Littérature suisse
Dessins suissesadmin
:: 20 novembre tout était immédiatement possible
:: 26 octobre Dialogue autour d’une feuille
:: 11 octobre Esprit d’automne en flammes
:: 7 octobre Impossibles calculs
:: 30 septembre Projet Lima
:: 28 septembre Silvina Simao Valente et Marc au Beau-Rivage
:: 10 septembre Nul ne sait nul n’a vu
:: 31 août Taches rouges sur Gran Sasso
:: 15 août Mowgli
:: 11 août Etoiles d’enfants
:: 5 août Sous les pinèdes
:: 8 juillet Câlins
:: 4 juillet Dans mon âme
:: 3 juillet La beauté du mensonge
:: 21 juin Au-delà de l’amour
:: 13 juin Justice?
:: 4 juin Je te condamne à l’amour
:: 2 juin Va t’en
:: 28 mai 2019 etc
:: 26 mai Summerhill
:: 25 mai L’envol
:: 10 mai Mange-moi lentement
:: 24 avril Jenny de Oldstones
:: 19 avril Le couple de Schrödinger
:: 5 avril mon coeur bat pour voir
:: 29 mars Délicatement
:: 28 mars Elle ici
:: 18 mars Chère inconnue
:: 14 mars D’un simple message
:: 4 mars Mazot japonais
:: 17 février La forêt sombre
:: 9 février L’oeil retiré
:: 27 janvier Trop beau
:: 20 janvier Élévation
:: 12 janvier La chambre immaculée
:: 11 octobre | Esprit d’automne en flammes
:: 7 octobre | Impossibles calculs
:: 28 septembre | Silvina Simao Valente et Marc au Beau-Rivage
:: 13 juin | Justice?
:: 25 mai | L’envol
:: 4 mars | Mazot japonais
:: 17 février | La forêt sombre
:: 9 février | L’oeil retiré
:: 6 janvier | Tube infuseur de vie
:: 18 novembre | Effusion lente
:: 24 octobre | Le dernier des musées
:: 11 septembre | Sémantique urbaine
:: 21 juin | L’été flamboyant

Archive pour juin 2006

« Ecritures précédentes

30 juin 2006

J’ai remarqué que la qualité des fiches, je veux dire par qualité la façon de s’exprimer, n’avait aucune relation avec la couleur du citoyen. J’ai naturellement essayé de voir la fiche d’un UV, couleur d’une dizaine d’êtres épars au sommet de cette pyramide paranoïaque, mais le problème était de les trouver. Afin d’avoir une idée plus claire de la dimension de [p], sur ma zone privée de messagerie, le desktop comme ils le nommaient, j’ai cliqué sur [Editer fiche]. J’avais déjà aperçu dans la page d’édition de ma fiche le lien [Changer de secteur de prédilection].
Changer de secteur de prédilection:
* Cliquez sur le secteur de votre choix pour y être déménagé.
* 5000 crédits pour changer de secteur (babacools inclus).
* Perte de l’accréditation Violet, Bleu, Vert et Jaune en changeant de secteur.
* Perte de 50% des crédits (sauf baba).
Suivait une longue liste de secteurs accompagnés chacun d’une courte description. A vue de nez, plus d’un millier, sans classement véritable si ce n’est l’ordre alphabétique. Je suis d’abord allée voir la description du secteur sur lequel je me trouvais.
CIN
Cinéma : réalisateur/acteurs/spectateurs.
Le cinéma sous toutes ses formes et à travers tous ses genres. Partages de connaissances, échanges de points de vue, réflexions communes… CIN c’est tout ça et encore bien plus !
(Libéralisme/HRP/Public)
Evidemment, Luc, l’apprenti cinéaste et apprenti baiseur, avait été sur le secteur CIN et logiquement, invitée par lui, je m’y retrouvais aussi. Quelle tare d’être ici à la suite de la piteuse réputation qu’il devait traîner. Encore une des ces pouffes qui se laisse sauter par n’importe qui dans des parties ennuyantes. Il me fallait avant tout fuir ce secteur. Parcourant les descriptifs j’en ai eu marre et me suis mise à descendre à toute vitesse le long de cette page interminable. Ils proposaient de partager des centres d’intérêt ou des genres, des styles de vie ou encore de réunir des citoyens selon leur situation géographique :
1DU : industriel, underground & subculture
3SX : un garçon au féminin, une fille au masculin
TV : séries Télé et séries télé
VS : Suisse – Le Valais
VAM : vampires et autres créatures de la nuit… (18 ans minimum)
SCI : sciences, recherche et découvertes
1FO : journaliste & Actualités // Presse(s), Chroniques et Médias.
ULB : Université Libre de Bruxelles


