Les peuples démocratiques n’ont pas plus de marge de manœuvre que tous les peuples depuis l’aube de l’humanité. L’illusion du vote, l’illusion du choix, l’illusion de contrôler. Ils possèdent aussi en grande quantité la désillusion et la lassitude, comme toujours. Mais en avril 2026, les Américains étaient épuisés. Cette sensation diffuse que le monde leur échappe. Une nouvelle crise arrive, provoquée par les gesticulations du pouvoir, l’énergie animale, obscène, d’un homme au panthéon du désir de contrôler pour éviter de disparaître.
Trois attentats coordonnés par une milice secrète trumpiste sur le sol américain : plusieurs centres commerciaux Walmart (avec l’accord secret de 30% des actionnaires), un stade en Pennsylvanie et une école primaire du Nebraska firent en une journée plus de victimes que le 11 septembre. Le peuple sidéré se recroquevilla et Trump déclara le même jour l’état d’urgence nationale. Le Congrès républicain vota avec une majorité écrasante le Patriot Restauration Act, 400 pages que personne ne prit vraiment le temps de lire. Surveillance de masse étendue, mandats d’arrêts simplifiés et la formation d’un nouveau corps militaire fédéral, le Homeland Security Command, pourvu de pouvoirs élargis sur la police et rendant compte directement au président.
L’élégance de la suite nourrira les manuels académiques d’analyse politique. Trump ne supprima pas les élections : il les rendit inutiles. Une série de décrets exécutifs validés par une Cour suprême qu’il avait lui-même recomposée, puis il imposa des conditions d’éligibilité si restrictives que la plupart des candidats démocrates furent disqualifiés pour « liens avec des organisations subversives ». Les élections de mi-mandat 2026 se déroulèrent dans un calme aquatique. Les Républicains obtinrent les deux tiers des chambres. C’était. Légal.
Les médias d’opposition furent rachetés un par un par des consortiums proches du pouvoir, ou tout simplement étouffés par des contrôles fiscaux interminables. CNN se transforma progressivement en organe de propagande, juste pour survivre. Au printemps 2027, invoquant la persistance de la menace terroriste, Trump fit adopter le vingt-huitième amendement à la Constitution, autorisant un troisième mandat présidentiel « en période de crise nationale prolongée ». Les manifestations s’étalèrent dans le flou médiatique, sporadiques, mal organisées, et réprimées avec une efficacité qui ne surprit personne. Les Américains avaient envie de gloire, de force et de cette factice stabilité qu’amène l’illusion de dominer.
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