lubrifiée. Il dormait dans un parking, mais dans le parking d’un supermarché parisien, oui Madame. Parisien. Alexandre ne pouvait plus exister ailleurs. Je l’ai perdu de vue à cette époque, puisqu’alors je quittais la ville de tous les rêves pour aller m’enfermer dans un grenier suisse. Mais Alexandre est resté. Il ne peut pas quitter le rêve. Tant d’autres avant lui n’ont pas pu quitter le rêve et tant d’autres après lui ne pourront pas le quitter. Il y a ces images lisses de ceux qui ont peiné pour sourir finalement et qui brillent dans les kiosques des boulevards la nuit. Le ronronnement des affichages glissant sur un loft flou où une femme presque nue devant un écran plat immense sourit aux ambitieux. Alexandre et l’ambition. Forcément: le Grand. Mais il a passé l’âge de ces gamineries. Mais il y a toujours quelque chose de complètement enfantin à vouloir briller tout en supportant la vie. Dans sa voiture il écoute la radio et de grands personnages lui sussurent leurs idées et leurs existences. Ils ne sont pas loin, à quelques avenues du parking où il s’endort, couvrant les vitres de buée froide et de rêves.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
26 août 2007

Elle est là . Quand Maryam arrive quelque part, tout le monde sait qu’elle est là . Elle n’est pas extravaguante, elle n’hausse pas la voix, elle n’essaie pas de se faire remarquer, mais elle a sa manière d’intriguer et de faire les regards se poser. A trop la connaître, j’oubliais presque son charme naturel. Cette sensualité qui est l’apanage de celle qui a l’habitude de plaire. Sa peur de vieillir elle-même s’est changée en volonté de plaire encore plus; et elle a réussi à faire briller autour d’elle une aura d’envie, d’appétit. Un charisme féminin refusant les artifices modernes du lifting et du silicone pour embrasser son âge avec toute sa terreur de ne plus plaire et tout l’éclat de celle qui, lasse et faible et fragile, accepte en se moquant d’elle la férocité du temps. Sa beauté n’est pas vieille, sa beauté n’est pas jeune, sa beauté traduit tout l’éclat d’années à les voir baver à sa suite. Mais là où d’autres ondulent comme des limaces laissant la bave au passé, Maryam s’affranchit de l’âge en éclatant de peur devant les rides: elle a changé sa peur de l’âge en éclats de beautés. Elle me fait penser à Jeanne Moreau. Parce qu’en parlant d’elle je cherche à parler de sa beauté, alors que je pourrais parler de sa façon d’être, de ses manières, de tout autre chose, mais non je parle de sa beauté. Je me pose dans un coin sombre du bistrot où elle s’est assise avec quelqu’un. Je l’ai remarquée. Le temps de finir mon verre elle a disparu et fait partie de celles qu’un inconnu n’oublie pas.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
10 août 2007

Les aller-retour permanents en train de Lausanne à Genève offrent un immense potentiel mélancolique. Comme de faire remonter à la surface une amité de l’aube des temps. On a sans doute partagé tous nos rêves. Toutes les folies et les libertés et les impensables volontés d’avant 18 ans on les a balotées ensemble tels des cerf-volants fous sur un ciel parfaitement bleu attendant qu’on vienne y marquer nos initiales. François était mon seul ami. En traversant toutes ces années de morsures et de prétentions formidables avec lui, un lien insondable a été tissé qui ne peut plus disparaître sous la vague des ans. Forcément, quand on a roulé ensemble sur une autoroute de la riviera lémanique avec des motos volées capables de rugir dans le vent d’un été inoubliable à plus de 200 km/h, adolescents de 16-17 ans sans permis agrippés à des mécaniques portant tous leur rêves dans l’air tiède, prometteur, fonçant et dépassant toutes les voitures, tout ce qui bouge, forcément il y aura toujours de quoi en rire et