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
29 juin 2006

Naturellement je suis allée sur le Scanner pour mieux me rendre compte des dix lignes des autres. A part quelques IR bredouillant à l’unisson des : « Heu… Dix lignes sur moi ça va pas être facile… » ou des « Que dire et par où commencer ?… » ou des « Je ne crois pas que ma vie soit très intéressante… », très peu commençaient leurs fiches par de véritables lignes de présentation. Un jaune au hasard :
Craqder-J-44702 :
« Je fais un boulot pourri, dans une boite de merde depuis plus de 2 ans.
Si je pouvais je pense que j’y foutrais le feu à cet endroit sordide.
Je nez-touffe par cette chaleur.
Je suis aigri m’a-t-on dit. Je crois que c’est vrai.
J’aime les gens drôles et qui ont de la thune. »
Clic, autre fiche, une orange, amannarek-O-19468 :
« Soirée bien avancée et rien sous la main pour passer le temps autrement qu’à réfléchir. Et réfléchir m’emmerde, tu peux bien me croire. A ma place, t’aimerais vraiment penser à tout autre chose que ces trucs avec lesquels je jongle à ne plus savoir quel ordre donner.
Ce carré gris et presque mou qui me sert de fauteuil m’emmerde aussi d’ailleurs, si j’en juge cet endroit précis dans mon dos où ça décoche une chaleur qui fait plutôt mal. Mais je crois n’avoir jamais su m’asseoir correctement. Et juste par terre, il y a mon carnet à la couverture imprimée de citations, moi qui déteste les citations, il y a des pages noircies de trucs dont je dois me rappeler, moi qui déteste les annotations, et une bonne quantité de feuilles blanches pour les temps à venir, qui deviendront, au meilleur de leur forme, des conneries utilitaires, tout juste porteuses de la temporalité des choses.
Non, je n’ai pas fait une pause pour te parler de mon humeur.
J’ai juste fait une pause pour éviter de penser à ce qui importe.
Si seulement ça pouvait prendre plus de 10 minutes. »


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
28 juin 2006

Dix lignes sur soi-même. Il fallait juste mettre au minimum dix lignes sur moi pour remplir ma fiche. Ce n’était pas grand-chose. Dix lignes.
Intolérable impuissance.
L’exigence pervertissait l’inspiration car soit j’y mettais une sorte de cursus proche du curriculum avec date de naissance et tout le tralala, ce qui me sembla on ne peut plus emmerdant, soit j’essayais d’être originale mais alors je n’aurait pas été sûre de satisfaire à cet impératif lapidaire noté en gras : « 10 lignes minimum sur vous pour rester ici. Vos supérieurs savent très bien déterminer si votre texte est pipo, pas la peine d’essayer. Cette idée vous a effleuré l’esprit… n’est-ce pas ? 🙂 »
Dix ligne sur MOI. Pour RESTER ICI. PIPO. Savoureuse ironie de ceux qui savent combien il est difficile d’écrire juste dix lignes sur soi ou au contraire de réussir à en écrire au moins dix, qui plus pour rester ici alors que chaque nouveau venu ne souhaite qu’une seule chose : ne pas rester ici. Ou alors l’astuce consistait à nous faire nous sentir comme si nous étions des privilégiés, afin d’épaissir le mystère, titiller cette curiosité qui nous ferait aller plus loin, et plus loin encore dans le système, grader dans les couleurs, se prendre au jeu de la hiérarchie et au sentiment des notre propre supériorité, évoluer et tisser des liens jusqu’à ce jour où on réalise, abasourdi, qu’on ne peut plus s’en passer, de ce système, que non seulement on ne peut plus s’en passer mais qu’on l’incarne.
Je me suis discrètement tassée sur mon coussinet gris et mou – sans doute qu’une caméra de sécurité invisible analysait à cet instant chacun de mes gestes, je devais tout garder à l’intérieur (mais j’étais assez entraînée à le faire). Je me construisais peut-être aussi un château en Espagne, peut-être que j’étais un cas particulier d’introduction à [p] par la force. La vision d’une file d’attente interminable le long d’un mur se perdant à l’horizon et des millions d’individus anonymes attendant uniquement qu’une porte sur [p] s’ouvre quelque part, à l’épiphanie de leurs existences vouées sinon à l’ignorance et l’inutilité.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
27 juin 2006

