Elle a brûlé à la soirée de Gala de la Poésie

« Pousse-moi, mon dos me fait mal ce soir ». Je me suis donc lentement poussé vers la sortie. Dans nos dos la salle pourtant vide résonnait des clameurs et applaudissements d’une foule de fantômes. « Là regarde, nous avons amené le bidon d’essence, à droite dans le hall près de l’escalier ». Hébété, je suis allé prendre le bidon, comme si j’avais su qu’il était là, parce que je l’y avais mis. Ou était-ce lui? Mais c’était moi. Des applaudissements fournis coulaient par vagues depuis la grande salle, m’emplissant de haine et de revanche. Ils applaudissaient donc quelqu’un d’autre?

« Ne t’inquiète pas David. Tu les auras tes moments de gloire… Pour ce que ça vaut! Les mots ne vont jamais disparaître, mais leurs splendeurs s’affadiront. Ils n’appartiendront plus qu’à certains collectionneurs vieillissant. Tous ces gens applaudissent une vieille histoire, et ils n’aiment plus que des sonorités vides. Et toi pour aller plus loin tu dois les brûler, toutes ces sonorités vides. Va tout en-haut: la charpente brûlera bien et s’effondrera sur… elles. » Il a éclaté de rire, mon David tassé, il a encore applaudi alors que je montais les marches.

Quelques minutes plus tard, je suis parti et traversant l’immonde parking de la place du marché les premières flammes jaillissaient déjà des lucarnes. J’avais eu raison: le plancher des combles brûlerait d’abord et le toit s’effondrerait d’un seul tenant sur eux. « Trop vite pour y échapper », se lamentèrent les journalistes le lendemain. La salle Del Castillo a brûlé lors de la soirée de gala du Printemps de la Poésie 2024, emportant avec elle les âmes esseulées, compliquées, orgueilleuses, des poétesses et poètes romands. Leurs mots vides et vains.


Poèmes lauréats du Printemps de la poterie 2024.

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