de quoi s’en extasier. On peut tout faire. C’est ce que me rappelle encore et toujours ce souvenir délirant. Et puis il y a eu la police, et les juges, et les parents, et les emprisonnements avec sursis. On s’était pourtant bien dit que si on se faisait prendre on ne dirait rien. Après une nuit en prison, en face d’un inspecteur prétendant que François avait déjà tout avoué, j’ai juste voulu en finir avec la taule qui se profilait et j’ai craqué et j’ai avoué. Pas tout, mais j’ai avoué en tout cas ce qu’ils voulaient entendre. J’essaie encore maintenant de me discupler. Car François en réalité de son côté n’avait pas craqué, il tenait la promesse qu’on s’était faite. Je me demande maintenant devant le paysage qui meurt une fois de plus dans mos dos si je n’ai pas été faible, si je n’ai pas tout cassé entre nous à ce moment-là , et si depuis ce moment nos chemins se sont dissous vers d’autres horizons. François était plus fort que moi, plus coriace et plus lucide, et surtout, il n’avait aucune peur des autres. Sa confiance en lui n’avait pas de limites. Là où plus tard j’ai plombé mes ambitions de doutes et de questions, m’éloignant des autres et construisant petit à petit une réalité où je repoussais mes rêves dans la solitude, lui au contraire, intelligent, clair et direct, est allé palper et saisir et embrasser les événements. A cet âge, ça veut surtout dire les femmes. Les femmes. Confiance en soi, charmeur, séduisant, éloquant, persipcace et attentif, ce fut l’âge où tous ces rêves et toutes ces envies de force brute sur l’implacable système trouvèrent pour François une expression tangible dans le désir du corps des femmes. Dans le désir, mais cela je le lui laisse, comme pour beaucoup d’autres sans doute, moi en l’occurence, alors de plus en plus seul dans mon coin de rêves bétonnés de réalités, dans le désir d’être aimé.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
3 août 2007

Dans la salle du département d’architecture où nous étions entassés, à la lumière de ce matin blafard comme seule Lausanne sait les inventer au printemps, en 1993, le professeur Brulhard essayait de se rappeler d’un nom suite à une citation. Je me rappelle de ce prof, un échevelé grisonnant et distrait qui ne parvenait pas à faire de l’ombre à son principal répondant, le professeur Jacques Gubler. Il ne tâtonnait pas dans le but de réveiller les étudiants, ce lapsus le gênait vraiment et il se tordait sur sa chaise à notre hauteur dans cet atelier de projets, de honte de ne pas se souvenir d’une telle évidence. Il n’y avait que deux personnes qui se rendaient compte à ce moment précis de l’humiliation d’un tel oubli: le professeur lui-même et Léo. N’y tenant plus, et certainement un peu fier, Léo a levé le bras et clamé: "Wittgenstein!" Le prof a sursauté un honteux "merci" avant de poursuivre son oraison architecturale. Je me souviens de ce moment parce que j’étais proche de Léo et qu’à cet instant j’avais été particulièrement fier d’être assis à son côté et d’être son ami. Léo incarnait cette intelligence liée à la passion de l’architecture que je n’arrivais pas à développer. Par exemple à la fin de ma première année lorsque j’avais étalé sur le panneau d’affichage le rouleau prétentieux de mon projet, dont l’unique intérêt fut sans doute la véhémence du dessin, je n’ai pas été fier que les professeurs ou les assitants ou les autres étudiants admirent l’étalage de mon laborieux effort, mais j’ai été fier que Léo se dépêche d’aller chercher un autre étudiant aussi passioné que lui pour être présent à mon exposé. Il y a 14 ans donc, ceci s’est passé il y a 14 années, et je me demande ce qui explique l’élan de vie passionnée depuis cet instant, l’élan de vie qui l’a poussé à abandonner l’école d’architecture de Lausanne, à passer avec