Alors il faut savoir écrire pour briller au-devant des autres. Il faut montrer à quel point ce je est capable de s’affirmer, quels que soient finalement les mots utilisés, la beauté de l’expression, il s’agit de se mettre en avant en poussant un maximum de soi-même sur la scène et advienne que pourra. Je devais me montrer. Mais j’avais un problème avec ça. Jamais je n’aurais pu danser nue sur la scène. Ce que je venais de lire finalement, aussi beau que ce fut, ne servait qu’à amadouer. A tout prix avoir l’air intéressant, se distinguer, et d’ailleurs de cette fiche ressortait ce sentiment que l’auteur voulait surtout jeter ses tripes à la face du lecteur pour qu’il en fasse des œufs brouillés, pourquoi pas. Révolte contre le système en même temps qu’obéissance. Le système contre lequel Arteso se révoltait n’était pas Parano, et ce détail de la taille de son honnêteté me força à reconsidérer l’enfermement que nous partagions : Arteso jugeait le monde de la surface, jamais il ne faisait référence au diktat souterrain que nous vivions ensemble. Sa fiche respirait l’acceptation de ce système et sa plainte mélancolique s’adressait aux milliards de gens de la surface. Paradoxalement, aucun être de la surface n’aurait pu lire ces mots, et cela signifiait qu’il prêtait à cette dictature cordiale le potentiel d’une révolte totale sur le monde, totale et secrète, même si lui-même n’y accordait aucune importance.
Sa fiche, tombée sur moi presque par hasard, réveillait cependant exactement ce que j’essayais d’exprimer. Car je n’avais même plus envie de me révolter contre ce qui m’arrivait, au contraire c’est plutôt toute mon existence éteinte de la surface qui me révoltait. Tout comme lui je faisais confiance déjà à ce système carcéral qui m’avait gobée, et je considérais mon existence d’avant comme si j’avais été morte et ressuscitée. Maintenant perchée sur un nuage à regarder les hommes batailler.
A nouveau ce sentiment d’être élue, élue et tout à la fois potentiellement déchue. Le système menaçait de m’effacer à tout moment si je refusais d’obéir au moins à cette hiérarchie et cette complicité consciente qu’il m’imposait. Pour mon bonheur me suis-je rappelée. Le bonheur est obligatoire.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
26 juin 2006

L’air dehors était frais, le ciel étoilé. N’aurait été cette bande de clowns courant en tout sens autour de moi, pathétique comme issus d’un cirque de campagne, j’aurais pu apprécier la soirée.
Je marchais droit devant moi, pour la première fois, je ne regardais pas mes pieds, mais les façades bariolées. Je m’extasiais…

Je flotte, ballotté sans grâce par des lames de fond incendiaires. Je bois la tasse et les flammes me brûlent la gorge… Je défigure ta beauté, j’arracherais ton souvenir photographique, mes ongles creuseront des sillons dans tes joues, carnassier. Je suis une antiquité revisitée, une entité séquestrée, un jésus défiguré, je suis le fond de cale d’un chalutier, empli pour être vidé, sans attache et non sans tache…

Entrelacs d’asphalte dessinant mille et une formes auxquelles notre esprit associe des visages, des figures. Des taches anonymes de couleur plus ou moins vive se reflètent, affairées, sur le dédale vitré qui n’en finit pas. De loin en loin, des messages d’espoir ou de haine sont griffonnés à la hâte. Les taches progressent, chacune s’accordant inconsciemment sur un métronome apathique. Le chant des oiseaux, masqué par le silence de nos idées impassibles alors que nous brûlons notre avenir chaque fois que nous tournons une clé. Alors on regagne notre prison dorée, trop propre, trop exiguë, s’élevant toujours plus haut vers les cieux encastrés les uns sur les autres, immense abattoir de plâtre et de contreplaqué. On souffle, heureux, protégés par un rempart d’acier. »

J’ai terminé la lecture de cette fiche dans un état proche de l’hypnose. S’ils étaient tous comme ça ici j’allais rendre l’âme.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
25 juin 2006

