La chambre immaculée

« Elle a raison », pense-t-il, mais déjà ses mots sont inscrits sur le mur nu de la chambre.
« Tu ne me cherches pas moi. »
Elle regarde autour d’elle et voit cette chambre.
Elle sent le vide.
Elle sent cette inassouvissable absence.
Cette absence lui appartient-elle ? Non.
Personne ne peut remplir ce vide.
« Je cherche l’impossible moi. »
Ces mots se sont mis sous Je t’aime.
Ils brillent, limpides.
« Tu n’aimes que parce que je t’en approche plus que Tout. »

Terrassé, il vacille. Il sait que c’est faux, il sait que c’est vrai.
Il ne m’aime rien de plus qu’elle.
Deux points se dessinent en travers des murs et une droite infâme relie Je à Tu.

Tout est paisible dans la pièce.
La blancheur, sinon les mots s’inscrivant, est tranquille.
Un soleil mort et parfait illumine une chambre vierge.
Il neige dehors, d’une neige absente, d’un temps sans essence.
Des êtres de vie auraient envie d’y exister, sans succès.
Il n’y a ici que l’essence de la vie, donc la mort qui la tend,
Vers le vide.

L’amour est cette blancheur mortelle que marquent les ombres rares de la pièce.
Et leurs corps ? Que sont leurs corps si ce n’est des loups solitaires aux abois ?
L’absence est évidente. Le manque est évident. L’impossible réunion est évidente.
La chambre immaculée brille de toutes ces évidences.
Elle est moi. Et moi ? J’erre dans le brouillard dont tous savent tout : l’inconnu.
Se dit-il, en l’approchant, près des yeux.
Car ses yeux, il n’a pas besoin de les toucher, il peut les voir.
« Voir » s’inscrit sur un mur.

Il se penche vers elle, car accomplie elle s’est rassise sur le lit.
Il se penche sans amour :
« Tu n’es rien sans moi. »
Et elle sait alors qu’elle ne possède qu’une réponse ici, pour survivre :
« Je ne suis rien sans toi. Et tu n’es rien sans moi. »

Cette pièce, c’est lui, et il l’a invitée, et c’est eux.
Maintenant, tous leurs mots d’amour, et d’envie, et d’absence, et de doute, et de rêves, et de haine s’inscrivent sur les murs.
Nus, ils n’arrivent plus à l’être…
Tout doit paraître.
Et c’est moche.
Et c’est beau, parce que c’est tout.
Tout est beau et moche aussi.
Les murs ne sont jamais rassasiés de tout ce qui s’y inscrit.
Leurs vies en marquent toute la blancheur.
Leurs vies sont la marque des terreurs et des beautés.

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