succès les examens d’entrée à l’université de Venise, à traverser les années d’études de l’architecture à Venise, à rencontrer Liesbeth, à vivre l’art et l’architecture avec elle, et aujourd’hui, à assiter à sa mort. Parce qu’il y a forcément un lien entre sa décision et ce qu’il vit. Je me demande si je peux comprendre la mort présente de Liesbeth dans la vie de Léo, dans la vie de Léo telle que je l’ai aperçue de loin, dans les sursauts d’une amitié taraudée par les aléas de l’existence. Si sa passion pour l’architecture et l’histoire de l’art ne l’avait pas amené à Venise, jamais il n’aurait rencontré Liesbeth, et jamais il n’aurait du assiter à sa mort. Ou est-ce qu’en ayant terminé ses études à Lausanne, ou à Paris, ou New-York que sais-je, aurait-il là aussi rencontré Liesbeth et aurait-il là encore assité à son trépas? Cette chaîne de causes à effets, vaut-elle la peine que je m’en préoccupe? Non bien sûr. Comme je ne peux la faire revivre, je ne peux expliquer qu’il l’a voit mourir. C’est pourtant ce que j’aimerais pour lui maintenant, lever mon bras devant ce lapsus de l’existence, lever mon bras et tout arrêter l’espace d’un instant, lever mon bras pour clamer devant ce professeur qui ne sait rien et qui a tout oublié: "Liesbeth!", et que dans un sursaut impossible tout soit à nouveau rétabli, et fier, et existant, et passionné, pour Léo à mon côté. Liesbeth se tenait derrière nous ce matin-là , souriante, à Paris, à New-York, à Londres ou à Lausanne, et quand je me retourne, je la vois.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
29 juillet 2007

Avec mon nouveau téléphone portable ultra sophistiqué je peux écouter la radio dans le train. Un auteur de théâtre très en vue tentait d’expliquer à France Culture son idée de l’écriture romanesque. Il me chuchotait à l’oreille ses expériences mystiques, une voix très féminine, je l’imaginais plutôt pâle et décharné  avec de grandes lunettes qui le rapetississent. Il m’agaçait avec sa voix couinant des absurdités d’auteur. A un moment il a rigolé de sa voix de souris: "Vous savez avec mes 100kg je ne passerais pas!" 100kg. CENT. KILOS. Christelle est un peu comme ça. Je crois voir et entendre quelqu’un qui est elle. Mais je soupçonne qu’elle est une toute autre personne. Plus exactement, c’est un peu comme s’il y avait un minuscule lutin agrippé à des manettes qui la téléguidait de l’intérieur. Elle n’est pas tout à fait là , en me plaçant en face d’elle j’ai la sensation de glisser toujours un peu à côté. J’attendais que ma lessive sèche au salon-lavoir sous-gare et j’ai remarqué cette femme aux jeans moulants et top pigeonnant qui traversait la rue; un "wouah" intérieur typiquement masculin a discrètement résonné dans ma gorge. Et puis de plus près j’ai vu que c’était Christelle et j’ai eu comme un choc. Christelle est pleine de charme mais discrète, ce n’est pas le genre de fille que je m’imaginais "wouahyer" dans la rue. Elle me fait penser au personnage de Carrie dans le roman éponyme. L’héroïne timide d’un film d’horreur. D’abord on ne la remarque pas au milieu des blondes aux gros seins, et au fur à mesure que les gros seins disparaissent à quatre pattes dans les jets d’hémoglobine, l’héroïne pâlichonne attache ses cheveux en arrière, enlève son pull angora rose, n’a par miracle plus besoin de ses lunettes, et sa peau de pâle devient marbre fatal soulignant le mascara discret d’yeux immenses et magnifiques. Elle s’incarne pour les besoins du scénario. Evidemment quand il n’y a rien d’écrit sur la page comme en face de moi, elle ne s’incarne pas, elle ne présente pas son rôle et glisse à côté. Une de ses amies, que je ne nommerais plus ici par prudence (de crainte qu’elle ne surgisse en bas de mon immeuble un couteau de cuisine à la main), est au contraire tellement incarnée, férocement elle-même, que ça ne m’étonne pas qu’elles soient devenues si proches. Elles trouvent entre elles comme un compensation réciproque, une osmose reposante. Tant de discrétion, d’effacement qui n’a rien de timide mais qui est volontaire, me ferait penser à une vaste incertitude que Christelle entretiendrait au sujet d’elle-même, une peur d’être quelqu’un qui ne lui plairait pas et qui ferait du mal aux autres. Innocente, enfantine, fragile et papillonnante suggérant pourtant, évidemment, tout le contraire.