La vie est un cirque rituel répété inlassablement, le monde change, varie, se pare de faux-semblants, se multiplie, s’échange, s’extorque, se défend, vibre, fuis, vit, meurt, plus rien n’est important. On joue, inlassablement, dans un bac à sable, avec des lego, avec un travail, avec un avenir, avec un passé, avec un amour, avec une huître, avec un clavier, on invente chaque jour de nouveaux moyens de se concevoir, de se voir, de s’asseoir, de respirer, de crever, on joue et on perd le pourquoi, on perd la causalité, on perd l’effet, on en perd la conséquence, on en perd le rejet, on s’injecte des doses de réalité, de futilité entremêlée de subtilité…
Une vie est bien plus à facile à détruire qu’à construire…
Pas de regrets, peut-être un peu, mais ce qui fait mal, c’est ce sentiment de perdre sa virginité… Se sentir violé par l’existence inodorante, bien qu’oppressante, de milliards de connards que l’on ne connaît pas et que l’on ne connaîtra jamais. Ce qui fait mal, c’est d’avoir vendu son âme et de se retrouver froissé, partagé, mitigé, oublié puis effacé par ce que l’on a cru apprécier, et même si on l’a appréhendé, la chute n’en est pas moins douloureuse.

Les programmes salvateurs et avilissants du prime time avaient laissé place à une mire évocatrice, et moi, je contemplais benoîtement cet écran télé sans plus d’utilité. Il y eut quelques secondes, quelques minutes d’un mutisme religieux, puis sept trompettes sonnèrent simultanément depuis les cieux. Un coq chanta et l’hallali se déclencha.
Un simple cri hystérique, loin, très loin au dessus de moi, une cavalcade, des sanglots, des râles. Mon plafond tremblait, mon lustre de faux cristal de Bohème cliquetait.
Hagard, j’attrapais la télécommande posée sur l’accoudoir de velours côtelé et fit taire le silence de la télé. J’allumais une Lucky Strike, coup de chance, au moins il m’en restait. Je pensais à mon toubib qui avait passé sa vie à me mettre en garde contre ce poison à inhaler, avant de succomber à une cirrhose foudroyante.
Enfin je pus détourner mes yeux de cet écran placide, j’observais, rien n’avait changé. Pas d’ange de la mort à mes côtés, pas de ténèbres où s’enfoncer. Je finis mon verre de whisky, mis ma veste que je venais de récupérer chez le teinturier et lâchai ma clope à demi consumée sur la montagne de papier qui s’évertuait à annexer ma salle à manger.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
24 juin 2006

Au bout de cinq jours, il restait hagard dans le désert. Bien sûr, ses larmes avaient fait pousser un buisson, mais cinq jours c’était long… Pas de femme, pas de clope, pas de pote avec qui partager les émois d’un match de foot en jogging vert chiasse adidas. Bon, pas besoin de sortir le clebs non plus, peut être était il crevé, sur le tapis persan devant la cheminée, de toute façon il n’avait jamais pu piffrer les bouldogs. Il lui avait posé un lapin, mais c’était pas la première fois, et puis les lapins, c’étaient trop de réminiscence d’un passé houleux et tourmenté, de fouets, jarretières de cuir noir et autres instruments de torture qu’il ne pouvait plus blairer, c’est vrai quoi, c’était pas un vieux SS en quête de mal à distribuer. C’est pas comme s’il allait tirer les juifs d’un chalet, où les hommes s’entassaient et scrutaient un vieux morceau de pain rassis avec gourmandise. Pourquoi s’était-il barré? Il avait fuit, fuit une réalité asthmatique, des pouffiasses décolorées, les jambes ouvertes, alanguies en quête de maternité après s’être fait sautées. Il avait fuit un hypothétique rejeton qui lui avait vomi dans son intimité et dont le souvenir s’étiolait comme un éclat de verre, brisé comme un rire. Et puis quoi? Peut-être que cette petite conne s’était fait avorter, dressant un mur rouge sang entre l’avenir et la réalité. Peut-être que sa marmaille croupissait au fond d’une poubelle, entre son pote tumeur et son ami placenta… Peut être ne restait-il de lui qu’un spectre malsain. Mais il n’allait pas se laisser crucifier par les regrets. Le regret, c’est démodé, pensait-il, juché sur sa paire de baskets adidas. De ses lapins, seul survivait un embryon d’égocentrisme, se savoir aimé, se savoir désiré, voila le seul intérêt. Ca faisait cinq jours qu’il s’était barré et il imaginait le nombre d’amantes qui l’attendaient, penchées contre le téléphone, dans l’attente d’un hypothétique coup de fil qu’il ne passerait jamais. Si les femmes veulent espérer, c’est leur affaire se disait-il, il ne fallait pas le prendre pour un âne, et encore moins menacer de le choper par les couilles, jamais on ne lui foutrait un harnais. A quoi bon se faire un sang d’encre, à quoi bon voir un signe dans des taches sans importances. Allez, il avait une religion à créer. Il s’aimait d’un amour si beau que la barbarie des hommes serait oubliée.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
23 juin 2006

