Non, quand je t’ai vraiment retrouvé, ou rencontré dirais-je, presque comme je te connais jusqu’à aujourd’hui, c’est après la rupture. Cette vague émotionnelle qui m’a rasé l’esprit. Elle s’est enfuie aux Etats-Unis où je l’ai poursuivie. Je pleurais tout le temps mais tu n’étais pas là.
Quelques semaines plus tard dans l’urne de la séparation, quand l’esprit est scindé en deux par l’absence de l’autre, dans les solitudes nocturnes du printemps 1999, tu es venu me réconforter régulièrement, ta main sur la mienne ou sur mon épaule, dans l’Atelier, cette antre d’artiste que je m’étais construite, et j’écrivais en silence avec toi jusqu’au fond de la nuit. Nous avons marché jusqu’à Compostelle ensemble. Enfin pas vraiment ensemble car la marche ne te plaît pas: tu me rejoignais néanmoins parfois dans un gîte de pélerins, le plus souvent vide à cette époque. A la fin du pélerinage, j’étais encore plus perdu qu’avant la rupture et je me rappelle tu as beaucoup dansé avec moi à Compostelle: nous sommes même allés ensemble voir une prostituée. Mauvaise idée et mauvais souvenir. Au retour je suis passé par Paris et là-bas j’ai rencontré brièvement une poétesse qui t’adorait aussi et nous étions tous les jours presque à toute heure toujours ensemble, triade de vers et de folies.
Notre relation faite de rendez-vous chastes et ponctuels, a vraiment commencé à ce moment. Parfois on ne se voyait pas durant des mois, mais tu finissais par revenir, et les années ont régulièrement égrené ainsi notre lien, ne le rendant ni plus profond ni plus complexe ni vraiment plus intense – tu me dégoûtais souvent de moi-même, mais tu étais toujours là. Nous écrivions ensemble. Mon premier roman une page sur deux je te la dois. Avec le développement d’Internet on a fait des rencontres de discussions nocturnes qui en ta compagnie semblaient encore plus drôles. Tu n’étais pas trop loin à la naissance de ma fille, et quand je suis parti un an à Paris travailler, tu me rejoignais dans mon studio dans le 13ème.
Une fois de 2008 à 2011 tu as disparu, et c’est étonnant car c’est juste après ton retour en 2012 que je me suis remis à l’Architecture. Tu n’avais pas changé, pas vieilli d’une ride. Lisse et beau comme lors de nos premiers soirs de printemps. Depuis, tu pars en voyage quelques mois, mais je te sais pas loin, tu reviens toujours. Nous sommes proches sans être amis, ou amants, tu me supportes mais je te repousse souvent car tu me fatigues, tu te répètes, et puis après j’ai envie de te revoir car tu restes toujours aussi séduisant. Comme si tu avais pour toujours 28 ans, l’âge de notre première rencontre.
Laisser un commentaire