Pax Trumpiana

Trump, à 85 ans, régnait sur un monde unifié par la peur et l’indifférence. Il n’avait pas eu besoin de camps d’extermination, ni même de violence spectaculaire. Juste une érosion méthodique, bureaucratique, ennuyeuse, de tout ce qui rendait la liberté possible. La tyrannie avait avancé par décrets et par algorithmes, et les peuples s’aperçurent de l’établissement serein d’un nouvel Empire avec la satisfaction d’enfin vivre une paix générale, seulement chicanée par des Russes barbares cantonnés aux vastes pleines sibériennes.

Pourtant au Brésil, quelque chose d’infime et d’inattendu se produisait.
Cela commença à Belém, dans un bar du port où personne d’important n’allait jamais. Des professeurs d’université qui avaient perdu leur poste, des journalistes interdits, des syndicalistes, des hackers, quelques anciens militaires dégoûtés. Ils ne se donnèrent pas de nom car les noms attirent les algorithmes. Ils communiquaient par des cahiers manuscrits transportés dans des sacs de café, par des codes intégrés dans des partitions de bossa nova, par des graffitis sur les murs de Manaus que seuls les initiés savaient lire. Ils étaient peut-être trois cents au début. À la fin de l’année 2035, on estimait leur nombre à cinquante mille, disséminés dans tout le pays, invisibles et patients.
Ils n’avaient pas de leader charismatique, pas de programme en dix points, pas de drapeau. Ils avaient quelque chose de plus dangereux : la certitude tranquille que la liberté, comme la forêt tropicale, ne meurt jamais complètement. Ils appelaient cela, entre eux, a volta lenta: le retour lent.

Et dans la moiteur des nuits amazoniennes, tandis que le monde entier dormait sous la surveillance bienveillante de ses écrans, la résistance prenait racine.

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