Il titube, s’assoit, me toise de ses yeux hagards, d’une main malhabile, il cherche à se redresser. Il bafouille quelques phrases incohérentes et se plonge dans la douceur relative du coton couvert d’une toile satinée. Son costume beige clair en lin, froissé à cette heure-ci, comme il se doit, est souillé d’une substance nauséabonde qui s’auréole de bile jaunâtre et malodorante. Il regarde ses mains tremblantes, la crasse sous ses ongles manucurés, il caresse nonchalamment son annulaire sur lequel survit le spectre d’or et de platine d’un amour révolu. Il tente de parler, sa voix s’éraille, ses yeux se piquent d’humidité. Il a un haut-le-coeur, j’ai peur qu’il ne vomisse, il se couvre le visage. Je l’entends hoqueter, ne me résous à entamer la conversation, trop digne qu’il doit être, pour assumer d’avoir pleuré.
Il regarde par la fenêtre, l’incendie de néon qui brûle au travers de la nuit. Son visage s’éteint, s’illumine, dans un chaos par trop ordonné, au rythme de la publicité. Des yeux, il caresse la réalité au travers d’un écran de plexiglas griffé. La pluie, telle son âme, commence à tomber, s’écrase sur le trottoir, et dans un ultime soubresaut, tente de se redresser mais s’affale sur l’asphalte, piétinée. Il fouille ses poches, en quête de liquidité. Finalement je me tourne vers lui, mon visage grimé d’un sourire surfait.
-Où désirez-vous aller?
-J’ai pris la sortie 78, j’ai été très déçu, on ne part jamais de nulle part, on entre toujours quelque part.
Il pose un billet de vingt euros sur le siège passager, me salue avant de s’en aller.
Dans le silence du vide qu’il m’a laissé, je lui soupire ce que j’espère être une parole de réconfort
« A demain soir, comme tous les soirs, avec plaisir. »
Avant d’empocher le billet comme une prostituée…


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
22 juin 2006

Un soleil blafard se couche sur une mère d’huile. Le verre déchire mes pieds, les vers se déchirent, je prends mon pied.
Les verres se déchirent, les piédestaux ne sont plus de mise. Miser les oripeaux, détrôner les seuils trop haut, ceux qu’on idole, ceux qu’on démiurge, ceux que l’on atteint qu’après s’être fait roi de nos propres batailles futiles. J’embrasse les oublis, je détrône les dénis, je joins les mains même si je ne sais plus prier. Je vous adresse mes prières oubliées, mes chandelles étouffées, mes psaumes reniés.
Je frotte une allumette, je respire la fumée… Je souffre, je monoxyde. Je m’oxyde, je caresse mes poignets percés, je bois mon âme, je me baise devant la télé, je me branle de l’obscénité. Je souris, je, saoul, ris, je me perds en un dédale d’humanité et vomis votre liberté, vous ne me faites plus bander. J’attends, me tends et observe l’obséquiosité.
Quoi, enfin quoi ? Me toucher, me supplier, me lasser, m’assouvir ? Savourer l’urgence lancer les scènes d’apparence. Briller, lustrer, frémir et tomber. A même la peau, à même l’ego. Maudire les nombrils irrités, sculpter les heures, retoucher les ardeurs. Savourer les patiences et me jeter dans l’oubli des ressentis. Vois l’aube, cette femme sereine, cette idole des déceptions qui croit voir dans les lumières précoces les promesses d’esquives tranquilles. Non ne crachez pas sur l’immédiat. Finalement il n’est pas si ingrat.
Quoi, enfin quoi ? Me troncher, me sublimer, me baiser et tout ça, saoul, vire ? Savourées, les décades dansent. Brûler, simuler, jouir et débander ? Ah m’aime la peau, ah hurle l’écho. Sans mot dire, les « non » brillent irrités… Je suis loin, si loin au dessus de vous, je contemple l’humanité, foulez de vos pieds mon icône brisée, je marchais, marcherais dans le désert de vos pensées. Je vaincrais, je vaincrais dans le trouble de vos certitudes. Peaux frêles, lèvres embrassées, j’ai tenté les abstraits, j’ai tenté les futiles. J’ai obligé les corporalités. Feinter, feinter, toujours feinter. Je vous veux lointains, je vous veux fébriles, je vous veux surprise des paupières et scintillements. Je suis adossé contre une dune de papier, je toise les étoiles, j’ose espérer mais m’efface sans plus d’équité. Le sang brûle, je simule, j’ai peur de demain comme j’apprécie un coup de rein. On oublie, on faiblit, on gémit pour ne pas aller de mal en pis…