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
26 juillet 2007

Les femmes sont tellement belles. Elles traversent les foules et chacune pointe son nez d’un charme unique. Au-delà des hormones qui les observent, elles sont invraisemblables. Parce qu’elles sont capables de renverser la marche du monde, mais elles déambulent, pas à pas tellement liées à la terre mais en même temps tellement éthèriques, elles avancent dans leurs soucis humains en oubliant la marque phénomènale qu’elles ont laissé derrière elles. Les femmes sont tellement belles, chacune à sa manière, qu’il vaut mieux les laisser passer, les laisser traverser son regard, parce que de s’arrêter sur l’une serait déjà comme d’abandonner toutes les autres qui glissent ailleurs au-delà de la foule. Il a envie d’aimer. De les aimer chacune comme une pierre secrète qui se proménerait entre ses doigts, étincelante sans un regard et silencieuse, une bague comme un attachement et un attachement qui signifierait déjà de l’avoir perdue. En observant ces brillances qui s’accumulent comme un trésor innabordable il a levé les yeux vers les étoiles. Et là -bas flotte comme une infinie possibilité d’exister avec elles. Des étoiles, des femmes. Une utopie parfaite qui lui permet de les aimer en les oubliant. Parce qu’il y a ce côté demandant qui est si gênant. Ce rattachement au noyau millénaire qui n’en vaut pas la peine. Elles gambadent avec leurs chevilles si rassurantes, et ces jambes et ces fesses et ces dos soyeux qui sont là pour attirer dans le sens de la gravitation, mais il y a ce sentiment indicible et frustrant qui l’aspire vers le haut, vers elles mais sans elles, comme pour marquer son nom quelque part parmi elles mais sans elles: s’arracher à son désir d’être humain. Alors il en a fait des étoiles de scientifique, et quand il en découvre une parce que sa masse inopinémant la fait tournoyer trop vite autour de lui, il lui donne un nom comme S-To4-mo4. Et il tente autant que possible d’exister avec elle. Même si ça n’a aucune sorte d’importance et qu’elle en est juste une parmi d’autres, d’autres étincelles inassouvibles, il essaie de lui donner tout l’éclat de sa planète, dont il est fier et dont il a honte. Parce qu’un moment à donner tout vaut mieux que plein de moments à ne donner qu’un regard. Et la femme s’en va avec ses chevilles si libres se croisant rapidement vers un autre univers. Il n’a pas de regret. Tandis qu’il observe les étoiles.


Ce texte n’engage que son auteur et ne prétend en rien être exhaustif ou représentatif de quiconque. Il s’agit d’un instantané subjectif, d’une représentation parcellaire et momentanée, ayant pour but l’esquisse littéraire d’un personnage fictif autour d’une personne existante. En aucun cas ce texte n’a pour prétention ou objectif le viol de la vie privée ou la description unilatérale d’une personne existante. A considérer avec précautions, tel un tabloïde de seconde catégorie.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
Recherche sur le site
Romans et nouvelles en PDF
Mots-clés / consultations
Archive mensuelle
Le plus consulté récemment
Commentaires récents
Calendrier des publications
avril 2017
L M M J V S D
« Jan    
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
Flux RSS