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
21 juin 2006

Ma première impulsion fut de ne rien faire. Ne rien faire, c’est toujours ma première impulsion en cas de doute. Je n’allais tout de même pas me précipiter pour éditer ma fiche et y raconter je ne sais quoi ; en fait tout ce que je pourrais y raconter serait déjà un peu de moi sauf si je recopiais le texte d’un autre. Dans un but flou, l’évitement sans doute, j’ai cliqué sur Scanners et sont apparus à nouveau tous ces visages de citoyens, grande palette d’yeux et d’expressions figés sur moi, environ une centaine de portraits miniatures de toutes les couleur de Parano me dévisageant comme au milieu d’une partie de poker douteuse. L’ensemble était assez joli, intriguant du moins. Interpellant. Ma cellule envahie par toutes ces couleurs était comme baignée dans un soleil couchant.
Tiens celui-là avait une gueule intéressante : j’ai cliqué sur sa photo, consciente à cet instant d’agir comme 99% d’entre eux, l’appât, la convoitise, bien naturels en somme lorsqu’on se retrouve enfermé sous terre dans un cercueil high-tech. Une bonne baise permet de tant oublier. Et de tant regretter.
Je ne pouvais pas accéder à sa galerie d’images, un message me disait que je ferais mieux de remplir ma fiche au lieu d’essayer de voir les photos des autres, alors je me suis rabattu sur sa fiche.
Arteso-O-CIN 75412
« 27 ans Belgique Bruxelles

You’re now listening to : Maurice Jarre – Jacob’s ladder.

Le présent n’a même plus le temps de passer, il se voit analysé, découpé en tranches, terrassé. On ne vous laisse plus rien vivre, simplement vivre, oui, tout est sujet à commentaires, à la diarrhée des images et du verbe.

Sometimes il y a des gens, des cars de touristes non nippons. Prendre garde à ne pas glisser sur du rouge à lèvres frais posé à même le sol, pas de pièges, juste des jeux de piste qui vont tout droit, évitent le mur, tracent la route sans emprunter les chemins de traverse désormais connus, reconnus, arpentés, sur lesquels nombre de genoux se sont écorchés… Les bottes cousues de diverses matières ne sont plus entachées de la boue des sentiers, c’est qu’il est parsemé de grandes toiles blanches qui attendent l’inspiration, le parfum du champagne et les demains sans fin. Que la colère quitte désormais les terres fertiles, l’archipel aux rues pavées de vérités est ouvert d’un coup de ciseaux aiguisés.

Fétichiste des phrases qui tournent en boucle sur les menus des DVD…
Fétichiste des clubs de golf de la région de Waterloo…


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
20 juin 2006

Entré mon mot de passe, clic OK, je me suis retrouvée dans ma Fiche. Mais ce n’était pas ma Fiche, il s’agissait de mon espace privé, de l’incarnation virtuelle de ma cellule. Au-dessus du message de modovar j’ai reçu un nouveau message, enfin pas tout à fait, un drôle de truc.
*** un rapport d’enquête sur vous à été posté par York-R-CIN 95558 [Consulter]
Ai cliqué sur Consulter :
*** Rapport d’enquête de York-R-CIN 95558, le 25/06/2006 – 09:03
Hello Errata et bienvenue sur CIN ! Je suis certaine que tu finiras par honorer le secteur de ton originalité et ta créativité. Citoyens, faites confiance à cette fille for-mi-dable.
Bises.

York.
[Valider ??] [Effacer]
J’ai cliqué à tout hasard sur Valider vu qu’au fond de mon désarroi je suis une personne fondamentalement optimiste :
Message validé.
Je n’ai rien compris à ce que je venais de faire mais en tout cas cela avait fonctionné. Ma Fiche, c’est-à -dire cette partie visible de l’iceberg que les autres citoyens verraient, puisque je venais de comprendre que je me trouvais dans une zone de messagerie privée à cause du [^_^] MSG-Terminal en guise de tire précédent l’avertissement au félon potentiel que j’étais et les deux messages reçus, ma Fiche j’ai pu y accéder pour la première fois en cliquant sur [Regarder fiche], situé à côté de [Editer fiche] et en-dessus de [mot de passe] et [Ajouter Photo]. Il n’y avait pas grand-chose à vrai dire. A gauche une image de fenêtre à barreaux avec écrit en gros « Gloups je suis un traître sans aucune photo de moi » et à droite : Errata-IR-UBU 99398, une zone grise dessous, d’ailleurs toute ma fiche était grise, ce qui devait sans doute représenter ma couleur infrarouge, et puis encore dessous :
[*] Rapports d’enquête – ce que les autres disent sur Errata.
Avec à la suite le message de York que je venais de valider, sur fond rouge, sa couleur.
J’ai compris que les rapports d’enquêtes étaient des messages mi-privés, mi publics, puisqu’ils étaient destinés à apparaître sur ma fiche mais en même temps ils m’étaient adressés. En somme je venais de valider mon premier rapport d’enquête, le premier contenu de ma fiche ou comment les autres me voyaient, et il s’agissait d’un message d’une primate de 18 ans qui me trouvait formidable alors que j’avais été totalement archaïque.


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
19 juin 2006

Mais un élément autrement plus important m’était présenté sur cette page d’accueil, surtout pour moi qui à l’intérieur étais confrontée au non-sens de tous ces uniformes de couleurs. La hiérarchie des couleurs. Au sommet de la pyramide, 11 Ultra-Violets, à la base des milliers d’infrarouges tout comme moi et entre deux 6 couleurs. Je me suis souvenue de cet étrange personnage vêtu d’une sorte de tunique violette venu avec ses sbires me soutirer à mon existence d’oisiveté permanente, replacé dans ce nouveau contexte ce type devenait un haut personnage, un dieu descendu de son Olympe juste pour moi. Je n’ai pas compris. Les Violets ne pouvaient pas intervenir ainsi pour l’entrée de chaque infrarouge, ils étaient bien trop peu nombreux comparés à la masse grouillantes des nouveaux arrivants, alors pourquoi ce Violet-là avait-il décidé de venir me chercher personnellement ?
Face à mon curseur palpitant dans le champ du formulaire d’entrée au site, devant mon nom d’utilisateur, cette question est restée en suspens. J’ai remonté le temps jusqu’à l’arrivée de ces deux types en uniformes dans mon grenier, puis la rencontre avec Luc lors de cette fête glauque, et puis tous ces mois avant à tourner en rond dans les rues de cette ville, Lausanne, à me plonger des heures durant dans l’observation intense des pigeons se draguant, mes nuits d’ivresse éparpillées d’un homme à l’autre alors que je voyais leurs braguettes gonfler et leur cervelle rétrécir, et les mails affolés de ma mère insistant depuis Paris pour que je rentre « à la maison », pour que j’oublie ma rupture, pour que…
La destruction totale et pourtant sublimement inconsciente m’ayant ravagé ces dernières années.
Un espoir délirant m’a étouffée d’angoisse.
Ma mère allait agir, elle allait contacter ma concierge, qui viendrait frapper à la porte de ma chambre de bonne, puis ma mère contacterait la police locale qui vendrait faire un tour de routine, et puis ils défonceraient ma porte et… Non. Inutile de me leurrer, dans la situation où j’avais été, sauf à cause de l’odeur de pourriture de mon corps dans le grenier, personne ne penserait à me chercher, à un enlèvement. Là -haut je deviendrai une disparue, ou pire, juste une petite fugueuse qui fait chier son monde et qui a bien fait de se volatiliser.
Etions-nous tous ici bas des disparus, des fantômes, des errants de l’enfer ?


Laisser un commentaire (aucun commentaire actuellement)  Version imprimable de cette page
Recherche sur le site
Romans et nouvelles en PDF
Mots-clés / consultations
Archive mensuelle
Le plus consulté récemment
Commentaires récents
Calendrier des publications
juin 2006
L M M J V S D
« Mai   Juil »
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930  
Flux RSS